"Oh..." de Philippe Djian

"Oh..." de Philippe Djian

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Lesdouzecoupsdeminuit, le 4 septembre 2012 (Inscrit le 27 août 2012, 54 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (20 477ème position).
Visites : 4 282 

720 heures de la vie d'une femme

La première scène fait l'effet d'un coup de poing : le coup de poing reçu par Michèle pendant son viol. Un viol sauvage qui brise, déchire, écrase, laisse des bleus et anéantit. Quelques lignes seulement mais d'une force incroyable. Puis l'homme cagoulé s'enfuit, la laissant seule, salie, sur le tapis du salon. Triste histoire de l'abjection ordinaire. Mais que croyez-vous qu'il arrive ? Michèle se relève, va prendre une douche. Puis elle range le salon, ramasse les bibelots cassés, passe l'aspirateur et rassure son vieux chat. Elle est en retard. Ce soir, elle attend sa famille pour dîner. Michèle fera ainsi comme si de rien n'était. Elle fait bonne figure...

Le viol est alors le point de départ d'une longue descente en apnée dans le corps et l'esprit de cette femme. Une apnée un peu oppressante d'un seul chapitre de 250 pages. Cette première scène sert de point d'entrée et l'on ne ressort la tête de l'eau que pour l'épilogue. Entre les deux, pas une coupure, pas un palier pour décompresser, pas de respiration stylistique. Des flash-backs, des pensées, des songes, des mensonges et des colères se suivent à une vitesse effrénée et s'entrechoquent parfois jusqu'au malaise. Un style incroyablement vif et rythmé. Cependant, il arrive au lecteur de ressentir un mal des profondeurs vers le milieu du livre. Quelques longueurs parfois et une lassitude qui apparaît au détour de certaines pages.

Une galerie étonnante de personnages s'opposent et mélangent leurs histoires, échecs et petites névroses ! La narratrice d'abord - Michèle - une jolie quinqua divorcée patronne d'une boite de production. Puis sa mère - Irène - 75 ans qui projette de se fiancer à un homme beaucoup plus jeune. Son fils, sans réel boulot qui vit une histoire d'amour banalement compliquée. Son ex-mari - Richard - homme faible qui l'aime toujours. Sa meilleure amie - Anna - qui est aussi son associée. Son voisin - Patrick - marié mais pas indifférent aux charmes de la belle. Et enfin son père - qui purge une peine de prison à vie. Un bestiaire de déjantés et de paumés mais à leur manière tellement attachants.

Mais surtout, il y a une intrigue incroyable et vénéneuse dans laquelle le viol joue le difficile rôle de catalyseur, de fil conducteur. Il est là pour annoncer une série de grandes ruptures, de grands changements, de perte de repères dans la vie ordonnée de cette femme. Toutes ses certitudes vont s'effondrer page après page. Quoiqu'elle fasse, la destruction fait son oeuvre sur sa vie passée et sape son avenir. Elle se laisse alors aller à explorer son côté sombre jusqu'à un épilogue fracassant et délirant.... et une explication du titre.

Évidemment, ce n'est pas un livre à mettre entre toutes les mains : ni aux Princesses de C., ni même aux Jeunes filles en fleur,  pas non plus aux inconditionnels de Mme Angot ou attirés par le vide moite Despentes. Il y a de la Emma B. dans cette femme perdue, qui hésite entre abandon et bataille, résolument confuse dans ses sentiments. Philippe Djian, en nous plongeant dans l'inconscient et seulement trente jours de la vie de cette femme, pose la grande question de notre capacité à influencer notre devenir. Somme-nous programmés pour le meilleur ou le pire? Peut-on produire le bien alors que l'on est issu du mal ? Jusqu'où peut-on vivre dans ses mensonges ou ses fantasmes ?

J'en suis ressorti sonné, groggy, ne sachant plus si j'avais lu ou simplement rêvé cette histoire. Ouah ...

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Le ridicule ne tue pas

5 étoiles

Critique de Ben75011 (Paris 11e, Inscrit le 19 février 2014, 30 ans) - 15 avril 2014

Il ne s'agit pas de 24 heures dans la vie d'une femme, mais un mois dans la vie d'une femme.

Le récit est un peu fouillis, trop de dialogues, cela part parfois dans tous les sens.
Quant à l'histoire, quel ridicule. L'acte du viol est finalement banalisé et passé pour un jeu.
La vie de la protagoniste principale n'est que misères (beaucoup d'ennuis familiaux) et, finalement, pas très attirante.

C'est une tranche de vie d'un personnage, le livre se lit assez vite et ne laisse que peu de souvenir.

Quelle famille !

8 étoiles

Critique de Ddh (Mouscron, Inscrit le 16 octobre 2005, 77 ans) - 24 mars 2014

Oh… Une interjection qui marque la surprise. Surprenant tout ce qui arrive à l’héroïne Michèle, parfois choquant même…
37°2 le matin ? C’est lui, Philippe Djian, l’auteur. Aussi le parolier de Stéphane Eicher (Déjeuner en paix). « OH… » obtient le Prix Interallié 2012. Ce diplômé de l’Ecole supérieure de journalisme de Paris est prolixe : romans, théâtre, nouvelles, traductions et au cinéma : scénario et adaptations de roman.
Michèle vit un mois de décembre des plus compliqués. C’est la somme d’un tas de contrariétés : Richard l’a quittée après 20 ans de vie commune, son fils Vincent est loin d’être au top, ses parents représentent une lourde charge, son voisin… Mais le pire, c’est qu’elle a été agressée, violée. Heureusement, Anna son amie la soutient mais son mari, Robert, est troublant. En plus, Michèle n’est pas sans défauts.
Le découpage du roman est particulier puisqu’aucun chapitre ne le répartit. Mais cela ne gêne pas : le roman rebondit au fil de la progression de l’intrigue.

"Hé..!"

9 étoiles

Critique de Dededu59 (PARIS, Inscrite le 23 décembre 2012, 32 ans) - 4 janvier 2013

Un mois, une descente aux enfers. C'est un livre à prendre au second degré, qu'il faut laisser décanter quelques temps pour en goûter toute sa saveur.

En résumé :
L'histoire d'une femme , fille d'un meurtrier et d'une cougard, amante du mari de sa meilleure amie, qui tombe amoureuse de son ravisseur et qui doit soutenir son fils financièrement et psychologiquement...

Tout un programme, qui finit plutôt bien...ou plutôt mal. C'est selon :) !

Livre captivant

"Oh..."

1 étoiles

Critique de Corentin (, Inscrit le 24 janvier 2011, 23 ans) - 16 décembre 2012

Il semble que Djian ait voulu faire un pur exercice de style à travers ce roman: la voix, d'une femme, parfaitement retranscrite par un écrivain homme. C'est tout.
Quoi de plus abject que cette histoire: une femme violée, tombe amoureuse de son agresseur. Elle rate tout ce qu'elle entreprend. Ai-je précisé que son père est en prison pour avoir assassiné pas moins de 50 enfants dans un club Mickey et que sa mère meurt pendant le réveillon?
Le récit est ici retransmis comme un flottement de conscience: tout semble lui échapper, lui passer au-dessus. L'acte le plus inhumain y est banalisé. Il y a certaines limites à la résistance humaine, en l’occurrence celle du lecteur: je refuse que le viol y soit un simple évènement, procédé littéraire parmi d'autres. Qu'en retenir selon Djian? Rien
Si vous trouvez plus abjecte entreprise, appelez-moi.
A trop vouloir faire de sensationnel, on en est ridicule voire honteux. Preuve en est, même les prix littéraires de la rentrée ne s'y sont pas trompés

PS: le titre correspond très bien au bouquin, trivial

"OH... fais-je en secouant la tête"

7 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 60 ans) - 21 octobre 2012

Mais qu'y a t-il donc dans ce « OH... » final et ses points de suspension? Du découragement, de la lassitude, un peu de surprise?

Huitième roman de l'auteur que je lis, j'ai été surprise dès la première page de découvrir que le « je » était une femme.
Michèle, une cinquantaine d'année, divorcée de Richard, mère de Vincent, fille d'Irène, amie d'Anna, maîtresse de Robert, voisine de Patrick, tout ce petit monde évoluant sous le regard indifférent du chat Marty.
Irène qu'elle aime tant et qui l'insupporte tant! Comme presque toutes les personnes qui gravitent autour d'elle.
« Mais si je pouvais rester un mois ou davantage sans la voir, je savais qu'elle était là, maintenant, je ne sais plus où elle est. »

Cela pourrait être banal si Robert n'était pas aussi le mari d'Anna, si Vincent n'avait pas décidé d'être le père de l'enfant de son antipathique compagne, si Irène à 75 ans n'avait eu envie de se marier avec un homme de 20 ans plus jeune, si son père n'avait pas été le meurtrier de dizaines d'enfants et si ….

L'héroïne n'est pas particulièrement sympathique. Elle a mauvais caractère, elle est souvent de mauvaise foi, pleine de contradictions et d'une moralité fluctuante.
Mais M. Djian réussit à faire de ce personnage, une femme intéressante, avec qui on a envie de partager ce petit bout de vie de quelques mois, car ses faiblesses et ses contradictions nous touchent.

Un excellent et surprenant roman de l'auteur, dont j'ai admiré l'originalité, où l'on retrouve les traits caractéristiques des héros de Djian même si je ne suis pas aussi enthousiaste que mes prédécesseurs.

Je souffle sur les braises pour qu'elles prennent.

7 étoiles

Critique de Hexagone (, Inscrit le 22 juillet 2006, 48 ans) - 20 septembre 2012

Djian c'est l'origine, l'homme par qui tout est arrivé, énorme commotion lors de la lecture de " Zone Erogène " il y a bientôt 20 ans.
Puis tout s'est enchaîné avec plus ou moins de plaisir, je garde un souvenir évasif de de " Sotos ", " Criminels ", " Vers chez les blancs ".
En revanche les trois derniers m'ont plutôt plu et constituent une base sérieuse pour qui veut se plonger dans l'univers de DJIAN.
Je passe sur " Doggy bag " qui ne m'a pas intéressé.
" Oh... " rassemble tout ce qui fait un livre de DJIAN.
Cela fait des décennies qu'il nous propose sa vision tortueuse des relations hommes-femmes, de la sexualité, de la drogue, de l'alcool et de sa vision de la littérature.
" Oh ... " n'y échappe pas, parfois dérangeant, je pense au viol de Michèle et de sa sexualité morbide.
Après avoir mis en scène l'inceste dans son précédent livre, " Oh ... " tourne autour d'une histoire de viol. S'y agglutinent le divorce, la présence d'un fils immature et d'hommes capricieux, tout cela mâtiné de société bourgeoise parisienne , banlieusarde chic et choc.
C'est loin d'être le meilleur de DJIAN qui n'en finit pas d'entremêler les fils de nos existences, pour resserrer les névroses en lieu et place de trancher dans le vif.
DJIAN titille le mal, il est de ces improbables invités que l'on appelle, à juste titre, des troubles fêtes.
Les personnages de Djian depuis longtemps sont toujours un peu timbrés, le cul entre deux chaises, entre deux époques, celle des années 70, qui n'aurait pas compris que la fête est finie, que sa jeunesse est derrière elle et qu'elle est révolue.
Que le passé ne passera plus.
Djian tire le bilan en plaçant ses personnages désemparés dans notre époque chaotique. Secouez le tout et vous avez un bon livre, très ancré dans son époque mais qui me parait faible dans le traitement des problèmes et l’absence de solutions.
On dirait que Djian nous a écrit un livre pour nous dire ce que nous ne devrions pas faire sans donner les solutions pour y arriver.
Il expose l'échec d'une génération gâtée qui a fini par pourrir.
Une bonne cuvée , mais pas le meilleur millésime.
Cependant comme d'habitude j'en reprendrai.

Il y a dans ce livre ce qui est écrit mais aussi tout ce qui ne l’est pas.

10 étoiles

Critique de Yeaker (Dijon, Inscrit le 10 mars 2010, 45 ans) - 13 septembre 2012

Je sais, ce livre est parfois décrié.
Oubliez cependant vos préjugés sur Djian. Venez à ce livre avec le seul désir de vous faire porter par l’écriture qui devient ici une musique entêtante.
Une fois pour toute : oui, oui, oui. Oui c’est une héroïne improbable, oui le sujet n’est pas nouveau, oui le sujet n’a rien d’attirant et moi aussi à la lecture du résumé je n’aurais pas eu envie de lire ce roman. Pourtant c’est un livre extraordinaire. Il est vrai que seule la littérature est ici garantie !

En fait ce livre s’adresse à ceux qui lisent pour en rester groggy bien longtemps après que le livre soit fini, à ceux qui savent que le pouvoir de la littérature n’a pas besoin de décors, de sujet et voir même de tout écrire pour amener le lecteur dans ce bonheur qu’est la lecture de la fiction. En conséquence de quoi, je ne ferai pas de résumé.
Il suffit de savoir qu’il sera évoqué dans ce roman les rapports entre les êtres proches. Il n’est d’ailleurs pas impossible que vous souriez en reconnaissant dans les personnages un défaut de votre conjoint ou de vous-même. Djian taclant gentiment nos travers.
Il est également question de sexualité et de ses pulsions antinomiques.
Il est question du temps qui passe, du temps qu’il fait, du pardon, de l’absence de pardon, du compromis, de l’amitié, de l’amour…il est question de la vie.
Le livre est court, mais comme je l’ai dit plus haut, la littérature n’a pas toujours besoin de tout écrire pour tout dire. Il y a dans ce livre ce qui est écrit mais aussi tout ce qui ne l’est pas. En écrivant cette critique je continue à découvrir encore des interactions qui m’avaient échappé.
Peut-être que ce livre ne parlera qu’à quelques élus, mais vous en faites peut-être partie. Il serait dommage de passer à côté sans tenter votre chance.

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