Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil de Haruki Murakami

Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil de Haruki Murakami
(Kokkyô no minami, taiyô no nishi (国境の南、太陽の西))

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique

Critiqué par Saule, le 14 décembre 2002 (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 54 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 34 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (156ème position).
Visites : 16 696  (depuis Novembre 2007)

Crise de la quarantaine

Tout baigne pour Hajime, le narrateur de ce roman. Il a 37 ans, une belle petite famille, une BMW, une jeep cherokee rouge, un appartement quatre pièces et il possède deux bars de jazz à la mode à Tokyo.

Un homme comblé, donc, mais en apparence uniquement. Le vide dans sa vie lui apparaît lorsque Shimamoto-san rentre dans son bar un soir de pluie. Shimamoto-san, c'est la petite fille qu'il a aimé à 12 ans, qu'il a perdu de vue ensuite et qui ré-apparaît donc plus de 30 ans plus tard.

Murakami raconte l'histoire de cet homme, de son premier amour, de ses liaisons étudiantes jusqu'à son mariage et finalement ses retrouvailles avec celle du premier amour. Une histoire simple, presque banale mais que Haruki Murakami transforme en un texte beau et plus grave qu'il n'y paraît. Avec son écriture épurée, un ton légèrement humoristique et décalé, et avec un brin d'érotisme et la même douce nostalgie que dans 'La ballade de l'impossible', Murakami nous offre un moment de lecture agréable. De surcroît, on se pose quelques questions existentielles, tout comme le narrateur, sur le sens de la vie, sur la réussite de sa vie, sur le mal qu'on est parfois amené à faire à ceux qu'on aime et la culpabilité qui en résulte,...

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Les éditions

  • Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil [Texte imprimé] Haruki Murakami trad. du japonais par Corinne Atlan
    de Murakami, Haruki Atlan, Corinne (Traducteur)
    Belfond / Littératures étrangères (Paris)
    ISBN : 9782714437488 ; EUR 18,30 ; 07/02/2002 ; 236 p. ; Broché
  • Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil [Texte imprimé] Haruki Murakami traduit du japonais par Corinne Atlan
    de Murakami, Haruki Atlan, Corinne (Traducteur)
    10-18 / 10-18
    ISBN : 9782264056177 ; EUR 7,40 ; 25/08/2011 ; 259 p. ; Poche
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Les livres liés

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Murakami est un génie.

9 étoiles

Critique de Pacmann (Tamise, Inscrit le 2 février 2012, 54 ans) - 2 mai 2016

En entretenant une forme de mystère sur ses personnages, l’auteur a le génie de scotcher le lecteur sur un récit d’une banalité apparente grâce à un style fluide d’une grande poésie, teinté d’érotisme et de philosophie et ce sans à aucun instant glisser vers l’excès.

Ainsi, l’écrivain ne découvre qu’au fur et à mesure le voile de la personnalité des acteurs, mais comme dans d’autres de ses romans, arrivé à la fin, on n’a pas la réponse à tout. C’est peut-être un défaut habituel de l’auteur que certains n’accepteront jamais, c’est pour d’autres un choix délibéré de laisser au lecteur le soin d’imaginer ce qui pourrait être la signification d’un tel mystère.

L’auteur utilise encore plusieurs éléments autobiographiques puisqu’il met en scène un héros, enfant unique comme lui a été, tenancier de clubs de jazz ; Murakami a exercé ce métier pendant quelques six années.

Ce roman qui relativise aussi ce qu’est le sens moral laissera le lecteur songeur sur beaucoup de sujets, comme en particulier les premiers amours ou les occasions perdues.

Ce livre est moins célèbre que d’autres romans au plus grand succès commercial, mais il reste dans la lignée de l’œuvre remarquable du Japonais et il est actuellement le roman de Murakami le mieux coté sur CL.

Complaisance envers les regrets

6 étoiles

Critique de Isad (Occitanie, Inscrite le 3 avril 2011, 59 ans) - 27 octobre 2013

C'est un livre classique et nostalgique, sans la poésie et le côté fantastique qui existe dans la plupart des autres livres de cet auteur, d'où ma relative déception.

Le narrateur que l'on suit de son enfance à la quarantaine a une attitude plutôt passive et passéiste face à la vie. Il baigne dans une sorte de vague nostalgie de ce qui aurait pu être, de ce qu'il aurait pu faire. De l'extérieur, il a tout pour être heureux : une femme au foyer et 2 filles qu'il aime, un beau-père qui lui a avance de l'argent pour qu'il quitte son ennuyeux travail d'éditeur de livres scolaires et monte avec succès ses 2 bars de jazz aux cocktails renommés. Mais il se rappelle sa camarade de classe quand il avait 12 ans, enfant unique comme lui et qu'il n'a plus revue lorsqu'il a déménagé. Et lorsqu'il pense la voir bien des années plus tard dans la rue, il la suit sans l'aborder. Le temps passe. Elle vient au bar boire un verre un soir, seule.

IF-1013-4107

marukami A l'ouest de la frontière..................

10 étoiles

Critique de Charlie941 (, Inscrit le 20 juin 2013, 80 ans) - 20 juin 2013

Après 1Q84 qui m'avait enthousiasme pendant de nombreux jours de lecture j'ai acheté ce petit roman comparé (en taille) au premier que j'ai lu.
Je dois dire que contrairement aux avis quelque peu mitigés lus sur ce site j'ai été complètement fasciné par ce livre.
Un peu comme dans l'art nouveau japonais comparé aux mêmes styles européens, les couleurs les dessins ne sont pas les mêmes, mais le résultat identique il force l'admiration sans réserve.
Marukami a su avec ce livre faire vibrer en moi des tas de cordes oubliées çà et là, faire ressurgir tant et tant d'images oubliées depuis si longtemps.
merci Haruki.

Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil Haruki Murakami

9 étoiles

Critique de Fafou (, Inscrite le 12 juin 2013, 61 ans) - 12 juin 2013

Voici le second livre de Murakami que je viens de terminer. Je l'ai trouvé particulièrement intéressant. Hajime, celui qui se raconte et qui a apparemment " tout pour être heureux " , éprouve, depuis le début de son adolescence, un manque, un vide, auquel il ne sait donner un nom. Ce manque semble avoir un visage en la personne de Shimamoto-san, son amie d'enfance et son premier amour, qu'il a perdu à l'âge de douze ans. Quinze ans plus tard, les soirs de pluie, elle va le retrouver dans le bar où il travaille, enveloppé de la musique de Nat King Cole. On bascule peu à peu, et de manière lente et subtile, dans un univers à la limite du fantastique. Hajime se découvre obsessionnel et peut-être en proie à des hallucinations, mais chacun peut y trouver son interprétation personnelle, ce qui est, à mon sens, la preuve d'un livre réussi.
Et puis, qu'est-ce que le réel ? Y a-t-il des univers d'existence parallèles, qui se valent? Est-on sûrs de nos perceptions, de nos souvenirs? une multitude de questions arrivent, vers la fin, rendant l'histoire de plus en plus belle dans son inachèvement même.
Par petites touches, la mort est évoquée, la perte d'un bébé, la tentation du suicide, le cimetière... et, à la fin, le nuage blanc et fixe, de la couleur de la robe de Shimamoto-san, le dernier jour...
Un beau livre, complexe, nécessaire.

Mon 3ème Murakami !

6 étoiles

Critique de GiLau (Annecy, Inscrite le 18 septembre 2010, 56 ans) - 20 janvier 2013

Alors je retrouve l'ambiance de l'auteur qui me plait tant.
Mais l'histoire n'est pas un conte, elle est ancrée dans notre réalité actuelle. J'aime le style d'écriture et toujours la culture de Murakami avec ici le jazz.
Belle histoire .

Une jolie découverte

10 étoiles

Critique de Flo29 (, Inscrite le 7 octobre 2009, 47 ans) - 30 août 2012

Je ne connaissais pas l'auteur, n'étant pas très attirée par la littérature japonaise. Mais par curiosité j'ai lu ce roman, et j'ai adoré! On se pose effectivement pas mal de questions sur ce qui est réel et rêvé dans ce roman, mais c'est là ce qui fait tout le talent du romancier. En outre, comme j'adore le jazz, c'est un univers qui m'a beaucoup plu. On a presque l'impression d'être avec le protagoniste, à l'intérieur de son club de jazz. Quelle belle découverte!

Tendres souvenirs des amours adolescentes

9 étoiles

Critique de Tanneguy (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 80 ans) - 19 mai 2012

Beaucoup de délicatesse dans cette évocations des amours de jeunesse qui refont surface à la quarantaine.

Je viens par ailleurs de terminer le tome 3 de 1Q84 et je n'ai pas été étonné d'y retrouver bien des fantasmes de cet auteur remarquable.

Murakami est un Grand...

Le roman d'amour de Murakami

9 étoiles

Critique de Listelle (Bordeaux, Inscrite le 25 juillet 2010, 33 ans) - 18 août 2010

Je rejoins les critiques positives : j'ai aimé ce roman. Mais, je le conseille surtout aux femmes...

belle plume et déjà vu

9 étoiles

Critique de Saint Henri (, Inscrit le 19 février 2010, 45 ans) - 17 juin 2010

voici ce que j'appelle un très beau livre, l'auteur nous décrit avec passion la vie d'un homme ordinaire à qui tout réussit, jusqu'au jour où le passé ressurgit, les vieux sentiments ressuscitent, l'homme est partagé entre la passion et le déchirement. C'est beau, haletant et triste.

Ma première adoration d'un livre.

10 étoiles

Critique de Rali89 (, Inscrite le 13 novembre 2009, 26 ans) - 13 novembre 2009

La lecture n'est pas mon genre d'activité préférée. Mais pour une fois un roman a pu me plaire, celui de Haruki Murakami, que j'ai tout de suite aimé. La première raison est le vocabulaire, très facile à comprendre. Ensuite, les phrases sont bien structurées, originales et claires.
Après avoir lu une vingtaine de pages, l'histoire est devenue intéressante. Au fond de moi un sentiment de curiosité se créa, déclenchant l'envie d'élucider le mystère de la suite. C'est pourquoi je devais le poursuivre! De même, la présence des émotions palpables et de l'humour m'ont aidée à le continuer.
Malheureusement la forme, le nombre de pages et le détail des éléments inutiles m'ont déçue. En conclusion, c'est la première fois que j'apprécie tellement une oeuvre littéraire et que j'ai pu continuer sans problèmes de compréhension.

Un roman raffiné et poétique comme le Japon.

8 étoiles

Critique de Ninihocima (, Inscrite le 13 novembre 2009, 26 ans) - 13 novembre 2009

J'ai lu récemment "Au sud de la frontière,à l'ouest du soleil". Je n'ai pas apprécié quelques parties de l'histoire. En effet, elle comporte des scènes d'un érotisme obsédant, qui au fur et à mesure de la lecture deviennent gênantes.

Cependant, ce roman est l'un des plus émouvants que j'ai pu découvrir, pour sa dimension intime. Le lecteur se sent très vite entraîné par les faits et gestes des personnages.
Durant toute la lecture, on est mis en haleine parce qu'on se reconnaît à travers quelques personnages de l'histoire. Ceci nous pousse à poursuivre notre découverte du livre. En effet, plus le suspense est intense, plus la curiosité devient grande.
Tout compte fait, le seul but de cette lecture est de se poser la question suivante: quel message se cache derrière cette histoire?
Ou encore, quelle leçon doit-on en tirer?

En conclusion, comme Hajim, nous commettons tous des erreurs mais celles-ci nous permettent de grandir et de nous améliorer. Cet auteur réussit à m'accrocher à sa plume du début jusqu'à la fin.

Une romance originale, pour une fois

8 étoiles

Critique de Elya (Savoie - Dauphiné - Ardèche, Inscrite le 22 février 2009, 29 ans) - 6 septembre 2009

En lisant le résumé, on pourrait penser que cette fois, Murakami est presque tombé dans la banalité (du moins du thème). Il reprend un thème cher à un de ses condisciples, Duong Thu Huong, à savoir la difficulté des relations amoureuses et de l’oubli du premier amour.

Et pourtant, Murakami nous surprend à nouveau, nous emmène dans une romance poétique, tantôt cruelle, tantôt douce.

Au son de la musique nostalgique qui s’échappe des trompettes du club de jazz qu’il tient, au bruit des glaçons s’entrechoquant dans le verre de celle qu’il a toujours aimé et qui disparaitra dans quelques minutes, à celui de son coeur qui n’en peut plus de se déchirer entre son amante et sa famille, le personnage principal laisse entrevoir les difficultés d’une existence qui parait pourtant des plus admirables.

Le début du roman est certes un peu longuet ; contrairement aux autres oeuvres de Murakami, l’intrigue n’arrive pas bien vite. Mais le fil conducteur du récit, cette jeune femme intrigante, pleine de mystère, donne du rythme et permet au lecteur de se plonger dans cet univers fort jazzy alors qu’il s’agit d’un livre.

Dans ce récit Murakami conserve une de ses particularités qui me satisfait grandement : citer des dizaines de musiciens qu’il doit écouter avec plaisir.

Un livre à conseiller principalement aux amateurs d’histoire d’amour, car il risquerait de faire un peu (à peine) baisser les adeptes de Murakami anti-eau de rose de leur estime.

Envoûtant....mais frustrant

9 étoiles

Critique de Papillonette (, Inscrite le 24 août 2009, 40 ans) - 24 août 2009

Évidemment on se plonge corps et âme dans ce roman poétique et fascinant.
On aime ce héros si ordinaire tellement en quête d'Amour pur, grand et à l'image de Shimoto-San.
Et on le lit d'une traite avec le désir d'en savoir plus, de se laisser porter par les mots et la magie qu'ils opèrent.
Mais je ne suis pas rassasiée de ce chef-d'œuvre et je reste sur ma faim.
Où s'arrête le réel, où débute l'imaginaire? Le héros est-il schizophrène? Shimoto-San est-elle toujours réelle? Quel est son secret? Est-elle morte avec son enfant? Vit-elle comme un fantôme en quête d'une âme tellement aimée par le passé?
J'ai lu ce livre avec avidité, au fur et à mesure je me suis posé des questions, j'ai eu envie de percer le mystère de Shimoto-San, mais j'ai fermé le livre avec plus de questions encore.
Un beau livre qui nous plonge dans l'univers fantasmatique de Haruki Murikami, mais qui nous donne envie d'en lire plus, toujours plus...

Elégant, subtil...

8 étoiles

Critique de Zorrewind (, Inscrit le 7 août 2009, 52 ans) - 7 août 2009

L'auteur japonais nous avait habitués aux personnages de classe moyenne qui, perdus et broyés au milieu de la foule, se résignaient à vivre anonymement et à faire éclater le plus discrètement possible leur désespoir. Cette fois, le héros du roman s'en tire un peu mieux que les autres. Ce roman de Haruki Murakami se lit d'une traite. Chose curieuse, cette lecture s'effectue comme une procession lente et mesurée, sans avidité, ni boulimie romanesque. La phrase, sèche et tendue, a la curieuse faculté de mettre les personnages à distance d'eux-mêmes. Mystérieusement, ils parlent presque d'outre-tombe, dévoilant sur eux-mêmes une vérité qu'ils semblent fatigués de vouloir endosser. En tissant le destin d'un homme désenchanté pris dans les rets d'une étrange passion, Murakami signe un roman plus intimiste, une oeuvre de maturité. Un conte moderne dont émane un érotisme discret mais obsédant, ce roman, servi par une écriture d'une formidable densité, entraîne le lecteur au coeur des contradictions de héros en quête d'un inaccessible absolu. Sa langue limpide, ses descriptions minutieuses et minimales de situations ordinaires et de sentiments communs mettent ses univers à hauteur de chacun. Élégant, subtil, Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil évoque par son atmosphère suavement sixties le In the Mood for Love de Wong Kar-Wai. Haruki Murakami s'intéresse depuis toujours à ce que les hommes cachent sous leur apparence, leur âme, leur nature profonde. Aussi écrit-il en observateur, avec lenteur, en pesant ses mots, ses propos, sans excès. Au résultat un beau roman, lent, sur l'état du monde. Haruki Murakami: un auteur à découvrir.

Peintre, pianiste et danseur

8 étoiles

Critique de Matthias1992 (, Inscrit le 27 août 2007, 27 ans) - 20 mars 2009

De livre en livre, Murakami impose son style, met doucement en place son univers. Un univers où rêve et réalité se côtoient en permanence, où l'étrangeté surgit au coin de chaque détail insignifiant du quotidien, où le merveilleux arrive tout à coup.
Dans Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil Murakami esquisse avec une élégance gracieuse digne d'une ballerine le parcours amoureux inachevé d'un quadragénaire torturé. Celui-ci expérimente les voies complexes de l'amour et du désir à travers trois relations avec trois femmes littéralement différentes: Izumi, une jeune fille au charme discret, la première avec laquelle le personnage a fait l'amour; Okuki, sa femme, qui dispose de beaucoup de qualités mais qui n'est pas vraiment transcendante, et puis Shinamoto-San dont l'esprit traverse tout le livre d'une façon très remarquable. D'ailleurs l'importance que Shinamoto-San revêt pour le héros-narrateur épouse parfaitement l'importance que lui accorde le livre. Elle y revient en effet constamment, telle une ombre menaçante, on la soupçonne toujours cachée derrière un objet en apparence quelconque, toujours capable de surgir de l'ombre, d'apparaître dans le bar tenu par le narrateur par un jour de pluie diluvienne.
L'art de Murakami réside principalement dans son emploi appliqué des mots et du langage, qu'il exploite presque comme un peintre. A fines touches, en appliquant sa gouache avec minutie, il dessine des impressions, des sensations fugaces, mélangées, diffuses, hétéroclites, composées de différentes couleurs, composées de différents tons à priori inconciliables. Il laisse venir les impressions, les sensations, les émotions pêle-mêle, cette fois comme un pianiste, en s'efforçant de décliner toutes les gammes de son piano pour plus de richesse et de diversité d'expression ("Un léger sourire s'était mis à flotter au coin de ses lèvres comme une petite fumée qui monte tranquillement par un jour sans vent. Peut-être...").
Ce qui peut être loué en tout premier lieu est son sens souvent très salutaire du détail. Murakami sait rendre le détail, cette chose en apparence risible, cette chose en apparence dérisoire et sans conséquence. Ainsi il parsème son livre de détails, c'est d'ailleurs d'eux que le lecteur a tendance à se rappeler en premier, plus que d'une intrigue bien construite, ce sont des parcelles diffuses de souvenirs, des morcellements de phrases détachées, parfois simplement des mots: ainsi le titre Au sud de la frontière, une chanson de Nat King Cole écoutée par les deux héros, ainsi le prénom Shinamoto-San, ainsi comme le héros a éjaculé dans la bouche de son amoureuse, comme il pleuvait le jour où San a de nouveau rencontré le narrateur. Ce sont surtout des images qui restent: le visage inexpressif de la quadragénaire Izumi, le fleuve qu'ont visités le narrateur et Shinamoto-San, les amants corporellement unis sur le lit de la jouissance érotique,
Murakami a donc le don de raconter des histoires de façon incroyablement singulière, en effleurant les êtres et les choses, en rendant le lecteur attentif à des détails tout à coup surgis du quotidien le plus banal. Il a le don de multiplier les images, d'envoûter perpétuellement, tantôt à la manière d'un peintre impressionniste, tantôt d'un pianiste concertiste. Il a le don enfin de remplir son lecteur d'images, d'impressions, de souvenirs, de sensations, de réflexions, bref d'émotions.

Histoire attachante

6 étoiles

Critique de Lya (Paris, Inscrite le 17 mars 2009, 39 ans) - 18 mars 2009

Ce livre japonais est une pure rêverie, plein de nostalgie où on flirte avec les sentiments d'amour, de jalousie et de désespoir.
Une histoire sur le temps qui passe et qui parfois nous fait retourner sur notre passé. La peur de son désir d'enfant fait quelque part fuir Hajime.
Le rêve s'y mélange à la réalité. Il démontre le danger et le plaisir de vivre dans ses fantasmes, ses chimères pour échapper à la réalité de la vie. Il se nourrit du mystère de cette femme devenue adulte.
On entre dans le monde du héros et on n'en ressort pas avant d'avoir l'envie folle de le terminer... On est entraîné tellement vite dans son univers et disons le pris au jeu ;) ... J'ai beaucoup aimé certaines réflexions de l'auteur notamment sur l'enfance et sur la vie au sens général. Toutes ses rencontres d'une vie qui le construisent.. J'ai eu aussi un réel plaisir dans cette lecture. La jeune fille tant idéalisée m'a à certaines reprises agacée dans ce côté perpétuel qu'elle avait d'entretenir un mystère calculé et sans réelle valeur sur elle-même dans ce jeu du chat et de la souris mais peut être tout simplement était-ce après tout pour cacher sa tristesse et sûrement aussi dans le but de nourrir encore plus leur histoire impossible et dans ce plaisir de l'inachevé qui ne la fera jamais oublier par lui :))......
Avait-il cette quête insatiable de cette femme du fait de l'image idéalisée qu'elle lui offrait ou l'aimait-il réellement pour ce qu'elle était au fond d'elle-même?
L'amour le vrai n'était-il pas plutôt vers sa femme qu'il connaissait réellement à travers ses failles et ses valeurs? Il me semble qu'il courait après un idéal qui lui manquait dans sa vie quotidienne....
Peut-on réellement aimer dans le sens véritable du terme l'image d'une femme que l'on cristallise?

Oscillations entre frontière et soleil

10 étoiles

Critique de Grubzul (Montreuil sous Bois, Inscrite le 17 octobre 2008, 56 ans) - 5 décembre 2008

Le « héros » est un homme qui a tout réussi, sa vie de famille, son travail, le confort matériel... Une réussite sociale où la réussite de La Vie n’a que peu voix au chapitre.

Hajime mène une existence ronronnante qui le satisfait après une jeunesse ennuyeuse et inconstante sentimentalement. Jusqu’au soir où un morceau de son enfance refait surface sous les traits de Shimamoto-san, ancienne gamine boiteuse devenue magnifique.

Ce roman est un parcours initiatique qui débute dans l’enfance malmenée par la vision des autres, par les lieux communs auxquels on est censé se conformer pour mieux s’en extraire ensuite si on en est capable. Le vécu soumis aux aléas des convenances, de l’environnement social et géographique : un déménagement, la crainte d’ennuyer la mère de Shimamoto-san, la crainte d’être jugé par l’autre si on se fait trop entreprenant. Ne jamais être soi-même au fond, ne vivre que par procuration en se tenant en équilibre entre agrément et réprobation. Ne pas se laisser aller à ses désirs profonds tout en faisant preuve d’un égoïsme ordinaire quand on y cède. C’est toute la difficulté de s’affirmer pleinement, une porte grande ouverte sur la frustration, celle des autres mais aussi la sienne.

Hajime sera toujours en quête de lui-même et quand il se trouvera (s’est-il trouvé d’ailleurs ?) il se verra dérisoire et égaré, condamné à une existence ordinaire où règne le compromis, bien loin de ses fantasmes. La fin de sa quête le laissera vide après les insatisfactions perpétuelles, vide comme le visage d’Izumi derrière la vitre, Izumi qui fait peur aux enfants qui n’ont pas encore appris la duperie.

Un homme qui ne sait pas vraiment ce qu’il veut, finalement ordinaire dans ses hésitations et ses lâchetés. Il a tout pour être heureux mais ne l’est pas, il veut l’inaccessible, l’inédit, l’extra-ordinaire et pour cela il blesse, blesse par égoïsme et lâcheté, culpabilise et blesse encore, comme pris en étau entre envie de sécurité tranquille et envie de mourir pour ne plus avoir à faire de choix, tournant et retournant indéfiniment comme une souris dans une roue, égaré entre le Sud de la frontière et l’Ouest du soleil. Il ne mourra pas d’amour mais restera à jamais désenchanté.

Shimamoto-san restera finalement une icône, tellement secrète et hermétique qu’elle n’est finalement qu’esthétique, magnifiée par son apparence et surtout par d’anciennes traces qu’elle a laissées dans le cœur d’Hajime. Fillette connue et aimée devenue femme inconnue et fantasmée jusqu’à la déraison.

Un style murakamien diablement efficace, sans fioriture où les mots se suffisent à eux-mêmes, troublants de vérité et de simplicité. Un roman qui laisse des traces d’émotions vécues, indélébiles et que le temps finit par rendre irréelles mais toujours désespérément présentes.

Il en résulte qu’on ne fait pas toujours les bons choix, parfois par ignorance, parfois par peur, peur de se tromper ou peur de réussir qui sait. C’est aussi une quête de la jeunesse perdue, une lutte contre le temps qui passe et qui emporte tout, à moins que…

TOUJOURS AUSSI BEAU...

8 étoiles

Critique de Septularisen (Luxembourg, Inscrit le 7 août 2004, 52 ans) - 29 novembre 2007

Je n’ai pas grand-chose à ajouter à toutes les précédentes critiques déjà faites. Si ce n’est que, comme toujours, avec Haruki MURAKAMI on se régale de la première à la dernière page, avec son style unique et toujours aussi beau.

Comme toujours avec le «grand» auteur japonais, le récit est très mystérieux et la fin reste ouverte et libre d’interprétation de la part du lecteur…

Nul doute pour moi que ce récit est (en tous cas en partie) autobiographique, les détails semblant beaucoup trop vrais et trop précis pour avoir été inventés. Il s’agit là sans doute son livre le plus profond, le plus fouillé, le plus intimiste. En tous cas celui où l’auteur se livre le plus à ses lecteurs.

A lire, ne fut-ce que pour en apprendre plus sur la vie de l’écrivain, ou pour découvrir le merveilleux style de celui qui est sans aucun doute un des plus grands écrivains actuels…

Sentimentaloderose...

6 étoiles

Critique de CC.RIDER (, Inscrit le 31 octobre 2005, 61 ans) - 13 septembre 2006

Ayant découvert Murakami la "pop-star littéraire japonaise" actuelle par le biais de son "Kafka sur la plage", cet OLNI étrange dont j'ai déjà parlé ici même, ce précédent roman ( paru en 2002) ne pouvait que me sembler décevant puisque beaucoup plus classique. Il s'agit en fait d'un simple récit auto-biographique, excellement écrit certes, mais sans étrangeté ni poésie particulière...

A 12 ans, Hajime, jeune écolier solitaire rencontre Shimamoto-San, une petite voisine avec qui il va à l'école. Ils ont de nombreux goûts communs, aiment la même musique et éprouvent leurs tout premiers frissons sensuels. Malheureusement, la vie et un déménagement intempestif les séparent. Le temps passe. Hajime rencontre d'autres filles, se marie avec Yukiko dont il a deux filles. Tout semble aller pour le mieux pour lui. Il possède deux bars de jazz, un bel appartement dans un quartier chic, une BMW, une jeep Cherokee et une belle demeure à la campagne... Et voilà que 30 ans plus tard, la réapparition de Shimamoto-San remet tout en question...

Vous l'aurez compris, fini le philosophico-fantastique ( ou plutôt Murakami n'y avait pas encore accédé), bonjour le sentimentalo (de rose) type Marc Levy, Gavalda et consoeurs... Rien de bien génial. Sans doute son énorme succès nippon vient-il d'une certaine crudité dans les propos et les descriptions de scènes "hot". Peut-être cela a-t-il semblé novateur pour une société plus prude que la nôtre ? Mais au pays du divin Marquis, de la Régine Desforges et de la Catherine Millet, porno plus amours contrariées ne nous étonnent plus depuis longtemps. Un gentil roman (de gare). Attendons ce que le génie bridé nous produira APRES "Kafka"...

Sentiments lisses et convenus

5 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 45 ans) - 15 juin 2006

Que dire à propos de ce que j'ai ressenti en lisant ce livre dont j'avais entendu de belles critiques jusqu'à présent... que je me suis souvent ennuyée, que j'ai par moments trouvé que le chemin emprunté par les héros de Murakami était bien trop balisé, qu'il y avait des clichés et aussi trop d'attendus.
Avec en même temps une écriture simple et subtile, faites d'émotion et de tendresse. Un mélange qui au final donne un roman plaisant, certes bien écrit, mais qui ne laissera chez moi pas de véritable souvenir impérissable.
Le personnage de Hajime est pourtant très intéressant, héros de papier qui renoue avec ses souvenirs d'enfance tout en observant cela avec son âme d'adulte conformiste et lâche. Le personnage de Shimamoto-San semble si fragile à côté de ses certitudes d'homme qui a réussi dans la vie. Mais quelle triste réussite pour lui.
Je ne remets évidemment pas en cause le talent et les qualités d'écriture de Haruki Murakami, c'est moi qui n'ai pas accroché et puis voilà. Beau mais trop lisse, trop propre, trop formaté à mon goût. Au cinéma, cela pourrait donner quelque chose de magnifique dans la lignée de ce que fait Wong Kar Wai et ses films esthétiques. En livre, je trouve ça un peu trop terne.

Un amour de jeunesse

9 étoiles

Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 64 ans) - 29 mai 2006

Murakami possède une écriture belle et que je déguste chaque fois avec beaucoup de plaisir. Il raconte dans ce livre une histoire d'amour touchante entre un tenancier de bar bien établi, avec femme, enfants, maison de campagne et fortune personnelle considérable et un amour de jeunesse en la personne de la belle Shimamoto-san qui vient s'assoir au bar de Hajime vingt-cinq ans après leur première rencontre.

Ce récit est largement autobiographique car Murakami fut tenancier de bar à Tokyo je crois pendant de nombreuses années.

Un beau roman sur l'amour et le vide de l'existence des gens bien nantis et qui croient tout posséder dans la vie mais prennent conscience avec l'âge, qu'ils ne possèdent que du néant. Une belle réflexion sur l'essentiel qui est gage de bonheur et sur les passages et crises inévitables de l'existence humaine.

pensons à l'avenir pour progresser!!!!

8 étoiles

Critique de Véro lé la (, Inscrite le 5 février 2006, 48 ans) - 23 février 2006

Merci à H. Murakami pour son irrésistible roman.
Ecriture limpide, épurée. Lecture toute en douceur...
On s'attache à cette femme mystérieuse qu'est Shimamoto-sam. La vie de Hajime se trouve bouleversée dès-lors qu'il la revoit.
Faut-il qu'il se lance dans la possibilité d'une métamorphose de sa vie en se donnant à elle?
Avait-il fait de bons choix pour en arriver là où il est à 40 ans (riche, enfants, femme..)?
Faut-il revenir sur son passé?
Ce livre sollicite des interrogations sur le sens de la vie.
A lire.

" Fleur bleue " ???

8 étoiles

Critique de Catinus (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 68 ans) - 30 novembre 2005

J'ai apprécié l'écriture de Murakami. Elle est limpide, claire, sans aucune sophistication ni aucune violence.
Toutefois, j'ai trouvé cette histoire - ces histoires - un peu " fleur bleue " quand même.
Le chapitre 15, soit la fin, est assez touchante car elle évoque certaines de ces sensations basiques : on ne change pas, - et si tout n'était qu'illusion, ...
Je pense qu'il faut avoir connu un grand, un immense amour pour entrer profondément dans cet ouvrage remarquable.
Un auteur à approfondir. Je l'adopte >>>>>>>>>>>>

"Un enfant gâté, faible, et terriblement capricieux"

8 étoiles

Critique de Fee carabine (, Inscrite le 5 juin 2004, 45 ans) - 31 octobre 2005

"Dans le monde où je vivais, il était communément admis que les enfants uniques étaient gâtés, faibles, et terriblement capricieux. C’était là une sorte de loi divine et naturelle, du même ordre que «Les vaches donnent du lait» ou «Plus on monte en altitude plus la pression de l'air diminue». C'est pourquoi je détestais qu'on m'interroge sur la composition de ma famille. Je savais que, dès qu'il aurait entendu ma réponse, mon interlocuteur se dirait: «Ah, c'est un fils unique; donc, ça ne fait aucun doute, il doit être gâté, faible, et terriblement capricieux.» Ces réactions stéréotypées me blessaient, je les connaissais sur le bout des doigts, jusqu'à l'écoeurement. Mais ce qui m'affectait, c'était le fait que mes détracteurs avaient parfaitement raison: sans nul doute, j'étais un enfant gâté, faible, et terriblement capricieux."

C'est à la page 8. Haruki Murakami nous présente, à grands renforts de lieux communs, Hajime, le "héros" de "Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil", un héros fort peu fait pour attirer la sympathie, un enfant gâté, faible et terriblement capricieux. Et le pire est que cela ne s'arrange pas avec le temps. A mesure que l'on accompagne Hajime de l'adolescence à l'aube de la quarantaine, il reste toujours pareil à lui-même, commettant toujours les mêmes erreurs, de plus en plus désillusionné sur son aptitude à changer et à devenir un autre homme. Comme son premier amour, Shimamoto-San, le lui avait dit autrefois: "Avec le temps, de nombreuses choses se figent, comme du plâtre dans un seau, et on ne peut plus retourner en arrière. Le «Toi» que tu es maintenant est solidifié comme du ciment, et tu ne peux pas être autre que ce que tu es aujourd'hui (...)." Les choix d'hier déterminant irrévocablement ce que l'on est aujourd'hui. Une conception fataliste qui perd de vue le fait que les choix d'aujourd'hui influencent aussi ce que l'on sera demain, et que non, décidément, la vie et la personnalité d'un homme ne sont pas des choses qui se solidifient comme du ciment... Et lorsqu'en fin de compte, Shimamoto-San réapparaît dans la vie d'Hajime, c'est justement cette question de la possibilité d'une métamorphose qui se pose avec une acuité sans précédent. Et c'est la question que "Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil" pose à ses lecteurs, à travers la perception d'Hajime, avec ses faiblesses, son égoïsme et son aveuglement qui parfois lui font perdre toute conscience de ce que ses égarements entraînent aussi de souffrance pour ses proches...

Un paquet de lieux communs. Un personnage principal quelque peu pitoyable. Et une question qui n'est évoquée qu'à travers la vision tronquée qu'en a ce personnage. On peut se demander comment un livre construit sur de telles prémisses parvient à soutenir l'intérêt de ses lecteurs. Il y faut un sacré talent. Et c'est que Haruki Murakami possède bel et bien un sacré talent! Il faut une grande finesse d'observation et d'analyse, une profonde connaissance de la nature humaine pour décrire le comportement et les pensées d'Hajime avec une telle justesse. Et puis, il faut un style, une voix particulière, une petite musique ensorcelante qui fait qu'on ne pense pas une seconde à interrompre sa lecture. La petite musique d'Haruki Murakami m'a fait penser plus d'une fois à Christian Gailly et à Paul Auster, un peu à cause du club de jazz dont Hajime est propriétaire et de son atmosphère chère à Christian Gailly, mais surtout parce que j'ai retrouvé chez Haruki Murakami la même légèreté de touche pour évoquer des questions graves.

Star Crossed Lover

9 étoiles

Critique de Alie.Vouvair (, Inscrite le 2 septembre 2005, 54 ans) - 3 septembre 2005

Que tous ceux qui s'imaginent que l'on ne meurt pas d'amour lisent cette histoire de Haruki Murakami : c'est que mourir peut revêtir plusieurs sens, certains personnages de ce roman le savent bien eux, ils le vivent même.
Très beau livre

Les raisons du coeur

7 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 50 ans) - 13 octobre 2004

Inutile d'en rajouter trop, suite à cette série de critiques. L'écriture de Murakami est limpide et au delà de ce récit biographique, qui pourrait paraître banal, se cache le fond de l'âme. Murakami explore en long et en large les sentiments de son personnage principal, mais j'aurais aimé en savoir plus sur les autres femmes qui hantent son passé et qui refont surface dans sa vie, particulièrement la mystérieuse Shimamoto-San.

Moi aussi

8 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 63 ans) - 6 septembre 2004

Que rajouter au concert de louanges unanimement décernées par tous ceux qui ont donné leur avis? Et comment faire mieux? On parle, dans la jaquette, de MURAKAMI comme d'un poteniel futur Prix Nobel? Bon, je ne sais pas comment ça se passe mais c'est peut être aller un peu vite en besogne?
Au sud de la Frontière, à l'Ouest du soleil est ce genre de livre qui transcende les civilisations. Le fait que ce soit décrit par un japonais et que ça se déroule au Japon n'en n'atténue pas le réel. Ca interpelle comme on dit. Et puis Murakami aime bien laisser les lecteurs avec leurs faims, et leurs fins aussi. Un livre intelligent.

En un mot : magnifique

9 étoiles

Critique de Féline (Binche, Inscrite le 27 juin 2002, 41 ans) - 24 août 2004

Haruki Murakami est un auteur qui me touche énormément. Il trouve toujours les mots justes pour décrire les sentiments et il n'est pas rare que je me reconnaisse dans l'un ou l'autre trait de ses personnages. Son écriture et ses romans sont pour moi parmi les plus poétiques que j'ai eu l'occasion de lire. C'est beau tout simplement.

Après "La ballade de l'impossible", c'est le deuxième roman de cet écrivain que je lis. Les deux m'ont autant émus l'un que l'autre et j'y ai retrouvé certains thèmes, qui semblent chers à l'auteur : cet amour pur, qui semble impossible et autour duquel un aura de mort plane. Le suicide, pas réellement évoqué mais qui est palpable et surtout le mystère. C'est peut-être ce mystère qui entoure les personnages qui rendent les romans de Murakami si beaux et si poétiques.

A l'ouest, au Sud, nulle part

9 étoiles

Critique de Henry (Bruxelles, Inscrit le 23 juin 2004, 48 ans) - 13 juillet 2004

C'est rare, une écriture pareille. Dépouillée, impressive, si simple en apparence. Sans effet, dirait-on, sauf que précisément, chaque mot produit ses effets. C'est tout est simple, voyez-vous. Hajime est un homme simple, avec une femme simple, et une petite tromperie pas si compliquée que ça. C'est pourtant d'un drame, qu'il s'agit. Cet homme découvre, subitement, qu'il est capable d'abandonner "tout" du jour au lendemain - femme et enfants, position sociale, un chouette job, une oeuvre - pour une sombre inconnue.
En grand écrivain, en fait potentiellement immense, Murakami remue avec finesse ce qui, dans le fond, est notre merde. C'est tout son art. Se sentir prêt à tout quitter ainsi, en faveur de cette femme qui produisit, chez lui, une érection dont il se sentit "un peu honteux"... Dans le fond, ce bouquin si simple, en apparence - mais c'est une traversée du désert -, confronte la raison à la passion, l'économie au rêve, et bouscule le mirage capitaliste, sans réponse toute faite quant à savoir où se trouve la vraie vie (du côté du rêve, apparemment).
Avez-vous lu les nouvelles de Murakami, telles qu'on les découvre dans le recueil "Un éléphant s'évapore"?

J'adore...

10 étoiles

Critique de Duncan (Liège, Inscrit le 21 février 2004, 38 ans) - 21 février 2004

J'ai découvert Murakami-san ( ;-) ) il y a assez peu de temps ( enfin, le temps, c'est relatif comme dirait l'autre ) et je dois bien avouer que depuis, je suis pris d'une frénésie dévorante pour cet auteur...

Ca ne m'était plus arrivé depuis Stendhal ( C'est dire la qualité du bonhomme ! ).

J'ai donc bien entendu lu, entre autres, le livre ici présenté, et , autant le dire tout de suite, c'est mon préféré !

Ce livre m'a ému à un point que je ne peux définir (" beyond consciousness " ) , la description de l'enfance "solitaire" du héros, Hajime l'enfant unique, y est sans doute pour quelque chose. Quand à cette romance avec Shimamoto-san, cela faisait bien longtemps que je n'avais pas lu une telle justesse dans la description des sentiments et du trouble que provoque des retrouvailles tant désirées, et si longtemps fantasmées.

Bref, pour moi, ce livre est véritablement un petit chef d'oeuvre, un de ces indispensables... un de ces livres que j’emmènerais avec moi sur une île déserte...

Pour ce qui est de l'ancrage très "américain" du livre, c'est assez normal vu que Murakami est passionné de littérature américaine ( Il est le traducteur de Fitzgerald et Irving entre autres )... Pour quelque chose de plus "japonais", Tanizaki Junichirô est sans doute un excellent choix... ou le classique "Mémoires d'une Geisha" d'Inoue Yuki...

L'éternel non retour

9 étoiles

Critique de Kinbote (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 60 ans) - 28 juillet 2003

Hajime, qui veut dire « commencement » est fils unique, et qualifié d'égoïste par son entourage depuis l’enfance (dans un pays et à une époque -les années 50 - où le nombre d’enfants par couple est en moyenne de trois), quelqu’un assurément à la recherche de son propre bonheur. Trois filles vont marquer sa jeunesse et orienter ses futures amours : Shimamoto-san (ah le charme de ces prénoms japonais !), Izumi et la cousine d’Izumi. La première, c’est l’amour idéal, l'amour qu’il ne fera pas. Izumi, ce sont les premiers baisers, la découverte du corps nu, des premières sensations charnelles, et La cousine , c'est le sexe à l'état pur. On peut dire qu'il épousera une femme proche de Izumi, aimante, qui ne fait apparemment « pas d’ histoire », qui lui assurera la sérénité de l'esprit mais qui au fond est suicidaire comme Izumi.
Le roman tend à montrer qu'il est inutile de revenir sur son passé, que lorsque les ponts sont coupés, il faut aller de l’avant, droit dans le mur quitte à se prémunir d’une fin certaine et du désert inévitable avec un airbag formé des souvenirs du passé, et sans oublier d’accompagner son présent un peu comme on le ferait d'un mourant.
Le titre du roman formé de deux points cardinaux inconciliables pose un dilemme. Le sud de la frontière (tiré d'une chanson de Nat King Cole), c’est le rêve, le possible, le lieu imaginé. A l'ouest du soleil (tiré d'une maladie sibérienne), c’est l’impossible, l’irrémédiable, la fin certaine.

Je me suis demandé ce que ce roman avait de plus spécifiquement japonais ou d'oriental car, jusqu'à un endroit du texte, son ancrage n’est pas marqué (les personnages écoutent de la musique américaine ou classique européenne et leurs comportements sont identiques à ce qu'on pourrait trouver dans une autre contrée occidentalisée), et pourquoi en effet un roman écrit par un Japonais américanisé devrait être japonisant ? Cependant, le dépôt des cendres de l’enfant mort dans le fleuve coulant vers l’océan, l'eau de la neige fondue versée de bouche à bouche pour faire prendre un médicament, la caresse de la vitre derrière laquelle se tapit le visage désormais inexpressif
d'Izumi, la contemplation du corps nu d'Hajime par Shimamoto-san et la façon qu'elle choisit de s'en accaparer, tous ces rituels précis et pourtant évanescents qui se décalent de la réalité pour en capter l’essence me paraissent propres à cette culture. Comme les précédents critiqueurs l’ont dit, Hajime n’aime pas les femmes particulièrement belles, il cherche à saisir chez elles leur être profond, le noyau de leurs divers moi (le narrateur est sensible aux métamorphoses du « moi » chez lui et les autres), ce qu'il est seul à percevoir chez un être humain de l’autre sexe (Hajime n'a jamais eu d'amis, l'être de la femme ne lui semble pas perceptible sans la composante sexuelle), ce qui permettra aux deux partenaires du couple de s'apporter des bienfaits singuliers en soudant une union rare et forte. Et les relations interpersonnelles vues sous cet aspect, c’est évidemment très beau !

Merci à Saule pour cette découverte.

Ainsi va la vie

9 étoiles

Critique de Nothingman (Marche-en- Famenne, Inscrit le 21 août 2002, 39 ans) - 20 avril 2003

Je disais toujours quand on m'interrogeait sur la culture japonaise que je ne me sentais pas attiré par cette culture, son cinéma, sa littérature. Je pensais que je n'avais rien en commun avec leur culture , je la voyais trop différente par rapport à mes repères. Mea culpa, mea culpa. Il n'y a que les imbéciles qui ne changent pas d'avis ! En effet, ce roman est sans doute l'un des plus beaux qu'il m'ait été donné de lire. Et pourtant, c'est une histoire toute simple, banale.L'histoire d'un homme Hajime qui retrouve l'amour de ses douze ans la quarantaine venue. Un amour exclusif dans lequel il va se replonger progressivement, au prix peut-être de la vie rêvée qu'il est parvenu à se construire. Retrouver cette femme, Shimamoto-San, c'est un peu imaginer la vie qu'on aurait pu vivre si on avait posé d'autres choix.Son histoire avec Shimamoto-San, c'est un peu comme une route empruntée à deux puis qui s'est vue barrée à douze ans.Ils empruntent tous deux des déviations différentes vécues avec des fortunes diverses. Ils empruntent la bretelle et c'est le retour sur la route du passé. Sauf qu'il est parfois difficile de se demander ce qu'a vécu l'autre entretemps,les expériences qu'il a bien pu vivre.Une prise de conscience, mais aussi une prise de risque. C'est un roman extrêmement touchant,désespérément beau...comme la vie!

Merci Saule !

8 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 75 ans) - 20 mars 2003

J'ai enfin lu ce livre et je l'ai vraiment beaucoup aimé. Hajime est vraiment un homme hors du commun. Sa psychologie est très finement décrite par Murakami. D'abord son problème d'être enfant unique et donc de craindre de devenir égoïste et capricieux. Son amour pour les femmes qui ne sont pas particulièrement belles (à l'exception de Shimamoto-san) mais qui le font flasher par un quelque chose qu'il ne peut pas toujours définir. Ses attirances peuvent aussi être brutales. Il écrit: " Même si elle avait eu quarante-deux ans, trois enfants et une queue au bas du dos par-dessus le marché, cela ne m'aurait pas dérangé tant était fort le désir que j'éprouvais. "Je ne peux pas me contenter de croiser cette fille, me dis-je clairement. Sinon, je le regretterai toute ma vie."" Et il passera des après-midi entières à faire l'amour avec elle, avec passion et quasiment sans un mot !... Il y a aussi son penchant pour les femmes qui boitent, comme Shimamoto-san. Il en voit une en rue et il est aussitôt attiré !... Il suit la femme pendant des heures ! Hajime restera toujours à la recherche de quelque chose, il aura aussi toujours l'envie d'être un autre... L'absence du frère ou de la soeur qu'il n'a jamais eu ?... Un très beau livre et très agréable à lire.

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