Préséances de François Mauriac

Préséances de François Mauriac

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Bolcho, le 12 mai 2003 (Bruxelles, Inscrit le 20 octobre 2001, 71 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (23 166ème position).
Visites : 3 274  (depuis Novembre 2007)

« Tous les visages retrouveront. »

La dernière phrase de la présentation (voir le « verso du livre ») fait penser à du Barbara Cartland. Je vous assure qu'il n’en est rien.
Bien sûr, l’auteur ne nous fait grâce d’aucune bondieuserie, mais on n'est pas obligé de s'y attarder et le récit « fonctionne » malgré tout. Il fonctionne essentiellement comme une charge appuyée contre une certaine grosse bourgeoisie ignare et suffisante dont « la conception de la vie était celle d’un poisson rouge : le monde finissait à l’étroit bassin de ses passions minuscules ». Ou encore : « (…) les Fils des grandes Maisons s'admirent de payer un louis une bouteille de champagne qui ne saurait rien ajouter à leur abrutissement ». Originalité : veule et un peu pervers, le narrateur fait tout pour entrer dans ce monde qu’il méprise. On a droit à des problèmes moraux bien sûr. Par exemple : comment rompre avec son jeune fils pour se réconcilier avec Dieu. J’avoue n’avoir jamais été en situation de prendre ce type de décision, et je m’en réjouis. Mais il ne faut pas se moquer de Mauriac : il en garde sous la pédale jusqu’à la fin du récit. Le problème, c’est que tout cela paraît vieux, beaucoup plus vieux que tous les autres auteurs que je connais. Par rapport aux traces des grottes de Lascaux, je ne vois que le papier qui fasse plus moderne. Deux points, tiret, fermez la parenthèse. Oui : fermez cette parenthèse qui est idiote. D’ailleurs, Mauriac ne rigole pas, lui. Une vie manquée ou réussie : « (…) les vies manquées selon le monde, peut-être apparaîtront-elles, dans l'absolu, les seules réussies. » Le temps qui passe : « Tous les visages retrouveront en Dieu une splendeur juvénile ».
Cela ne coûte rien de promettre… Et pour finir, cette citation de Chateaubriand que Mauriac reprend. Elle est mise dans la bouche d’un vieillard mourant : « Rompre avec les choses réelles, ce n’est rien, mais avec les souvenirs ! ».

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Fleur rance

8 étoiles

Critique de Pierrot (Villeurbanne, Inscrit le 14 décembre 2011, 67 ans) - 25 août 2019

Résumé :
Augustin est un brillant élève solitaire d'un collège privé fréquenté des enfants des Grandes Maisons de la « bourgeoisie du bouchon » de Bordeaux. Là, il fait la connaissance du narrateur, héritier avec sa sœur Florence d'une famille de riches exploitants forestiers des Landes mais non introduit dans la haute société bordelaise. Le frère et la sœur invitent Augustin durant l'été à les divertir de ses connaissances littéraires et poétiques ; ils sentent poindre en eux deux une étrange attirance pour « ce Huron3 » au mystérieux passé familial. Augustin quant à lui tombe immédiatement sous le charme de Florence. Voulant gravir les échelons de l'aristocratie bourgeoise du Médoc, ils décident d'utiliser les talents et la présence d'Augustin pour faire surgir de l'intérêt et de la jalousie parmi les fils des Grandes Maisons. La stratégie agit avec succès et un « Harry Maucoudinat » commence à s'intéresser à Florence. Le mariage est rapidement organisé et Augustin, qui avait ouvert son cœur et son passé, se voit sèchement renvoyé à son milieu et disparaît sans un mot.
Douze années ont passé, et Florence Maucoudinat est entrée, avec toute sa famille, dans le milieu du négoce en vin. Le narrateur, lui-même en charge à Bordeaux, est parvenu à s'imposer dans ce cercle fermé tant envié. Florence toutefois porte en elle la blessure intime d'un amour passé : Augustin, bien qu'elle s'en défendit était plus qu'un objet de conquête ; sa candeur sauvage avait laissé une trace indélébile dans le cœur de cette femme maintenant mature. Jouant des codes de son milieu, Florence a sa cour et ses amants parmi les fils ; son mari vit aussi des relations adultères au grand jour. Un jour, pour l'éducation de sa fille Éliane, Florence reçoit les services d'une certaine Mme Etinger : le narrateur et sa sœur se remémorent la confidence qu'Augustin leur avait faite cet été-là d'avoir été élevé en l'absence de son père et de mère par cette femme. Florence engage immédiatement cette préceptrice dans l'espoir de raviver la flamme amoureuse de sa jeunesse et de recevoir des confidences sur l'enfance d'Augustin qu'elle ne peut oublier. Petit à petit, elle sombre dans le délire amoureux et commence à faire scandale dans son entourage quant à ses manières et relations avec les hommes n'appartenant pas aux Grandes Familles. Le narrateur comprend que pour ne pas tout perdre, réputation et statut, il doit ramener sa sœur à la raison et lui promet de retrouver Augustin. Avec l'aide de Mme Etinger, il tente de remonter vers leur ami d'adolescence, en vain. Il finit par demander à son jeune secrétaire, Jean Queyries, qu'il a engagé pour sa ressemblance inavouée avec Augustin, de jouer le rôle du disparu afin de sauver sa sœur et l'honneur de sa famille. Queyries accepte, secrètement attiré par Florence et l'élévation sociale qu'elle représente pour un jeune ambitieux. Le soir des retrouvailles est organisé : Queyries joue le jeu à merveille et Florence est mystifiée. Mme Etinger, fidèle elle aussi à sa promesse, réussit à retrouver le vrai Augustin et l'introduit dans le salon en présence de sa doublure. Florence, face à cet homme maintenant vieilli, dégarni et empâté, l'éconduit sans ménagement, préférant l'image reconstituée de l'idole disparue. Queyries continue à jouer son rôle quelques jours puis subitement ne donne plus signe de vie, plongeant Florence dans le désespoir et la folie. Harry Maucoudinat qui depuis des mois ne vit plus chez lui, officialise le divorce avec Florence qui est désormais internée.
Après quelques mois, le narrateur attend la sortie d'asile de sa sœur dans leur maison de campagne, là où ils vécurent leur été commun avec Augustin, se rappelant sur ses lèvres le gout du « sel incorruptible » laissé par le jeune homme et le « souvenir de cette amertume ».


Avec ce roman de 1921, je boucle cent ans de lectures ininterrompues
Oui, si c’était à une certaine époque en effet ! Mais je ne suis pas certain du tout, que leurs arrogances aujourd’hui encore leurs soient passées, ni d’ailleurs l’ignorance des gens dans bas !

Un peu de l'avis de Bolcho

7 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 75 ans) - 13 mai 2003

Quand je disais ne pas être tellement tenté de relire certains livres de Mauriac, je constate que c'est Bolcho qui explique le mieux mon manque d'attirance. Oui Mauriac écrivait bien, décrivait bien un certain monde, un certain type de pensée, mais que cet univers semblait lourd et oppressant ! Mais c'était une époque vue au travers d'un regard bien typé, par une personnes élevées dans un milieu donné et dans une foi qui était encore ce qu'elle était... Il en existe encore, et beaucoup !... mais cela ne me donne pas plus envie de m'y attarder ! Et sans rien nier de son talent !... Il paraît que Duhamel en avait bien aussi... mais là non plus...

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