Une révolution sous nos yeux, comment l'islam va transformer la France et l'Europe de Christopher Caldwell

Une révolution sous nos yeux, comment l'islam va transformer la France et l'Europe de Christopher Caldwell
(Reflections on the revolution in Europe)

Catégorie(s) : Sciences humaines et exactes => Economie, politique, sociologie et actualités

Critiqué par Oburoni, le 13 octobre 2012 (Waltham Cross, Inscrit le 14 septembre 2008, 36 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (19 546ème position).
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Europe, immigration et Islam

Traumatisme des fascismes ou culpabilité coloniale, les européens ont un vrai problème à aborder les questions liées à l'immigration sans sombrer dans les passions les plus vives, lorsqu’ils n'en font pas un sujet tabou. Christopher Caldwell montre ici qu'ils ont tort : face à des mouvements migratoires de plus en plus massifs et concernant des populations dont la culture nous est étrangère, c'est l'essence même de l'Europe, son identité, ses valeurs qui sont en jeu. Loin de fuir les débats les européens devraient donc au contraire faire face aux faits qui, de questions démographiques au multiculturalisme sont sûrs de changer le visage du continent dans les décennies à venir.

Dans un livre nécessaire, remarquable, il a le talent d'étaler, en détails, rigoureusement, mais aussi sans passion et en toute objectivité les tendances actuelles concernant l'Islam en Europe. Car c'est bien de cela dont il s'agit : la montée en puissance d'une religion qui ne manque pas de faire sentir son impact.

'Depuis son arrivée il y a un demi-siècle, l'Islam a brisé -ou demandé des ajustements à, ou réaffirmé les défenses de- pas mal de coutumes européennes, d'idées reçues et de structures étatiques avec lesquelles il est venu en contact. Parfois ces ajustements sont de mineures accommodations aux traditions musulmanes -compagnies supprimant la tradition d'un verre après le travail, piscines ouvertes aux femmes à certaines heures uniquement, ou des salles de prières dans différentes entreprises, usines et magasins. Parfois de nouvelles lois sont jugées nécessaires, telle celle en France sur le port du voile dans les écoles.'

Considéré comme la seconde religion après le christianisme, il est en tous cas indéniable que l'Islam y a acquis une place sans pareil, 'de par l'intensité des convictions de ses disciples, son importance dans les débats politiques, les privilèges dont il bénéficie sous les lois de beaucoup de pays européens, ou sa capacité à intimider les détracteurs'.

Chaque pays, bien sûr, fait face à ses propres problèmes, ses propres immigrés issus de pays différents mais, néanmoins, à l’échelle du continent de grandes tendances se dessinent qui ne manquent pas de questionner nos préjugés.

Il commence par un constat d'ordre démographique.
Si un taux de fertilité de 2,1 enfant par femme est généralement considéré comme étant nécessaire au renouvellement d'une société Caldwell rappelle que, parmi les populations d'origines il est partout en-deçà (de 1,2 en Allemagne, le plus bas, à 1,7 en France, par exemple) alors que, parallèlement, celui de la plupart des populations immigrées et descendantes d'immigrées il est bien au-dessus. Ainsi, parmi les Turques, Tunisiens ou Marocains ce taux est de 3,3/3,4 enfants par femme.
Le fait est que, si certains de ces immigrés tendent à converger vers un taux similaire à celui des populations d'origines, de telles transitions démographiques restent limitées et, surtout, elles ne concernent pas les populations musulmanes, où le modèle familial reste généralement similaire génération après génération. Au Royaume-Uni par exemple, Pakistanais et Bangladeshis ont non seulement un taux de fertilité supérieur aux britanniques mais, aussi, à la plupart des Noirs Africains (Ougandais, Kenyans) pourtant arrivés après eux.

Loin d'être xénophobe ou, pire, livrer un pamphlet raciste se souciant de l'avenir de la 'race' blanche, ce que Caldwell cherche à comprendre est comment de tels changements vont affecter l'Europe ? Est-ce que l'Europe, en fait, 'peut rester la même avec une population différente la peuplant' ?

Clairement : non.

Passionnant, il revient alors sur l'histoire de telles migrations, les raisons données pour les justifier, et leurs avantages et inconvénients. Sans tabous, il discute des politiques d'assimilation ou d'intégration, et de comment certains pays (Grande-Bretagne, pays scandinaves) sont passés de l'accueil de travailleurs pour raisons économiques à l'accueil de réfugiés pour raisons humanitaires. Lucide, il fait alors face à l'avenir de nos Etat-providence tels qu'on les connait et interroge l'immigrationnisme.

De là, il met les pieds dans le plat et montre que, l'accueil de musulmans tel qu'il se pratique actuellement, couplé avec la manière dont ces immigrés (comme d'autres de leurs prédécesseurs) sont traités dans nos contrées n'enrichit en rien l'Europe. Bien au contraire ! Tout sert en fait un certain Islam qui, de plus en plus, menace notre identité et nos valeurs.

En fait, ce n'est pas l'immigration en tant que telle qu'il dénonce mais le multiculturalisme qui en découle et tel qu'il se pratique.

Ce qu'il voit en Europe, au fonds, est un continent malade, doutant de ses propres valeurs et qui doit pourtant faire face à une population grandissante et, au contraire, confiante et qui sait jouer de notre culpabilité pour s'affirmer sans retenue :

'pendant que les européens pouvaient facilement rejeter leurs préjugés, les préjugés d'autres groupes ethniques leurs étaient, eux, assez naturellement invisibles (...) Les européens qui considéraient les églises comme des hôtes à la stupidité, le sexisme et la superstition n'en savaient pas assez sur les mosquées et les ashrams pour se forger un jugement, et les laissèrent donc tranquille. Abolissant les vieilles leçons nationalistes et maintes fois moquées sur nos ancêtres les gaulois, ils absorbèrent néanmoins les leçons sur les vertus d'autres cultures, et la justice et la noblesse de causes politiques exotiques avec une crédulité enfantine.'

Le multiculturalisme à l’européenne, en fait, n'est qu'une forme de communautarisme servant l'ancrage de populations islamisées et qui n'ont pas l'intention de s'assimiler. Pire : dans des pays où, durant des décennies des politiques de ghettoïsation et d'exclusion furent menées à l'encontre d'autres population issues de l'immigration (il cite entre autre les banlieues françaises, déjà minées par le chômage et la délinquance) l'Islam devient de plus en plus une contre-culture, un refuge identitaire.
Le schéma est alors inquiétant : des populations exclues maintenant s'excluent.

Quant à la diversité ethnique on repassera puisque populations musulmanes et populations d'origines sont rarement en contact les unes avec les autres, et ne se marient donc que peu entres elles. Les mariages arrangés et l'importation d'épouses venues des pays d'origines est d'ailleurs un problème tel que, de l'Allemagne aux Pays-Bas en passant par le Danemark certains pays ont dû légiférer à leurs sujets, en plus de voir bourgeonner des 'mini-états ethniques' sur leurs territoires.

Ce qui est inquiétant dans la montée de l'Islam en question est que, évoluant en de véritables sociétés parallèles, il est un véritable défi à nos valeurs -de l'antisémitisme aux droits des femmes (mariages forcés, crimes d'honneurs...) et jusqu'à l'identification avec les extrémismes étrangers, comme en témoignent les manifestations récurrentes contre les 'insultes' faites à l'Islam (36% des jeunes musulmans britanniques supportent la peine de mort pour apostasie, la majorité d'entre eux s'étaient opposés à la guerre contre les Talibans).

De telles attitudes, doublées avec un refus de les soumettre à la critique laissent présager du pire :

'espérant que les musulmans apprennent les leçons de Voltaire, les européens se sont donné de grandes peines pour isoler l'Islam des méthodes de Voltaire. Ridiculiser l'Islam a été confondu avec la xénophobie et le racisme.'

Ou encore :

'Il a fallu 50 ans d'immigration de masse pour que les européens deviennent effrayés par leurs minorités.'

Le projet de construction européenne quant à lui n'apparait même pas comme étant une solution, comme il le montre en revenant sur les conséquences de la création de l'espace Schengen à l'échelle continentale alors que, paradoxalement, les politiques d'immigrations sont laissées aux initiatives nationales.

Honnêtes, sérieuses et, surtout, uniquement appuyées par des faits les réflexions de Christopher Caldwell, loin de la paranoïa xénophobique mais sans pour autant sombrer dans la niaiserie alimentant trop souvent le politiquement correct (un triomphe pour un tel sujet) ne manqueront pas d'interpeller. La lecture de ce livre, en tous cas, est absolument incontournable pour quiconque se soucie de l'avenir de l'Europe.

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Très bien documenté !

7 étoiles

Critique de Psychééé (, Inscrite le 16 avril 2012, 31 ans) - 15 juillet 2015

Cet essai brillant nous rappelle la raison initiale de la venue des immigrés musulmans en Europe et des autres – le besoin de main d’œuvre ouvrière pour reconstruire ce que la seconde guerre mondiale avait détruit - et les difficultés d’adaptation culturelles qui en découlent.
Bien plus tard, de nombreux pays ont opté pour une politique d’immigration « à la canadienne », c'est-à-dire une immigration sélective qui permettrait à la nation de fixer des règles à ceux qui souhaitent bénéficier de son filet de protection (proposé par Sarkozy en 2006). Une tentative de politique européenne de l’immigration a également été initiée en 2010 ; elle fut infructueuse car vivement critiquée.

« Beaucoup d’Européens et d’étrangers ont eu tendance à traiter l’immigration vers l’Europe tout simplement comme une chose à laquelle les immigrés auraient droit, qui s’inscrirait dans le cadre de la dette que l’Europe aurait contractée envers le reste du monde après des siècles d’exploitation économique. » Soit. Il est parfois difficile de concilier plusieurs religions et de plaire à tout le monde. Toujours est-il qu’aujourd’hui, la France est un pays laïc, qui par définition distingue la religion de la politique.

L’Islam étant la première religion d’Europe en termes d’importance des débats politiques, de convictions de ses adeptes ou de privilèges, on ne peut bien entendu pas ignorer son impact sur la culture européenne. Mais allier féminisme et immigration musulmane s’avère compliqué ; tempérer la critique envers l’islam de plus en plus protégé juridiquement alors que l’on clame la liberté d’expression n’est non plus pas compatible avec les mœurs occidentales.

Cet auteur américain, très bien documenté, énonce des faits sur les pays européens et l’islam aujourd’hui. Les discordes passées entre les religions, le déclin démographique des Européens face au nombre croissant de musulmans, l’opposition au port du foulard, la profusion de mosquées, l’enseignement, le travail, l’économie ... et la perte de contrôle.
Il dresse de simples constats issus de multiples sources pour pousser chacun à ouvrir les yeux et réaliser l’inévitable changement qui s’est produit ces 50 dernières années et qui va forcément continuer à bouleverser les coutumes occidentales. Aucun parti n’est pris. Libre ensuite à chacun de faire ce qu’il veut de ces données politiquement incorrectes.

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