Il faut croire en ses chances de François Szabowski

Il faut croire en ses chances de François Szabowski

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Gregory mion, le 3 août 2014 (Inscrit le 15 janvier 2011, 38 ans)
La note : 10 étoiles
Visites : 2 287 

Le quotidien et les rêves.

Dans l’œuvre déjà prolifique de François Szabowski, ce roman constitue un segment peut-être moins fantaisiste, ce qui ne l’empêche pas d’interroger quelques sujets récurrents : la figure du héros moyen qui cherche à triompher, la déshérence des villes, les relations familiales et l’acte créatif. Alors que ces différentes facettes pourraient motiver une écriture trop démonstratrice, l’auteur ne tombe pas dans cet écueil et propose un vocabulaire équilibré, presque domestique, ce qui évite la tentation du sociologisme, laissant au lecteur l’opportunité de comprendre les événements comme s’il regardait une photographie. C’est pour ainsi dire par le trou de la serrure que l’on entre dans la « petite » aventure des époux Martinez, et l’intérêt va croissant parce que, justement, toute grande aventure commence derrière les apparences de la tranquillité. Ce livre prolonge donc une expérience que l’on a tous faite : il se promène dans une résidence pavillonnaire, il jette son dévolu sur une maison, puis il recense une somme de vices, sans oublier bien entendu de mentionner quelques vertus passagères.
Jean Martinez aura bientôt cinquante ans. Il est marié à Florence et leur liaison date du lycée. Il est enseignant à Limoges. Il pratique le tennis amateur en quatrième série et il a publié plusieurs romans de « terroir ». Autant dire que ce sont là les preuves incontestables d’une vie rangée. Les Martinez ont par ailleurs deux enfants qui étudient à Paris et parmi les questions qu’ils peuvent encore se poser, ils se demandent s’il serait pertinent de reprendre un chien. Cette sérénité ne tardera pas à battre de l’aile lorsque l’éditeur de Martinez, un parisien nommé Picard, va lui proposer de changer son fusil d’épaule. L’éditeur conseille à Martinez de se concentrer sur des thèmes littéraires plus fédérateurs que le terroir : le sexe et les camps de concentration – point de Godwin atteint, tout le monde est content.
Si dans un premier temps Martinez n’estime pas posséder l’expertise suffisante pour s’attaquer à des monuments aussi topiques, il se convaincra peu à peu de sa chance, passant d’un état général d’incrédulité à un état de sincère fanfaronnade. Outre les signes classiques de la confiance en soi que le roman explore parfaitement, on retiendra l’excellence des épisodes tennistiques, qui non seulement rappellent les fantaisies textuellement sportives d’un Witold Gombrowicz, mais qui évoquent aussi subtilement les nouvelles intentions de Martinez. Sublimé par son projet de littérature pornographique dans les camps, Jean Martinez écrase ses adversaires au tennis, et chacun de ses points gagnants constitue un écho de ses succès fantasmés, une manière de rendre épique une situation par ailleurs tout à fait flegmatique, car on sait que les balles du tennis amateur n’avancent que dans la tête de ceux qui les frappent.
Ainsi se produit un décalage entre les représentations homériques de Martinez et la description impassible de son univers. Reste que dans ce genre de milieu, les rêves sont souvent bornés par la robustesse du quotidien, et dès lors que Martinez a mis le pied dans un bain qui ne lui ressemble en rien, on le voit se rétracter et revenir à une vision davantage modérée. Certes il a pu atteindre des « sommets », cependant ce n’étaient que des apogées déjà incluses dans le schéma de sa vie, et non des montagnes qu’il serait allé chercher dans un pays reculé, invisibles et sans doute impensables pour quelqu’un comme lui. On suppose dès lors que son nouveau roman ne fera qu’un bruit confidentiel, et c’est à bon escient que F. Szabowski laisse la question ouverte, l’essentiel se situant à un autre niveau de lecture.

[G. Mion est auteur et traducteur chez les Éditions Aux Forges de Vulcain]

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