Tout va très bien de Charles Chadwick

Tout va très bien de Charles Chadwick
(It's all right now)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Paofaia, le 18 octobre 2013 (Moorea, Inscrite le 14 mai 2010, - ans)
La note : 10 étoiles
Visites : 1 997 

Never complain

Voici donc l'histoire de Tom Ripple, un anglais très.. ordinaire, marié, deux enfants, un boulot qui l'ennuie, une épouse un peu moins ordinaire, socialement beaucoup plus engagée que lui , enfin, où il lui convient de l'être, le livre débute dans les années 70.


Non, je recommence, en fait ce n'est pas vraiment l'histoire de Tom Ripple. Son histoire, le déroulement de sa vie, les quelques évènements marquants, tant sur le plan personnel que plus général, on en entendra parler bien sûr. Mais par bribes, souvenirs dispersés ça et là , associations d'idées , digressions diverses.
Car, un jour, Tom Ripple a commencé à écrire les pensées qui lui traversaient l'esprit, et au fil du temps, avec des interruptions d'ailleurs, il ne s'est jamais vraiment arrêté.
Ce n'est donc pas son histoire, qui n'a d'ailleurs pas grand intérêt, mais plutôt la façon dont il voit les choses. Et c'est très différent.. et irracontable.

C'est le premier roman d'un auteur de plus de 70 ans qui explique avoir mis plus de 20 ans à l'écrire. Ce détail est intéressant car , dans ce flux de pensées, on distingue très bien l'évolution du personnage, mais aussi de l'écrivain.

Au début, Tom Ripple est légèrement agaçant , on a vraiment envie de lui dire de se bouger un peu plus. Très vite, on s'aperçoit que ce n'est pas la peine de le lui dire, il en est parfaitement conscient, on en découvrira quelques raisons beaucoup plus tard dans le récit. Et .. au bout de quelques chapitres, on souhaite qu'il ne change surtout pas!


C'est un livre plein de tendresse, d'empathie, très souvent drôle , même si sur le fond assez tragique,plein de dérision et surtout d'auto-dérision . Très anglais dans la pudeur même si cette même pudeur m'a quelquefois fait penser à certains romans de l'américain Wallace Stegner.

C'est un roman que j'aurais envie de faire découvrir, même si dans les rares critiques françaises, j'ai surtout noté le terme: ennui.
Ce que je peux comprendre, d'ailleurs, il ne se passe pas grand chose!

Moi, je ne me suis pas ennuyée une minute, et , pire, j'aurais volontiers lu mille pages supplémentaires sur les voisins et la famille de ce fameux Tom Ripple, enfin surtout sur la façon dont lui, les voit, les décrit, imagine , sur ce qu'il fait ou bien souvent ne fait pas, et pourquoi il ne le fait pas..
Et j'attends avec impatience la traduction du deuxième roman de cet auteur si surprenant.

Le faire découvrir, peut être, mais le conseiller? C'est dangereux.. 812 pages, quand même !

Un test, le tout début:

Pendant un certain temps, les deux maisons qui encadrent la nôtre sont restées vides. Puis, à peu près en même temps, les écriteaux " A vendre" ont disparu et des gens ont emménagé. Nous habitons un ( simple) pavillon entre les deux dans lequel, à ce que j'ai fini par admettre, et ma femme peut être aussi, nous passerons le reste de nos jours... Enfin il faut bien commencer quelque part, sur un vieux morceau de papier quelconque. Je ne sais pas trop à quoi ça rime. Nous verrons bien. Il se peut que ça prenne pas mal de temps.

Webb, l'un des voisins, souffre d'une curiosité excessive, mais sans malice, j'en suis sûr. De l'autre côté, vivent un homme du nom de Hamble et sa femme, lesquels manifestent constamment dans leur personne une souffrance de longue date qui me donne à penser que le seul fait de vivre ensemble représente pour eux une forme d'épreuve. Webb est marié, lui-aussi. Voûtée et blafarde derrière ses lunettes, sa femme a l'air de vouloir se faire oublier comme si, en son temps, elle avait trop attiré l'attention sur elle.

Je souhaite souvent, pas si souvent que cela tout de même, que nous ayons les moyens de vivre sans voisins immédiats, ailleurs que dans cette banlieue anonyme du nord de Londres où essayer de garder son quant-à-soi, c'est se faire remarquer. Je souffre suffisamment des voisins sur mon lieu de travail sans qu'il me faille en supporter pendant les longues périodes où je n'y suis pas. Ma femme jugerait ce genre de théories ( si toutefois il s'agit de théories) antisociales. Elle, c'est vraiment tout le contraire. La société, elle est résolument pour. Elle a d'ailleurs ses théories sur la question- aussi bien celle qui est la nôtre, que la société meilleure que nous devrions tous essayer d'instaurer. Elle prêche par l'exemple- et fait aussi tout le contraire, ce que certains pourraient juger antisocial, c'est peut-être le mot. Pas moi. J'admire beaucoup son travail, par exemple les bonnes oeuvres qu'elle accomplit dans un autre quartier. Elle se demande de temps en temps, Dieu merci seulement en théorie, si elle devrait se faire payer pour cela. Vous pourriez donc en conclure qu'entre nous nous essayons d'élaborer un monde meilleur, un voisinage aux horizons élargis. En théorie, peut-être, mais je ne veux pas laisser la théorie s'immiscer entre nous.
Quand elle voit les Webb ou les Hamble, elle leur adresse un salut rapide de la main sans interrompre son activité du moment- le plus souvent, l'air décidé, elle arpente alors le sentier pour piétons devant la maison- et elle répond aux demandes de renseignements de Webb par un rictus en coin que seul celui-ci pourrait confondre avec un sourire. Ma femme n'aime pas discuter des voisins alors qu'il y a des sujets de conversation d'une plus grande portée, comme les progrès de nos enfants et le développement de leur conscience sociale, ma totale absence d'intérêt pour ces questions ( toujours abordées de façon implicite) et la façon qu'a le monde de se loger au beau milieu de tout ça.

... La différence entre Webb et les Hamble, qu'on imagine toujours par deux, c'est que si vous veniez voir Webb pour lui emprunter quelque chose, mettons un tournevis ou un bout de fil de fer, il vous demanderait ce que vous comptez en faire. Les Hamble, eux, l'un comme l'autre, se précipiteraient aussitôt pour vous donner satisfaction, tout en sachant qu'ils n'ont pas l'objet en question, et réapparaîtraient plus tard ravis de vous apporter autre chose, par exemple une paire de ciseaux ou une pelote de ficelle, ou alors, dépités de revenir les mains vides, si bien que vous regretteriez de ne pas leur en avoir demandé beaucoup plus, ou tout autre chose ou, évidemment, rien du tout.
Webb dit....
etc etc

Alors.. si d'emblée vous n'avez pas dépassé la troisième ligne, oubliez, tout est comme cela, de perpétuelles réflexions sur des choses ou des évènements assez insignifiants, mais qui font la vie, finalement.

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