L'Accompagnatrice de Nina Nikolaevna Berberova

L'Accompagnatrice de Nina Nikolaevna Berberova
( Akkompaniatorša)

Catégorie(s) : Littérature => Russe

Critiqué par Jules, le 7 février 2001 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 76 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 594ème position).
Visites : 5 864  (depuis Novembre 2007)

Un récit tout en finesse, une belle étude psychologique

La mère de Sonetchka est pianiste, et elle le deviendra aussi. Le père est parti et les deux femmes vivent dans la misère.
Nous sommes encore en plein dans la première guerre mondiale. Sonetchka, ne trouvant pas de travail, se dit qu’elle n'a peut-être pas suffisamment de talent pour être pianiste et qu'elle ferait peut-être mieux de devenir accompagnatrice. Elle le deviendra pour une grande cantatrice, Maria Nikolaevna, issue d'un milieu élevé. Une curieuse relation finira par unir la soprano et son accompagnatrice. Elle passera de l'amour à la haine. C'est la différence qui fera mal : " Elle m'apparaissait comme une perfection tellement saugrenue, tellement inconcevable, que je pleurais encore plus fort, en sanglotant, et je courais, je courais le long de la rue, ne sachant pas moi-même pourquoi je courrais, ni où, ni quel besoin j’avais maintenant de notre maison, de notre chambre, de maman, ni ce que j’étais moi-même, et puis cette ville & pour quoi faire ? Et qu’est-ce que la vie ? Et Dieu. Où est-il ? Pourquoi ne nous a-t-il pas tous faits tels qu’elle, il l'avait faite ? "
Les descriptions de chants et de musique sont superbes, pleines de sensibilité et de finesse. Sonetchka souffrira et connaîtra de grands moments. Les deux femmes finiront par se réfugier à Paris. Là, le monde va changer pour Sonetchka et pour Maria Nikolaevna et leurs rapports aussi.
Un petit roman écrit tout en finesse, en non-dits, en demi-teinte. Nina Berberova peut suggérer beaucoup de choses, son art est de procéder par touches et non en longues dissections de l'âme. Elle écrira beaucoup de petits romans sur les émigrés russes et la difficulté de leur exil, la plupart du temps à Paris.

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un beau roman qui déroule une vie intérieure d’une femme frustrée de son existence

9 étoiles

Critique de Cédelor (Paris, Inscrit le 5 février 2010, 48 ans) - 28 février 2019

Je venais d’acquérir, lors d’un débarras des affaires d’une vieille dame décédée, un lot de romans sortis de ses placards poussiéreux, lorsque mon regard tomba sur le premier du dessus de la pile : « L’Accompagnatrice » de Nina Berberova. Je me suis alors souvenu que dans les années 90, sans doute à l’occasion de sa sortie, de critiques élogieuses ou du moins favorables sur ce roman. Je l’ai donc pris pour le lire, sitôt le roman qui l’a précédé terminé.

Ce livre étant court, en 3 jours, je l’ai fini. Et ces 3 jours ont passé d’une agréable façon en compagnie de cette accompagnatrice !
*ATTENTION SPOILER ! début* Pauvre Sonetchka au physique éloigné de l’idéal féminin, peu gâtée et ballotée par la vie… Qui sait, elle aurait pu tourner plus mal (ou mieux ?) si sa mère n’avait pas été professeur de piano et ne lui avait appris à s’en servir, du piano, sinon avec virtuosité, au moins avec une maîtrise certaine, ce qui lui a permis de devenir accompagnatrice au piano d’une grande cantatrice. Avouez qu’il y a des métiers plus ingrats que cela. Seulement, cela ne satisfait pas Sonetchka…. Et quelque part, on peut la comprendre, puisqu’elle se retrouve à n’exister que dans l’ombre de cette fonction, sous la dépendance doucereuse et souriante de la cantatrice, sa bienfaitrice qui lui a offert cette place et lui a permis de fuir avec elle l’enfer de la révolution russe de 1917. Elle aurait voulu avoir une vie à elle, une existence plus importante à ses propres yeux, plus indépendante, plus en lumière que ce simple rôle d’accompagnatrice qu’on ne remarque même pas sur scène, alors que la cantatrice, belle et lumineuse, n’en finit plus d’attirer tous les regards, tous les désirs, d’avoir une vie pleine d’émotions qui vaut la peine d’être vécue, alors que elle, Sonetchka, doit se contenter d’être transparente et de faire partir du décor, d’être prise même pour une domestique. Et elle rêve de sortir de cette condition, de s’en échapper et de prendre toute la place qui lui revient dans la vie, fut-ce au détriment même de sa bienfaitrice ! Elle tente même des essais en ce sens qui échouent sans que personne n’en sache rien… Pourtant la situation va finir par se décanter, sans qu’elle y soit pour quelque chose… *ATTENTION SPOILER ! fin*

Nina Berverova a écrit un beau roman qui déroule une vie intérieure d’une femme frustrée de son existence, un roman même sur la frustration qu’il y a à exister dans une vie qui n’apporte pas tout ce qu’on se souhaite à soi-même et qui en même temps constate qu’une autre en obtient tout ce qu’elle veut, d’après son point de vue, évidemment subjectif. L’existence d’une jeune femme qui n’a pas les moyens d’être belle, douée et reconnue, décrite avec finesse et sensibilité, d’une écriture précieuse et légère. Un vrai petit bijou littéraire. Une découverte qui en appellera sûrement d’autres du même auteur.

L'ombre et la lumière

8 étoiles

Critique de Nathafi (SAINT-SOUPLET, Inscrite le 20 avril 2011, 53 ans) - 4 janvier 2014

De la difficulté de rester dans l'ombre, de ne pas trouver sa place, ni de véritable rôle dans cette vie, submergé de questions existentielles...

Sonetchka connaît ces tiraillements. Accompagnatrice de la belle et talentueuse Maria Nikolaevna, elle est dans un premier temps subjuguée par cet être plein de lumière. Mais la distribution des rôles ne lui convient bientôt plus, elle est certes sur scène, mais fait partie du décor, on ne voit que la cantatrice.

Nina Berberova nous offre ici une histoire douloureuse. Les pensées de Sonetchka n'ont aucun secret pour elle, elle les scrute sans difficulté et expose tous les sentiments qui animent cette pauvre fille, prête à tout pour paraître, exister enfin, animée d'une envie de rébellion.

Une situation que chacun a pu connaître...

9 étoiles

Critique de Tanneguy (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 81 ans) - 5 novembre 2011

Paraître sur scène en pleine lumière, mais rester dans l'ombre de son "mentor", c'est une situation qui a pu nous arriver et que l'auteur décrit brillamment avec beaucoup de délicatesse et de pudeur. Noter que ce roman court a été écrit en 1934 et que la jeune Berberova (née en 1901) est très influencée par le milieu émigré russe de Paris.

J'ai lu ce roman dans le recueil "Récits de l'exil" édité par Babel qui comprend en outre une "lecture" d'une vingtaine de pages de Pierre Hébey. Celle-ci donne quelques informations intéressantes sur l'auteur, expliquant notamment pourquoi nous avons tant tardé à connaître Nina Berberova. Les auteurs français de l'époque, très influencés par le régime soviétique, ne lui pardonnaient pas sa vision critique de la révolution de 1917. Elle abandonna la partie en 1950, après le procès Kravtchenko et s'exila à nouveau aux USA

L'aigreur

8 étoiles

Critique de Sibylline (Normandie, Inscrite le 31 mai 2004, 69 ans) - 11 octobre 2004

Mon deuxième essai chez Nina Berberova, et encore une œuvre envoûtante. Je vais finir par devenir accro à cet auteur dont la voix me charme. Il y a tant, toujours, à réfléchir sur ce qu’elle nous conte. Tant de dits et de non-dits… On se sent intelligent. On croit un moment qu’on comprend mieux et plus que celle qui nous conte cette histoire, puis on réalise comme on est sot de l’avoir seulement envisagé. On rit, on hausse les épaules et puis on se reprend à si bien comprendre la situation (bien plus qu’il n’en est dit), qu’on se demande si…
Tout un art. Ici, l’histoire était écrite dès avant la naissance, c’est du moins ce que croit le personnage et cela deviendra donc vrai. C’est le récit d’une « non-vie », depuis sa conception jusqu’à son extinction dans un hôtel sordide. Une incapacité à saisir sa vie due à une incapacité à croire cela possible, et cela sans doute à cause d’un démarrage trop pénible, ou de tant d’autres choses... Qu’importe. La vie est gâchée.

Complicité dangereuse

9 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 46 ans) - 3 septembre 2004

Sonetchka est une jeune femme russe vivant avec sa maman dans la pauvreté la plus totale et un certain désoeuvrement. Ni belle ni laide, sa vie est terne et le personne passe assez inaperçu. C'est la narratrice de ce court roman, elle nous raconte sa vie et la rencontre qui va bouleverser celle-ci, lorsqu'elle est engagée comme accompagnatrice de Maria Nikolaevna. Elle joue du piano pendant que la belle Maria chante, elles font le tour de la Russie et de l'Europe, la vie n'est qu'un tourbillon, Sonetchka aime et déteste à la fois sa patronne, qu'elle envie pour sa beauté et sa manière d'être heureuse. Beaucoup de rancoeur et de violence dans les monologues intérieurs de Sonetchka. Elle s'identifie à Maria qu'elle admire et voudrait en même temps s'en dissocier complètement tant son bonheur la rend jalouse et lui fait mal. Il y a également un sentiment de propriété et d'exclusivité qui apparait, Sonetchka surveille les relations de sa maîtresse et lorsqu'elle découvre que celle-ci fomente des projets d'avenir avec un de ses amants, c'est le drame, elle se sent perdue, ne sait plus que penser, imagines divers plans et réalise qu'aucun ne la sauvera. Elle est perdue, il ne lui reste plus rien.
A la fin du récit, elle retrouve sa solitude et ses errances, la misère, le silence et un avenir sombre qui ne lui laisse pas vraiment entrevoir de porte de sortie.

Une fois encore, Nina Berberova raconte ses personnages avec beaucoup de lucidité et de froideur. Avec toujours cette même résignation, cette même misère humaine (admirablement bien décrite dans ce récit) et cet espoir si lointain qui ressemble davantage à de la désillusion qu'à une promesse de futur meilleur.

A propos du film tiré de ce roman (qui n'était pas mauvais), on n'y retrouve pas cette dimension de puissants monologues intérieurs et de déchirements de Sonetchka. Maria y prend beaucoup plus de place, c'est un jeu à deux alors que dans le roman, la cantatrice est le personnage principal des pensées de Sonetchka mais pas du texte.

La dynamique de la victimisation

8 étoiles

Critique de Libris québécis (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 78 ans) - 23 décembre 2003

Se sentir victime console de ne pouvoir se réaliser. Il est bien difficile de s'accepter. On aimerait jouir comme tout le monde des feux de la rampe. Car croit-on, si l'on souffre de victimisation, que tous profitent du soleil.

Le problème des inégalités humaines exigerait pour s'en sortir d'accepter son univers que l'on qualifie toujours de restreint. Les frustrations découlent de cette perception négative de la personne. Rien de plus facile que d'attribuer aux autres les conditions qui sont les siennes. On se croit inapte au bonheur du fait que l'on se perçoit comme une victime du destin.

Rares sont ceux vivant selon cette dynamique qui prennent les moyens de s'en sortir. Quand ils le font, ils choisissent souvent des voies extrêmes, voire le meurtre, pour accéder au podium de la vie. On obtient ainsi l'effet inverse. D'autres se confient à des cahiers pour y enregistrer toutes leurs doléances. C'est le baume qui leur permet de panser leurs blessures.

Hélas, côtoie-t-on dans nos sociétés des victimes qui se nourrissent de leurs malheurs réels ou prétendus. Michel Tremblay a abordé dans Le Cahier noir la même problématique à travers l'histoire d'une naine. Et comme Nina Berberova, il a choisi une héroïne qui confie ses souffrances à un journal.

"Et Dieu, où est-il?"

8 étoiles

Critique de Lucien (, Inscrit le 13 mars 2001, 64 ans) - 23 novembre 2003

Un cahier de moleskine retrouvé chez une Russe morte à Paris, dans un hôtel de bas étage… Tout ce qui reste de Sonetchka, la petite fille damnée dès avant sa naissance. Le petit papillon éphémère et banal qui traversera la vie en solitaire, se brûlant un peu les ailes au soleil de la chanteuse, celle qui a tout, et surtout le bonheur. «Un être heureux, il vit comme au-dessus de tous les autres (et les écrase un peu, bien entendu).» Ecrasée, Sonetchka, la maigre, la sèche, la maladive. Ecrasée par Maria Nikolaevna ou, plus simplement, par le destin : «Il est arrivé - et plus d’une fois – que des offensés de ce genre aient donné des êtres vrais, des êtres bons et fiers. L’affaire n’est pas dans la naissance mais dans quelque chose d’autre.» Ce quelque chose que Sonetchka ne possède pas. L'âme ? L'enthousiasme ? Il doit y avoir une heure dans la vie où l'on ressent le besoin de se confier à un dieu pour éviter la folie qui naît d’un trop long compagnonnage avec soi-même. Sonetchka n’a pas trouvé Dieu à vingt ans, et son cahier de moleskine s’achève sur ces mots : «...si Dieu existe.» Seule, Sonetchka, seule dans le grand Paris, seule dans une vie où elle se sent dindon de la farce, ombre dans la caverne, faire-valoir, inutile, surnuméraire. Sonetchka qui comprend qu'elle est seule au monde quand elle découvre sa terrible et banale vérité : « Il n'y avait personne au monde avec qui j’aurais pu pleurer. » Un cahier de moleskine, peut-être, pour parler quand même. Et des mots secs pour dire une petite souffrance sans larmes. «Et Dieu, où est-il ?»

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