Le Malentendu de Albert Camus

Le Malentendu de Albert Camus

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Théâtre

Critiqué par Lucien, le 29 mai 2002 (Inscrit le 13 mars 2001, 61 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 7 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (3 087ème position).
Visites : 6 930  (depuis Novembre 2007)

L'histoire du Tchécoslovaque

Dans «L'étranger», Meursault n’a que peu d’occasions de distraction, seul dans sa cellule. Il partage son temps entre le sommeil, les repas, les besoins naturels, les souvenirs et «l’histoire du Tchécoslovaque». Il a trouvé, entre sa paillasse et la planche de son lit, un vieux morceau de journal jauni relatant un fait divers navrant : un homme parti faire fortune revient au bout de 25 ans, riche et marié, dans son village natal. Pour surprendre sa mère et sa soeur qui tiennent un hôtel, il leur dissimule son identité et prend une chambre comme n'importe quel voyageur. Mais l'histoire se termine très mal : les tenancières assassinent le riche étranger pour le voler. Le matin, la femme arrive, révèle l'identité du voyageur. La mère se pend. La fille se jette dans un puits. Meursault relit des milliers de fois cette histoire qu’il trouve naturelle d’un côté, invraisemblable de l’autre : c’est la définition même de l’absurde. Il trouve que «le voyageur l’avait un peu mérité et qu’il ne faut jamais jouer». ce en quoi il est lui-même absurde car qu’a-t-il fait d’autre? Qu’a-t-il fait sinon jouer sa vie à la roulette russe?
Peu de temps après, Camus donnait une forme théâtrale à ce qui n’est qu'anecdotique dans «L'étranger» : cinq personnages en tout pour un huis clos tendu où l'essentiel tient dans les mots.
Théâtre engagé. Message à faire passer à travers le fils, Jan, celui qui est parti, celui qui a connu le bonheur et l'amour, celui qui a vu la mer et le soleil, l’éternel enfant joueur puni d'aucun crime, innocent sacrifié & si, son crime, le bonheur ; la mère, la pleureuse, l'éplorée, la Pietà, la résignée, belle figure slave, belle et pauvre esclave ; la sœur, Martha, celle qui est restée, celle qui a végété, celle qui n’a pas vécu sa vie, celle qui espère encore, dure, froide, blanche, pure, glacée & Martha, lors de la création en 1944, interprétée par l'amour de Camus, la superbe Maria Casarès ; la femme, Maria, pâle apparition finale, dea ex machina tout juste présente pour faire basculer le premier domino d’une avalanche qui broiera les deux autres femmes ; le vieux domestique, enfin, sorte de Godot présent mais muet, ersatz de dieu méchant qui pourrait tout arrêter mais garde son devoir de réserve, et dont la seule parole clôt la pièce sur une fin de non-recevoir : à la demande d'aide que lui adresse une suppliante et douloureuse Maria, le fantôme inutile répond «d’une voix nette et ferme» : «Non!»
Trois actes oppressants. Si le titre n’était pas pris par Mauriac, on pourrait sous-titrer cette pièce «Le désert de l’amour». Et puis ces dialogues incessants, parfois lourds, destinés à servir une démonstration : le théâtre de Camus a vieilli, beaucoup plus que ses récits.

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Les éditions

  • Le malentendu [Texte imprimé] Albert Camus éd. présentée, établie et annotée par Pierre-Louis Rey,...
    de Camus, Albert Rey, Pierre-Louis (Editeur scientifique)
    Gallimard / Théâtre
    ISBN : 9782070388721 ; EUR 4,10 ; 11/11/2011 ; 176 p. ; Poche
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L'absurde jusqu'à la cruauté

8 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 39 ans) - 23 novembre 2011

Ne pas assez se parler, ne pas dire qu'on s'aime, la réalisation d'instincts primaires peut aboutir à de douloureuses outrecuidances. Telle est, peu ou prou, la morale de cette courte pièce, écho supplémentaire aux Justes, à Caligula et aux oeuvres d'Eugène Ionesco.

Une tragédie moderne

9 étoiles

Critique de Dudule (Orléans, Inscrite le 11 mars 2005, - ans) - 6 février 2010

le fils qui veut se faire reconnaître sans dire son nom est tué par sa mère et sa soeur, à la suite d'un malentendu. Comme le rappelle Lucien, ce fait est déjà mentionné dans le roman 'L'Etranger" quand en prison Meursault trompe son ennui en lisant et relisant "l'histoire du tchécoslovaque".
Une très belle pièce de théâtre, à découvrir.

Le Mal de Martha révélé et entendu par Maria

8 étoiles

Critique de Henri Cachia (LILLE, Inscrit le 22 octobre 2008, 55 ans) - 15 avril 2009

Martha (la soeur de Jan) et Maria (la femme de Jan).
Ou, Comment Martha sacrifie toute sa vie pour devenir l'enfant aimée et préférée de sa mère après le départ de son frère.
Quand elle tue ce frère, elle sait très bien ce qu'elle fait. Lorsque Maria croit apprendre à Martha que c'est son frère qu'elle a assasiné, celle-ci réplique "Vous ne m'apprenez rien."

Une bien belle pièce qui dit beaucoup sur les désirs et les frustrations humaines...Et ses conséquences...Où se mêlent identité et violence. Psychanalyse et politique. L'un n'est jamais bien loin de l'autre...

Diabolique...

10 étoiles

Critique de Bételgeuse (, Inscrite le 7 décembre 2007, 38 ans) - 7 décembre 2007

Diabolique, le piège où tombe le malheureux Jan. Une vraie tragédie antique!

Dis, Lucien ?

7 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans) - 29 mai 2002

En passant, ta critique t'arrange assez bien aussi dans ton décompte avec Patman... Camus 16, Harpman 13...

D'accord avec toi Lucien

7 étoiles

Critique de Jules (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans) - 29 mai 2002

Le théâtre de Camus me semble devoir moins rester parmi ses oeuvres majeures, mais c'est aussi celui d'une époque intense de luttes politiques et d'affrontements entre différentes façon de voir la vie, la politique et l'homme. Cela dit dans ses pièces il explique très clairement sa philosophie de l'absurde. Il est cependant exact que, comme le théâtrede Sartre, c'est plus lourd...
Il est aussi intéressant de voir que cette histoire du Tchécoslovaque revient dans le roman posthume de Camus "La mort heureuse" et là aussi Zaghreus tente son assassin comme s'il voulait vraiment le pousser à le tuer. Là aussi c'est en Tchécoslovaquie que son assassin va d'abord se rendre immédiatement après le meurtre...

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