L'homme de Londres de Georges Simenon

L'homme de Londres de Georges Simenon

Catégorie(s) : Littérature => Policiers et thrillers

Critiqué par Teacher, le 12 juillet 2002 (Pulnoy, Inscrit le 4 juillet 2002, 52 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 611ème position).
Visites : 3 019  (depuis Novembre 2007)

LA COMPLEXITE DE L'HOMME

Georges Simenon nous décrit un étrange ballet à deux dans la ville de Dieppe : deux hommes que tout oppose et que tout devrait opposer vont croiser leurs chemins et leurs destinées et peu à peu des passerelles vont apparaître. En effet, ces deux hommes, sans se parler et alors que leurs intérêts divergent (Maloin, aiguilleur à la gare maritime , est le témoin d'une bagarre qui tourne mal et récupère une valise contenant de l’argent qui est tombée dans les eaux du port suite à l’échauffourée fatale tandis que Brown , le meurtrier, a donc été vu et a perdu son butin qu'il va tenter de retrouver) vont peu à peu abandonner leurs craintes mutuelles et une sorte de complicité tacite va s’établir entre eux , une forme de respect et de fascination va naître et ils vont s'attirer presque comme des aimants jusqu'à l'issue inattendue et dramatique. Ce rapprochement créé par les circonstances va être plus profond jusqu’à en faire presque oublier (aux personnages eux-mêmes ainsi qu’au lecteur) l’enjeu posé par l'intrigue. Le tout s'inscrit –comme toujours chez Simenon- dans un quotidien bien réglé et ici ennuyeux, celui de Maloin, quotidien qui va donc se dérégler en profondeur suite aux faits et lui faire découvrir une facette de lui-même qui était présente mais qui n'était pas parvenue à s’exprimer totalement. Au delà d'une intrigue policière bien menée et captivante de bout en bout, Simenon s’attache à observer le comportement de ses semblables qui forment une communauté d’être solitaires qui se rapprochent et s’éloignent les uns des autres au gré des circonstances et il nous parle de la condition humaine dont il tente de percer les mystères et les ambiguïtés ainsi que la dualité paradoxale entre la recherche de stabilité et la quête de l'inconnu. Ce qui est singulier et passionnant, c'est que Simenon installe ses personnages dans une intrigue policière classique mais leurs réactions, leurs actes ne suivent pas la logique du genre. Ils sont motivés par des enjeux humains plus complexes et personnels qui vont souvent à l’encontre de cette logique là.
La vision policière des faits, rationnelle et logique, est à cent lieues de la réalité humaine. Avant d'être des voleurs, des cambrioleurs, des assassins ou des témoins, les personnages chez Simenon et ici en particulier, sont des hommes. Absolument magnifique!

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Un aiguilleur qui déraille …

8 étoiles

Critique de Pierrot (Villeurbanne, Inscrit le 14 décembre 2011, 66 ans) - 2 avril 2018

Inattendue, ridicule, odieuse, mais surtout stupide, la scène éclata dans la petite maison de la falaise que Mme Maloin, en tablier bleu, avait nettoyé ce jour là du haut en bas et qui gardait des traces d’humidité.
Une minute avant que Maloin atteignît le seuil avec Henriette, ils ne pouvaient rien prévoir, ni l’homme, ni la femme, ni la fille, mais la scène existait déjà en puissance. C’est en gravissant le raidillon qu’Henriette avait comme on dit autre chose ;
-Qu’est-ce que maman va dire ?
Qu’est-ce que maman va dire ? se répétait Maloin en tournant la clef dans la serrure. Et pourquoi dirait-elle quelque chose ? Quel besoin avait Henriette de se préoccuper de l’avis de sa mère ?
Il entra le premier dans la cuisine, se faisant aussi large que possible. Comme Henriette était encore dans l’ombre du corridor, Mme Maloin demanda ;
-Avec qui es-tu ?
-Avec ta fille.
L’orage ne voulait pas éclater. Mme Maloin acheva de mettre latable et servit la soupe avant de parler à nouveau.
-Pourquoi a-t-elle demandé congé aujourd’hui ?
-Elle n’a pas demandé congé. C’est moi qui l’ai retirée de sa place.
-C’est malin !
Ce fut la dernière seconde de tranquillité. Désormais on n’entendit plus le réveil, ni le ronflement du poêle, et ce qui, du dîner servi, n’était pas encore mangé, ne le serait pas ce jour là.
-Qu’est-ce que tu dis ?
-Je dis que tu n’en fais jamais d’autres ; tu restes des mois à patienter, à tout avaler, puis soudain, au plus mauvais moment, tu commets une grosse bêtise…
-Ah ! j’ai commis une bêtise moi ! D’après toi, il fallait laisser Henriette dans cette boucherie, où, quand elle lavait par terre, les passants lui voyaient la moitié du derrière…
-Mange ! Nous verrons bien comment on s’en tirera à la fin du mois.
-Tu crois que je ne comprends pas ?
-Comprendre quoi ?
-L’allusion ! Je ne gagne pas assez d’argent pour nourrit ma famille, n’est-ce pas ? Je…
Un premier coup de poing fit trembler la table et marqua le début d’une nouvelle cadence.
C’est à peine s’il y eut encore un lointain rapport avec les répliques. On passait d’un sujet à un autre, sans raison apparente, simplement parce qu’on avait trouvé une phrase plus méchante.
-Dis que je suis un ivrogne !
-Je ne dis pas cela, mais je répète que tu as bu. Et ? Quand tu as bu, tu n’es plus le même homme.
-Tu entends, Henriette ? Ton père est un ivrogne ! Tandis que ta mère elle, est la plus sainte des femmes !
Henriette pleurait. Mme Maloin mettait machinalement des bouchées de pain entre les lèvres et oubliait de les mâcher.
-On me l’a assez reproché dans ta famille, de n’être qu’un ouvrier.

Presque un documentaire de la vie d’un pauvre homme .Remarquable .

Honnêteté

9 étoiles

Critique de Catinus (Liège, Inscrit le 28 février 2003, 67 ans) - 4 juillet 2013

Maloin est un employé aux chemins de fer, à Dieppe. Il a « trouvé « une valise emplie de billets de livres sterling, une véritable fortune. Bon, on ne peut pas dire qu’il a trouvé ce magot mais il ne l’a pas volé non plus. Une aubaine : sa vie va être métamorphosée. Premièrement, acheter de nouvelles toilettes pour sa fille. Ce qu’il y a d’ennuyeux, c’est que Brouwn, l’anglais à qui appartient la valise, se cache en ville. Il est traqué. Maloin sait où se trouve le fuyard mais les choses ne se passent pas trop bien du tout. Malouin est d’une honnêteté qu’on pourrait qualifiée d’ahurissante : à plusieurs reprises, notre « héros « aurait pu s’en tirer facilement et à bon compte mais à quoi bon, serait-on tenté de dire si l’on se mettait un peu dans sa peau … Même les flics en sont tout baba.

La patte de Simenon se trouve bien dans ce roman.

Extraits :

- (…) elle était aussi effacée et docile qu’à présent, avec le même sourire par lequel elle semblait s’excuser d’exister.

- Elle pleurait sans pleurer, en ce sens qu’elle en faisait la grimace alors que les sanglots étaient épuisés.

- « Ecoutez bien ! Nous n’avons pas de temps à perdre. J’ai besoin de savoir si vous êtes là, vivant, ou si vous êtes mort. « L’idée de parler à un mort ne le fit même pas sourire.

- Un instant, il pensa que l’odeur … Mais non ! Après vingt-quatre heures, un corps ne sent pas.

Un aiguilleur, un assassin, une mallette

9 étoiles

Critique de Mieke Maaike (Bruxelles, Inscrite le 26 juillet 2005, 45 ans) - 14 février 2006

Les Simenon, ce ne sont pas des policiers avec des personnages importants à qui il arrive des événements extravagants, le tout ponctué de coups de théâtre rocambolesques. Non. Les Simenon sont des romans où les personnages sont des gens ordinaires qui mènent une vie banale. Tout le talent de Simenon se révèle dans la description de cette vie ordinaire perturbée par un événement dramatique.

« L’homme de Londres » est un modèle du genre. Un homme ordinaire, Maloin, est aiguilleur. Une nuit, alors qu’il est à son poste, il assiste à un meurtre. Puis il parvient à récupérer la mallette de la victime. A partir de là, sa vie, son quotidien, son train-train vont basculer. Cette mallette et l’assassin qui rôde dans la petite ville vont devenir son obsession et vont révéler chez lui une dimension humaine inattendue.

Tout au long du roman, une tension s’installe entre la banalité du quotidien et l’événement dramatique. Simenon parvient à la rendre palpable à l’aide de descriptions minutieuses de petits détails de la vie courante qui font irruption dans l’action et dans la trame principale. En voici un exemple :

« Elle frappa de petits coups à la porte, haleta, dès que sa mère ouvrit :
- Il y a un homme dans la cabane !
- Qu’est-ce que tu dis ?
- Et j’ai vu un gendarme sur la falaise. On doit chercher quelqu’un.
La-haut, dans sa petite chambre, Maloin ouvrit un œil en entendant le murmure des deux femmes. Il aperçut le papier peint à rayures argentées qu’il avait posé à la place de l’ancien, qui était à fleurs, parce que le marchand lui avait dit que c’était plus moderne. Mais il ne pouvait pas s’y habituer, pas plus qu’au morceau de soie rouge orné de quatre glands en bois qui servait d’abas-jour. » Puis l’action reprend…

« L’homme de Londres », un classique.

Envoûtant

10 étoiles

Critique de JEANLEBLEU (Orange, Inscrit le 6 mars 2005, 50 ans) - 6 mars 2005

Les romans de Simenon sont souvent géniaux par leur atmosphère, leur humanisme, leur côté dérangeant ...

Celui-ci fait partie des tout bons.

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