Canal Mussolini de Antonio Pennacchi

Canal Mussolini de Antonio Pennacchi
(Canale Mussolini)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par DE GOUGE, le 26 octobre 2013 (Nantes, Inscrite le 30 septembre 2011, 61 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 10 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (3 229ème position).
Visites : 1 703 

un pur bijou

Pas ciselé : du brut !
Une famille comme tant d'autres en Italie, qui fabrique environ 17 enfants par couple ! Le récit se situe environ entre 1920 et 1950. Une grand-mère exceptionnelle, qui domine ce monde machiste ... La famille, par hasard, se lie à un proche du Duce et, occasionnellement, au Duce lui même. ce qui lui permet d'obtenir, au creux de la vague, un domaine dans les marais asséché de l'agro pontin.
C'est un récit d'un membre de la famille, qui parle en "nous" avec un interlocuteur (nous?) qui ose se poser se poser en "questionneur" sur la réalité de ce que vécurent les membres de la famille et la réalité historique.
De la truculence, du sérieux, des découvertes terribles des relations intra-familiales...
Et ces moments inénarrables où au milieu de l'horreur, on éclate de rire !
Sans concession, cet ouvrage, hors normes, nous parle d'un épisode de vie de l'Italie, pas joli, pas simple pour ceux qui durent le vivre, à travers un clan familial déroutant mais ô combien attachant.
"Maldits soient les Zorzi Vila"
A vous de découvrir ce que cet anathème représente !

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Et on creuse!

9 étoiles

Critique de Paofaia (Moorea, Inscrite le 14 mai 2010, - ans) - 27 octobre 2013

La faim. C'est à cause de la faim que nous sommes partis. Et pour quelle autre raison, je vous le demande? Sans la faim, nous serions restés là-haut. C'était notre village. Pourquoi l'aurions-nous quitté? Nous y avions toujours vécu et toute notre famille y habitait. Nous connaissions le moindre de ses recoins et la moindre pensée de nos voisins. La moindre plante. Le moindre canal. Jamais nous ne serions venus autrement.
Nous avons été chassés, voilà la vérité. A coups de manche à balai; Par le comte Zorzi Vila. Il nous a dépouillés....


Difficile de ne pas accepter le voyage, après ce début!
Racontée par un des petits fils, né dans des circonstances bien particulières dans lesquelles des abeilles ont un grand rôle, voici donc l'histoire d'une famille de paysans , la famille Peruzzi, du début du siècle à la fin de la seconde guerre mondiale. Très inspirée donc de la propre famille de l'auteur qui a pris le parti , puisque c'est un roman, de raconter l'histoire de cette population paysanne à travers les souvenirs de ceux qui l'ont vécue à la place où ils étaient. C'est à dire celle de gros travailleurs , cultivant les terres de propriétaires terriens, sur lesquels un désastre est tombé en 1927, le quota 90:

Et bien , le Duce a soudain annoncé: " Je réévalue la lire. A partir de maintenant, c'est le quota 90 , jamais plus de 90 lires pour une livre sterling....Nous autres aussi, les Peruzzi , nous avons commencé sur le moment" Nom de nom, l'est habile not' Duce."

Seulement les Peruzzi n'avaient pas réalisé que non seulement cela divisait leurs revenus presque par deux, mais qu'aussi , tenus de partager la récolte avec le propriétaire- en quintaux et non en lires- et les frais- eux en lires- ils se retrouvaient nus comme des vers. Une main devant et une derrière,voilà à quoi ils nous avaient réduit. A l'état de crève la faim..

Et c'est ainsi que la famille Peruzzi et ses 17 enfants , ainsi que 30 000 de leurs compatriotes se sont retrouvés dans une région pas très hospitalière, celle des marais Pontins, à creuser les 31 kilomètres du canal Mussolini.

Ce fut un exode. Trente mille personnes en l'espace de trois ans- dix mille par ans- parties du Nord. De la Vénétie, du Frioul, du Ferrarais. Emmenées à l'aventure au milieu d'étrangers parlant une autre langue. Ils nous traitaient de " bouffeurs de polenta"; pis encore de "Cispadans", ce qui, dans leur bouche, signifiait " envahisseurs" . Ils nous regardaient d'un sale oeil . Et ils priaient Dieu pour que la malaria nous emporte.

Région inhospitalière, travail très dur et dangereux, mais promesse donnée par Mussolini de leur donner des terres si le pari est gagné... Et donner des terres à un paysan qui a toujours travaillé pour les autres auparavant, c'est l'acquérir à sa cause. C'est ainsi qu'en tout cas moi j'ai compris sans aucun problème ( avec des liens plus personnels assez savoureux) l'engagement de la famille à côté de leur Duce!
Après, oui, de la mauvaise foi, il y en a , bien sûr, mais pleinement assumée et assez réjouissante! Et quelques vérités qui ne manquent pas de sel; par exemple ( mais il y en a plein dans tout le roman):

Le roi avait ordonné qu'on arrête le Duce et, juste après, les hiérarques conjurés. Il les avait roulés eux aussi. Le fascisme était tombé, point final. Qu'on n'en reparle plus. Je ne vous dis pas les fêtes dans toute l'Italie. Jusqu'à l'année précédente, les gens criaient à l'unisson: " Du-ce, Du-ce" et " Nous gagnerons." Désormais personne ne l'avait jamais supporté. Exactement comme chez les socialistes en 1919-1921. Ou le PCI et la Démocratie chrétienne vers 1994. Ne parlons pas de Craxi. D'ailleurs, vous verrez, ce sera bientôt le cas de Berlusconi et de je ne sais qui dans cent ans. " Quoi, moi? Tu crois vraiment que j'ai pu voter pour une telle plaie?"

L'auteur est le roi de la digression, chaque anecdote en entraine une autre, ce qui, avec le style oral ( très bien traduit) rend quelquefois ce roman foisonnant un peu difficile à suivre. Mais c'est vrai qu'après quelquefois des pages de digressions en tous genres, on s'aperçoit de l'habileté de la construction du récit !

J'aime les romans qui me racontent l'Histoire par le biais d'une histoire familiale, je ne pouvais qu'aimer celui-ci qui m'a raconté l'Italie dans un roman dense, plein d'énergie et souvent très drôle, mais qui n'adhère que très peu, c'est vrai, au politiquement correct!

Bien d'accord avec DE GOUGE, quel roman!

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