Congo Inc : Le testament de Bismarck de In Koli Jean Bofane

Congo Inc : Le testament de Bismarck de In Koli Jean Bofane

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Rotko, le 2 décembre 2014 (Avrillé, Inscrit le 22 septembre 2002, 43 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (9 774ème position).
Visites : 2 048 

De quoi le Congo est-il le nom.

"Congo Inc", un roman foisonnant ! On fait la connaissance du pays et de la ville de Kinshasa via Isookanga, un pygmée (dire Ekonda), las de vivre dans la forêt et passionné par Internet. C’est un amateur de jeux de combat, occupation qui convient bien à ce « mondialiste », et en tout point conforme à la réalité congolaise dans son ensemble, puisque le pays sert de plaque tournante aux intrigues internationales.

L’ONU y envoie ses casques bleus pour calmer les tensions politiques : le Rwanda tout proche souffre encore des luttes Hutus et Tutsi. Les Grandes Sociétés y placent leurs prospecteurs économiques, et la Chine dresse l’inventaire des ressources minières qu’elle entend s’accaparer.

Le récit mène à la façon d’un thriller des intrigues parallèles où l’on suit des personnages représentatifs qui nouent bientôt entre eux des relations d’affaires ou de « loisirs ». Stupre et Lucre.

Avec Isookanga, on pénètre dans les bas fonds de Kinshasa et à des mutineries urbaines, avec Shasha la Jactance, jeune prostituée, on fréquente Mirnas, un militaire de L’ONU soucieux de ses petits plaisirs et de fructueux trafics. Bizimungu, mercenaire avide de soldes et d’enrichissements faciles, trouve son compte dans les places et la corruption officielles. Zhang Xia tient lieu de Chinois de service, sans bien maîtriser les trafics qui l’ont engagé, pratiquement à son insu.

On voit donc la vocation internationale du Congo au cours de chapitres courts et très vivants, leurs appellations relèvent parfois de jeux vidéos (« game over ») et sont sous-titrés en Chinois !

Toutes les intrigues se croisent et s’entrecroisent par les personnages, dans un récit très maîtrisé dont on appréciera l’ironie caustique dans les dialogues «  langues de bois officielles » et des situations cocasses. La variété des tons inclut des scènes dignes de Chester Himes, avec l’Église de l’Abondance Céleste, ou les ébats mouvementés d’un Ekonda avec une Africaniste…. En fait tous les épisodes servent un plat très pimenté, pour mieux faire accepter des scènes effrayantes et un contexte atroce.

La convoitise nourrit les prédateurs divers du Congo, depuis Léopold II jusqu’à nos jours, et le lecteur se demande comment le pays va se tirer des griffes internationales qui l’épuisent.

A mes yeux, les différentes femmes du récit, exploitées et abusées, nous en donnent une idée. Trop longtemps soumises, elles savent reprendre la situation en mains, et avec quelle vigueur !

Je suis donc enchanté de cette lecture, content que le Grand Prix du Roman Métis 2014 ait récompensé son auteur pour son livre "Congo Inc. : Le testament de Bismark".

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La terre est riche de nos morts.

9 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 57 ans) - 22 juin 2016

La terre est riche de nos morts.

Congo Inc traite d'un sujet vaste : le Congo.
Ce livre est un rude fourbi, un sacré touillage (expressions bien de mon coin) bref des histoires colorées qui s'entrecroisent et qui mènent exactement où l'auteur en a décidé.
Le Congo est vaste.
Il est le mélange de plus de quatre cents ethnies, donc finalement tout le monde est l'étranger de quelqu'un.
Le Congo est riche. Son sol regorge de richesses : le bois, l'eau et les minéraux stratégiques dont traite le fameux testament du Bismarck.
Mais le Congo fut, est et sera l'objet de toutes les convoitises, de tous les pillages et au final le pays est pauvre car les riches se sont servis et les autres, ma foi, attendent la pluie !
Alors dans la brousse l'antenne GSM a-t-elle tué le grand léopard ?
Ce directeur de la sécurité là-bas en Chine retrouvera-t-il le sourire de Gong Li ?


Si le roman devait ne pas trop plaire ne partez surtout pas sans avoir lu l'extraordinaire paragraphe qui relate la nuit d'amour entre notre héros Isookanga (un pygmée fraichement débarqué à Kinshasa) et Aube Martin (une "blanche" qui passe sa dernière nuit africaine avant son retour chez elle). Pour info page 188 à 198.
Le python le plus obtus de la création - celui qui n'a qu'un oeil - ruminait depuis pas mal de temps son animosité face à la condescendance de l'africanisme. Il prendra ici une curieuse revanche. J'en ris encore.

J'ai trouvé de troublantes similitudes avec "Là où la terre est rouge de Thomas Dietrich" notamment les passages sur le temple évangéliste, mais il doit s'agir de coïncidences ou d'une vue de l'esprit !

Un très bon roman !

Congo : pays riche et population misérable

8 étoiles

Critique de Ddh (Mouscron, Inscrit le 16 octobre 2005, 75 ans) - 25 janvier 2016

Congo = RDC (République Démocratique du Congo). Inc. fait penser à l’industrie, le business, la corruption. Une image du Congo d’aujourd’hui ?
Isookanga, de la tribu pygmée Ekonda, rêve depuis sa case à une vie « mondialiste » ; il veut sortir de son trou au sein de la forêt équatoriale pour vivre le 21ème siècle à la capitale Kinshasa, même plus loin si opportunité. Arrivé à Kin’, tout se bouscule : la corruption, les récits de massacres, la sexualité débridée. Autant de causes de catastrophes… Même les organismes internationaux ne sont pas à l’abri ni certaines Eglises qui prônent la Bonne Nouvelle mais aussi certaines dérives…
La précision des descriptions nous fait mieux découvrir l’horreur qui abrite ce pays vertigineux qu’est le Congo. L’auteur a-t-il exagéré ? On ne peut que le souhaiter pour les autochtones !

Une terrible réalité africaine

7 étoiles

Critique de Pacmann (Tamise, Inscrit le 2 février 2012, 51 ans) - 24 mars 2015

Le charme de l’écriture des auteurs africains est la découverte d’un autre vocabulaire, d’autres tournures de phrase, et le besoin d’user de mots ne se retrouvant pas dans le petit Larousse pour exprimer une réalité fleurie et fort éloignée de ce qu’on peut imaginer à travers notre prisme d’occidental.

Ce qui m’a plus dans ce bon roman :

- La vision du héros, certes éduqué, qui restait sur sa faim dans son village et qui espère naïvement que le monde va s’ouvrir à lui une fois arrivé dans la capitale congolaise, à l’image des œuvres picturales qu’on peut voir sur les murs de Kinshasa ;
- Un échantillon de toutes les tragédies de ce Congo décrites avec un détachement fataliste assez caractéristique et pourtant parfois colorée d’un humour typique ;
- Une œuvre qui mérite une véritable attention vu le contexte politique de la RDC à la veille d’échéances électorales pleines de tensions.


Maintenant, de là en faire un chef d’œuvre, c’est sans doute excessif, mais les personnes ayant une tendresse pour le continent noir ne pourront être déçus.

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