Le Diable et le bon Dieu de Jean-Paul Sartre

Le Diable et le bon Dieu de Jean-Paul Sartre

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Théâtre

Critiqué par Jules, le 26 mai 2003 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans)
La note : 8 étoiles
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Tellement dense qu'on ne peut tout aborder...

J'aborde cette critique avec beaucoup de difficultés tant le nombre des idées qui y sont abordées est nombreux. Tantôt on comprend très bien où Sartre veut aller, tantôt certaines lignes, sous sa plume, ne peuvent que nous étonner car elles semblent contredire la réalité de ses engagements personnels. En fait, il me semble que ces dernières ne sont qu'un exemple de l'aveuglement dont il a fait preuve dans certains de ses engagements politiques personnels.
Il me semble évident que des romans, ou des pièces de théâtre, qui n'ont pour but que de défendre des idées ne peuvent pas être critiquées sans aborder leurs idées.
Quant à l’histoire, elle est assez simple à résumer.
Goetz est un de ces grands capitaines qui ont ravagé tant de villes et de campagnes au moyen-âge. Nous le trouvons tout d’abord au service d'un Archevêque pour le compte duquel il fait le siège de la ville de Worms qui s'est révoltée contre ce dernier. Au passage, Goetz, fils bâtard par sa mère, combat dans le camp opposé de celui d'un autre capitaine, Conrad, qui se trouve être son frère.
Celui-ci sera vaincu, et tué, par l’armée de l'Archevêque, mais, malgré la demande de son commanditaire, Goetz n'entend pas lever son siège et envisage de prendre Worms la nuit même, piller la ville et massacrer tout ce qui bouge. Tel est son bon plaisir et, bien sûr, le plus vif souhait de ses troupes.
Goetz s’acharne à faire le mal pour le mal, tel est sa façon d'être et il n’entend pas à en changer malgré les supplications de certains, dont Nasty. Ce dernier est un personnage important dans cette pièce car il est vraiment le seul à vouloir sauver le peuple, mais il le fait au travers d'une vision politique à moyen ou long terme à laquelle Goetz ne peut, ni ne veut adhérer.
Soudain, Goetz a une idée : il propose de se vouer dorénavant au bien avec le même acharnement qu’il s'est voué au mal pour autant que Dieu lui fasse un signe. C’est un coup de dés qui en décidera et il part du principe que là serait le signe envoyé par Dieu. Il perd et se vouera donc au bien, lèvera le siège et sauvera Worms et ses habitants. Mais il a triché pour gagner !
Nous le retrouvons quelques mois plus tard, alors qu'il tente de créer un monde idéal où chacun serait l'égal de tous et dans lequel on ne se bat plus, même pour se défendre. La guerre entre les nobles et le peuple fait rage autour de lui.
Assez logiquement, nous cherchons, dès le début, les idées existentialistes de Sartre, à savoir que Goetz devrait poser des actes, en toute liberté, par lesquels il entendrait se définir. Elles ne sont pas flagrantes, car il ne cesse de dire qu'il est programmé ainsi et qu’en tout état de cause il appartiendrait à Dieu de lui donner des signes qu'il attendrait un autre comportement de lui. Comme tel n'est pas le cas, il serait donc dans le bon ! En fait, la façon de penser de Goetz correspond bien à son époque et ce n’est que tout à la fin de la pièce que les notions existentialistes viendront.
Goetz dit : « Le silence, c'est Dieu. l'absence, c’est Dieu. . Dieu n'existe pas… Je nous délivre. Plus de Ciel, plus d'Enfer ; rien que la terre.. Si Dieu n'existe pas, plus moyen d’échapper aux hommes. » Goetz se définit donc enfin par lui-même, par ses actes seuls et déclare qu'il ne sera jugé que par des hommes et donc sur ses actes seulement. On en arrive aussi à « l’Enfer c’est les autres. »
Dans sa période durant laquelle il cherche à faire le bien, il est important de voir Sartre critiquer sa méthode qui consiste à utiliser un « instructeur » qui serine à longueur de temps ce qui est bon et ce que les hommes doivent accepter. Il écrit d'ailleurs que le résultat revient à faire de ces hommes « mes chapons, mes castrats, mes anges de basse-cour. » Nous sommes en 1951, bien sûr, et les crimes Staliniens, ainsi que la propagande à outrance de la dictature communiste, sont encore mal connus, même si Gide les a déjà partiellement dénoncés dans son « Retour de l’U.R.S.S. » paru en 1936. Mais nous savons aussi que Sartre restera sourd à ce genre d’écrits et cela très tard. Et pourtant il se déclare ici opposé à cette technique.
Nous retrouvons l'idée, défendue dans « L'existentialisme est un humanisme » que les actes d’un homme, ou d'un groupe d'hommes, engagent aussi tous les autres
Il en va ainsi de la « cité du bonheur » construite par Goetz « bon ». Sartre montre les hommes sont tous solidaires. De toute façon, cette « cité » serait immanquablement rasée par les uns ou les autres, que ce soit les nobles qui gagnent ou le peuple. Les paysans de la « cité du bonheur » de Goetz doivent donc se battre et tuer aux côtés des paysans révoltés. Ils n'ont pas le choix !…
Il est aussi intéressant de voir que Nasty accepterait le meurtre de quelques-uns uns pour en sauver un plus grand nombre plus tard. C'est d'ailleurs aussi ce que Goetz finira par choisir comme solution. L’éternel bonheur promis par le communisme, mais seulement pour « plus tard », pour « les générations futures », justifiant ainsi tous les crimes et toutes les souffrances du présent ?. Mais ceci n’est qu'une opinion personnelle.
Une pièce terriblement dense et allant dans des directions plus variées que « Les mains sales » Elle a été jouée pour la première fois en juin 1951 avec, notamment, Pierre Brasseur, Jean Vilar et Maria Casarès !...

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