Château de sable de Pierre-Oscar Levy (Scénario), Frederik Peeters (Dessin)

Catégorie(s) : Bande dessinée => Divers , Bande dessinée => Légende, contes et histoire , Sciences humaines et exactes => Philosophie

Critiqué par Shelton, le 10 avril 2011 (Chalon-sur-Saône, Inscrit le 15 février 2005, 61 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (934ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
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Tellement unique en son genre...

La bande dessinée, comme chacun le sait, est un art secondaire, une sous catégorie artistique et narrative, tout juste bonne à raconter des histoires légères à des enfants en bas âge ou des adultes qui auraient la flemme de lire trop de texte. On sait, par ailleurs, que les auteurs de bédés sont des femmes et des hommes qui s’économisent le cerveau pour éviter de trop penser…

J’exagère beaucoup, je sais, et depuis des années, il existe bien des auteurs de bandes dessinées qui abordent avec succès des thèmes beaucoup plus fondamentaux que les gags de ces histoires que l’on confiait aux enfants jadis. Vous remarquerez que je ne cite aucun nom de ces albums ou séries car ils ont bercé ma jeunesse et je leur suis profondément reconnaissant… Mais c’est là un autre sujet.

Donc, disais-je, cette bande dessinée de fond existe bien et je vais vous en présenter un très bon exemple aujourd’hui. Non ! Ne fuyez pas ! Ce n’est pas parce que nous parlons d’une œuvre de qualité qu’il faut immédiatement imaginer que ce sera long, fastidieux à lire, qu’elle nous tombera des mains au bout de cinq minutes… en fait, c’est une fable humaniste, c’est une histoire qui nous empêchera de voir le temps passer… Bref, je vous convie, tout simplement, à un moment de bonheur ! A la plage… d’ailleurs !

Oui, tout commence avec une belle journée, au bord de la mer, sur une plage quasiment déserte, une sorte de petit paradis terrestre, un de ces lieux de tranquillité que l’on cherche toujours et que l’on ne trouve que rarement… Tout commence avec une jeune femme, plutôt belle, qui prend son bain matinal en tenue d’Eve… En fait, elle n’est pas seule, car l’œil de Caïn la surveille… Que va-t-il se passer quand le reste de la caravane arrivera ?

L’histoire pourrait bien être une intrigue policière. Après tout il y a très rapidement un cadavre, un suspect potentiel et on attend l’arrivée de la gendarmerie… Certes, cette plage semble particulière, mais… il faudrait que je n’en dise pas plus pour ménager le suspense… On est dans une sorte de huis clos, mais en pleine nature, un laboratoire de la vie, un espace temps où l’homme peut tenter de comprendre tout et où le lecteur sera confronté à sa vie, à sa mort, à l’attachement à ses proches, à la séparation pour toujours… Quelques phrases captées ici ou là montrent combien cette bande dessinée est profondément philosophique :

« J’étais impatiente de grandir ! Peut-être que c’est mon vœu qui s’est exaucé ? »
« Et si ça revenait comme avant, hein ? On pourrait tous y croire très fort ! »
« Je mange… Et puis on organise une partouze avant la mort ? »
« Je me demande si je ne préfère encore pas prendre une balle dans la tête plutôt que de me voir vieillir à toute vitesse »
« J’aimerais juste un peu de tendresse »
« Tu sais ce qu’il y a après la mort ? »
« Mais est-ce qu’on retrouve nos parents après la mort ? »

Le texte est de Pierre Oscar Lévy, cinéaste et réalisateur français de courts métrages, donne là la mesure de son talent pour raconter une histoire autrement qu’en film. Il faut bien avouer que mettre celle-ci en images autres que des dessins, ne serait pas simple ! Frederik Peeters, lui, retrouve là son dessin « classique » dans la veine de Pilules bleues. Il est presque parfait dans sa narration graphique, dans ses cadrages, dans son trait…

Pour la vision d’ensemble, s’il fallait inventer une bédé philosophique, une bédé de réflexion, je pense qu’elle devrait ressembler à cela et je suis certain qu’elle plairait au plus grand nombre, qu’elle ferait du bien à l’humanité et à chaque femme ou homme en particulier, tout en offrant une belle et simple histoire à tous ceux qui aurait peur de la vie, de la mort, de l’amour, des autres…

Merci pour cette bande dessinée comme je les aime et qui donne envie de continuer à en lire et à en faire découvrir…

Message de la modération : Prix CL 2013 catégorie bande dessinée

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Les châteaux de sable survivront aux humains.

10 étoiles

Critique de DomPerro (Québec, Inscrit le 4 juillet 2006, 38 ans) - 17 juillet 2013

Prendre une idée reçue, une évidence (Le temps passe si vite!).

Ensuite, la pousser à l'extrême à travers un décor d'une inquiétante étrangeté (Plage mystérieuse retenant ses visiteurs).

Voilà le défi pleinement relevé par cette magnifique bande dessinée qui, fort heureusement, pose plus de questions qu'elle ne donne de réponses.

Quand le réalisme magique rencontre la philosophie!

Ils grandissent si vite

7 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 48 ans) - 26 mars 2013

Une bédé audacieuse qui s’attaque à des thèmes lourds. La réaction des personnages, forcés de faire face à leur propre mortalité est fascinante. Voilà souvent l’intérêt des histoires du genre fantastique. Ils nous portent à la réflexion. Mais, en même temps, il faut accepter l’invraisemblable. Car après tout, pourquoi ces vacanciers restent dans ce lieu qui est l’inverse de la fontaine de jouvence sachant l’effet dévastateur ?

J’aurais aimé que l’histoire mène à une fermeture concrète. De même, le dessin cru ne m’a pas séduit. Mais, j’admets qu’il s’agit d’une œuvre déroutante qui m’habite encore.

Dehors, avant qu’il ne soit trop tard !

8 étoiles

Critique de Blue Boy (Saint-Denis, Inscrit le 28 janvier 2008, - ans) - 18 mars 2013

Après Lupus que j’avais globalement bien apprécié, je suis heureux de retrouver cet auteur dans une autre production, dont il n’est cette fois que le dessinateur. Le trait en noir et blanc est sensiblement le même que dans sa quadrilogie, même si j’en avais préféré l’univers SF fantaisiste et foisonnant. Je dois dire que j’ai lu d’une traite cette histoire aussi palpitante que terrifiante, qui commence comme une série noire pour évoluer, après un virage à 180°, vers le thriller fantastique à la Stephen King. C’est dans l’ensemble bien barré avec un humour gentiment grinçant… Les auteurs semblent prendre un malin plaisir à assister à la décrépitude à vitesse grand V de leurs personnages, tout particulièrement les plus névrosés d’entre eux qui apparaissent comme des souris se débattant frénétiquement dans un labyrinthe. Reste que certains détails m’ont paru flous (par exemple, que vient faire ici José, « le fils de l’hôtelier », pourquoi et par qui se fait-il tirer dessus comme un lapin ?) mais heureusement cela ne gêne en rien la fluidité du récit.

En fait, ce qui m’a le plus dérouté, c’est ce sentiment d’avoir un thème parallèle à la trame principale qui du coup s’en trouve diluée. En effet, si le sujet dominant traite bien de la nécessité de ne pas passer à côté de l’essentiel durant la courte vie qui nous est donnée, un autre questionnement vient parasiter l’histoire, celui du racisme, avec cette allusion à « L’Etranger » qu’il m’a semblé percevoir… Cela dit, j’ai trouvé intéressante la présence de l’immigré, au début victime de la suspicion des uns et des autres, accablé malgré sa discrétion et son humilité, mais qui s’avérera au final comme le personnage-clé du récit, celui qui va apaiser le cœur des plus jeunes avec la jolie parabole du palais en rapport avec leur terrible situation. J’aurais juste bien voulu que les auteurs creusent un peu plus la psychologie de ses personnages que j’ai trouvés assez superficiels, du coup il y a comme un hiatus entre ladite parabole et ces derniers, mais cela tient peut-être au fait que le format one-shot rendait cela plus difficile.

Malgré tous ces mais, je recommande vraiment la lecture de cette bédé qui devrait vous happer et vous hanter pour longtemps. La terreur et le malaise qu’elle suscite trouve judicieusement son contrepoint dans la sagesse de son propos suggérée dans le titre et issue de la parabole en question : le plus solide des palais n’est qu’un château de sable inapte à nous protéger des assauts de la mort, alors ne perdons pas de temps et goûtons aux fruits de la vie !

Un angoissant condensé de l'existence

10 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 37 ans) - 12 février 2013

Des personnages de différents horizons se retrouvent sur une plage, qui sera le théâtre de manifestations étranges. La découverte du corps nu d'une jeune femme dans la mer fait immédiatement à l'univers d'un polar, et pourtant ...

Cette bande dessinée est exceptionnelle. Déroutante et inquiétante car elle nous ramène à ce que nous sommes. De plus, elle délivre des éléments et en même temps les rend confus pour nous désarçonner. Cette BD rend le lecteur actif : on s'interroge, on fait des déductions et l'on est surtout pressé de la terminer pour comprendre ...

Cet univers tragique expose des êtres qui n'ont aucune emprise sur leur destin et certaines scènes sont tout simplement bouleversantes et font oublier les vignettes plus humoristiques comme celle de la grand-mère sautillante de la page 17. On pense parfois à Orwell ou à une nouvelle de Scott Fitzgerald que je ne citerai pas pour ne pas être trop explicite quant à l'histoire.

Une bande dessinée qui fait réfléchir et qu'on ne peut pas abandonner ! Un OVNI qui permet de nombreuses interprétations ...

SYMBOLIQUE ET NON SIMPLE

9 étoiles

Critique de Koudoux (SART, Inscrite le 3 septembre 2009, 53 ans) - 2 janvier 2013

L'histoire se passe sur une merveilleuse plage, plusieurs familles s'y reposent, bronzent, se baignent...
Le calme est perturbé par un cadavre rejeté par la mer.

Un simple tableau qui nous prépare à une lecture de polar?
Mais pas du tout !
Cette histoire n'est pas simple mais symbolique.
Différents thèmes vont être abordés comme la vieillesse, la mort, la souffrance...

Cette lecture au deuxième degré me laisse déroutée, enfuie dans mes pensées...
A déguster!

Sombre et déstabilisant

9 étoiles

Critique de Nance (, Inscrite le 4 octobre 2007, - ans) - 11 décembre 2012

« ... C’est comme si tout est déréglé, ici.... »

Le hasard regroupe plusieurs personnes sur une plage et les événements qui s’y produisent vont devenir de plus en plus inquiétants.

C’est sombre. Je crois que ça se veut métaphorique sur la vie en général, mais ce n’est pas clair et je ne crois pas que ça se veut clair. C’est une bande dessinée dont on ne sait pas où l’histoire nous mène et j’ai beaucoup aimé qu’on ne cherche pas à donner toutes les réponses au lecteur, qu’on ne le tient pas par la main. Belle découverte, mais c’est assez déprimant comme lecture.

La plage

7 étoiles

Critique de Hervé28 (Chartres, Inscrit(e) le 4 septembre 2011, 48 ans) - 4 septembre 2011

Après un album plus que déroutant mais au demeurant superbe, "Pachyderme", Peeters se lance de nouveau dans le monde de l'étrange, bien qu'il soit seulement responsable du dessin, Pierre Oscar Levy assurant le scénario.
L'ambiance oppressante régnant sur ces familles prisonnières sur cette plage est très bien rendue par le dessin en noir et blanc de Fréderic Peeters.
J'ai tourné les pages avec une grande rapidité pour connaitre les tenants et aboutissants de cette intrigue, voulant à tout prix connaitre une explication rationnelle à ces mystères de vieillissement prématuré.

Si je n'ai pas eu toutes les réponses à mes questions, (d'ailleurs était-ce vraiment la volonté de l'auteur ?), j'ai été assez mal à l'aise voire dérangé ou encore touché par l'attitude des enfants vis à vis de leurs parents déclinants et inversement.
Cette bande dessinée nous renvoie vers notre peur de la mort, et de l'inconnu et fait dans un certain sens, l'apologie du carpe diem.
L'auteur se livre à une véritable étude du comportement humain en mettant en scène ses personnages dans un vase clos. Ce n'est pas big-brother mais presque.

La conclusion de l'histoire me laisse encore dubitatif mais une seconde lecture m'éclairera sans doute.

Un album original, fort bien construit et qui fait réfléchir.

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  Questions avec (ou sans) réponses 9 Blue Boy 27 mars 2013 @ 23:36

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