Monsieur le commandant de Romain Slocombe

Monsieur le commandant de Romain Slocombe

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Aliénor, le 26 octobre 2011 (Inscrite le 14 avril 2005, 49 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 20 avis)
Cote pondérée : 8 étoiles (400ème position).
Visites : 7 721 

Un vrai coup de coeur

L'action se situe un jour de 1942, dans une petite commune fictive de Normandie. Un jour où Paul-Jean Husson, héros de la première guerre mondiale, écrivain de renom et académicien, entreprend d'écrire une lettre à l'attention du commandant de la Kreiskommandantur. Catholique fervent, patriote et bon père de famille, le héros vieillissant clame dans cette missive son amour de l'Allemagne, de Pétain et d'Hitler. Et y déploie sa haine farouche des juifs, dans un exercice de délation violent et abominable.

Plutôt que d'imaginer la lettre qu'il n'a jamais écrite (principe de cette collection des éditions NIL), Romain Slocombe a choisi de nous plonger dans une fiction ancrée dans une terrible réalité, et dans une époque dont les plaies ne sont pas toutes refermées. Il fallait du courage pour se glisser dans la peau d'un salaud de cette espèce, car Paul-Jean Husson a vraiment tout pour susciter le dégoût. Et là où l'auteur est particulièrement habile, c'est qu'il a mêlé des faits réels aux faits inventés, de réelles citations d'auteurs antisémites aux propos de son héros. Extrêmement documenté, ce roman flirte avec les limites de la fiction et suscite le trouble chez le lecteur, qui ne sait parfois plus très bien où se situe la frontière. Cette lettre, confession d'un homme détestable empli de contradictions, qui tente de se défaire d'un amour interdit, est bien autre chose qu'un ouvrage supplémentaire sur une période ayant déjà inspiré tant de récits. Ce n'est pas un livre de plus, mais une nouvelle approche qui est une grande réussite.

Il aura fallu un salon du polar à Pau pour que je fasse la connaissance de cet auteur, et que je découvre ce roman passé inaperçu dans la rentrée littéraire (si ce n'est – tout de même – une sélection sur la première liste des retenus pour le Goncourt). Il est vraiment dommage que le battage médiatique fait autour de quelques titres occulte d'autres livres qui méritent l'attention du lecteur. Car M. le Commandant est un vrai coup de coeur, un roman d'un auteur de talent que je vous invite à découvrir, si comme moi vous ne le connaissiez pas.

Message de la modération : Prix CL 2014 catégorie Roman de la francophonie

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Les éditions

  • Monsieur le Commandant [Texte imprimé] Romain Slocombe
    de Slocombe, Romain
    Nil éd. / Les Affranchis
    ISBN : 9782841115648 ; EUR 18,00 ; 18/08/2011 ; 260 p. ; Broché
  • Monsieur le Commandant [Texte imprimé] Romain Slocombe
    de Slocombe, Romain
    Pocket / Presses pocket (Paris)
    ISBN : 9782266235303 ; EUR 6,70 ; 06/06/2013 ; 237 p. ; Broché
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Magnifique.

9 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 57 ans) - 18 février 2016

Un livre magnifique sous forme d'une lettre.
Très solidement étayé, s'agit-il d'une fiction ? Paul-Jean Husson est-il un leurre ?
Quelle importance. L'auteur a réussi à démontrer toute la laideur, la petitesse de l'homme. (je pense à l'homme avec un grand H qu'il ne mérite même plus).
Une lecture incontournable.

Un bon livre très dérangeant

8 étoiles

Critique de Laugo2 (Paris, Inscrit le 30 octobre 2014, 51 ans) - 1 janvier 2016

La collection "Les Affranchis" des éditions du NiL fait une demande à ses auteurs: "Ecrivez la lettre que vous n'avez jamais écrite."
Pour ce roman, la lettre est adressée au Sturmbannführer H.Schöllenhammer d'Andigny (Eure) le 4 septembre 1942 par un écrivain français membre de l'Académie Française, le renommé Paul-Jean Husson. Cet homme de lettres est un partisan du Maréchal Pétain et exprime de forts sentiments antisémites. Pour situer le contexte, le processus d'extermination des juifs est déjà engagé et ceux-ci, à la date de la lettre, sont tenus de s'être faits connaître et doivent porter l'étoile jaune.
Le contenu de la lettre écrite par Husson est en fait le récit de la vie de la famille Husson depuis 1932, date à laquelle la splendide blonde allemande Ilse Wolffsohn rencontre Olivier, le fils de Paul-Jean Husson. Jusqu'à 1934, tout va bien et même très bien puisque l'écrivain obtient le succès littéraire et la reconnaissance de ses pairs; par ailleurs, il devient grand-père. Olivier et Ilse - une femme qu'il trouve splendide- se marient et ont leur premier enfant, Hermione.
Et puis, deux tragiques événements viennent endeuiller la famille Husson: les morts de la femme et de la fille de Paul-Jean Husson. Tragiques, terribles pertes de ces êtres chers, mais finalement, ce ne sont que des détails comparativement à ce qui va suivre dans le roman.
Le climat politique est de plus en plus tendu (1936) et l'écrivain devient farouchement antisémite et anti-communiste. Pour lui, les Allemands et Pétain ne sont donc qu'une conséquence bienheureuse à la situation de la France. Parallèlement à cela, sa petite fille Hermione, qui ne ressemble pas à sa mère mais qui -selon lui- aurait des traits dit juifs, pose le problème des origines de Ilse. Husson va donc dépêcher des détectives en Allemagne pour en savoir plus sur la famille Wolffsohn. et il se trouve que la famille Wolffsohn est juive...
Que va donc faire Paul-Jean Husson avec ses profondes convictions politiques antisémites? Dénoncer sa bru ? Ce serait terrible d'autant plus qu'il finit par tomber sous le charme de la jeune allemande...La protéger alors des SS et de la milice française qui traquent les juifs?
Je n'en dis pas plus sur le dénouement de l'histoire car elle est pleine de suspense, d'un terrible suspense et les événements narrés vont finir par être dérangeants. Les chapitres 22, 23, 24 sont d'une intensité et d'une grande violence alors que la fin est psychologiquement difficile.
Bien documenté et raconté comme une confession, ce livre épistolaire ne laisse pas indifférent par le malaise qu'il produit. Et on est sûr et certain que Romain Slocombe n'avait jamais écrit une telle lettre auparavant. Mission...missive réussie !

Un Prix Critiques Libres 2014 mérité !

9 étoiles

Critique de Blue Boy (Saint-Denis, Inscrit le 28 janvier 2008, - ans) - 4 janvier 2015

Sur un scénario très bien construit, Romain Slocombe parvient avec justesse à nous mettre dans la peau de ce personnage abject d’écrivain/académicien collaborationniste dans la France pétainiste. Cette longue lettre de dénonciation qu’il adresse à un commandant nazi se lit comme un roman et fait souvent froid dans le dos par le profond antisémitisme qui s’en dégage. Dépourvu d’état d’âme et de la moindre once d’humanisme, Paul-Jean Husson, personnage fictif dans un contexte historique authentique, nous rappelle que pendant ces années de plomb des intellectuels renommés et respectables ont prôné activement la collaboration franco-allemande et son corollaire, l’ostracisation des Juifs. A cette époque, si l’existence des chambres à gaz n’était pas connue, nul ne pouvait ignorer que les Juifs étaient déportés en masse vers une destination inconnue, dont on savait qu’elle n’avait rien d’un royaume enchanté. Le fait est que la plupart des thuriféraires collabos préféraient détourner les yeux ou simuler la naïveté.

C’est donc un très bon livre au style fluide et prenant, à la fois dérangeant et puissant. L’auteur de la lettre est très crédible psychologiquement, et si l’on peut redouter que son idéologie odieuse, déversée sans précaution dans ces pages, puisse influencer quelques esprits fragiles, le dénouement est tel qu’il est impossible d’y souscrire. En effet, on ne voit pas bien qui voudrait ressembler à une telle ordure…

La double dénonciation

9 étoiles

Critique de Pieronnelle (un petit hameau quelque part, Inscrite le 7 mai 2010, 69 ans) - 30 septembre 2014

Il a été beaucoup écrit, surtout ces dernières années, sur cette période et son côté noir. Noir sur tous les plans , celui de la guerre subie, et celui de la collaboration qu'on a cherché d'abord à occulter et que maintenant on déverse à tout va jusqu'à se repaître d'une culpabilité qu'on impute, à mon avis, injustement souvent à tout un peuple.
C'est pourquoi cette « lettre » est intéressante car elle concerne principalement le milieu intellectuel et artistique réactionnaire de cette époque ; et pas n'importe lequel , le nombre d'auteurs cités est effarant...
Ce livre, par une lettre en forme de confession a priori improbable compte tenu de sa longueur, je l'ai ressenti comme une façon de purger cette boue noire qui a touché nos grands esprits : académie française, Goncourt, journaux, éditeurs ... C'est qu'il y a du beau monde dans ces illustres maisons , qui peut au nom de belles valeurs nationalistes et chrétiennes, tomber bien bas.
C'est une lettre de dénonciation par laquelle l'auteur dénonce : oui, cela a été possible  et la responsabilité de ces intellectuels est immense du fait de la liberté de propagande dont ils ont pu bénéficier ; les mots qui diffusent et attisent les haines sont des crimes à part entière car ils entraînent dans leurs sillages le reste d'un peuple passif, impressionné par ces élites  et prêt à se laisser modeler plus par peur que par conviction. Ce qui est insupportable dans le cas présent c'est qu'il s'agit de quelqu'un de brillant, grand intellectuel et poète ; comment peut-on être poète et antisémite ?! Car l'anti-sémitisme rend bête ; comment ces soi-disant grands esprits ont-ils pu se laisser emporter par de tels arguments ! Cette tache risque bien d'être indélébile ; rien ne peut justifier cette idéologie haineuse raciste . Rien ne peut sauver ce désastre et surtout pas l'amour, c'est ce que cette lettre fait bien comprendre.

Bien sûr la collaboration n'a pas touché que ces milieux ; elle s'est infiltrée comme une gangrène dans la population mais a pu aussi être contrebalancée par ceux qui l'ont combattue. Là elle n'est jamais mise en doute, allant jusqu'à l'auto-destruction inconsciente. Aucune empathie possible envers celui qui opère sa descente aux enfers , même compte tenu de ses souffrances ; il avoue mais il est convaincu de sa supériorité et de la justification de ses idées grâce à la religion. Et ces gens-là n'ont pas été inquiétés après la guerre, leur statut d'intellectuel étant comme un rempart les protégeant de toutes condamnations.
C'est pourquoi j'ai du mal à croire que cette lettre ait pu être écrite .
Si oui, on peut difficilement tomber dans une plus grande abjection et il est clair que cette dernière entraîne avec elle tous les noms qui ont été cités et qui sont, employons les grands mots, le déshonneur de la France puisqu'elle concerne l'élite du pays.
Et ce sont bien les éditeurs qui sont les plus grands coupables ! Editeurs dont certains ont toujours pignons sur rue aujourd'hui !
Si non, l'imaginer est un sacré exercice de style d'autant plus percutant que cette lettre est magistralement écrite ; et le contraste entre cette plongée crescendo dans l'horreur et l'enrobage élégant est d'autant plus éprouvant pour le lecteur.
Mais que cette lettre ait existé ou non il reste que ce qui y est relaté a été vrai et ça en dit long sur la nature humaine….
De plus ce livre, à l'heure actuelle, est pour moi de salubrité publique compte tenu de la diffusion de certaines idées d'extrême-droite ouvertement anti-sémites et racistes , dans les mêmes milieux. Les vieux démons ont la peau dure !

Le détestable

10 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 48 ans) - 27 juillet 2014

Il faut du culot pour emprunter la voix d’un académicien. Slocombe relève le défi admirablement. Il va aussi beaucoup plus loin que l’exercice demandé par « Nil ». Le roman foisonne de références historiques et devient en somme un condensé de la période du régime Nazi en France lors de la deuxième guerre mondiale.

Je m’attendais à haïr le personnage de Paul-Jean Husson. En fait, il est pathétique. Un être petit qui privilégie son image publique aux dépens de sa famille. Un traître, un lâche. Pour cette raison, la lecture de ce livre est comme assister à une autodestruction.

C’est un texte court mais d’une grande envergure, dénonciateur, intelligent et percutant. Pour moi, un vrai régal car il correspond exactement à ce que je m’attends de la littérature.

Égocentriste malsain

6 étoiles

Critique de Isad (Saint-Germain-en-Laye, Inscrite le 3 avril 2011, 57 ans) - 19 avril 2014

Oui, malsain, tel est le mot qui convient à ce roman que j’ai eu un peu de mal à lire, peu attirée par les récits de guerre. Il prend la forme d’une longue lettre adressée par un académicien normand, ancien officier de la guerre 14-18 blessé au combat, pétainiste et antisémite virulent à un commandant allemand. On voit cet homme égocentrique qui n’apprécie pas beaucoup son fils musicien tomber amoureux de sa belle-fille, ancienne actrice allemande et s’aveugler par là-même sur sa possible ascendance juive. Les circonstances l’amèneront à de dramatiques trahisons qu’il expose sans fard, en toute lucidité et fort de la justesse de ses convictions. Et c’est justement cette sincérité qui émane de ce personnage peu sympathique qui est dérangeante et met en porte-à-faux.

A la fin, l’auteur nous dit que ce livre a été écrit après d’après un documentaire allemand de 2008 sur la famille française de la jeune femme dont les noms ont été modifiés. Il nous donne des informations sur ce qui est arrivé ensuite aux différents protagonistes ou les circonstances de la découverte des faits.

IF-0414-4215

Période trouble

8 étoiles

Critique de Saule (Bruxelles, Inscrit le 13 avril 2001, 52 ans) - 5 mars 2014

Le seul reproche que je fais à ce livre c'est que je n'avais pas compris avant de lire les critiques que c'était une fiction. Or, dans la préface, l'éditeur présente le livre comme étant une lettre retrouvée par hasard. Cela m'avait perturbé car le récit, quoique vraisemblable dans les faits, semble moins vraisemblable en tant que lettre envoyée à un officier allemand.

Soit. A part ça j'ai dévoré ce récit que je trouve d'une très grande puissance et qui est écrit de manière somptueuse. Il présente très bien ce qu'a été la position de certains intellectuels et la force de l'anti-sémitisme dans la population française. Un grand livre.

Un terrible personnage

4 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 59 ans) - 2 mars 2014

S'il me faut bien reconnaître la qualité de l'écriture de ce livre remarquablement (trop?) documenté, construit sur un crescendo efficace et terrifiant, la lecture m'a été difficile tant le personnage est monstrueux et la fin insoutenable.

La personnalité du sexagénaire amoureux d'une jeune femme n'a pas été sans me rappeler celle du héros de "Lolita", Humbert Humbert; on reste à la limite entre fascination et répulsion.

Quant au collaborationnisme et à l'antisémitisme, thèmes pourtant moins fréquents dans la littérature sur la seconde guerre mondiale, la surabondance des propos extrêmes du héros nuisent à la moindre tentative d'empathie ou de compassion pour les croyances profondes de cet homme.
Un roman de plus en plus difficile à lire au fur et à mesure que l'on tourne les pages même si je ne peux que saluer la performance de l'auteur.

P.S. Si vous passez pas Les Andelys, peut-être penserez vous à Andigny. On peut y faire une jolie balade en bord de Seine, admirer les ruines de Chateau-Gaillard ou les falaises de craies à quelques kilomètres de Gaillon ou de Fleury-sur-Andelle que je ne traverserai plus avec le même regard...

Une période noire

7 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 61 ans) - 24 février 2014

Romain Slocombe revient sur une période trouble, noire, et déjà abondamment traitée dans la littérature française ; celle de l’Occupation allemande en France, la Collaboration subséquente, notamment dans l’ambiance antisémite – que dis-je ? génocidaire ! – qui régnait.
Il traite le sujet en incarnant un écrivain ayant accédé à la notoriété – Paul-Jean Husson siège à l’Académie – et ayant perdu un bras en combattant lors de la Première Guerre Mondiale contre les Allemands. Mais l’ambiance est délétère, la claque subie par la France dès le début de la guerre, sévère et surtout, surtout, l’antisémitisme latent est incroyablement prégnant. Et ça ne devait pas être qu’en France …
Notre Paul-Jean Husson est désespéré par la France, et, à l’instar des autorités collaboratrices, prêt à s’accommoder du joug allemand pour débarrasser la France de la « lèpre juive ».
On le voit, un thème déjà très largement traité. Romain Slocombe, lui, le traite en se mettant dans la peau du vieil écrivain aigri, qui écrit une lettre aux autorités allemandes, une lettre qui dénonce, une lettre qui explique sa démarche.
C’est horrible de petitesse, d’aveuglement, de bêtise et de préjugés, mais c’est bien ainsi que ça fonctionne le racisme ! Le dégoût qu’on peut ressentir vis-à-vis de ce « héros » (en négatif) ne facilite pas la lecture par défaut d’identification. Mais c’est remarquablement bien écrit, sophistiqué mais pas pédant. Ca ne doit pas être facile de s’identifier à ce point à un monstre pareil ! Monstre car Paul-Jean Husson va pousser le bouchon encore plus loin dans l’histoire de cette ignominie, plus loin du fait de son histoire personnelle. Mais je vous en laisse la découverte via la lecture de « Monsieur le Commandant », un roman qui vous passionnera si cette époque historique vous intéresse.

Un texte marquant

7 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 37 ans) - 8 février 2014

Paul-Jean Husson, écrivain et académicien, manifeste de franches sympathies pour le régime nazi, tient des propos antisémites et n'hésite à pas à dénoncer afin que règne l'ordre. Dans une lettre qu'il adresse à un Commandant, l'on découvre la personnalité peu attachante de cet individu qui écœure le lecteur, comme un grand nombre des personnages évoqués dans ce roman. Cette lettre est aussi le terrain propice à des confessions qui vont à l'encontre de son éthique : un sentiment amoureux pour une femme qu'il ne devrait pas aimer.

Le terme anglais "Page-turner" conviendrait parfaitement à ce roman français qui captive son lecteur et qui se laisserait lire d'une traite. Romain Slocombe sait distiller les informations comme il se doit afin de toujours susciter la curiosité du lecteur. Lire les confidences d'un collaborateur rend cette lecture particulière, parfois gênante, car l'ignominie se sent de l'intérieur. Par ce roman, on effectue une descente en enfer, celui de la seconde guerre mondiale. Certaines scènes sont d'une cruauté extrême, à la limite du soutenable.

Le roman est très documenté comme le souligne la bibliographie finale, mais l'on s'en rend compte très vite à la lecture du roman. C'est parfois ce point qui m'a un peu gêné, ce caractère didactique clairement appuyé qui avait parfois des allures de cours d'histoire. Cela reste un détail car le roman est réussi et prenant. Le contexte littéraire de cette époque est bien rendu, sont évoqués Céline, Jouhandeau, Brasillach ...

Ce texte remue, révolte et émeut. Romain Slocombe maîtrise son sujet et a le sens du rythme.

Perturbant

8 étoiles

Critique de Koudoux (SART, Inscrite le 3 septembre 2009, 53 ans) - 24 janvier 2014

Paul-Jean Husson, écrivain et académicien, écrit une lettre à l'attention du commandant de la Kreiskommandantur.
Il va nous décrire la vie de l'époque et nous donner des extraits d'autres auteurs et journalistes.
Les propos tenus par le narrateur rendent la lecture perturbante.
Mais la vie est ainsi faite, il y a des amis, des ennemis mais aussi des faux-amis délateurs.
Un très bon moment de lecture, un livre à recommander!

Avertissement

8 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 70 ans) - 14 janvier 2014

Avant d’évoquer toutes les richesses de ce texte, je voudrais parler du problème de conception qu’il me pose, en effet la note liminaire de l’éditeur - qui fait partie de la fiction - parle d’une lettre adressée par un ancien combattant, académicien, au Commandant de la place militaire d’une sous-préfecture normande. Or le texte que nous possédons ne ressemble pas beaucoup à une lettre mais plutôt à un récit, à un témoignage, à une analyse de la situation de la France déliquescente, déconfite, collaborationniste, … des années trente et du début de la guerre, la lettre étant datée de septembre 1942. Il est en effet bien difficile de concevoir qu’un ancien combattant français, même académicien, puisse apprendre quelque chose à un officier allemand concernant les faits militaires, l’état de la France, les projets de l’Allemagne, etc.… J’ai nettement eu l’impression que l’auteur s’adressait plutôt aux lecteurs et non pas qu’il mettait une missive sous la plume d’un délateur à l’adresse d’un officier ennemi. Et pourquoi précise-t-il qu’il change les noms propres, notamment celui de l’académicien alors qu’il précise qu’il est manchot et officier supérieur en retraite, je parierais qu’il y a eu bien peu de manchots ayant fait une carrière militaire avant de siéger sous la coupole. Ces incohérences littéraires restent plutôt formelles mais ont tout de même pollué ma lecture.

La lettre de délation aurait très bien pu se concentrer, comme une tragédie grecque, sur la dénonciation de la situation créée autour d’un amour impossible sur fond d’antisémitisme exacerbée par le contexte historique. Le vieil académicien ne trouve nulle autre porte de sortie à sa situation personnelle que cette dénonciation veule et infamante. Mais, et je le comprends, l’auteur ne pouvait pas traiter le sujet qu’il a mis en scène, sans évoquer la situation de la France et de l’Europe en général à cette époque si particulière. Son texte est très intéressant mais il ne relève pas du projet annoncé, il relève d’une étude, ou d’une fiction, concernant la situation de la France avant la guerre et des raisons qui l’ont conduite à la grande débâcle qu’elle a connu devant les forces de l’Axe. Ainsi Slocombe explique longuement aux lecteurs, et non à l’officier allemand, les événements et leurs causes et leurs conséquences en une analyse qui serait celle d’un antisémite forcené, une façon de dénoncer cette vision en mettant en évidence tous ses errements, tous ses abus et sa profonde inhumanité.

L’auteur profite aussi largement de l’occasion pour régler quelques comptes, il n’hésite pas à rappeler, à longueur de pages, le rôle joué par certains hommes politiques et surtout par certains intellectuels qui se sont fait bien petits après la guerre pour laisser passer la marée de l’épuration et resurgir en pleine lumière quand le temps eut encombré les mémoires d’autres événements plus préoccupants. Mais, à mon avis, le véritable souci de Slocombe était de montrer que ce qui a été abominablement possible l’était toujours, son livre s’adresse bien à la France d’aujourd’hui, tentée de plus en plus par les vieux démons qui l’ont déjà conduite dans l’infamie et la barbarie. L’actualité semble hélas lui donner raison. Le message est clair, dans un style qui rappelle les écrits d’avant-guerre avec des belles phrases harmonieusement construites qui coulent paisiblement même pour dire les pires des horreurs. Cette lettre n’était qu’un prétexte pour formuler ce rappel historique, lancer un appel à la vigilance et dire que le courage n’est peut-être pas de fuir devant les difficultés mais de les affronter avec toute la détermination nécessaire.

Lu dans le cadre du prix CL 2014

9 étoiles

Critique de Yotoga (, Inscrite le 14 mai 2012, - ans) - 12 janvier 2014

La collection les affranchis des éditions Nil publie sous forme de lettre. Ce format permet à l’écrivain d’utiliser la première personne du singulier et au lecteur de prendre l’histoire beaucoup plus personnellement que si elle était distancée par un récit à la troisième personne. Ce qui rend Paul-Jean Husson encore plus détestable.

La trace de Paul-Jean Husson semble pour le monde littéraire assez important qu’il faut, plus de 60 ans plus tard, protéger son identité et changer son nom ? Prendre ce livre pour un roman semble d’autant plus difficile, que le personnage, lâche, ne réagit, à sa manière, que quand son bien matériel est menacé... Il laissera la patrie et l’alliance patriotique au-dessus de toute morale humaine, en se disant homme de lettres ! Il est puant et s’exprime si simplement, comme un grand père près du feu lisant un conte. Outrageant de comprendre qu’au plus profond de son sang, il ne rechignera pas devant toute collaboration par pure conviction. A la fin du livre, il a lui-même et tout seul, la vie de 4 personnes sur la conscience, et il semble paisible !

Avec toutes ces références littéraires, politiques et historiques, ce livre se lit comme un cours d’histoire vu de l’autre côté des convictions politiques connues et permet de comprendre l’intérêt personnel de cette coopération avec l’ennemi. Pour une analyse complémentaire, je conseille « le livre noir de la collaboration » de Philippe Valode. http://www.critiqueslibres.com/i.php/vcrit/39719

Une lettre qui nous secoue au-delà de l'imaginable

8 étoiles

Critique de Zaza64 (Anglet, Inscrite le 1 février 2008, 45 ans) - 22 janvier 2013

Bonne trouvaille, Aliénor!
Je termine ce livre qui, très rapidement, m'a tenue en haleine. Car, dès les 1ers chapitres, l'atmosphère s'alourdit sensiblement pour devenir suffocante sur la fin.
Cette longue lettre, adressée à un commandant allemand dépeint un homme totalement banal, en recherche de notoriété, antisémite à un stade ultime. Sa petite vie, somme toute médiocre, va être perturbée par l'arrivée dans sa famille de la future épouse de son fils, d'origine allemande. Une beauté qui va tout de suite le charmer... trop belle, finalement, et avec un gros défaut selon lui!
Ca ne m'étonnerait pas qu'une adaptation au cinéma ou la télévision apparaisse un jour...

UNE MAGISTRALE LEÇON DES DÉRIVES ANTISÉMITES DE L'ÉPOQUE

9 étoiles

Critique de Rick (Rive Sud de Mtl, Québec, Inscrit le 17 février 2005, 69 ans) - 12 octobre 2012

Un coup de génie que ce livre en forme de longue lettre... l'auteur nous fait pénétrer dans la tête d'un écrivain célèbre (nom fictif) qui est en fait un amalgame de plusieurs personnalités littéraires de l'époque de la deuxième guerre mondiale. Ce vil personnage est presque une caricature des Français de droite qui épousaient les idées tordues de la doctrine de la race supérieure prônée par Hitler et sa bande. Page après page, on découvre un Paul-Jean Husson qui s'enfonce dans ses contradictions et devient de plus en plus détestable et répugnant... car il va aller très loin dans la mise en pratique des théories antisémites très en vogue à l'époque. Un livre magnifique, tout en retenue, qui nous tient en haleine jusqu'au dénouement final.

Les intellos aussi…

9 étoiles

Critique de Bolcho (Bruxelles, Inscrit le 20 octobre 2001, 69 ans) - 25 septembre 2012

Ouvrage très impressionnant effectivement.
Un jeu trouble entre réalité et fiction rappelle malgré tout des vérités assez sinistres. Des académiciens, de grands écrivains, la fine fleur de la pensée ( ?) sont cités dans le récit. Beaucoup de pétainistes, catholiques, profondément antisémites, antirépublicains, antidémocrates, antiparlementaires et même… anticapitalistes (à leur manière, puisque le capitalisme est « libéral » et « international », pouac). Ce qui ne freinait surtout pas leur antibolchevisme.
En relisant les nombreuses philippiques antijuives de l’époque, on ne peut s’empêcher de penser aux hystéries antimusulmanes d’aujourd’hui. Est-ce ainsi que passent les crises économiques ?

Pétainisme vu de l'intérieur... une oeuvre littéraire remarquable!

10 étoiles

Critique de Papyrus (Montperreux, Inscrite le 13 octobre 2006, 57 ans) - 22 juillet 2012

Entrez dans la psychologie d'un homme qui défend haut et fort les idées nauséabondes du pétainisme, un homme dont le statut d'homme de lettres et d'académicien ne permet pas d'imputer les convictions à une médiocrité intellectuelle ou à une rancœur sociale.
Il s'agit bien d'un spécimen français parfaitement antisémite et admirateur de la culture germanique même si celle-ci est portée par le nazisme et son leader, même si celle-ci implique de bafouer les valeurs françaises et les valeurs humanistes...
Ce récit écrit à la première personne est un texte fort, perturbant, déstabilisant, qui pose de vraies questions sur l'âme humaine.
A lire absolument !

"Les Bienveillantes" vu de France

9 étoiles

Critique de Alaindebra (, Inscrit le 7 juin 2012, 61 ans) - 7 juin 2012

Ce livre remarquablement écrit m'a fait penser aux "Bienveillantes" de Jonathan Littell.
Comme ce dernier, le livre est écrit à la première personne.
Bel exercice pour un auteur de rentrer dans la tête d'un personnage aussi odieux. Il parviendrait presque à susciter la sympathie du lecteur...
Je me suis posé la question à la fin du livre de savoir quelle est la part de réalité dans le personnage principal Jean Paul Husson.
Je n'ai rien trouvé.

Une belle découverte

8 étoiles

Critique de PA57 (, Inscrite le 25 octobre 2006, 34 ans) - 2 décembre 2011

Moi non plus, je ne connaissais pas cet auteur, que j'ai découvert avec ce roman, et comme pour Aliénor, ce fut une belle découverte. Sous forme d'une longue lettre, un homme qui adhère complètement aux théories hitlériennes, raconte quelques années de sa vie à un commandant nazi.
Comme le dit Aliénor, le lecteur ne sait plus très bien où est la frontière entre le roman et la réalité. Cela m'a tant perturbée que j'ai fait quelques recherches sur internet pour en savoir plus.
Ce roman ne peut pas laisser indifférent, et je le conseille vivement.

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