Le clan du sorgho de Mo Yan

Le clan du sorgho de Mo Yan
(Honggaoliang jiazu)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique

Critiqué par Myrco, le 10 octobre 2012 (village de l'Orne, Inscrite le 11 juin 2011, 69 ans)
La note : 10 étoiles
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Un texte superbe...sur un épisode de la résistance chinoise

Avec "Le clan du sorgho" publié en 1986, Mo Yan signait un texte magistral qui lui permettait d'accéder à la notoriété qui est la sienne aujourd'hui.

Ce roman très court (150 pages) mais dense, appartient à la veine historique de l'oeuvre, en ce sens qu'il s'inscrit, non dans la Chine contemporaine de l'auteur (né en 1956) mais dans un moment plus ancien de l'histoire de ce pays, au temps de la seconde guerre sino-japonaise (1937-45).
Automne 1939: les japonais envahissent la province de Gaomi, au N. E de la Chine, berceau natal de Mo Yan dans lequel il situe la plupart de ses romans. Le père du narrateur, Douguan, adolescent de quatorze ans, est confié par sa mère, la belle Dai Fenglian aux soins du commandant Yu Zhan'ao; avec plusieurs dizaines d'hommes de son escouade, des villageois, ils partent tendre une embuscade à un convoi ennemi. . .

L'action se déroule en une seule journée qui préfigure les terribles massacres qui auront lieu quelques jours plus tard quand

"les corps de plusieurs centaines de paysans entassés pêle-mêle, irrigueront les sillons de leur sang. La terre noire, complètement imbibée, ne sera plus qu'une boue fluide. . ."

Pour Douguan, cette journée est celle de toutes les épreuves, initiatique, héroïque et douloureusement tragique.
Pour autant, comme dans "Le chantier" paru deux ans plus tard, le récit n'est pas linéaire. Par des retours en arrière incessants, l'auteur y intercale des pans entiers du passé: le récit de l'enchaînement implacable et dramatique des faits qui ont conduit Liu, le vieux serviteur, à la mort, un an plus tôt; les péripéties du mariage de la grand-mère du narrateur et sa rencontre amoureuse avec Yu, une quinzaine d'années auparavant. . .
On ne rentre pas ici dans la psychologie des personnages. Quelques traits suffisent à esquisser les caractères. Ce qui importe, ce sont les faits par lesquels se sont illustrés ces héros de la résistance que sont Fenglian, Yu, Douguan et d'une certaine manière Liu, qui vivront désormais dans la mémoire collective du village comme des figures légendaires de cette geste familiale.

Quelle puissance évocatrice et hautement symbolique que celle de ces champs de sorgho! Symbole de la vie, de la fertilité, le sorgho est autant un élément essentiel du récit qu'il est un élément fondamental dans la vie de ces paysans pauvres: il les nourrit, est témoin de leurs ébats, leur offre une échappatoire à la rudesse de leur condition (l'alcool que distille Fenglian). Il est aussi ici symbole de la mort: à maturité le sorgho devient rouge et
"Au coeur de l'automne, les vastes champs ne sont plus qu'un océan de sang."
; symbole de leur souffrance aussi, ce sorgho fruit de leur peine et de leur sueur, ce sorgho que les "diables japonais" piétinent pour construire leur route, ce sorgho qui souffre comme ces paysans auxquels il est indissolublement lié:
"les mitrailleuses crachent leurs balles en gerbes de lumière sèche qui croisent leurs éventails déchirés à l'est puis à l'ouest. Le sorgho gémit, les tiges amputées de son corps démembré tombent, toutes droites, ou s'envolent en arcs de cercles."


C'est une prose puissante que celle de Mo Yan, charriant tant d'images fortes, tantôt lyrique, tantôt d'un réalisme à peine soutenable dans la restitution de scènes atroces (trop impressionnables s'abstenir), où le langage le plus cru peut côtoyer l'évocation la plus délicate.
Et comme ses descriptions de la nature, justes et sensibles, nourries du souvenir des fines observations et des sensations de son enfance de petit paysan savent nous restituer ce lien étroit qui confond l'homme avec tout l'univers du vivant!
Contrairement à des oeuvres plus récentes (dont pourtant le sujet ne s'y prêtait pas plus), on ne trouve guère ici d'humour ou d'ironie, mais plutôt un ton grave parfois et une condamnation non voilée du comportement de certains pendant cette guerre: chinois collaborateurs ou autres traîtres à la patrie.

P. S: Ce roman a donné lieu à une adaptation cinématographique "Le sorgho rouge" du réalisateur chinois Zhang Yimou qui a obtenu l'ours d'or à Berlin en 1987.

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