Priape de Nicolas Presl

Priape de Nicolas Presl

Catégorie(s) : Bande dessinée => Légende, contes et histoire , Bande dessinée => Adultes

Critiqué par Blue Boy, le 21 mars 2013 (Saint-Denis, Inscrit le 28 janvier 2008, - ans)
La note : 7 étoiles
Visites : 1 453 

Oh mon Dieu !

Cette bande dessinée est librement inspirée de l’histoire de Priape, jeune dieu de la mythologie grecque doté d’un pénis démesuré en érection permanente. Fruit d’amours coupables entre Aphrodite et Zeus (ou Adonis selon les versions), et objet de la vengeance d’Héra, femme et sœur de Zeus ( !), Priape naquit avec cette fameuse difformité sexuelle qui révulsait sa mère. C’est ainsi que le nourrisson, abandonné par ses géniteurs, fut recueilli et élevé par un couple de bergers…

Le mythe est revu et corrigé de façon tout à fait originale et hors de toute convention, tant sur la forme que sur le fond, et on a ici l’impression d’avoir affaire à un OVNI temporel venu tout droit de l’Antiquité. L’histoire est sans paroles ni même onomatopées, ce qui paradoxalement demande plus d’effort, car en outre le dessin est volontairement difforme, ignorant les perspectives, d’une étrangeté absolue, et les expressions sont un peu figées, comme si les personnages portaient des masques empruntés aux tragédies grecques. Une fois qu’on s’y est habitué, ça peut aller, et on peut même apprécier ce style graphique si particulier, mais j’ai tout de même dû m’y reprendre à deux fois, parce qu’au début j’avais mal identifié un personnage essentiel pour la compréhension du récit… et je me félicite d’avoir pris la peine de le faire, car du coup, l’histoire a pris une toute autre dimension, et pour le moins subversive (Christine Boutin en avalerait son crucifix)… Non seulement l’auteur assaisonne le mythe à sa sauce en faisant de Priape un éphèbe attiré par les hommes (jusqu’ici rien d’étonnant, on est dans la Grèce antique), mais en plus il le retourne en attirant la disgrâce sur celui qui est censé être son père, Zeus, fort de plusieurs statuts plus ou moins glorieux : roi des dieux, homme à femmes, géniteur performant, époux incestueux (il a marié sa sœur, sans rire)... mais je n’en dirai pas davantage ;-)

Attention, ce n’est pas une bédé de cul (je dis ça pour les plus voyeurs, bande de coquins !), d’ailleurs on voit très peu le sexe de Priape (qui certes est énorme !) et les rapports sexuels sont toujours suggérés ou métaphorisés ! Car en plus d’évoquer le mythe, l’auteur parle aussi de l’identité, de la différence et du rejet : en effet, dans l’histoire présente, l’attribut fantastique du jeune dieu lui apporte plus de déboires que de satisfactions…

Par ailleurs, Nicolas Presl a sans aucun doute une bonne connaissance de la mythologie grecque, car son ouvrage grouille de références et de symboles dont certains m’auront probablement échappé, mais en allant glaner des infos sur le web, j’ai pu faire certains rapprochements.

En résumé, je trouve la démarche tout à fait digne d’intérêt. Bien sûr, cette BD comporte les petits défauts narratifs évoqués plus haut, mais on pourra considérer que le défi de revisiter sans texte un conte mythologique peu connu du grand public a été relevé ici de façon tout à fait honorable.

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