Ferdydurke de Witold Gombrowicz

Ferdydurke de Witold Gombrowicz
( Ferdydurke)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Kinbote, le 4 août 2002 (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 62 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (20 654ème position).
Visites : 3 531  (depuis Novembre 2007)

Le roman de l'immaturité

Premier grand roman de Witold Gombrowicz dans lequel on trouve déjà la thématique et les images fortes qui feront tout l’attrait de « La Pornographie » ou de « Cosmos ». Ce roman mélange les genres, il inclut le commentaire de l’auteur ainsi que des contes indépendants: "Philibert doublé d’enfant", ou "Philidor doublé d'enfant" (splendide conte absurde).
Les chapitres ont pour titre « Attrapage et suite du malaxage », « Déchaînement de jambes », « Déchaînement de gueules » ou encore « Compote ». Et c’est bien un sentiment de fourre-tout, de dévergondage, qui domine dans ces lignes. Gombrowicz parle de romans épico-grotesques à propos du genre de ses ouvrages en prose dont l'énormité de certaines scènes fait penser à du Rabelais.
Mais que raconte Ferdydurke ? Le retour à l'école d'un homme de trente ans (on pense aussi à Ernesto de « La pluie d’été « de Duras) qui rencontre des univers propres à l’emprisonner et à le maintenir dans un état d'adolescence prolongé. Le narrateur tombe amoureux d'une lycéenne « moderne », qui a peu vieilli depuis et qui, à plus d'un égard, rappelle la Lolita d'un autre auteur au parcours en bien des points semblable à celui de Gombrowicz : Nabokov.
Le roman s’achève par une critique en règle de la différence de classe encore très marquée avant la guerre dans la campagne polonaise entre l'aristocratie et la paysannerie.
Mais la grande leçon de Gombrowicz aura été de montrer très tôt, bien avant 1968, que le défunt 20 ième siècle fut celui où le rapport de force entre jeunesse et maturité aura basculé en faveur de la jeunesse, devenue valeur forte, référence pour les générations précédentes. Et plus encore, il aura pressenti que la jeunesse, antre de l'immaturité, n'est pas l'apanage d'une catégorie d'âge.

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La "gueule" et le "cucul"

9 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 41 ans) - 3 juillet 2020

" Je suis l'auteur de la "gueule" et du "cucul" - c'est sous le signe de ces deux puissants mythes que j'ai fait mon entrée dans la littérature polonaise." écrit Gombrowicz dans ses "Souvenirs de Pologne". Ce roman incarne la modernité du début du siècle comme tous les grands romanciers qui ont expérimenté des voies différentes pour renouveler le genre romanesque. Gombrowicz a adopté une forme, un ton et un langage nouveaux qui ont pu déstabiliser certains lecteurs.

Le personnage principal, homme de 30 ans, est renvoyé à l'école. La construction de ce roman va à l'encontre de celle du roman d'apprentissage qui permet au personnage principal de s'élever dans la société. Ici, l'adulte doit être transformé an adolescent. Gombrowicz narre donc cette éducation inversée, les disputes entres les clans d'élèves et la vie à la campagne auprès de sa famille. A cette narration s'ajoutent deux chapitres, comme deux digressions, faussement digressifs, au sujet d'un certain Philidor. Et ces deux chapitres portent exactement le même titre.

Ce roman est très original par sa construction. En effet, le personnage principal est le narrateur, cet homme de 30 ans que l'on renvoie sur le banc des écoliers. Il raconte parfois ce qu'il vit, mais semble aussi dans certains chapitres un simple témoin qui n'intervient pas tellement dans l'histoire. Puis il y a ces deux chapitres jumeaux, assez symboliques, qui rejoignent les questionnements intellectuels et philosophiques de ce roman.Il y a aussi des passages où l'écrivain s'adresse au lecteur, s'interroge sur la construction de son roman, joue avec lui comme le ferait Rabelais. Le lecteur est donc parfois plongé dans l'histoire puis en ressort quand il est question de l'art d'écrire. Ce va-et-vient entre le fond et la forme est très original, même s'il n'est pas le premier auteur à jouer avec cela.

La forme est aussi évoquée dans ce roman quand l'auteur parle de notre rapport à l'autre. L'auteur se questionne sur l'identité et ses idées ne sont pas très éloignées de celles de Sartre. Il emploie souvent l'expression "faire la gueule". En fait ce sont les autres qui façonnent notre visage social comme si l'homme était dépossédé de son identité. L'enfer, c'est les autres ... Les adolescents font un concours de grimaces qui rappellent ce questionnement. "L'encuculement" est le procédé qui vise à considérer un adulte comme un enfant, à l'infantiliser. C'est ainsi qu'on envoie cet adulte dans une école, que sa tante lui donne des bonbons comme on le ferait avec un enfant ... Les personnages semblent dans l'incapacité de s'affirmer car ils dépendent des conventions sociales et du regard d'autrui. Cette réflexion est bien menée dans le roman par des chapitres symboliques ou des situations burlesques qui amènent à sourire tout en faisant réfléchir.

Le style de Gombrowicz est très agréable aussi, alerte et entraînant. Le roman contient de nombreux dialogues, des phrases marquées par une ponctuation expressive et des situations qui sauront interroger le lecteur. Certaines scènes sont vraiment cocasses et tellement bien décrites que le lecteur a le sentiment d'assister en direct à la situation. ( la scène où plusieurs personnages se retrouvent dans le noir suite à une fuite est vraiment réussie. On s'y croirait ! )

Kundera plaçait très haut Gombrowicz. Avant d'être traduit en français, ses textes étaient traduits en espagnol et Camus a découvert l'auteur ainsi et lui a reconnu de grandes qualités. Il ne se lit pas forcément facilement. Son roman n'est pas de facture classique, mais j'y ai pris beaucoup de plaisir.

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