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Crime et châtiment
de Fedor Mikhaïlovitch Dostoïevski

Catégorie(s) : Littérature => Les classiques , Littérature => Russe

critiqué par Saule, le 10 novembre 2003
(Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 44 ans)

La note: 10 etoiles
Moyenne des notes: 10 etoiles (basée sur 17 avis)

Lève toi et marche

Un mot sur l’histoire, pour ceux qui n’auraient pas encore lu ce livre. Raskolnikov, jeune étudiant, a une théorie particulière : il existe des êtres supérieurs pour lesquels la notion de mal habituelle ne s'applique pas. Cette élite est au-dessus de la masse obéissante des gens inférieurs et si pour atteindre un objectif noble une de ces personnes se voit obligée de commettre un crime elle peut et même doit passer outre les lois et les scrupules. Par exemple, est-ce qu'on accuse Napoléon d'être un criminel ? Bien sûr que non, au contraire on lui élève des statues.

Raskalnikov vit très pauvrement, il a arrêté ses études par manque de moyens, cependant il n'hésite pas à donner son dernier kopeck à une pauvre femme. Il est d'une grandeur d'âme immense, excessif cependant et orgueilleux. Il veut croire qu'il fait partie de cette élite et afin d'appliquer sa théorie il décide de voler et de tuer une vieille usurière, une femme malfaisante et inutile, d'utiliser l’argent pour réaliser de nobles desseins, ce qui rachètera amplement son acte. D'ailleurs en tuant la vieille il rend service au monde, en le débarrassant d'une vermine qui persécute les pauvres.

Toute les circonstances se mettent en place et jouent en faveur de la réalisation de son acte, ce qui fait dire que le diable s'en mêle. En plein délire, Raskalnikov sort de chez lui avec une hache et fracasse le crâne de la vieille. Commettre le crime est une chose, l'assumer une autre. Il est torturé par les dilemmes moraux, sa raison défaille. Il est seul, il ne vit plus dans le monde des hommes, il rejette sa mère et sa soeur qui l’adorent.

Le salut ne pourra venir que de Sonia, jeune femme d'une bonté immense qui se déshonore pour subvenir aux besoins des plus pauvres mais qui garde la pureté de coeur et du regard. C’est une martyre de la souffrance, l’incarnation de la foi ardente au Christ, une figure de la compassion infinie et d’acceptation de la souffrance qui porte son fardeau par amour du Christ mort sur la croix. Le jeune homme, respectueux de sa souffrance, s'agenouille devant elle et lui baise les pieds. Sonia veut sauver Raskalnikov, et pour elle son salut n'est possible que si il expie son crime, si il se reconnaît coupable devant tous, se met à genoux devant les hommes la face par terre. Elle l'encourage à porter sa croix.

Il faudrait parler des autres personnages : de Marmeladov, le père de Sonia, pauvre hère alcoolique qui meurt en laissant sa famille dans la misère totale. Du juge d’instruction Porphyre Petrovitch et du terrible jeu du chat et de la souris auquel il se livre avec Raskalnikov. De Svidrigaïlov, le pendant sombre de Raskolonikov qui lui ne trouvera pas la voie de la rédemption, et des autres personnages, tous fascinants, excessifs, outranciers, qui font de ce roman monumental une mine. Tout est démesuré : les personnages, les coups de théâtre, les scènes, les dialogues ahurissants qui se succèdent en feu nourri. On rit et on pleure. Sur l’épaisseur du livre on a du mal à trouver quelques longueurs, qui permettent de reprendre souffle, car sinon ce livre se lit d’une traite, avec feu. C’est une lecture qui secoue, qui remue au profond de nous car à travers ses personnages outranciers Dostoïevski nous parle de nos propres travers, de nos propres vies et interrogations. Le fond comme la forme atteignent un degré de perfection jamais atteint, on peut presque dire que ce livre rend les autres lectures insignifiantes.



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   Volume  Editeur/Collection  Pages  ISBN/ASIN  Parution  Amazon
Crime et châtiment Gallimard
Folio classique
728 2070392538 2003-11-10  go
Il y a 16 critiques éclairs sur ce livre
C'est... c'est... c....'...e...s...GRANDIOSE 10 etoiles

Geyser, claque, tsunami! Ca bouleverse, ça chamboule, remue ciel et terre, fait voir les pleurs du crucifié à l'origine du monde, le battement du coeur de l'amoureux, le rouge du sang, le blanc de la pureté. C'est grandiose, sublime, total. Ca embrasse tout l'alphabet, l'univers, le monde entier, de l'Alpha à l'Oméga. Un chef-d'oeuvre.

Matthias1992 (, Inscrit le 27 août 2007, 17 ans) - 8 septembre 2009


Inoubliable 10 etoiles

Crime et châtiment que j'ai lu trois fois reste pour moi le roman le plus fort dans tous les sens, passionnant à plusieurs niveaux, bref c'est le meilleur, point!

Martell (, Inscrit le 27 février 2004, 56 ans) - 10 mai 2009


Une galerie de sacrés personnages! 9 etoiles

Si j'avoue avoir une préférence pour les Frères Karamazov (du même auteur), la lecture de ce second livre (pour moi) de Dostoïevski s'est une nouvelle fois révélée être un régal.
Les baisses de rythme sont rare, entrecoupant des passages qui restent gravés dans la tête du lecteur provoquant chez ce dernier une fièvre l'empêchant de lâcher le bouquin!
Ces moments sont nombreux et intenses à l'instar des confrontations entre Raskolnikov et Porphyre Petrovich. L'on peut d'ailleurs comparer ces rencontres à une course poursuite verbale où le "héros" doit esquiver les insinuations et divers pièges tendus par le procureur. Pleines d'intelligence, ces situations d'extrême tension se dévorent et l'on en redemande.
Mais résumer Crime et châtiments à ce duel serait réducteur car comme pour les Frères Karamazov, l'œuvre est avant tout une galerie de personnages parfois atteints de folie, parfois d'une pureté aveuglante (Sonia) mais toujours humains et vivants. Ils peuvent inspirer le dégoût (Svidrigaïlov) et le moment d'après paraître proches de nous.
Il en résulte des bouleversements, des réflexions mais l'on vit sa lecture à travers ces personnages, les aimant finalement tous un peu... pour ce qu'ils sont.

Ngc111 (, Inscrit le 9 mai 2008, 23 ans) - 18 avril 2009


Amour et Foi 10 etoiles

La fin justifie-t-elle les moyens ? Ai-je le droit de tuer un être insignifiant et haïssable, si je peux grâce à ce crime accomplir ma destinée exceptionnelle ? Mais, terrible question qui en découle, ma destinée est-elle réellement exceptionnelle ?

Difficile d'écrire une critique argumentée de ce roman. Parfois le beau s'impose, et on perdrait son temps à trop vouloir l'élucider.

Des scènes inoubliables : le discours du père de Sonia à Raskolnikov, le meurtre, l'interrogatoire, les aveux à Sonia.

Un livre sur la folie et le désespoir, sur Dieu et le pouvoir des Evangiles, sur le salut d'un homme.

Et surtout, cette marche finale... ce regard... apothéose… à pleurer...

La plus belle histoire d'amour que j'aie jamais lue.

Jocelyn (, Inscrit le 19 septembre 2008, 26 ans) - 19 septembre 2008


Mort et résurrection d'un homme 10 etoiles

Avec ce livre, j'aborde enfin les grands chefs-d'oeuvre dostoïevskiens. Cette fois, Dosto met en scène un jeune homme rongé par la misère et l'échec qui croît pouvoir enfin se donner une chance de départ dans la vie en assassinant une vieille usurière qu'il tient comme un véritable vermine qui ne mérite pas de vivre tellement elle fait du tort aux pauvres gens qui viennent chez elle afin de mettre en gage leur plus précieux objets. Le jeune homme, avec l'argent obtenu, rêve de reprendre ses études de droit qu'il a dû interrompre faute d'argent. Il rêve aussi de pouvoir mettre sa famille à l'abri de la misère et du déshonneur et sauver sa soeur d'un mariage avec un homme qu'il déteste et juge vil et calculateur.

Mais Raskolnikov, avec ce crime, ne tue pas seulement une vieille femme mais c'est lui-même qu'il assassine. Dès lors que le crime est consommé, il sera torturé par la peur d'être découvert qui ne lui laisse pas une minute de répit, lui imposant par le fait même un châtiment digne de l'odieux acte qu'il a commis.

Dostoïevski aborde les thèmes qui lui sont chers dont l'existence de Dieu, le sens de la vie, la moralité, les préjugés sociaux, la lutte de l'homme pour la survie, la misère, la mort, le suicide, la débauche et enfin l'espoir.

Mais ce qui m'a le plus étonné de la part du personnage principale, c'est l'absence totale de remords envers son crime. Son seul regret, c'est d'avoir échoué dans son projet de vie nouvelle et de s'être livré lui-même. Mais avait-il le choix ? Non, car Raskolnikov est un être ambigue qui ne peut vivre avec la sensation de risquer à tout moment d'être pris. Le jeune homme ne se considère-t-il pas comme un être supérieure à l'abri des lois et dont la fin justifie les moyens ? Il a d'ailleurs commis un article sur le sujet qui explique avec éloquence ses idées nouvelles sur la justice sociale.

"Mon crime ? Quel crime ? fit-il dans un subit accès de colère. Celui d'avoir tué une vermine sale et malfaisante, une vieille usurière nuisible, qui suçait la sang des pauvres gens ? Un crime, ce meurtre qui devrait me valoir l'indulgence pour tous mes péchés ? Je ne le peux pas et ne songe nullement à l'effacer. Et qu'ont-ils tous à me crier de tous côtés : "C'est un crime, un crime !""

"Un sang que tout le monde verse, reprit-il avec une véhémence croissante. Il a toujours coulé, et il coule encore à flots sur cette terre ; les gens qui le répandent comme du champagne montent ensuite au Capitole et sont proclamés les bienfaiteurs de l'humanité."

Le personnage de Svidrigaïlov est aussi très intéressant. Il m'a rappelé le Victor du "Docteur Jivago" de par son côté lubrique, cynique et débauché.

Ce livre peut sembler pessimiste mais les dernières pages sont radieuses et remplies de joie de vivre. Des pages magnifiques qui m'ont émue. J'y ai reconnu le Dostoïevski de "Souvenirs de la maison des morts".

Un très grand livre

Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 54 ans) - 5 avril 2008


Un incontournable de la littérature 10 etoiles

J'ai lu ce roman 2 fois et chaque lecture a amené son lot d'émotions, de réflexions, ...

Dostoïevski sait faire jaillir de véritables illuminations au sein de la grisaille du quotidien.

Dostoïevski, c'est aussi l'incarnation de l'âme slave avec ses côtés tantôt fatalistes tantôt "révolutionnaires".

JEANLEBLEU (Orange, Inscrit le 6 mars 2005, 41 ans) - 24 novembre 2006


De l'ombre à la lumière 10 etoiles

Rodion Raskolnikov est étudiant et n'a plus pour famille que sa soeur Dounia et sa mère Poulkéria Raskolnikova. Installé à Petersbourg, Raskolnikov refuse ce qu'il considère comme un sacrifice destiné à payer ses études: le mariage de sa soeur avec le riche Loujine.

Torturé et orgueilleux, Raskolnikov va en arriver à tuer une vieille usurière et sa soeur afin d'obtenir l'argent nécessaire à ses ambitieux desseins de carrière. C'est d'ailleurs dans la bouche de Loujine que Raskolnikov entendra la démonstration de son geste fatal

La science, elle, nous dit: aime-toi d'abord toi-même, avant les autres, car tout au monde est basé sur l'intérêt individuel.... Une idée simple mais qui, par malheur, ne nous était pas venue pendant trop longtemps, repoussée qu'elle était par notre exaltation et notre inclination au rêve

Ce à quoi Raskolnikov répondra plus loin

Poussez les grands discours que vous venez de nous faire jusqu'à leurs conséquences, la conclusion sera qu'on a le droit d'assassiner les gens


La misère sociale s'oppose beaucoup à la pensée moderne dans Crime et châtiment, non pas pour excuser l'impardonnable mais pour justifier un geste extrême vu comme un appel au secours, un cri ultime et Razoumikhine, ami de Raskolnikov, d'évoquer une soirée ou les discussions étaient enflammées..
ça a commencé par l'opinion des socialistes. On la connait cette opinion: le crime est une protestation contre le défaut de la structure sociale


La duplicité de Raskolnikov est en permanence présente puisqu'il est tiraillé entre le remords incessant, pesant qui le pousse bientôt à une forme de folie intérieure et la justification de son acte par ses idées retrouvées par l'enquêteur Porphiri dans un article; voilà comment s'exprimait Raskolnikov dans un papier:

...il existerait sur terre, disons, certaines personnes qui ont le droit le plus total de commettre toutes sortes de désordres et de crimes et, soi-disant, elles seraient comme au dessus de la loi..... il y a les hommes ordinaires, c'est à dire un matériau, de nature conservatrice, respectueux de l'ordre, des hommes qui vivent dans l'obéissance, c'est leur devoir d'obéir. La deuxième catégorie, ce sont des hommes qui enfreignent la loi, ce sont des destructeurs. Les crimes de ces hommes sont relatifs et multiformes.... ils exigent la destruction du présent au nom d'un avenir meilleur


Pourtant cette pensée horrible de Raskolnikov va s'opposer à l'humanisme de Sonia. L'assassin et la prostituée se trouvent et chacun porte sa croix; Raskolnikov poussé à bout par Porphiri va sortir de son ornière et retrouver le chemin de la rédemption.
si je le laisse seul, si je m'abstiens de l'arrêter mais qu'il sache, à chaque heure que je sais tout... c'est le tournis qui s'y met, il viendra de lui-même

L'allégorie que représente la résurrection de Lazare mène aussi Raskolnikov vers la lumière, l'aveu; Dostoïevski montre encore ici l'importance de la religion, Sonia qui incarne la piété montre la voie de la raison à l'impie Raskolnikov sans pourtant le juger complètement.

Dounia va reconnaitre elle-même la possibilité du pardon dans l'horreur quand son frère lui dit: Je suis un homme vil Dounia
Un homme vil, mais qui est prêt à marcher vers la souffrance!... si tu t'en vas vers la souffrance, est-ce que tu ne laves pas déjà la moitié de ton crime ?


Crime et châtiment est donc une oeuvre merveilleuse là encore, marquée par le pardon et l'amour; ici rien n'est irréversible, l'espoir existe dans le désespoir, la lumière dans le noir, le souffle de la vie dans la phtisie et la moiteur de la mort.
Dieu y est toujours présent mais pas dans la moralisation et la bondieuserie mais l'amour des femmes de Raskolnikov, sa mère, sa soeur et Sonia. Le roman pose aussi la question de la lâcheté et du jusqu'au-boutisme au travers du parallèle qui est fait entre Raskolnikov et Svridrigaïlov (ancien employeur tyrannique de Dounia), ce dernier ayant lui aussi eu à faire à un remords qui le poussera vers un chemin que n'osera prendre Rodion.
Pour finir j'ai cru voir dans cette oeuvre splendide la certitude de la résurrection morale et spirituelle de Raskolnikov et ce même si le bagne doit en être son chemin de croix.

Oxymore (Nantes, Inscrit le 25 mars 2005, 38 ans) - 15 novembre 2006


Passionnant polar russe ;) 10 etoiles

Il est des "classiques" qui peuvent intimider. J'ai commencer ce roman en me demandant où j'allais mettre les yeux et en ayant l'impression d'avoir une montagne en face de moi; Et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir un livre au style extrêmement abordable et agréable à lire. J'avais lu, il y a quelques années, "Le joueur", qui m'avait peu intéressé et dont les personnages absurdes m'avaient agacé.
Ici, j'ai été captivé par l'intrigue en elle-même. Certes, il y a la profondeur psychologique des personnages et les questions philosophiques qui découlent de leurs actions et motivations(principalement Raskolnikov). Néanmoins, cet aspect-là ne m'a pas passionné. Non, ce qui m'importait était de savoir ce qui allait se passer. Et c'est aussi en cela qu'il est un chef d'oeuvre. Il peut également se lire au premier degré comme un roman policier. J'en vois déjà qui bondissent au plafond mais j'assume.
Alors bien sûr, on ne peut pas lire ce roman sans qu'il nous interroge sur l'âme humaine et "la morale": Raskolnikov capable du bien comme du mal, n'est-il qu'un petit arriviste qui se cache derrière une théorie fumeuse, devient on un surhomme en s'affranchissant et transgressant les règles morales pour se hisser au dessus du lot. Un meurtre est-il justifiable ? patati patata
Néanmoins cet aspect là , certainement révolutionnaire à son époque, et certes toujours d'actualité (c'est en cela qu'il constitue un "classique") m'a paru très scolaire (idéal pour le bac philo) et un peu trop sérieux (ceux qui sont redescendus du plafond peuvent y retourner). La réalité la plus sordide offre toujours un côté burlesque.
900 pages où on ne s'ennuie pas un instant et où on explore les "tréfonds de l'âme humaine" (

Wmgec (, Inscrit le 21 juillet 2005, 41 ans) - 10 novembre 2006


Raskolnikov, comme dans un miroir... 9 etoiles

Ce roman fait partie de ceux qui ont marqué ma (jeune) vie... Colossale rencontre.

Nous voici plongés dans les coins les plus secrets et sombres de l'âme humaine, par l'intermédiaire d'un être notablement sinueux et torturé, Raskolnikov. Jeune homme incarnant à lui seul tous les visages de l'humanité, ses contradictions surtout : égoïste et généreux, tour à tour courageux puis lâche, fier mais rongé de culpabilité, d'une intelligence aiguë mais d'une sensibilité exacerbée... Et c'est bien là le génie de Dostoïevski, rarement un être humain n'a été aussi bien décrit, cohérent dans ses incohérences, si singulier et pourtant universel, figure christique à la recherche de la rédemption.

Cette rédemption, Raskolnikov la cherche au milieu d'une galerie de personnage tous plus réussis les uns que les autres, chacun mettant en exergue un des aspects de sa personnalité, lui opposant chacun une nouvelle difficulté. Si le juge Petrovitch représente un grand danger pour notre héros (l'arrestation, preuve que sa théorie est fausse), qu'en est-il de Dounia, la soeur chérie, pourtant si menaçante dans son affection, dont les affaires conjugales, source d'inquiétude, le maintiennent autant dans la réalité qu'elles n'accentuent son délire ?

Cette rédemption, surtout, Raskolnikof la cherche au coeur de St Petersbourg, ville des villes, mouvante, suante, superbe et cruelle, grouillante de misère ; peut-être une des figures centrales du roman. Chaque rue, chaque bâtiment, chaque canal de la cité a son importance et fait écho des tourments internes de Raskolnikof. Pour trouver enfin la paix, il devra s'exiler au bout du monde, là où la machine humaine n'a pas encore corrompu le coeur des choses.

Cette rédemption, enfin, Raskolnikof la trouve en la personne de Sonia, seul ilôt de lumière au milieu de toute cette noirceur. Putain mais plus digne que bon nombre de ses contemporains (et des nôtres !!), elle seule tendra réellement la main à Raskolnikov, et touchera l'être sensible et juste qu'il avait perdu en lui-même. Toute imprégnée de sentiments fervents que soit la jeune femme, il ne me semble pas pourtant qu'il faille voir seulement une morale religieuse à cette incroyable histoire. (Moi qui suis une athée convaincue, cela me semble évident.) Sentence vieille comme le monde et pourtant tellement vraie, c'est bien l'amour qui sauvera l'âme "d'une prostituée et d'un assassin".

Pour être franche, j'ai mis près de neuf mois à lire C&C, mais il ne faut pas y voir un quelconque signe de lassitude, bien au contraire. Les grands livres se méritent, celui-ci en est un. Pour le savourer, l'apprécier à sa juste valeur, la concentration était nécessaire, j'ai pris mon temps. Peut-être aussi par peur de ce que j'allais y trouver, tant il est vrai que lire la vie de Raskolnikov est comme se regarder dans un miroir... Et si le salut était impossible ?

En résumé (j'ai encore trop écrit), une lecture difficile, mais incontestablement un chef d'oeuvre !

Neko (Paris, Inscrite le 19 août 2006, 21 ans) - 19 août 2006


chef-d'oeuvre incontestable 10 etoiles

« Crime et Châtiment » est un livre grandiose, une plongée étourdissante dans les tréfonds obscurs de l’âme humaine en général, et de celle de Raskolnikov en particulier. Raskolnikov, parlons-en. Quel personnage fascinant et subjuguant ! Il est froid, hautain, lointain, assassin et pourtant tellement humain ! Si vulnérable ! J’aime qu’un livre me fasse entrer en contact avec un personnage, que ce soit presque comme une rencontre ; et cette rencontre avec Raskolnikov est certainement l’une des plus belles. J’ai vécu avec lui, j’ai partagé ses peurs, ses angoisses. J’ai cru en ses espoirs. Parce que « Crime et Châtiment » est avant tout un livre sur l’espoir, je crois, comme en témoigne l’épilogue à la fois si simple et si bouleversant. On ne peut oublier aussi des personnages comme Razoumikhine et Sonia dont l’âme est si belle et pure et tellement romanesque. Un livre que tout le monde devrait lire au moins une fois dans sa vie.

Cléliadeldongo (, Inscrite le 21 juillet 2004, 21 ans) - 25 février 2006


Bien mais vraiment sans plus 7 etoiles

Je viens de finir les quelques 900 pages de l'édition Acte Sud et la première chose qui me vient à l'esprit c'est "Bof" ...

Je m'attendais à beacoup mieux, et à part les quelques phrases donnant de sages conseils je ne vois pas du tout en se livre le "chef d'oeuvre" de Dostoïevski. Un roman bien mais pas indispensable.

Eric64 dit de ce livre qu'il est "une bible à échelle humaine", je n'ai pas lu la Bible et je suis de plus athé, c'est peut etre pour cela que je n'apprécis autant que vous Crime et Châtiment.

Pro2501 (Paris, Inscrit le 21 septembre 2005, 20 ans) - 31 octobre 2005


De la démesure 10 etoiles

La démesure des personnages, travaillés à l'extrême, fignolés, achevés comme jamais, les personnages sont la force du roman... Criants de vérité, je n'ai pu m'empêcher de les croire assis là, à coté de moi, pendant ma lecture, le moindre de leurs gestes, de leurs paroles anodines, paraissent réels... En effet, leurs psychologie y est poussée à l'extrême, la moindre de leurs pensées fait partie d'un grand tout complexe, qui est la cause de toutes leurs actions, de tous leurs faits et gestes: tout s'emboite à la perfection...

Prenons par exemple le héros, Raskolnikov, auteur d'une théorie selon laquelle il existe deux castes de gens, ceux qui tuent pour la gloire et qui en ont le droit, et les autres, les "ordinaires" qui n'en ont pas la possibilité... En attestent ses paroles: "Je ne comprends décidément pas pourquoi il est plus glorieux de bombarder de projectiles une ville assiégée, que d'assassiner quelqu'un à coups de hache."

Après être passé à l'acte, le personnage se verra tourmenté, tombera malade, reniera sa famille... Il ne pourra plus vivre, et la moindre situation lui apparaitra comme un fardeau car ce crime qu'il transporte derrière lui ne lui laisse aucun répit... Par exemple la scène qui fait suite au départ du sinistre Pierre Illitch, durant le repas de famille, où Dounia le renie, et où tous ensemble, plein d'espoir, échafaudent des plans pour l'avenir... Raskolnikov lui, sait qu'il n'a plus d'avenir, il ne peut participer à cette conversation, il n'y a pas sa place et décide de tout quitter...

Loujine est quant à lui je trouve un des personnages les plus travaillés, machiavélique, cruel, son comportement vis à vis de la mère de Dounia, son affreux plan cherchant à discréditer Sonia, font de lui un personnage horrible... Cette dernière scène est poignante, remplie de compassion, émouvante...

Dernière chose: l'atmosphère. Etouffante et oppressante, représentative de ce que subit le héros, rongé par la culpabilisation et la résignation... L'étroite chambre dans laquelle il vit, la chaleur plombante de la ville, tendent à donner une atmosphère dérangeante et unique à l'oeuvre...

Je m'arrête là, mais c'est très difficile avec les romans de Dostoïevski: tous remplis d'humanité, d'humilité, de compassion. Un chef d'oeuvre qu'il faut impérativement lire...

Neithan (, Inscrit le 19 juin 2005, 22 ans) - 14 août 2005


Oui, il faut le lire! 10 etoiles

J'ai lu ce roman cet été. Je ne sais pas quelle traduction vous avez lue, moi je suis tombée sur celle d'André Markowicz (Au fait, y a-t-il de grandes différences d'une traduction à l'autre? Je serais curieuse de le savoir!).

J'ai particulièrement aimé:

A) La théorie de Raskalnikov concernant le crime (les "grands" de ce monde qui pourraient se salir les mains pour arriver à leurs fins).

B) La transformation psychologique du personnage du début à la fin.

Isabe (Montréal, Inscrite le 14 juillet 2004, 34 ans) - 4 août 2005


les affres de la souffrances 10 etoiles

Etonnant récit, "crime et châtiment" dépeint les méandres de l'esprit humain et brosse sans détour, par l'entremise de son héros charismatique Raskolnikov et des autres personnages tous éloquents, les grandeurs et les bassesses de l'âme; à un point tel qu'il est parfois difficile même de ne pas voir sa propre image, sa propre conscience.
La vie, l'amour, le mal, la justice, la conscience, la foi, la mort, autant de sujets essentiels passés au crible sous l'oeil éclairé et à la réflexion tendue d'un maître et qui font de ce livre une bible à échelle humaine, c'est à dire sans subterfuge ni démagogie.
Dostoïevski, maître du suspens, vous fera sortir du "troupeau" pour mieux vous y ramener...

Eric64 (Biarritz, Inscrit le 13 janvier 2005, 42 ans) - 13 janvier 2005


IMMENSE 10 etoiles

je ne pense pas avoir les capacités et l'intelligence pour pouvoir exprimer ce que je ressents a propos de ce livre :) mais lisez le absolument quoi qu'il en soit, on ne doit pas mourir avant d'avoir lu ce chef d'oeuvre...que dire de plus...je ne sais pas...

Emmanuel_S (, Inscrit le 2 février 2004, 26 ans) - 2 février 2004


Excellente critique 10 etoiles

Pour un des livres essentiels dans l'histoire de la littérature mondiale. Je dois cependant avouer avoir encore préféré "Les frères Karamazov" qui vont encore plus loin dans la recherche de la morale, de la religion, de l'homme et de sa nature profonde. Yvan le philosophe, Sergeï la force et la passion, Aliocha le religieux, un père aussi vorace et sans scrupules que Sergeï et, bien sûr, une femme superbe pour secouer tout cela...Voilà un coktail détonnant pour un livre qui lance des pistes à la pensée et l'intelligence et cela dans de multiples directions.
Comme je comprends la fin de la dernière phrase de Saule ! Oui, il y a des livres qui donnent la sensation que les autres lectures sont de peu d'importance à côté de celle-là. Mais, heureusement, ce n'est pas le cas car, en lisant beaucoup, en choisissant bien, on découvre de nouveaux chef-d'oeuvres sans pour cela qu'ils n'effacent les précédents: ils se complètent. Oui, les géants de la littérature mondiale se complètent et qui dirait que Camus, Yourcenar, Dostoïevski, Malraux, Zola, Kadaré, Mishima, Kawabata et bien d'autres n'ont pas cherché la même chose: qu'est ce que l'homme, Dieu existe-t-il ? et, si oui, quel est son rôle ?, quel est le but de l'existence humaine ?, pourquoi la morale ?, pourquoi pas le suicide ? etc. Et tout cela, avec des styles d'écritures les plus beaux ou les plus efficaces qui soient. Oui, il est des livres qui font douter qu'il puisse y en avoir de meilleurs. C'est pourquoi on les lit plus d'une fois... On ne peut se résoudre à s'en passer, à les laisser croupir entre deux autres et à prendre la poussière. Il n'est pas de mois où je n'en prends pas l'un ou l'autre en mains et le feuillette pour en relire les phrases importantes soulignées lors de mes lectures. Ils continuent à vivre... Malheureusement, il me semble parfois que notre époque du "tout pour la consommation" et de l'éphémère ne nous produit plus autant de grands auteurs qu'auparavant et que nous en venons à nous extasier sur des choses bien plus fades et faibles faute d'autre chose.

Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 65 ans) - 10 novembre 2003



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  Traduction > Laquelle est la plus fidèle au texte original ? 48 Pro2501 28 octobre 2009 @ 13:08

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