Dans les veines ce fleuve d'argent de Dario Franceschini

Dans les veines ce fleuve d'argent de Dario Franceschini
( Nelle vene quell'acqua d'argento)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Sissi, le 26 février 2011 (Besançon, Inscrite le 29 novembre 2010, 50 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (20 897ème position).
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Voyage en haut trouble

Troublante est la démarche de Primo Bottardi: il ressent un beau soir le besoin impérieux de retrouver un de ses amis d'enfance, qui lui avait posé quarante ans plus tôt une question à laquelle il n'avait pas répondu.

Trouble est l'eau du Pô, au bord duquel ses recherches le mènent, qui charme comme elle tue, et qui enracine les êtres à jamais: "Notre monde est ici, entre les digues, et c'est là que nous voulons mourir. En dehors, c'est la terre des autres."

Fabuleuses sont les rencontres, entre brume et onirisme, réalité et brouillard, ainsi que les légendes ancestrales glanées au passage.

Belles sont les lavandières, qui se dénudent et s'éclaboussent les jours d'été.

Le rythme est délibérément lent, échafaudé par de longues phrases et des descriptions minutieuses et soignées.
Primo déambule, au fil de l'eau et de ses souvenirs, dans un périple plein de langueur et de drames.
Côtoie des êtres irrémédiablement prisonniers de ce flot qui les entoure, les façonne et les isole " Ne faites pas attention, nous les gens du fleuve, nous sommes bizarres."

Dans une atmosphère ambiguë et pesante, ce livre traite de la fatalité, d'un monde où l'homme est tributaire des caprices de la nature tout comme des mauvais tours que sa destinée lui réserve.

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Old man river italien

8 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 74 ans) - 25 avril 2011

Primo, la soixantaine, décide brusquement de partir à la recherche d’un ami d’enfance qu’il n’a pas revu depuis plus de quarante ans, pour lui apporter la réponse à une question qu’il lui avait posée quand ils étaient encore écoliers. Pour le retrouver, Il entreprend alors un voyage, plus long par sa lenteur que par sa distance, en remontant le fleuve qui passe par son village dans les environs de Ferrare. « Il allait vers la source, sans s’en apercevoir. Il revenait là où tout commence. »

Et, tout au long de ce périple, au rythme d’un vieux cheval tirant sa carriole, il va, avec son cocher de circonstance, vivre des péripéties qui nourriront peut-être un jour la légende du fleuve, écouter des anecdotes, des souvenirs qui appartiennent déjà à la tradition orale du pays et des fables et des aventures qui sont, elles, déjà dans la mythologie au-delà de la réalité, dans l’imaginaire, qui constitue la mémoire identitaire de ce peuple attaché à son fleuve malgré les affres qu’il lui inflige. Car ce flot c’est le sang de cette région, celui qui nourrit, celui qui véhicule la vie, les histoires, les histoires d’amour aussi.

Et, ce roman c’est bien sûr le symbole de la vie, de la vie qu’il faut remonter vers l’enfance, vers les origines quand il faut parcourir la dernière étape avant la fin définitive, pour ne rien oublier, pour, une dernière fois, goûter ce qu’elle fut. C’est aussi le moment où il faut rassembler les morceaux épars, dispersés par l’existence, pour reconstruire l’être qu’on a été et qu’on restera pour la postérité.

Mais, c’est aussi un grand cri d‘amour pour cette région, pour ce fleuve, pour cette ville, que l’auteur a tellement aimés et qu’il décrit comme les cinéastes italiens des années soixante, spécialistes du cinéma réaliste, ont porté à l’écran les villes et campagnes italiennes dans des scènes grouillantes de vie qui ne pouvaient, hélas, pas reproduire les odeurs que Franceschini suggère à longueur de pages. Et, c’est bien dommage, car ce livre se sent avant de se lire et même si, au début, il inspire une certaine circonspection, il finit par enivrer de ses odeurs entêtantes et de ses récits qui tutoient souvent le rêve fantastique.

Ceux qui ont lu « Mal’aria » d’Eraldo Baldini, n’auront certainement pas manqué de retrouver cette atmosphère vaporeuse, humide, liquide, oppressante et inquiétante qui régnait sur les rives du Pô, pas très loin de Ferrare, dans les marais, pendant la période mussolinienne quand l’épidémie sévissait sournoisement. Mais, « depuis qu’il est revenu. Il ne pense qu’à mourir dans son eau. Je le comprends. Nous la regardons chaque matin, nous la buvons, elle nous fait vivre, nous en rêvons la nuit.

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