République Terre / Republik Erde de Odile Caradec, Claudine Goux (Dessin)

République Terre / Republik Erde de Odile Caradec, Claudine Goux (Dessin)

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Poésie

Critiqué par Cyclo, le 24 avril 2014 (Bordeaux, Inscrit le 18 avril 2008, 72 ans)
La note : 10 étoiles
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Livres de poésie / livres de peu de bruit ?

Odile Caradec nous livre ici un concentré de sa poésie, une sorte d'anthologie, publiée en Allemagne, en édition bilingue. Du bonheur à l'état pur !
On sait bien que, sans doute, pour écrire un poème, aussi bien que pour le lire et l’apprécier, le silence est nécessaire, et le soir, et la nuit, et le petit matin aussi, quand on n‘est pas encore entré dans la folie de la course du quotidien ou quand on n‘y est plus. "Je voudrais entendre le bruit que fait la peau en poussant", affirme notre poète, qui se lève pour "éprouver notre verticalité", et retrouver la respiration de la vie, claire et dense : "Ah ! Que ma poitrine soit la proue du navire". Quoi de plus naturel, de plus déstressant que la respiration, ce que les comédiens ou les yogis – et les poètes – savent : "Respirer vaut fumer, engloutir l'air bleu / l'air vert, l'air jaune". Ainsi elle peut "capter en sourdine les eaux furtives du poème". A-t-on remarqué que la fluidité des vers des poètes en général, de ceux d'Odile en particulier, les fait couler comme un ruisseau, une rivière, un fleuve, ou comme la mer même, souvent présente d'ailleurs, chez notre auteur qui ne renie pas ses origines bretonnes ? Et elle peut célébrer cette joie de vivre, au réveil : "Ô la belle matinée de ciel tout entier / j'ai deux cornes de joie sur le front", quand elle peut affirmer avec certitude que "débarque au plus profond / de toi la balle de lumière", puisque cette lumière que nous possédons tous en nous, cette lumière qui, analogue à "la neige, peau lumineuse du silence", est peut-être la part de Dieu en nous, ou en tout cas notre part de création. Et qui permet au poète, comme à tout être humain de se trouver : "tu es de plus en plus étonnée d'être celle que tu es", souligne-t-elle avec surprise, car "tu ne t'es jamais habituée à toi-même".
Et c'est la jubilation : Odile nous rappelle que "manger dormir marcher ne sont que choses vaines / Ce qui est primordial c’est que bondisse ma cervelle". Ah ! Quand "soudain je deviens plus grande que la chambre", le poème va venir, entrer en scène, comme une scène inédite dans notre théâtre intérieur : il ouvre toutes les portes, comme "le bel E muet […] l'E muet, irremplaçable, qui plane", et que l'auteur célèbre ici, comme sont célébrés ses amis les poètes : "J‘ai traversé la rade de Brest avec Saint-Pol Roux / Cape et chapeau magnifiaient l’Atlantique". Car ce qui compte, avant tout, c'est l'ivresse d'écrire, dans toutes les situations : "J'accroche des poèmes au derrière des automobiles", par tous les temps : "bientôt la neige me fera dériver vers la poésie", avec parfois une sorte de rage de prédateur cherchant ses proies parmi les mots : "En vain j'avais battu les pages / et voici que je trouve un poème-faucon / Moi, la proie, j'accepte d'être emportée / dans le cœur froid de l'air". C'est une écriture de promeneuse solitaire : "on te voyait marcher dans tes poèmes", qu'il s'agit de capter à tout instant, de ne pas laisser échapper : "Un carnet furtif m'accompagne / il ne fait pas de bruit", dans le silence propre à la marche, à l'observation, aux pas qui s'ajoutent les uns aux autres, et pendant lesquels l'auteur remarque : "Il n'est que de tourner les pages / d'absorber tous les blancs / d'engranger le silence", pour aboutir à cette merveille : des "Livres de poésie / livres de peu de bruit". Mais qui sont aussi des livres charnels, concrets, proches de la fabrication artisanale : "Sinon modeler de la terre, / des poèmes, des notes / et du charnel aussi", des poèmes faits à la main qu'explore "l'extrême pointe de nos doigts / là où est le toucher / ce Finistère de nos corps", poèmes qui guérissent aussi des petites douleurs du vieillissement : "Et moi qui ai mal aux articulations / à force de me rouler / dans l'herbe humide / j'ai besoin d'un poème acupuncteur".
Un poème entier, pour donner le goût :

"Ne rien rater par soleil rayonnant
se fondre dans la splendeur de l’herbe
dans la terre qui vibre et flamboie
Être un humain complet
Réservoir d’oxygène
pour tout le sang du monde
Je vais passer ce jour en compagnie d’une fleur
d’hibiscus
Inaudible le bruit du sang dans une assemblée
d’hommes"

Un magnifique recueil, lisible par tous, et qui nous honore.

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