La patience des fantômes de Rachel Leclerc

La patience des fantômes de Rachel Leclerc

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Dirlandaise, le 18 avril 2011 (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 64 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (22 095ème position).
Visites : 2 642 

Solidaire de ceux qui sont morts

Rachel Leclerc est une auteure québécoise originaire de la Gaspésie. Plusieurs fois finaliste au Prix du Gouverneur Général, elle est rangée dans la catégorie des auteurs majeurs du Québec des vingt dernières années.

Ce livre retrace l’histoire de la famille Levasseur, une famille gaspésienne dont Joachim constitue le pilier. Parti de rien, engagé comme serviteur suite au décès de son père, Joachim va réussir à devenir un homme d’affaires prospère en mettant sur pied une carrière de chaux. Son fils Jérôme prend la relève mais son alcoolisme va peu à peu miner et détruire cette famille dont l’avenir était pourtant prometteur. Richard, le fils de Jérome, ambitionne de devenir écrivain et s’installe pour quelques temps chez sa nièce Émilie atteinte d’un cancer afin d’écrire la saga familiale et ainsi, donner la parole aux fantômes qui hantent le passé de la famille Levasseur.

Premier livre que je lis de cette auteure et je suis agréablement surprise par la qualité de l’écriture et la maîtrise avec laquelle Rachel Leclerc déroule son récit. Chaque chapitre est consacré à un membre de la famille Levasseur sans tenir compte du temps et de la chronologie. On voyage donc parfois loin dans le passé pour revenir au présent et replonger dans les méandres des temps anciens.

L’histoire de la famille Levasseur est tissée de drames, de morts absurdes, d’accidents et de suicides. Les personnages se débattent dans une réalité sordide où tout espoir de bonheur semble impossible. Chacun essaie de survivre alors que d’autres abandonnent et plongent dans le désespoir le plus complet. Jérôme, miné par l’alcool, ressemble de plus en plus à une épave et il ne tarde pas à constituer un danger pour sa famille car ses crises de colère sont de plus en plus violentes et imprévisibles. Il se dirige inéluctablement vers une déchéance irréversible. Ses enfants doivent donc fuir afin de refaire leur vie ailleurs, loin de cet enfer familiale qu’est devenue la maison paternelle.

Pourtant, le livre se termine sur une note d’espoir avec la naissance du petit dernier, Joseph, un enfant qui drainera toute la tendresse et l’amour dont les siens sont imprégnés malgré leur destin parfois bien cruel.

Un beau livre sur les liens familiaux, la solidarité, l’amour, le passage du temps et les jeunes générations porteuses d’espoir et de vie meilleure.

« Cependant, chaque jour de ton existence, je voudrais que tu te portes garant, solidaire de ceux qui t’entourent et même de ceux qui sont morts avant ton arrivée. Nous sommes une chaîne interminable dans laquelle, devant comme derrière, se trouvent des maillons plus faibles et d’autres bien plus forts que nous. Tantôt la chaîne est menacée de se rompre par la faute d’un seul, et tantôt elle contient une suite de maillons tout à fait sains, propices aux bonds de géant. Alors, sois celui qui consolide son bout de chaîne. »

« Parmi ceux qui sont venus avant nous et qui avaient le monde à découvrir, beaucoup ont commis des erreurs et ont érigé leur ignorance en système. Notre rôle est maintenant de rendre au monde sa beauté comme on apprête un mort pour le grand voyage. Quoi que tu fasses, il te faut vivre avec toutes les consciences qui t’habitent. »

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Le Clan familial

8 étoiles

Critique de Libris québécis (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 78 ans) - 4 janvier 2012

Apollinaire a écrit qu’on « ne peut transporter avec soi le cadavre de son père. » Bernhard Schlink lui répond dans Le Liseur que « nous devons vivre » avec cet « héritage dont nous sommes marqués ». Quel fleuve renie son amont ? C’est la somme de ses affluents qui donne de la force à son débit.

Rachel Leclerc illustre cette dynamique et invite même tous ses personnages à « consolider leur bout de chaîne » pour que le navire tienne le cap sur un fleuve houleux. Drossé par les vents contraires qui se lèvent sans crier quai à bâbord ou à tribord, il doit naviguer entre de traîtres récifs et des bancs de sable qui menacent sa coque. À l’instar de l’ancêtre Joachin, à qui on a remis une montre pour avoir sauvé un bateau du naufrage, il faut bien conduire la barge pour que les écueils n’enrichissent pas impunément les marchands de cercueils.

La patience des fantômes familiaux est bien nécessaire pour que les nouveaux gabiers apprennent les manœuvres pour affronter les morts subites, les disparitions, les séparations, les maladies mortelles, les départs inopinés et les ravages de l’alcoolisme. Comment tenir son bateau à flot quand l’équipage est malmené par de mauvais haruspices ? C’est ce qu’évoque l’auteure en décrivant le cheminement d’une famille de Rimouski, qui se perd de vue, mais que le temps rassemble comme la vieille montre du grand-père rappelait l’horaire à suivre pour ne pas manquer le bateau même si les événements travaillent en sa défaveur.

Écrit avec une maîtrise consommée, ce roman, le meilleur de l’auteure, est la quête d’un clan, qui vise à se donner une famille. Et la forme du roman dans le roman écrit par l’un des personnages renouvelle l’art de se dédoubler.

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