Une part de ciel de Claudie Gallay

Une part de ciel de Claudie Gallay

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Peche07, le 2 octobre 2013 (Inscrite le 22 février 2006, 60 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 940ème position).
Visites : 2 155 

Un peu de tendresse dans la France des précaires et des cabossés...

Alors quelle est cette "Part de Ciel "décrite par Claudie Gallay?
Un état de grâce qui surgit des ornières du chemin... et elles sont nombreuses dans la France des précaires et des cabossés!
On est en Vanoise , dans un décor de nature grandiose certes , mais le décor est celui de la France pauvre: une caravane encombrée et son chauffage d'appoint mal réglé. Claudie Gallay nous décrit un village de Vanoise en sursis : on se prend à vivre au rythme de son café ou derrière les bottes crottées d'une baronne atypique, patronne des galeux à quatre pattes; on boit le thé insipide du vieil épicier lucide et attentionné ; on compatit avec le garde forestier qui essaie de tout concilier... Y compris une épouse désabusée qui rêve de vacances au soleil ... ! C'est bien là une famille à la manière de Claudie Gallay, avec ses proscrits, ses coups de gueule, son noël et ses paillettes… ! De l’amour aussi… qui surgit dans des moments de grâce: cette "part de ciel " contenue dans le titre. Elle revient indiscutablement à Marius et au beau personnage de la Môme (portrait délicat d’une ado de 18 ans ). Il ne se passe pas grand-chose, hormis le quotidien dans ce roman, rien que du banal minutieusement décrit, rude mais plein de tendresse … Un petit coin d’humanité qui triomphe sur la désespérance. Autant le précédent roman sur Avignon m'avait semblé ...glauque, autant ce dernier roman laisse quelques traces lumineuses une fois refermé...

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En attendant Curtil

9 étoiles

Critique de Alma (, Inscrite le 22 novembre 2006, - ans) - 13 novembre 2017

S'il est un thème qui domine dans ce roman et traverse tout le récit . c'est bien, pour moi, celui de l'attente .

L'attente de Curtil, le père, par ses trois enfants , une attente interminable et presque désespérée . C'est en même temps pour Carole, l'attente d'une vérité sur l'incendie de la maison familiale , par laquelle elle espère se débarrasser d'un sentiment diffus de culpabilité .
Pour Gaby, c'est l'attente de Ludo . Pour le vieux Sam, c'est celle de la vente de son échoppe. Pour la Baronne, d'une autorisation concernant son chenil .
C'est aussi, pour le village, l'attente d'une décision concernant le passage d'une piste de ski sur le territoire communal , un projet qui engage l'avenir du village et divise les habitants . Dans ce bout du monde, à la frontière de l'Italie, parfois muré dans la neige et les congères, chacun patiente, rumine, redoute ou espère , tout en partageant avec les autres « une solitude commune » .

Comme souvent chez Claudie Gallay, le lieu de l'action - que ce soit Venise, Avignon , un petit port de la Hague ou un village alpin, - est un personnage à part entière du roman . Le lecteur est imprégné de l'atmosphère d'un milieu, voit s'en dessiner le paysage, en apparaître les variations de lumière . La scène finale du lac, celle du damage nocturne de la piste de ski constituent des tableaux particulièrement frappants des décors enneigés où se brouillent les frontières entre rêve et réalité .

Au travers du regard de Carole le narrateur , le lecteur suit les allées et venues des habitants, accompagne chacun dans ses activités, partage ses inquiétudes .
Les phrases sèches, courtes, essentiellement narratives enchaînent des faits , comme dans un scénario de film. Leur simple juxtaposition laisse au lecteur le soin d'en déceler les relations et de les interpréter.

Un beau roman d'atmosphère d'où se dégagent des personnages inoubliables  : la Môme et Marius , le vieux Sam, et surtout Gaby , puissante, infatigable, pudique, porteuse d'un secret .

Trois boules de neige

8 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 59 ans) - 22 février 2016

Carole revient au Val-des-Seuls. Comme Philippe, son grand frère, et Gaby, sa petite sœur, elle a reçu une boule de neige. Ce qui signifie le retour de Curtil, leur père.
Ce père par intérim, dont ils ont passé leur vie à attendre ces petits signaux qui leur annonçaient un prochain retour. Sans date.
Carole, professeure intérimaire et traductrice, séparée de son mari, ses deux filles en Australie, vit seule à Saint-Etienne. Elle revient pour son père sur les lieux de sa petite enfance, dans ce village isolé, rude à quelques kilomètres de Modane.
Seule dans son gîte, elle va pendant plusieurs semaines, se faire une place, nouer ou re-nouer des relations avec quelques habitants surprenants, originaux et attachants, mais surtout avec ses frère et sœur.
Et se retrouver face à son inaltérable culpabilité. Cette culpabilité d'avoir été sauvée de l'incendie qui a ravagé leur maison, alors qu'ils étaient avec leur maman dans le grenier. Trois enfants, seulement deux bras. Quelques secondes pour se décider. C'est Carole, 6 ans qui a été choisie, Gaby, 4 ans sera sauvée par les pompiers mais ses poumons irrémédiablement abîmés.
"M'avait-il aimée vraiment ? Ou bien l'avais-je contraint à me choisir comme j'avais obligé ma mère ? Avais-je fait cela aussi avec lui ? Avec d'autres ? La douleur revenait régulière. Avec elle, le doute."

Elle cherche toujours à comprendre, à ne pas se sentir responsable du choix de sa maman, revenant sans cesse sur ce drame avec ses frère et sœur dont elle sent l'éloignement et qui eux, ne veulent pas revenir sur le passé. Mais les relations sont difficiles ; Carole a quitté ses sources depuis trop longtemps.
"Je me suis vue dans le miroir. Ce n'était pas glorieux. J'ai ouvert grands les yeux. Je connais tous les détails de mon visage, parfois je cherche les liens avec ce que je suis dedans. J'ai cherché mon âme. Mon âme, ou quelque chose qui devait être là, quelque part."
Les jours passent, pas de Curtil mais une famille qui se ré-apprend doucement ; deux sœurs que tout oppose, vont essayer de se comprendre.
Carole ne repartira pas tout à fait la même qu'en arrivant.

Beaucoup de choses dans ce roman ; des petits événements de la vie, des "presque riens", du temps qui passe. Et pourtant, on s'attache à Carole et aux habitants du Val-des-seuls.
J'ai particulièrement aimé les relations entre frère et sœurs, cette confrontation des souvenirs (la recette du gâteau au chocolat de leur maman…). Ce lien qui se re-tisse dans l'attente du père.
Mais là où je retrouve pleinement le talent de Claudie Gallay, c'est dans le choix du décor, partie prenante de l'intrigue, comme La Hague pour Les déferlantes.
Des milieux forts, marqués et marquants, que l'auteure utilise avec une parfaite maîtrise, avec tellement de justesse, que l'on est persuadé que cela ne pouvait pas arriver ailleurs.
Gênée en début de lecture par des phrases toujours très courtes, j'ai cependant passé un moment de lecture très agréable dans ce séjour en Vanoise.

Une belle histoire fraternelle

10 étoiles

Critique de Flo29 (, Inscrite le 7 octobre 2009, 45 ans) - 12 janvier 2015

Après avoir lu "Les déferlantes", j'ai été surprise de ce nouveau cadre dans lequel Claudie Gallay écrit son histoire. Elle nous invite là encore dans une atmosphère particulière, qu'elle sait retranscrire dans son roman (je me demande comment elle fait...)
La montagne est le principal personnage de l'histoire. J'ai aimé les protagonistes qui sont déchirés par une histoire familiale chaotique et en même temps très forte. Le lien qui unit ses frères et sœurs va bien au-delà des liens habituels. On les voit s'apprivoiser petit à petit, se confier, se connaître. Un très bon roman sur des gens ordinaires qui deviennent assez vite extraordinaires.

Une part de ciel, une part de neige

8 étoiles

Critique de Alud (, Inscrite le 19 janvier 2009, 41 ans) - 10 juillet 2014

Le livre avait été éreinté par les critiques du "Masque et la plume". J'ai donc hésité à le lire d'autant que son précédent ne m'avait pas du tout plu. Pourtant, dès les premières pages, j'ai retrouvé ce qui avait fait le charme des "Déferlantes" et de "Seule Venise" Une littérature du "rien" ou plutôt des "riens" de l'existence qui par là même nous est familière.

J'aime l'opacité des personnages de Claudie Gallay, leur part de mystère. Ce sont des êtres à la dérive, en marge, qui ne sont jamais analysés par l'auteur, un peu comme s’ils lui échappaient. Il n'y a chez cette romancière aucune description psychologique et peu de description physique, pourtant par cette stratégie même de l'évitement, ses personnages sont vraiment incarnés.

Dans ce roman, aucune trame romanesque autre qu'une longue attente, pas d'idéalisation de la nature, l'auteur met en scène des vies un peu fracassées et d'immenses solitudes, abolies juste le temps d'un instant, le temps d'un souvenir, le temps d'un travail partagé.
Quelques images poétiques enchantent la lecture, les boules à neige que le père envoie pour dire "je reviens", la photo de la serveuse unijambiste qui secoue ses draps par la fenêtre pour évoquer le temps qui passe et la similitude des jours, l'herbier du val qu'on restaure ensemble comme mémoire du lieu ou les pelletées de neige des deux soeurs pour retrouver les souvenirs d'enfance enfouis ou tus.

Il y a là une manière de dire sans vraiment l'écrire et c'est le charme de ce roman.

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