Nos cheveux blanchiront avec nos yeux de Thomas Vinau

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux de Thomas Vinau

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Frunny, le 9 septembre 2012 (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 52 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 10 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 499ème position).
Visites : 3 603 

" A Ostende j'aime Gibraltar....."

Ses rochers qui s'ingénient
À me faire du plat
(Alain Bashung - Paroles de Jean Fauque)

Voilà à quoi j'ai pensé pendant ces 91 pages.

Avec "Nos cheveux blanchiront avec nos yeux", Thomas Vinau signe son premier roman.
Et j'avoue avoir été touché au plus profond, une merveille !

Un ouvrage court construit en 2 parties :

"Le dehors du dedans..." ou nous suivons le voyage de Walther d'Ostende à Gibraltar. Des rencontres pleines d'humanité. Un mafé à Ostende dans un foyer de travailleurs africains.
La "Bruxelles" de Dick Annegarn (chantée par Bashung).
Un oisillon sauvé des griffes du chat, nommé Pec et qui s'avérera être un merle noir d'Ostende... espèce qui ne migre pas ( ... )
De courtes réflexions sur la place de l'homme sur terre: "Je ne suis nulle part chez moi".

"Le dedans du dehors": Walther est de retour parmi les siens pour accueillir son fils qui va naître.
Des instantanés de la vie courante, de l'incommensurable beauté de la Nature. Des sons, des odeurs, des paysages, le souvenir d'infimes détails qui construisent l'homme.
Quelques références littéraires, cinématographiques, musicales.
L'auteur alterne moments de pur bonheur et résignation :
" J'ai de l'amour à revendre pour la nature périssable et du dégoût à offrir à n'importe lequel de mes semblables".

Un bouquin incroyablement original, à classer entre recueil de poésies et roman.
Un pur bonheur de lecture.
La construction ( succession de courtes séquences; comme des poèmes ) incite à poser sa lecture, à déguster les mots et les impressions.
Thomas Vinau nous aspire dans son monde et ne nous lâche plus pendant 91 pages....
Etourdissant !

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Les éditions

  • Nos cheveux blanchiront avec nos yeux
    de Vinau, Thomas
    10-18
    ISBN : 9782264058966 ; EUR 6,10 ; 16/08/2012 ; 91 p. ; Poche
  • Nos cheveux blanchiront avec nos yeux [Texte imprimé] Thomas Vinau
    de Vinau, Thomas
    Alma éd.
    ISBN : 9782362790003 ; EUR 12,80 ; 18/08/2011 ; 107 p. ; Broché
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Les livres liés

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Mal nécessaire

7 étoiles

Critique de Nathafi (SAINT-SOUPLET, Inscrite le 20 avril 2011, 50 ans) - 4 août 2015

D'emblée je dirai que ce livre m'a moins charmée que "Ici ça va", que j'avais trouvé tout en douceur et plus poétique.

Dans "Nos cheveux blanchiront avec nos yeux", tout va plus vite, est plus saccadé, moins posé et on sent plus de souffrance dans les thèmes abordés. C'est un véritable déluge que vit Walther, un tsunami mêlé de sentiments contradictoires, de doutes, de peurs.
La fuite à tout prix, les questionnements et l'introspection sont de mise et secouent le lecteur qui peut se reconnaître dans chaque tableau évoqué.

Un mal nécessaire pourtant, afin de se poser enfin et de trouver une certaine sérénité...

Miettes de souvenirs

6 étoiles

Critique de Isad (Saint-Germain-en-Laye, Inscrite le 3 avril 2011, 57 ans) - 11 octobre 2014

Ce livre n’est pas à proprement parler un roman. Certes il y a une trame générale, celle d’un homme qui quitte une femme enceinte pour errer dans le monde et s’emplir les yeux, le nez et les oreilles de sensations et mieux revenir sans avoir à rien regretter. Il s'agit d'un monologue composé de courts fragments, à peine une demi-page, fruits de son errance.

L’ensemble « passe bien » du fait probablement du format réduit. Il m’a laissé une impression de nostalgie mêlée d'abandon.

IF-1014-4287

Minimaliste

6 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 61 ans) - 17 juillet 2014

Il s’agit du premier roman de Thomas Vinau. Roman, le mot, déjà, n’est pas adapté. Impressions, plutôt, humeurs … L’ouvrage très court se découpe en petits chapitres, tout petits, des paragraphes presque, titrés, et dont l’ensemble, au fil de la lecture, reconstitue comme une boule à facettes qu’on élaborerait facette par facette.
En outre, il y a très clairement deux parties : une première partie itinérante, intitulée « Le dehors du dedans », accompagnée de cette citation de Blaise Cendrars qui décrit bien la situation ; « quand on aime il faut partir », au cours de laquelle Walther, notre héros, homme jeune, pas certain de son amour pour Sally, peut-être, mais indécis surtout quant à la décision de se fixer, plaque tout pour voyager au gré du vent et des opportunités, Spitzberg, puis Flandres à l’Espagne via la France, Prague … et puis une seconde partie, qui vient clairement en second, « Le dedans du dehors ». Walther s’est décidé, a retrouvé Sally avec une conviction certaine et se met à élever leur petit garçon.
Le style est minimaliste. Des petits riens, des impressions, de petits faits, de ces moments qui peuvent être insignifiants, qui le paraissent en tout cas, mais qui parfois peuvent tout faire basculer.
J’ai eu du mal à me passionner, l’ai lu à toute vitesse pour finir par n’être pas sûr de ce que j’en pensais … Donc, je ne sais pas à cent pour cent ce que j’en pense !
« Une île sans route
Il suit le groupe touristique en regardant la pluie. Une guide explique dans un micro que l’archipel était un point stratégique pendant la Seconde Guerre mondiale. Le jour ne s’est plus levé depuis un mois. L’entre-deux ne lui va pas. Il dort peu et le sel a laissé des taches blanches sur sa peau. C’est lorsque la guide a attaqué son speech en italien qu’il a pris sa décision. Une fois dans l’avion, une vieille retraitée s’assoit à côté de lui en disant : « C’est tout de même pas croyable, une île sans route ! » »

Lu dans le cadre du prix CL2014

7 étoiles

Critique de Yotoga (, Inscrite le 14 mai 2012, - ans) - 18 avril 2014

Ce tout petit livre se partage en deux parties : la première « le dehors du dedans » nous emmène à Amsterdam, Ostende, Madrid, Malaga et Prague pour finalement atterrir dans « le dedans du dehors ».

Dans la première partie, il est difficile de s’habituer au format de courts paragraphes qui s’alignent comme des impressions, des crachins de pluie, des notes sur les factures de bistro. Ces bouts de pensées réussissent à mettre le lecteur dans l’ambiance du voyage, là un vieux gitan joue de la musique, là les vieux paquebots rouillent dans le port…Le récit se fait à la troisième personne du singulier, Walter se distance relativement de ses pensées et reflète le point de vue « le dehors du dedans », sans sentiments. Les impressions ressenties par le lecteur sont finalement personnelles et extrapolées des descriptions. La boucle ne se ferme pas avec les voyages mais entre les personnes, page 41. Finalement ces rencontres externes lui permettent un retour dans sa vie.

La deuxième partie est à la première personne singulier et pluriel, parce que la vie de couple, décidée, a pris le dessus sur l’anonymat du dehors. Le train-train quotidien est décrit ici, la pluie qui tombe, l’enfant qui pleure… Walter change et se pose, s’ouvre aux descriptions de sentiments.

Page 61 « La lionne.
Il est incroyable de constater l’endurance avec laquelle tu t’occupes de moi, m’écoutes, me supportes et me comprends. La vraie question est de savoir comment tu peux encore t’intéresser à cette imposture que j’incarne, à ce chat peureux qui se fait passer pour un lion. C’est à croire que tu es sourde au vacarme de mes défaites, que ce n’est pas cette musique-là que tu écoutes, ou que tu aimes le bruit déchiré de ma peau lorsque j’enlève les masques. C’est à croire que tu m’aimes bien au-delà de moi. »

Les deux parties étant vraiment antipodes, je préfère la partie voyage du début, qui nous emmène neutralement et découvre des moments soudains et éclectiques, alors que la seconde est très personnelle et quotidienne, un peu ennuyante parce que si commune. Mais c'est sûrement là, la beauté.

Un diaporama de pensées...

7 étoiles

Critique de Pieronnelle (un petit hameau quelque part, Inscrite le 7 mai 2010, 69 ans) - 26 mars 2014

Je n’aime pas la sécheresse dans l’écriture sauf quand il s’agit d’éviter à tout prix l’émotion parce que le sujet est trop dur, en général des témoignages , pour ne pas influencer le lecteur et aussi par pudeur.
Au début de cette lecture j’ai eu du mal ; style sec, presque télégraphique , un peu aussi comme un diaporama de pensées, d’images ; poésie sans en être ; phrases courtes pour évoquer le parcours saccadé d’un homme qui part et que je ne parvenais pas vraiment à suivre même si j’en comprenais l’intention.
Et puis…
Et puis je suis partie avec lui ; j’ai vu ce qu’il voyait coupé brusquement par des pensées, des rencontres ; je l’ai suivi dans son cheminement , dans cette fuite d’un univers pourtant aimé . Mais je n’ai pas ressenti de poésie et c’est normal, il n’y en avait pas. D’où ces phrases lancées au gré des pas ; pas n’importe quelles phrases bien sûr car l’œil, lui, est poétique, mais dans ce parcours où l’on sent comme une lente urgence, il n’y a le temps que pour l’instant et pour le suivant ; il voit, il écoute, avec intérêt, comme aux aguets de tout ce qui l’entoure. Les titres des paragraphes sont comme des flashs , les clics d’un appareil photo de la pensée.
Et puis…
On ne sait quand et comment, mais il est revenu chez lui. Alors le diaporama se ralentit et prend son temps pour qu’il puisse contempler sa vie. Cette contemplation souvent profonde, propice aux réflexions, devient poétique ; les clics se ralentissent, car si la forme adoptée est la même , il y a un désir de faire ressentir la vie, lentement, en harmonie avec la nature. Il en ressort une sorte de tristesse, un mal de vivre qui essaie de se raccrocher à l’enfant, à la compagne ; mais ces derniers ont du mal à prendre leurs places...
Et puis…
Il y a certes un charme liés à de superbes phrases , à cette plongée dans une introspection un peu nombriliste mais chargée de tendresse et de doute. On a le sentiment d’une sorte d’essoufflement à vivre un quotidien même si l’auteur le magnifie avec les mots.
Mais il ressort, pour moi, de cette lecture, un sentiment d’insatisfaction comme si l’auteur ne savait pas très bien où il voulait aller ; insatisfaction voulue peut-être, c’était sans doute un risque à prendre…

L’essentiel n’a pas besoin de beaucoup de mots

8 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 48 ans) - 19 janvier 2014

La première partie est un tour de force. Réussir à distiller la prose sans qu’elle devienne vide est un exploit. En seconde partie, il y’a une brisure du ton. Les phrases sont plus longues et plus saccadées. Un changement de style voulu pour différencier l’avant et l’après naissance de son fils qui apporte, bien sûr, beaucoup de changements dans une vie.

Mon plaisir a été inégal, plus fort au début dans ce vagabondage en Europe axé sur l’observation et parfois farfelu.

In Vinau veritas

8 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 70 ans) - 1 décembre 2012

Une suite de mini textes qui pourraient être des poèmes (peut-être en étaient-ce à l’origine de ce projet littéraire ?) et se déroulent comme les nœuds sur la corde au bout de laquelle le voyageur semble toujours en suspension entre là et un ailleurs.

Walther veut rompre les amarres, partir, partir pour partir peu importe où et comment, ça sera un bateau, un bateau pour le grand nord, un bateau pour pêcher dans les îles norvégiennes, un avion pour revenir à Amsterdam, un vélo pour longer le canal, un train pour Prague et … voyager pour voyager jusqu’à la pointe méridionale de l’Europe, jusqu’à Gibraltar. Prendre la route pour, comme Kerouac, quitter le port d’attache et aller ailleurs, mais pas seulement sur le bitume, dans les airs, sur le rail et sur l’eau aussi. Voyage initiatique, curatif, vital pour trouver un équilibre dans un monde qui s’altère de jour en jour. Et comme Kerouac, le voyageur revient toujours au port, au port où Sally/Pénélope l’a attendu sagement en lui tricotant un héritier, un petit d’homme, qu’il faut choyer et accompagner dans ce monde complexe où le bien et le mal cohabitent. « Il y a comme une contradiction entre toute cette vie entre mes bras et toute cette mort dans la musique. »

Un texte minimum, une écriture minimaliste mais un récit très dense, très riche qui s’appuie sur une observation très précise des petits détails qui composent notre vie. Une plongée dans le microcosme pour en assembler les miettes qui constituent le macrocosme, l’univers, dans lequel nous nous débattons et dans lequel nous devons introduire nos héritiers. Une réflexion fondée sur les petites choses de la vie pour expliquer l’homme et son devenir sur la planète qu’il habite. « Tout ça s’accommode malgré tout, dans le même tourbillon de vie et de mort, de peine et de lumière, d’os et de jouets d’enfant, qui constitue le délicat chaos de nos vies. »

Kerouac décrivait cette quête du sens et de la raison de l’existence, bout-à-bout, sur un long rouleau de papier alors que Vinau ne rédige que des petits textes composés de phrases courtes, même un peu sèches, surtout dans la première des deux parties de ce récit, avec des mots très choisis et très précis : une épure de texte comme un enchaînement de gymnastique sur une poutre.

Notes de vie

9 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 59 ans) - 4 novembre 2012

Ce titre était dans ma LAL. Par chance, il était aussi à la bibliothèque. Pourquoi l'avais-je remarqué... je ne sais plus.
Première surprise, il n'est pas épais; deuxième surprise, la première de couverture me donne l'impression d'avoir un « classique » ou du moins un vieux livre dans les mains; alors que l'auteur n'a que 34 ans et que c'est son premier roman. D'ailleurs le mot « roman » ne lui convient pas.

Cela commence par des notes brèves de voyage. Un voyage pour se chercher, pour se trouver à travers l'Europe. De très belles phrases, de belles rencontres.
« C'est un honneur pour moi de faire partie de vos rêves. »
Mais une impression de rester à la surface des choses, comme pour ne pas interférer, ne pas déranger.
« … et les salue d'un mouvement de sourcils
cette ville a été inventée pour y ranger tout ce dont le reste du monde n'avait pas besoin. »

Puis, le retour. La naissance de son enfant. La contemplation de son univers, des petits moments de sa nouvelle vie de famille.
« Finalement la liste est longue des superbes insignifiances qui me tiennent debout. »
Une successions de petits instants de la vie, saisis avec délicatesse, livrés simplement, avec tendresse.
« Le rien, c'est ce qui reste lorsqu'on enlève le superflu. Solide. Blanc. Le rien dans la lumière. L'essentiel. »

Et finalement, une lecture touchante, toute en finesse et en poésie dont je retiendrai ces phrases:
« Ne regarde pas derrière. Ne regarde pas devant. Reste là. »

Et c'est en relisant les critiques de Frunny et de Sissi que je me souviens pourquoi je l'avais choisi...

Des pages qui se liront avec vos yeux...

10 étoiles

Critique de Sissi (Besançon, Inscrite le 29 novembre 2010, 46 ans) - 10 septembre 2012

...…en tout cas on ne peut que le préconiser, tant ce petit livre éblouit avec ces petites pastilles enchanteresses, ces petits moments croqués avec éloquence, ces courts textes tous assortis d’un titre (comme « Brindille glacée », « Naître dans les décombres », « Mais ça, c’est une autre histoire », « Le soleil sur la page » etc.) qui finissent par s’assembler les uns aux autres naturellement pour reconstituer le fil de la vie de Walther.
Dans la première partie « Le Dehors du Dedans… », Walther s’en va (« Quand on aime il faut partir », Blaise Cendrars), il va ici, puis là, et le lecteur bondit d’un texte à l’autre et se met à voyager au gré des pérégrinations du narrateur qui nous prend véritablement par la main et nous entraîne avec force dans son joli périple,…dont il revient, dans une seconde partie plus contemplative, plus apaisée mais non moins éloquente sur les petits instants et ses répercussions sur l’émotivité intérieure, sur le moment qu’il faut saisir, appréhender, goûter, attraper avant qu’il ne s’en aille.

Et puis, de magnifiques pensées et réflexions :

« Compatible

L’écriture a été pour moi un moyen d’être compatible avec l’existence. De me concilier avec le monde. De me réconcilier. Un moyen d ‘avoir une prise sur lui. Sur le sable. Sur ce sentiment que les choses ne tournent pas rond. Sur la perte. Sur l’instant. Je crois que nous ne sommes pas faits pour vivre comme nous vivons. Je ne suis même pas sûr que nous soyons faits pour vivre tout court. Mais l’écriture, c’est comme l’amour, ça nous donne une prise valable sur tout ça. A condition de le faire honnêtement. Après c’est simple. Il faut regarder. Il s’agit juste de voir les feuilles mortes qui volent en spirales le matin au bord de la route. »

Enfin un autoportrait magnifique, pudique mais fort.

« «Je sais qu’écrire c’est se taire [..] Je sais aussi qu’écrire c’est déborder. »

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