La garde blanche de Mikhaïl Boulgakov

La garde blanche de Mikhaïl Boulgakov

Catégorie(s) : Littérature => Russe

Critiqué par Saule, le 17 décembre 2003 (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 52 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (11 672ème position).
Visites : 3 631  (depuis Novembre 2007)

Grande et terrible fut l'année 1918...

"GRANDE - grande et terrible - fut cette année-là, mil neuf cent dix-huitième de la naissance du Christ, et seconde depuis le début de la révolution."

C'est avec un talent de conteur formidable que Boulgakov va évoquer ces années de guerre civile en Russie. Comme d'autres l'ont fait dans ce genre de roman, il part de l'anecdote pour évoquer des événements dont la grandeur dépasse l'entendement. A travers la vie d'une famille plus particulièrement : les Tourbine. Le frère aîné, Alexis, qui est médecin, le cadet Nikolka et leur sœur, la belle Hélène. Ensuite leurs amis, leurs voisins, et quelque autres.

Décembre 1918 : la ville est inquiète. La ville, pour un Ukrainien, c'est Kiev, mère de toutes les villes de Russie. Il fait froid : un froid de loup, inhumain, le Dniepr et la ville fument dans l'air gelé. Les canons tonnent aux abords de la ville mais personne ne comprend le sens de ces canonnades. Est-ce les bolcheviks qui arrivent de Moscou ? Ou le terrible Petlioura ? Petlioura : sous ce nom aussi laid qu'effrayant se cache un ancien repris de justice qui déboule sur la ville avec son armée de brutes. C’est la confusion totale : les allemands quittent la ville, l'état-major tsariste abandonne son armée, le mari d'Hélène Tourbine abandonne sa femme. Ce sont des lâches et Boulgakov ne pardonne pas la lâcheté.

"Grande et terrible fut cette année, mil neuf cent dix-huitième de la naissance du Christ. Mais 1919 fut encore plus terrible.". Car en effet Petlioura fuit la ville et les bolcheviks arrivent (les bolchaks disent les Ukrainiens) : la confusion est totale et les gens ne comprennent toujours rien à ce qui leur arrive. Qui répondra de tous ces morts lors du décompte final, le jour du jugement dernier ?

"Mais pourquoi tout cela ? Personne ne peut le dire. Quelqu'un paiera-t-il pour le sang versé ? Non. Personne. Simplement la neige fondra, la verte herbe ukrainienne sortira et flottera comme une chevelure de la terre... les épis splendides mûriront... l'air brûlant vibrera sur les champs, et toute trace de sang aura disparu. Le sang ne coûte pas cher sur les terres rouges, et personne ne le rachètera. Personne."

Répétons-le, Boulgakov est un conteur hors pair. Le style est particulier, il aime les onomatopées par exemple, il n'hésite pas à s’introduire dans les rêves de ses personnages non plus, comme celui de la sentinelle bolchevique qui arpente le quai le long de sa locomotive : Aller - Retour, Aller - Retour, luttant contre le sommeil qui serait fatal avec le froid atroce. On sent une humanité chez cet homme qui aime son pays, ses compatriotes et qui nous transmet cet amour, y compris celui mêlé d’une crainte respectueuse pour le terrible hiver russe.

Pour l'anecdote : Boulgakov a tiré une pièce de ce roman, "Les jours des Tourbine", qui a connu un immense succès. Cette pièce est la seule oeuvre de Boulgakov qui n'ait pas été censurée de son vivant. Cela serait dû au fait que Staline l'aimait beaucoup (il l'aurait vue 15 fois) et qu'il se serait dit que puisque les formidables Tourbines qui sont tsaristes n'ont pas pu résister aux bolcheviks, cette pièce avait au moins le mérite de montrer l'invincibilité des bolcheviks !

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Crépuscule et chaos

10 étoiles

Critique de Poignant (Poitiers, Inscrit le 2 août 2010, 51 ans) - 9 avril 2012

Décembre 1918. L'ex-empire russe est dévasté par la guerre civile entre l'armée rouge et les dernières troupes tsaristes.
Kiev, la capitale Ukrainienne, est restée à l'abri des combats. Les troupes allemandes l'ont occupée et installé le régime fantoche de l'Hetman Skoropadsky. Mais l'Allemagne est vaincue et retire ses régiments de la ville. Les bandes armées du nationaliste Ukrainien Petlioura passent alors à l'attaque...
Ce roman est la chronique des quelques jours qui vont faire passer les trois enfants de la famille Tourbine (Alexis, médecin militaire, Hélène, épouse d'un officier hetmaniste, Nikolka, jeune cadet mobilisé à la défense de la ville) du confort feutré de l'ère tsariste au chaos angoissant de la période révolutionnaire.
Boulgakov, écrivain bourgeois né en 1893, va malgré le bolchevisme rester en Russie et connaitre le succès à Moscou, pendant que Staline s'installe au pouvoir. Son écriture, riche et puissante, fait de ce roman écrit en 1925 le chant du cygne de la littérature classique russe. Digne héritière de celle de Tolstoï, Gogol ou Dostoïevski, elle est aussi par certains passages empreinte de poésie et de surréalisme. Contemporain de Maïakovski, Eisenstein et Prokoviev, Boulgakov fait partie de cette génération d'artistes qui a éclos en pleine révolution bolchevique et su s'exprimer malgré la censure et le totalitarisme.
« La garde Blanche » est un roman exceptionnel, trop méconnu. A lire et à faire lire.

Intéressant mais un peu décevant

6 étoiles

Critique de CC.RIDER (, Inscrit le 31 octobre 2005, 59 ans) - 25 octobre 2008

A la fin de l’année 1918, la révolution bolchevique a commencé sa marche triomphale en Russie. Des milliers de réfugiés affluent alors vers Kiev, capitale l’Ukraine où déjà gronde la guerre civile mais où les bolchevicks, mis en échec par le corps expéditionnaire allemand, piétinent dans la campagne alentour. Les Tourbine, petits bourgeois désargentés restés fidèles à l’ordre ancien bien que le Tsar ait déjà été assassiné, souhaiteraient bien abolir l’histoire et nier la marche inéluctable de la terrible « Roue Rouge » qui s’approche. Les deux fils, Nikolka et Alexis tentent de rejoindre les troupes de l’Hetman qui essaient de défendre désespérément la ville. Mais, comment lutter efficacement contre une armée formée dans l’ombre, soutenue par des puissances occultes et dirigée par un chef invisible, sorte d’Antéchrist quasiment divinisé par ses partisans ?
Livre mélancolique et désespéré, qui plus qu’une ode à la vieille Russie a pu passer pour la description de la pusillanimité, du ridicule et de la gabegie des forces opposées à la révolution. Ceci explique pourquoi Boulgakov a pu être publié, moyennant quelques passages censurés bien sûr, en URSS dans les années 20 et suivantes dans la pire période stalinienne. Il y a en effet une ambiguïté chez lui. D’un ton détaché et parfois ironique, il décrit le milieu contre révolutionnaire mais sans lui apporter sa caution et en ne cachant jamais ses faiblesses, ses lâchetés et son inaptitude à prendre son sort en main et à gouverner. Après un début assez réaliste, la deuxième partie sombre dans une sorte de pathos mystique dans lequel Dieu est souvent pris à partie. La fin relève carrément du fantastique. Alexis ressuscite et prend une véritable allure christique. On comprend que l’auteur ait choisi ce parti pris allégorique et métaphysique. S’il n’avait pas fait ce choix, son livre n’aurait jamais été publié ! Intéressant, mais un peu décevant quand même si l’on s’attend à un témoignage sur une période douloureuse ou à une épopée tragique…

Epoustouflant !

8 étoiles

Critique de Saint Jean-Baptiste (Ottignies, Inscrit le 23 juillet 2003, 81 ans) - 2 août 2004

Que peut-on encore ajouter après cette remarquable critique de Saule, sinon qu'il faut se laisser convaincre et lire La Garde blanche !
C'est littéralement grandiose et le style est époustouflant ! Ca raconte la prise de Kiev par les révolutionnaires soviétiques ; et à la manière classique de ce genre de roman, les évènements sont racontés à travers quelques personnages qui prennent vie sous la plume de Boulgakov et que nous allons accompagner durant ces terribles journées. L'auteur nous introduit dans leurs souffrances, leurs doutes, leur peur… Nous sommes "à l'intérieur" de leurs rêves et de leurs pensées… Nous sommes dans l'action, nous sommes dans la foule, dans cette ville outragée, où tant de sang sera versé …On se demande pour qui et pourquoi !
Tout est raconté dans un style précis et dense et qui par moment atteint une espèce de folie surréaliste ; je pense notamment à cet office orthodoxe, à la gloire des moujiks, dans la cathédrale Sainte Sophie …C'est hallucinant !
Et à travers tout le récit, on sent chez Boulgakov, une très grande humanité. On sent que cet auteur est épris de justice et de paix, de compassion pour son peuple et d'une grande commisération pour son malheureux pays.
Un grand roman, qui raconte un grand moment de l'histoire de l'humanité et qui trouve sa place dans la grande littérature du XXème siècle. .

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