Les vies multiples d'Amory Clay de William Boyd

Les vies multiples d'Amory Clay de William Boyd
(Sweet Caress : the many lives of Amory Clay)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Hcdahlem, le 5 décembre 2015 (Inscrit le 9 novembre 2015, 60 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (3 262ème position).
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Les vies multiples d’Amory Clay

Après avoir endossé les habits de James Bond, voici William Boyd ceux d’une femme photographe, Amory Clay. Si ce nom ne vous dit rien, c’est que le personnage est né de l’imagination du romancier, sorte de concentré de toutes ces femmes qui ont sillonné la planète avec leurs appareils et que l’auteur remercie à la fin de son récit. Pourtant on y croit de bout en bout, notamment parce que de nombreuses photos d’Amory Clay viennent témoigner des différents épisodes de sa vie. Cette dernière débute le 7 mars 1908 avec la naissance d’un garçon, du moins si l’on en croit les colonnes du Times. L’acte manqué du père – qui voulait un garçon plutôt qu’une fille – ne sera sans doute pas étranger au caractère intrépide d’Amory. Elle aura du reste besoin de tout son courage pour échapper à la mort quand son père, revenu très perturbé de la Grande Guerre, décide de foncer dans un lac au volant de sa voiture pour en finir. Amory parviendra non seulement à s’en tirer, mais sauvera aussi son père qui sera interné en asile psychiatrique.
Au moment de choisir son destin, la rescapée cherche un moyen d’échapper au pensionnat de jeunes filles et voit dans le Kodak Brownie no 2 qu’on lui offre le moyen de s’émanciper : elle sera photographe.
Ses premières expériences en tant qu’assistante de son oncle Greville qui photographie les personnalités lors de bals et réceptions, ont quelque chose de fascinant : « Je crois que tout le processus photographique me paraissait encore magique, à cette époque de ma vie : capturer une image sur la pellicule grâce à une brève exposition à la lumière, puis, par le truchement scientifique des produits chimiques et du papier, révéler une représentation monochrome de cet instant participait encore d’une alchimie ensorcelante. »
C’est cependant dans le Berlin des Années folles qu’elle va pouvoir expérimenter le « vrai » reportage. A l’aide d’un appareil camouflé dans un sac, elle photographie les cabarets et maisons de passe. L’exposition qui doit la faire connaître provoque un scandale. Elle doit détruire les clichés et payer une amende pour obscénité. Mais comme souvent cette publicité va lui permettre de rencontrer un Américain qui l’engage pour des photos de mode.
Elle s’ennuie toutefois à New York, même si elle passe d’un amant à l’autre, de son patron à un diplomate Français et décide de rentrer en Grande-Bretagne… où elle se fera tabasser par un groupe de Chemises Noires.
Femme volontaire face à la montée des périls, elle va tenter d’oublier son long séjour à l’hôpital en regagnant d’abord les Etats-Unis puis en étant envoyée spéciale en France et en Allemagne pour suivre la progression des alliés. Elle se rendra alors compte que la libération n’est pas seulement une fête. Sholto Farr qu’elle rencontre à ce moment et qu’elle épouse quelques jours après pourrait en témoigner, s’il ne noyait sa douloureuse expérience dans l’alcool.
Amory, devenue une Lady, met au monde des jumelles et passe quelques temps à materner, sans se rendre vraiment compte des drames qui couvent : «En devenant épouse et mère, j’avais perdu une partie de mon être, avec une grande maison à gérer. Amory Clay avait disparu, elle s’était évaporée.»
L’histoire aurait pu s’arrêter là, avec une nouvelle version de « grandeur et décadence». Ce serait faire peu de cas de la soif d’Amory qui décide de reprendre du service. En devenant une « vieille correspondante de guerre » au Vietnam, elle remplira à la fois une mission périlleuse, réalisera de superbes photos qui donneront un livre à succès et manquera d’y laisser la vie. Sans oublier les faux soldats australiens qu’elle n’aurait jamais dû voir et qui lui vaudront un retour précipité.
A Londres elle va constater que l’une de ses filles s’est envolée.
La voilà du coup repartie pour le désert californien. Elle y retrouvera son enfant au sein d’une communauté d’illuminés. Elle ne parviendra toutefois pas à la ramener avec elle.
Son journal de Barrandale, où elle a trouvé refuge, vient Donner tout au long du livre un éclairage plus vif sur certains épisodes, jusqu’aux ultimes moments dont on ne dira rien ici. Sauf que William Boyd démontre une fois de plus qu’il est un maître dans l’art de raconter les histoires et d’embobiner le lecteur. Qui en redemande !

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Clik Clak Kodak

10 étoiles

Critique de Free_s4 (Dans le Sud-Ouest, Inscrit le 18 février 2008, 44 ans) - 11 décembre 2016

Chouette, un roman sur la photographie, une de mes passions.
Amory Clay, qui commence sa vie photographique par un scandale, dans les bas fonds des nuits Berlinoise pour finir reporter de guerre au Vietnam.
Roman passionnant par un de mes auteurs favori.
Je recommande bien sûr.

Une femme libre

10 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 60 ans) - 18 novembre 2016

Dès sa naissance, Amory a une vie singulière.
L'attribution par son père d'un prénom masculin, son accident de voiture avec ce dernier à son retour de guerre vont contribuer à faire de l'enfant, une jeune fille décidée, puis une jeune femme insouciante, impulsive ; décidant à une époque où les femmes de sa condition travaillaient rarement, de faire de sa passion, sa profession.
Une vocation, apparue avec son premier appareil photo offert par son oncle adoré Greville.
Passionnée, elle n'hésitera pas à traverser l'Atlantique, à aller sur le front de plusieurs guerres, prenant des risques permanents pour obtenir La Photo.
Sa vie privée sera aussi agitée que sa vie professionnelle.
"Je ne crois pas que je puisse me reprocher d'avoir voulu faire ce que j'ai fait… C'est ma vie après tout, et j'ai le droit de la vivre pleinement.
Toutes ces années de vie riches et intensément tristes, fascinantes, grotesques, absurdes, parfois terrifiantes, difficiles, douloureuses et heureuses. Compliquées, en d'autres termes."

On suit l'héroïne du Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne, jusqu'au Vietnam, pour la retrouver à 70 ans en Écosse, seule avec son chien.

On ne peut qu'admirer le talent de l'auteur pour écrire avec tant de justesse ce récit au féminin et à la première personne, qui emporte le lecteur sur plus de 500 pages, traversant l'Histoire et les grands événements du XX° siècle ; l'insertion de photographies prises par "l’héroïne" apportant encore plus de crédibilité au récit.
Passionnée du début à la fin, je ne suis pas prête d'oublier ce 4° titre.
Bravo Mr Boyd !

Un phénomène cette Amory Clay !

7 étoiles

Critique de Tanneguy (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 80 ans) - 31 décembre 2015

Comme très souvent chez William Boyd, on hésite à définir l'objectif principal du romancier : s'agit-il de décrire la vie d'une héroïne hors du commun, de passer en revue certains des évènements marquants du XXème siècle, de rappeler l'évolution de la photographie, d'évoquer les premiers combats féministes ? Finalement, peu importe car on se laisse entraîner par cette histoire improbable racontée à la perfection, comme d'habitude, par un William Boyd "en forme".

Certains discutent à l'infini pour savoir si c'est le meilleur Boyd, s'il est meilleur que les derniers. N'écoutons pas tous ces grincheux et prenons notre plaisir de lecteur !

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