Le bateau-usine de Takiji Kobayashi

Le bateau-usine de Takiji Kobayashi
(Kanikôsen)

Catégorie(s) : Littérature => Asiatique

Critiqué par Fa, le 1 juin 2011 (La Louvière, Inscrit le 9 décembre 2004, 43 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (20 671ème position).
Visites : 1 872 

Un cri contre le pouvoir totalitaire

Voici un livre présenté comme un chef d'oeuvre de la littérature prolétarienne. Kobayashi, dans sa courte existence, ce présentait comme un défenseur du prolétariat face un grand capital qui mange les travailleurs. Il s'agit d'un texte politique, c'est une évidence.

Politiquement, je n'adhère pas aux idées de l'auteur, mais en 1929, Soljénitsyne n'a pas encore écrit pour dénoncer le goulag.

Par contre, j'apprécie cette oeuvre comme un cri contre le totalitarisme qui s'annonce : elle nous annonce comment les hommes résistent à celui-ci, et la machinerie qui est mise en place pour réprimer ceux qui s'indignent. Mais, comme je l'ai dit, Kobayashi ignore encore que le totalitarisme et le collectivisme peuvent constituer une alliance terrifiante.

J'admire enfin la personalité de l'auteur, qui a osé s'exprimer dans le Japon d'avant-guerre. Il en paiera le prix fort, assassiné par la police tokyoïte à 29 ans.

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Le crabe a parfois un drôle de goût.

7 étoiles

Critique de Monocle (tournai, Inscrit le 19 février 2010, 59 ans) - 22 février 2016

Le 20 février 1933, Kobayashi Takiji (l'auteur) est arrêté et conduit au commissariat de Tokyo. Il y décède en fin de journée, officiellement d'une crise cardiaque, mais les traces de torture sur son corps ne laissent pas de place au doute.
Ces faits donnent à ce très court roman quelque chose d'encore plus émouvant.

Le "bateau-usine" publié en 1929 ( 2006 sous sa version francophone) a fait l'objet de nombreuses modifications. Par l'auteur tout d'abord mais aussi par les divers éditeurs qui reprirent ce titre sous de nombreuses traductions.

Le texte raconte les conditions épouvantables subies par les travailleurs à bord d'un bateau pêchant le crabe dans les mers entre le Japon et l'URSS.

Parfois difficile à lire, un peu altéré par le temps, ce livre mérite sa lecture. Les luttes sociales, la souffrance ont souvent une curieuse ressemblance.

Et vogue la galère !

8 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 72 ans) - 20 janvier 2016

« C’est parti ! En route pour l’enfer ! » Dès la première phrase de ce roman Takiji annonce la couleur, on sait immédiatement où va nous emmener le Hakkô-maru, navire usine qui quitte le port de Hakodate, un port de l’île de Hokkaido, à la pêche aux crabes dans la Mer d’Okhotsk en défiant les Russes encore ennemis privilégiés du Japon après la guerre russo-japonaise. La vie à bord de ces bateaux est encore pire que dans les mines décrites par Zola. Ces bateaux ne sont pas considérés comme des navires et échappent donc aux lois régissant la vie à bord et tout autant à celles réglementant le travail dans les usines, c’est un véritable espace de non-droit où même le capitaine n’est pas maître à bord, il doit subir le pouvoir de l’intendant représentant de l’armateur et véritable patron à bord après l’empereur. Le Hakkô-maru affronte des tempêtes et des grains que Takiji décrit aussi brillamment que Joseph Conrad quand il dépeint un Typhon en Mer de Chine ou que Francisco Coloane quand il nous entraîne Dans le sillage de la baleine dans les mer du sud. Les bateaux-usines japonais sont des rafiots déglingués, vieux navires hôpitaux ou transports de troupes mis au rebut après la guerre russo-japonaise et transformés, au moindre coût, en navires-usines pour le plus grand profit des capitalistes qui arment ces navires pour la très lucrative pêche aux crabes sans aucune considération pour la vie des très nombreuses personnes employées à bord pour la conduite du navire, la pêche et la fabrication des conserves.

Ce livre écrit par Takiji en 1929, fut immédiatement interdit et son auteur recherché par la police dans le cadre de la lutte contre les mouvements de gauche fleurissant à cette époque au Japon. Takiji fut donc contraint de se réfugier dans la clandestinité pendant deux ans, il fut finalement arrêté par la police et mourut sous la torture en 1933.La publication, en 2008, dans la presse d’un échange entre deux éminentes figures de la gauche japonaise, évoquant ce livre lors dans leur propos, provoqua un véritable raz de marée littéraire. Ce texte devint alors un classique de la littérature prolétarienne japonaise et fut édité dans de nombreuses langues. Il reste aujourd’hui un ouvrage de référence pour étudier la lutte prolétarienne contre le capitalisme galopant.

Ce livre a une réelle dimension littéraire, il n’est pas abusif de comparer certains passages, certaines scènes concernant la vie en mer, notamment quand celle-ci est mauvaise, à des textes de Conrad ou de Coloane mais il faut bien admettre que Takiji a écrit ce roman pour démontrer l’emprise du patronat capitaliste sur le sous-prolétariat constituant la main d’œuvre à bord de ses navires et la possibilité pour celui-ci de renverser les rôles en se soulevant, à l’unisson, contre les profiteurs l’exploitant. Il a situé ce manifeste, ce manuel de révolte, sur un navire pour disposer d’un monde clos où les deux forces en présence pouvaient s’affronter sans intervention extérieure, même si un destroyer se mêle un peu de l’affaire. Ce livre servit donc très souvent de manuel de propagande pour le parti communiste auquel appartenait Takiji sans que cela retire quoi que ce soit à sa qualité littéraire.

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