Bonsoir, la rose de Chi Zijian

Bonsoir, la rose de Chi Zijian
(Wan an mei gui)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique

Critiqué par Myrco, le 19 décembre 2017 (village de l'Orne, Inscrite le 11 juin 2011, 68 ans)
La note : 5 étoiles
Moyenne des notes : 6 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 4 étoiles (43 192ème position).
Visites : 280 

Un intérêt historique plus que littéraire

Récit doux-amer qui au final ne m'aura laissé qu'une absence de saveur, "Bonsoir, la rose" n'est pourtant pas sans présenter des aspects tout à fait dignes d'intérêt.

Le roman a en effet pour cadre la ville d'Harbin porteuse à plus d'un titre d'une identité propre. Chacun d'entre nous a probablement, peut-être sans le savoir, vu des images de cette mégalopole du nord-est, située dans l'ancienne Mandchourie, la plus froide de Chine en hiver, qui abrite chaque année un festival éphémère de magnifiques sculptures sur glace médiatisé dans le monde entier. Mais là ne s'arrête pas son originalité puisqu'elle est aussi de par son histoire et sa proximité avec la Sibérie, la plus russe des villes chinoises, refuge autrefois d'une très importante communauté de juifs russes chassés par les pogroms et la révolution bolchevique, passé dont témoignent encore un certain nombre d'éléments architecturaux. C'est par le biais de l'une des deux figures féminines centrales du roman, Léna, descendante directe de cette communauté, que Chi Zijian projette l'éclairage sur ce pan d'histoire et à sa suite sur un autre épisode que j'ignorais aussi totalement, le "plan Fugu" ourdi par les japonais dans les années 30, plan qui visait à créer au bénéfice de leurs propres intérêts, un état juif dans ces territoires qu'ils occupaient.
Si j'ajoute à cela de multiples notations qui, au détour du récit, façonnent le visage de la société et des mentalités de la Chine d'aujourd'hui: subordination de la femme, conditions des travailleurs issus d'une immigration des campagnes vers les villes, corruption de la police, survivance de croyances anciennes, et bien d'autres dont certaines sont évoquées si discrètement au passage que le lecteur peu sensibilisé risque de les occulter, j'aurai fait le tour de ce que je mettrais au crédit de cet ouvrage.

On l'aura compris, pour le reste qui en constitue la substance proprement littéraire, mes attentes auront été largement déçues.

Il s'agit du récit d'une jeune femme, Xiao'e, que la vie n'a pas vraiment gâtée, issue d'un milieu rural, qui au terme de ses études universitaires ne parvient à décrocher qu'un emploi subalterne de correctrice dans une agence de presse.Ses revenus modestes ne lui permettant pas de louer un appartement en ville, elle loue successivement des chambres chez l'habitant, et grâce à l'entregent de son amie Weina, finit par atterrir chez une vieille dame octogénaire, raffinée, juive très pratiquante, cette Léna dont le passé intrigue les deux jeunes femmes. La cohabitation ne sera pas toujours facile, la dame étant à cheval sur certains principes, mais néanmoins bienveillante sous sa réserve. La suite du récit reviendra sur le passé de Xiao'e, son statut d'enfant de la honte, fruit d'un viol, rejetée par le père, maltraitée, et nous contera ses expériences amoureuses souvent décevantes...
Curieux récit en vérité, qui glisse, de manière assez déroutante, d'une tonalité plutôt légère, traversée de pointes d'humour, donnant à voir une narratrice spontanée, rafraîchissante même si la vie ne lui fait pas de cadeau, à une tonalité beaucoup plus sombre, générée par un désir de vengeance obsessionnel à l'encontre du violeur de sa mère dont l'aboutissement réunira les deux femmes, elle et Léna, dans le partage de leurs lourds secrets.
J'avoue que cette seconde partie entachée d'un hasard peu probable et qui confine de mon point de vue au mélodrame m'a fait quitter le navire; j'ai lu la suite et fin à quai si je puis dire, totalement détachée de l'histoire et des personnages.
A la réflexion, l'écriture aura sans doute été responsable en grande partie de cette mise à distance. S'il est légitime de penser que les traductions ne rendent pas toujours justice au texte original, je ne crois pas qu'ici il faille incriminer la traductrice. Plus encore que porté par une langue plate et un style sans relief particulier, ce texte m'est apparu essentiellement factuel, écrit au ras des évènements ou faits matériels qui jalonnent la vie de la narratrice, sans véritable ouverture sur l'intériorité du personnage, créant un sentiment désagréable de vide, de superficialité. Et ce ne sont pas quelques remarques naïves, presqu'enfantines, un peu mièvres ou faussement poétiques qui auront infléchi ma perception.

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Des femmes attachantes

6 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 59 ans) - 4 janvier 2018

Zhao Xiao'e est une jeune femme bien seule. Orpheline après une enfance martyrisée, elle a suivi des études de philosophie, puis a trouvé un poste de correctrice dans une agence de presse. Sa seule ami est la rédactrice en chef Huang Weina.
C'est grâce à Weina que Xiao'e ne se retrouve pas à la rue à la fin de sa deuxième co-location. Elle demande à une vieille dame juive de louer une pièce de son magnifique appartement.
Après quelques frictions, la solitude des deux femmes va permettre un rapprochement respectueux, la jeune écoutant avec une admirative attention les conseils de l'aînée.
Car Xiao'e est jeune certes mais petite et chétive, malmenée par ses petits amis successifs, elle doute d'elle en permanence et il faudra toute la sollicitude discrète et pédagogue de la vieille dame pour lui donner confiance en elle.
Car discrète, elle l'est. Même interviewée par Weina, elle a tu son passé, son passé de femme juive russe émigrée dans cette région froide de la Chine.
"Nous avons un roman passionnant sous les yeux, mais hélas ! Nous sommes incapables de le feuilleter.
- que veux-tu, c'est elle l'auteur du roman. Elle a le droit de ne pas le publier. "

Une rencontre douloureuse et inattendue fera basculer la vie de Xiao'e. Weina sera là et partagera alors son secret, permettant à la jeune femme de s'appuyer sur elle.

Une gentille histoire d'amitié entre une vieille dame riche et solitaire et une jeune femme bien malmenée par l'existence.
Les personnages sont attachants (enfin, les femmes...), l'écriture est fluide mais malheureusement, l'intrigue trop convenue et les événements peu plausibles de la fin du roman ont gâché le plaisir que j'attendais de cette lecture.

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