Visions de Cody de Jack Kerouac

Visions de Cody de Jack Kerouac
(Visions of Cody)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par DomPerro, le 30 mai 2012 (Québec, Inscrit le 4 juillet 2006, 39 ans)
La note : 9 étoiles
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Neal Cassady est un champion.

Débuté chez Mémère, à Ozone Park, puis poursuivi à San Francisco, chez les Cassady, au printemps 1952, alors qu'il a également en chantier Sur la route et Docteur Sax, le livre les Visions de Cody est, selon Allen Ginsberg, une version en profondeur de Sur la route. Et, à mes yeux, cette prose spontanée a quelque chose de magique. Les images, les sons, les mouvements que reproduit Kerouac rendent vivant et complexe Cody Pomeray, nom du personnage de fiction basé sur la légende de Neal Cassady, personne mythique qui marqua son époque.

Au moment de faire la rencontre avec Kerouac, en 1946, à New York, Cody, les fesses à l'air, se tient sur le seuil d'une piaule minable, avec sa première femme de seize ans. Comme première impression, c'est dur à battre...

Pour Kerouac, ce livre est l'un de ses préférés. Dans ces quelque 500 pages, aucune intrigue, ni lien, mais des visions, des rêves, des textes maîtrisés par la technique de l'esquisse, que découvre Kerouac en 1951. (Cette technique d'écriture est semblable à celle du peintre qui saisit dans son carnet une scène de cabaret ou de la rue. Seulement, ici, le pinceau et la couleur sont remplacés par le crayon, la dactylo et les mots.) Résultat pour le lecteur : des phrases qui courent sur plus d'une page.

On a l'impression que jamais Jack n'a été aussi près de Neal Cassady avec ce projet d'écriture. L'énergie de Neal se retrouve réellement dans les mots de Kerouac, comme le témoigne cet extrait :

''(Avec ses copains) il (Cody) marche à grands pas, tourne au coin de la rue, et ils n'ont même pas besoin de s'arrêter, ils filent droit vers la salle de billard, échangent des exclamations joyeuses et excitées, et puis vlan, ces grands chapelets de brume bavarde s'égrènent derrière eux comme des bulles de bande dessinées qui se dissolvent dans l'air hivernal.''

Au milieu de ce livre, Kerouac a retranscrit de longues conversations entre lui et Neal, Carolyn, sa femme de l'époque ou Ginsberg. Voici un passage de Neal :

''CODY - Il y a deux ans, je trouvais que ça valait à peine le coup de finir une phrase, et puis j'avais beau essayer j'arrivais à rien, ma phrase en entraînait une autre, mais aujourd'hui je finis toujours mes pensées, je vais au bout, tu vois, au lieu de me précipiter ailleurs, et puis aussi… il y a des signes qui me poussent à aller de l'avant, par exemple ton regard quand tu dis ça, sauf que tu ne dis rien, mais tu m'as regardé, si bien que je continue de parler de tout ça, de penser à tout ça, à la mémoire, parce que tous les deux nous nous intéressons à la mémoire, et que nous sommes détendus comme Proust.''

Neal Cassady savourait l'oeuvre de Marcel Proust. Et, comme lui, ressentait violemment le temps filer entre ses doigts.

Bref, les Visions de Cody se donne à lire à petites doses, une vision à la fois, ici et là, pigée au hasard de ce livre, ou une conversation monstre entre Neal et Jack. Et, à travers ces visions, les néons, les murs de brique, les bars, les rues vides, la musique de Charlie Parker et cette Amérique décevante pour Kerouac et Cassady qui voulaient vivre comme des héros.

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