Esprit d'hiver de Laura Kasischke

Esprit d'hiver de Laura Kasischke
(Mind of winter)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Yotoga, le 16 mars 2014 (Inscrite le 14 mai 2012, - ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (10 502ème position).
Visites : 4 132 

La Sibérie - les centres d'adoptions - les poules et les roses

Ce livre est mon premier de Kasischke, je le classerai dans les romans psychologiques.
Holly se réveille en ce matin de Noël beaucoup trop tard que prévu : elle doit encore préparer tout le repas pour les invités et il est déjà 11h. Son homme, Eric, part pour chercher les beaux-parents à l’aéroport, la neige tombe dehors, la journée commence.

Par flashbacks interposés, Holly raconte l’adoption de Tatiana en Sibérie. Elle aime tellement cette enfant, qui aujourd’hui a 13 ans et est en pleine crise d’adolescence. Dès les premières pages, le lecteur se rendra compte rapidement que les crises d’adolescence n’en sont pas et que la mère a beaucoup plus de problèmes d’interprétation de silences ou de projection de peurs personnelles que la fille qui semble tout à fait droite dans ses réactions. Page 116 « avait-elle besoin de se comporter comme un petite garce moralisatrice le jour de Noël ? Est-ce que tout devait tourner autour d’elle ? N’y avait-il pas en elle une once de gratitude ? » Ces mots, prendront une autre signification à la fin du livre.

Holly remonte très loin dans ses pensées et elle finit par perdre pied psychologiquement. L’écriture est très riche en images, Holly essaie de laver une tache sur le sol sans tout de suite comprendre que c’est sa propre ombre, qu’elle veut s’effacer elle-même, page 147 « Maman, tu essaies d’effacer ton ombre.»

Dans ces pensées, Holly relate la maladie qu’elle a subi à 22 ans, ablations de la poitrine et des ovaires étaient nécessaires pour survire cette maladie génétique qui a tué sa mère et sa sœur. En adoptant Tatiana, elle veut couper ce lien avec la maladie et désembrayer le destin tracé. Tatiana est saine elle, solide, elle n’a jamais besoin d’aller chez le médecin, d’ailleurs Holly ne l’emmène jamais chez le médecin, elle est en pleine forme, elle.

Holly n’écrit plus de poèmes depuis l’arrivée de Tati, elle comble son quotidien autrement, elle a un blocage. Page 206 « son blocage venait de toutes ces heures passées derrière le volant d’une voiture, à se rendre au bureau pour rédiger ses dix millions de mémos de directrice commerciale par jour au lieu d’écrire des poèmes, et à aller à l’épicerie, revernir à la maison, s’occuper de Tatty et d’Eric, aller se coucher pour se réveiller le lendemain et refaire la même chose. Quand aurait-elle pu trouver le temps d’écrire, qu’elle soit bloquée ou pas ? »

Mais… « Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux. »

Les thèmes abordés, l’adolescence, le désir d’enfant et d’adoption/ le désir de cet enfant et l’adoption, le rejet de secrets et l’abandon de sa vie passée, ne se résolvent qu’à la fin du livre. Pour ceux qui aiment lire la dernière page avant, ici, ne le faites pas. Gardez le voile jusqu’au bout. Vous ne serez pas déçus.

Quand la tempête de neige commence que les invités sont en retard, j’ai beaucoup pensé au « diner de moules » de Birgit Vanderbeke et dans les esprits de descente psychologique, ce livre ressemble à « la petite robe de Paul » de Philippe Grimbert.
« Esprit d’hiver » est dérangeant et poignant.

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Dans un état cotonneux

9 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 63 ans) - 24 octobre 2017

Vous savez, quand la neige tombe depuis longtemps déjà, sans discontinuer, qu’elle s’accumule au sol, qu’elle unifie le paysage en une gangue blanche uniforme, les sons aussi se modifient. Ils vous parviennent étouffés, comme transformés, au ralenti.
He bien, Laura Kasischke parvient à rendre cette ambiance et cette atmosphère – et pas seulement parce que les deux protagonistes sont bloquées dans leur maison par la neige. On (le lecteur) ne sait pas trop quoi prendre au sérieux. On est déstabilisé par petites touches successives et les sons et les couleurs et les sentiments ne se trouvent manifestement pas à la place où ils devraient se trouver. C’est très fort de parvenir à instiller progressivement ce malaise simplement par suggestions ou micro-détails !
Holly et Eric ont fait le voyage pour la Sibérie à deux reprises, il y a treize ans, depuis leur Michigan pour se rendre dans un orphelinat des plus lugubres afin d’adopter un bébé. « Une » bébé en l’occurrence, il s’agit de Tatiana, leur fille de quinze ans maintenant. Aujourd’hui c’est Noël, famille et invités doivent arriver pour le repas de Noël et Holly se réveille un peu tard pour mener à bien tous les préparatifs. Eric, pour sa part, est parti récupérer la famille. Tatiana, quant à elle, prolonge carrément sa nuit. Holly est donc perturbée, pas dans son assiette (et nous avec, très vite), d’autant que, consciente qu’elle aura du mal à assumer la préparation du repas, elle ressasse en permanence le sentiment que quelque chose les a suivis depuis la Sibérie. Sibylline affirmation qui contribue à faire monter le malaise chez le lecteur.
Et puis il neige. Beaucoup. Eric ne revient pas, il est bloqué. Les invités se décommandent –trop dangereux de rouler dans ces conditions. Le huis clos mère/fille s’intensifie et les incohérences avec …
C’est remarquablement installé par Laura Kasischke, à vous faire redouter la prochaine journée de Noël sous la neige !

Noël blanc

7 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 60 ans) - 5 septembre 2016

Holly se réveille très tard en ce jour de Noël, un peu étonnée que sa fille Tatiana ne soit pas déjà au pied du sapin pour la traditionnelle remise des cadeaux ; mais Tatty a déjà 15 ans et s'est sagement rendormie.
Alors que son mari Eric part en urgence chercher ses parents à l'aéroport, Holly se met difficilement à la préparation du repas pour toute la famille, frères et belles-sœurs, collègues et amis. Beaucoup de travail et beaucoup de retard.
Et sa fille qui fait la tête, qui boude, qui répond à peine. Qui s'emporte, qui observe, qui juge
"Je sais ! Je sais ! Mais tais-toi donc ! Je ne veux rien savoir de tes histoires ! Je ne veux pas que tu me racontes tes erreurs ! Je ne suis pas du tout comme toi !"

Le blizzard va isoler mère et fille dans un face à face tendu.
On retrouve dans ce huis clos, tous les questionnements, les doutes, l'ambivalence des sentiments d'une maman face à une ado rebelle, désabusée, la moue méprisante.
L'énervement ou la patience, la remontée des souvenirs heureux de la petite enfance, l'adoption de leur fille en Sibérie.

Le début du roman est assez classique ; j'ai été intéressée sans être passionnée par la répétition des événements, la culpabilité de la mère, exacerbée par le fait de ne pas être la mère biologique, les souvenirs heureux, sa maladie, sa propre enfance et la volonté d'offrir à sa fille une autre enfance

Mais, rapidement, on ressent un malaise devant une situation de conflit qui dégénère, des scènes surréalistes, d'étranges révélations...on se demande si on a bien lu, tout compris...
Le lecteur ne sait plus trop ce qu'il faut en penser, de cette femme qui semble sombrer dans la folie.
Et surtout, le lecteur ne voit rien venir (enfin moi !)

Si j'ai hésité en commençant ce roman, j'avoue que la page finale m'a fait reprendre la lecture de certains passages. Un roman très marquant où on retrouve de nombreux points communs avec "Un oiseau blanc dans le blizzard" ; l'isolement imposé par le blizzard, dans une ambiance feutrée, silencieuse, l'adolescence, les relations familiales. Un univers marqué et un sens de la construction très, très efficace.

Bizarre...

3 étoiles

Critique de Cristina21 (, Inscrite le 7 décembre 2014, 45 ans) - 7 janvier 2015

Bien que je n'ai pas accroché dès le début, je l'ai lu jusqu'à la fin... une fin surprenante, qui je le reconnais, à laquelle on ne s'attend absolument pas.

Je ne dirais pas que l'histoire est inintéressante mais je ne le conseillerai pas.

angoisses parentales

10 étoiles

Critique de Teacher1 (, Inscrit le 21 juillet 2012, 52 ans) - 23 septembre 2014

Ce roman ressemble à une très grande nouvelle: elle en a la concision et la précision de la langue, l'angle d'attaque ( avec une quasi unité de lieu et de temps, avec des flashbacks qui étoffent cette forme pour en faire un roman) et la fulgurance du dénouement. Mais rien n'est artificiel , et même cet ultime retournement n'est pas qu'une pirouette habile et narrative mais ajoute à l'aspect à la fois inquiétant et fantastique de cette plongée dans les affres des angoisses existentielles de tout parent. Le ton général est d'autant plus troublant que parfois il s'apparente à une chronique douce amère et avec des notes d'humour du conflit de générations, de la crise d'adolescence et de la frustration du vieillissement, ainsi que des questionnements de l'adoption. Mais le tout est nimbé de tension à la limite du fantastique qui transcende ce récit pour en faire une plongée intime dans l'angoisse existentielle de l'état de parent, entre non-dits et refoulements, amour et culpabilité, fantasmes et réalité de la mission.

Esprit tourmenté

9 étoiles

Critique de Killing79 (Chamalieres, Inscrit le 28 octobre 2010, 39 ans) - 28 août 2014

« Esprit d’hiver » c’est avant tout une atmosphère. Laura Kasischke nous enferme dans cette maison isolée, pour nous laisser découvrir l’étrange relation entre la mère et la fille. Au fil des pages, le malaise est de plus en plus présent. Les événements vacillent continuellement entre tendresse et tension. Les pensées de Holly sont parfois sensées et maîtrisées mais parfois deviennent déstructurées et incohérentes. Cela crée un univers inquiétant dans lequel je me suis laissé emporter avec un plaisir malsain. J’ai été ballotté entre fantastique et angoisse tout au long de l’histoire.
Avec une écriture efficace, Laura Kasischke est à classer dans les écrivains de purs romans noirs que j’affectionne particulièrement. Elle fait donc dès aujourd’hui partie de mes auteurs à suivre grâce à ce petit bijou sombre, qui m’a oppressé jusqu’à la dernière ligne.

Les ombres du passé

8 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 27 mai 2014

Il est des jours comme ça où on se réveille avec des drôles d’impressions, avec quelque chose qui vous poursuit.

Pour Holly, en ce matin de Noël, c’est une phrase qui la hante, de façon récurrente tout au long de la journée « quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux ». La Russie, le pays où Eric et Holly sont allés, il y a 13 ans, chercher leur fille adoptive Tatty, que, ce matin, Holly ne reconnaît plus tant son attitude à son égard s’est brutalement modifiée. C’est une adolescente hostile, déroutante, inexplicable qui se présente à elle aujourd’hui, en ce jour où elle aurait tant besoin d’elle, habituellement si docile .

Le face à face mère-fille est difficile pour Holly qui revit, par flashes, les étapes de l’adoption dans le sordide orphelinat de Sibérie, et qui tente de faire remonter à la surface « la Chose qui avait expliqué toutes les tragédies inexpliquées des dernières années », qui se terre à son insu au plus profond d’elle-même, dont elle sent qu’elle est la cause de tous les échecs de sa vie de femme. Elle est une mère dépassée, une femme mutilée et une poétesse ratée. Triste bilan !

Tout se resserre en elle et autour d’elle dans cette maison coupée du monde, encerclée par des congères de neige qui montent progressivement le long des fenêtres et diffusent une lumière blafarde. La famille et les amis qui devaient arriver annulent leur visite. Les images du monde d’avant envahissent son esprit, augmentent sa fêlure intérieure, parasitent son regard et entraînent le lecteur dans un huis clos à la fois étouffant et cauchemardesque. Il se trouve destabilisé, dans un flottement, comme dans un entre-deux, entre fantasme et réalité. Que se passe-t-il exactement ? Quelle est la clé du malaise diffus qui se développe? Laura Kasischke la suggère mais c’est au lecteur lui-même, selon son propre regard sur chacun des 2 personnages, d’en construire les raisons et le déroulement .

Un roman familial où l’étrange grandit peu à peu et qui se transforme en thriller psychologique.

"Ce qui m’intéresse c’est le refoulement, le déni, les souvenirs oubliés, la façon dont l’inconscient nous travaille au quotidien dans la fausse quiétude de l’univers domestique", confie Laura Kasischke dans une interwiew au journal Le Monde .

à lire et relire

7 étoiles

Critique de Joanna80 (Amiens, Inscrite le 19 décembre 2011, 63 ans) - 20 avril 2014

Yotoga a déjà écrit le résumé, je ne le répète pas. Quelques longueurs, mais malgré ça, on n'a pas envie d'arrêter le livre. Quand on est une maman, on comprend Holly pendant un bon moment, mais plus on avance dans l'histoire, plus on a du mal à se mettre à sa place. Très bon roman, très psychologique et bravo à l'auteur qui nous tient pendant 275 pages d'une histoire qui décrit une journée avec 2 personnages.

Comme dit déjà, ne regardez pas le nombre de pages pour éviter de voir la fin. Un livre qui donne envie de le lire 2 fois de suite, vous allez comprendre pourquoi.

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