Zahra's paradise de Amir (Scénario), Khalil (Dessin)

Zahra's paradise de Amir (Scénario), Khalil (Dessin)

Catégorie(s) : Bande dessinée => Divers

Critiqué par Shelton, le 11 novembre 2011 (Chalon-sur-Saône, Inscrit le 15 février 2005, 61 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (592ème position).
Visites : 3 159 

Direction Téhéran !

Marjane Satrapi nous avait permis, avec son « Persépolis » en 2000, de pénétrer par le biais d’une vie privée, celle de Marjane elle-même, la révolution iranienne. Ce fut un choc, non parce que nous y apprenions ce qui était arrivé à une partie de la population de Téhéran, mais parce que tout était vécu de l’intérieur, à échelle humaine… Nous revoilà partis pour l’Iran et Téhéran, mais cette fois-ci avec Amir et Khalil. Ce sont deux pseudonymes qui abritent un journaliste irano-américain et un graphiste. Ils ont écrit ensemble ce roman graphique que je regrette d’avoir gardé si longtemps avant de venir vous en parler… Mais, comme le dit le vieil adage bien connu, mieux vaut tard que jamais !

Cette histoire a d’abord été racontée sur Internet, traduite en plusieurs langues et lues par de très nombreux lecteurs. La voici traduite en français, présentée sous la forme habituelle de cette collection, c’est à dire dans un format de roman graphique en plus de 200 pages. C’est en noir et blanc, c’est passionnant et la narration graphique est très bien construite, ce qui met le lecteur dans tous ses états et l’empêche de poser son livre une fois la lecture entamée…

Tout tourne autour de Mehdi, un jeune étudiant iranien, qui a disparu à l’issue d’une des manifestations monstres qui ont suivi l’élection « frauduleuse » de 2009. Oui, cette fameuse « manipulation démocratique » qui a permis à Mahmoud Ahmadinejad de rester au pouvoir… Mehdi a disparu mais sa mère veut savoir et se battra jusqu’au bout juste pour ne pas rester dans l’ignorance. Récupérer, au moins, une dépouille serait une meilleure issue que de ne pas savoir si ce fils est vivant, prisonnier, agonisant, mort… C’est la quête de la mère que les auteurs nous racontent de page en page avec une collection de personnages hauts en couleur, dont certains peuvent être excessivement proches du pouvoir et d’autres de véritables résistants…

Je ne veux rien vous dire du développement de cette enquête familiale ni des surprises ni des éléments plus attendus. Par contre je vous avoue que plus d’un des personnages rencontrés méritent notre attention. Cette veuve de général, par exemple, qui tout en étant de l’ancien régime, de l’ancien monde, tente de garder des rapports avec les nouveaux maîtres, en essayant de ne pas se compromettre au-delà des limites que sa morale et son éthique lui imposent…

J’ai aussi particulièrement apprécié la façon dont les clercs sont représentés. Certains dessins sont mêmes d’une force étonnante, pages 168 et 169, en montrant comment ces mollahs et ayatollahs imposent leur dictature…

La mère de Mehdi fera tout pour savoir et nous irons jusqu’au bout à ses côtés pour découvrir tous les visages de ce régime iranien. Attention, il ne s’agit pas du tout dans cette histoire d’accuser l’Iran et sa population de se fabriquer des armes de destruction massive ou d’avoir des visées hégémoniques… Ici, ce sont les souffrances imposées à la population, la jeunesse en tout premier, qui sont au cœur de l’histoire : répression, tortures, menaces, pressions psychologiques, interdictions diverses, restrictions de la liberté d’expression, obligations de croyances et pratiques…

J’ai beaucoup aimé cette bande dessinée – roman graphique diront certains – et je ne peux que vous inviter à le lire et faire lire, ne serait-ce que pour permettre à l’humanité de se souvenir que, là-bas, à Téhéran, il y a un peuple qui souffre…

Message de la modération : Prix CL 2014 catégorie bande dessinée

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Une terrible photographie de l'Iran

8 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 37 ans) - 14 septembre 2014

Ce roman graphique engagé sur l'Iran est brutal et permet au lecteur d'explorer ce pays terrifiant à cause de dirigeants monstrueux. L'on suit ici une mère à la recherche de son fils qui a disparu à la suite de manifestations. Face à l'angoisse de cette maman un mur de silence se dresse. Il est impossible d'obtenir des informations et puis l'on ne compte plus le nombre de viols et d'exécutions ! C'est de la routine désormais ... Pour cette mère, cette douleur est unique.

Ce roman graphique a un caractère didactique qui permet au lecteur d'apprendre énormément de choses sur l'Iran d'aujourd'hui. Une postface documentée permet de compléter cette lecture qui fait froid dans le dos, tout en révoltant aussi. Il y a un caractère polémique et l'on ne parvient pas à admettre que de telles horreurs existent encore au 21ème siècle. Le lecteur est révolté par l'impuissance dans laquelle nous sommes plongés face à de telles actions. Heureusement que certaines informations commencent à filtrer.

Cette oeuvre est touchante et certaines pages sur la douleur de la mère sont fortes. Le choix du noir et du blanc permet véritablement de se concentrer sur les faits et accentue le drame quotidien vécu par les Iraniens. Quand on lit ce roman graphique, on pense à "1984" d'Orwell et on aimerait que ce ne soit que la fiction.

Le blogue du courage

10 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 48 ans) - 7 septembre 2014

Parfois, il y’a des œuvres puissantes qui nous tombent dans les mains. C’est le cas ici avec ce roman graphique. Située après la révolution verte de 2009-2010 en Iran, l’histoire de cette quête pour un fils disparu permet de braquer les projecteurs sur les abus d’un gouvernement corrompu, brutal et dictatorial. J’ai surtout aimé l’intelligence des auteurs dans l’utilisation de métaphores et de caricatures. Humain et très fort.

Lu dans le cadre du prix CL 2014

10 étoiles

Critique de Yotoga (, Inscrite le 14 mai 2012, - ans) - 4 septembre 2014

Tout a été dit...

La bande dessinée recoupe les informations du reportage d'Arte Chroniques d'un Iran interdit (https://www.youtube.com/watch?v=Y_PCs-Uf3G4) et la détresse de ces mères qui cherchent des jours leurs enfants.

Parce que les révolutions ne se font pas en un jour et pour que la liberté d'expression vive, 5 points.

Un pavé à la face des mollahs

9 étoiles

Critique de Blue Boy (Saint-Denis, Inscrit le 28 janvier 2008, - ans) - 15 août 2014

Zahra’s Paradise, c’est le nom d’un gigantesque cimetière en périphérie de Téhéran et qui doit son nom à la fille du prophète, assurant à ceux qui y sont enterrés de renaître au paradis. Mais de façon moins glorieuse, ce cimetière dissimule également les crimes d’une République islamique iranienne qui maintient bon nombre d’Iraniens en enfer, en pratiquant les coups les plus tordus pour contenir la dissidence, notamment celle de la jeunesse qui était descendue en masse dans les rues en 2009. C’est ce que raconte ce roman graphique dont on sent bien qu’il a été réalisé sous l’emprise d’une rage sourde et irrépressible, motivé aussi par le désir de témoigner envers et contre tout de la cruauté barbare des ayatollahs. Cruauté parfaitement illustrée dans le prologue par cette métaphore insoutenable où l’on voit un homme se débarrasser lâchement d’une nichée de chiots en les arrachant d’abord à leur mère, puis en les mettant dans un sac avant de les estourbir à coup de pelle au petit matin, pour enfin jeter à la rivière le sac encore faiblement gigotant des derniers survivants.

Impossible de ne pas penser à « Persépolis », autre pavé d’un Iranienne, Marjane Satrapi, dans lequel l’auteure raconte son exil d’Iran et égratigne au passage le régime arbitraire de son pays. Ici, on assiste à la quête éperdue d’une mère pour retrouver son fils mystérieusement disparu lors des manifestations de 2009, avec un final extrêmement poignant mais également porteur d’un immense espoir à l’intention des générations à venir. Emaillée de scènes parfois difficilement supportables, l’histoire est fictive mais basée sur de nombreux témoignages qui la rendent tout à fait plausible.

Le dessin noir et blanc est sobre et plaisant, évoquant pour moi un certain Will Eisner. La mise en page comporte quelques trouvailles où intervient une poésie parfois malicieuse, car l’humour n’est pas absent et permet d’adoucir la dureté du propos. Un aspect documentaire aussi, on apprend pas mal de choses sur la vie quotidienne dans ce pays (la circulation, le jus de pastèque…). Mon seul bémol porte sur les textes, qui apparaissent à certains moments un peu confus (heureusement c’est rare et ça ne gêne en rien la compréhension de l’histoire, peut-être un petit problème de traduction ?).

L'ouvrage reste évidemment d’une actualité brûlante au vu des soubresauts qui n’en finissent pas de secouer le Moyen-Orient. Il est toutefois regrettable que cette excellente BD ait fait l’objet de si peu de publicité en France alors qu’il s’agit désormais d’un best-seller international acclamé par la presse de nombreux pays. Une lecture en tout cas chaudement recommandée par votre serviteur.

Ne pas oublier

9 étoiles

Critique de Nance (, Inscrite le 4 octobre 2007, - ans) - 28 février 2014

« La ville frémissait d’un cri de défi. L’appel à la liberté. »

Un homme recherche son frère avec sa mère après qu’ils n’ont plus eu de nouvelles depuis une manifestation sur la réélection remise en doute de Mahmoud Ahmadinejad en juin 2009. Poser des questions et chercher des réponses sera même dangereux.

De la fiction mais avec quand même un fond bien réel. Une lecture troublante, un vrai coup de poing!

Les dossiers et les articles à la fin de l’ouvrage aident à la compréhension de la bande dessinée, du point qu’ils ont voulu défendre.

Après lecture, je peux juste espérer pour les iraniens que leur nouveau président est moins pire et que ça va en mieux pour leur liberté, bien que (merci au livre de m’avoir fait connaître le site Iran Rights) les pendaisons (la fameuse « grue ») ont toujours lieu et l’ambiguïté de ses positions sur l’uranium inquiète toujours la scène internationale.

Téhéran printemps 2009

8 étoiles

Critique de Koudoux (SART, Inscrite le 3 septembre 2009, 53 ans) - 15 janvier 2014

Téhéran, printemps 2009, une mère recherche son fils disparu après une manifestation.
A travers cette histoire, l'auteur va nous éclairer sur les difficultés rencontrées par le peuple à cette période.
Nombreux thèmes sont abordés : la place des médias, la dictature des mollahs et ayatollahs, les mères qui recherchent leurs enfants disparus...
De magnifiques dessins en noir et blanc représentent les personnages mais aussi nous font ressentir l'ambiance violente.
Ce livre n'est pas ma tasse de thé car je ressens trop d'agressivité en le lisant.
Ce n'est donc pas une critique négative car si mon ressenti me perturbe c'est bien que le livre a atteint son but.

Les guerres du web contre les ayatollahs

10 étoiles

Critique de DomPerro (Québec, Inscrit le 4 juillet 2006, 38 ans) - 23 août 2013

Dans la postface très instructive et détaillée de cette BD, Amir, journaliste irano-américain, et Khalil, dessinateur, nous présentent les origines de Zahra's Paradise : ''Ce que nous avions à cœur au commencement de ce projet, et ce que nous avons à cœur aujourd’hui, c’est de témoigner de la détresse et d’inverser la tragédie qui frappe le peuple iranien. Cette tragédie est personnelle. Son ampleur incommensurable. Elle est aussi légale, politique, religieuse et culturelle.''

Sur plus de deux cents pages, le lecteur accompagne une mère déterminée à retrouver Mehdi, un de ses fils, disparu le 15 juin 2009 alors que trois millions de gens déferlent dans les rues, vague après vague, en direction de la Place de la liberté, manifester contre les élections volées.

Comme le rapporte un témoin, personnage secondaire important dans cette quête : ''Le matin, ils demandaient seulement un recomptage… Arrivé l’après-midi, ils voulaient une république iranienne, et non plus islamique. Comme si un simple changement de nom allait débarrasser cet égout de sa puanteur…''

La narration est splendide, les dessins, en noir et blanc, le sont tout autant, en dépit de toute l'horreur qui y décrite. Malheureusement pour les disparus, absents et ceux tombés au champ d'honneur, et leurs familles. Oui, malheureusement...

Devant l’indifférence des médias traditionnels, et la manipulation de l’information du gouvernement iranien, M.Alavi, l'un des deux personnages principaux avec sa mère, décide de créer un blog pour raconter la mystérieuse disparition de Mehdi, son frère.

(Pour une première fois pour un roman graphique, Zahra's Paradis a d'abord été publié sur Internet et lu par des milliers de lecteurs partout dans le monde.)

''Les médias s’apparent au couvercle d’un lourd cercueil. Ils dissimulent un enfant enfoui au fond d’un puits. Peu importe s’il est en vie, s’il respire, saigne et rêve de liberté.''

Lire cette histoire fictive, mais fortement inspirée de nombreux témoignages réels, suivant l'élection présidentielle frauduleuse de 2009, prend aux tripes.

Aussi, le lecteur occidental pourra y apprendre certains éléments culturels ou historiques, par exemple, qu'en Iran le weekend tombe le jeudi et le vendredi; qu'un mariage temporaire est un contrat légal entre un homme (marié ou non) et une femme célibataire qui est indemnisée; les horreurs de la prison Kahrizak; des basji; du bouzkachi; de l'assassinat de la journaliste et photographe irano-canadienne Zahra Kazemi, morte en détention en Iran, ou, comme le dit un personnage, du ''vaudou électronique'' avec la collecte de renseignements par les géants des télécommunications. (D'ailleurs, ce personnage donne un autre sens à cette toile qu'est devenue Internet, en affirmant : ''Vous êtes comme des mouches piégées dans des toiles que vous ne voyez pas.'')

Une lecture vivement conseillée!

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