Ravelstein de Saul Bellow

Ravelstein de Saul Bellow
( Ravelstein)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Jules, le 27 mars 2002 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (11 599ème position).
Visites : 4 651  (depuis Novembre 2007)

Un livre qui va loin, qui nous scrute et nous secoue

Ceci est le tout dernier livre que vient de publier Saul Bellow, prix Nobel de littérature en 1976.
Ravelstein est américain, juif, homosexuel et professeur d’université. La discipline qu'il enseigne est la philosophie politique. Il est d’ailleurs un des grands esprits de son temps dans sa spécialité, ainsi qu'un homme particulièrement cultivé et féru d'histoire grecque et romaine. Ses auteurs favoris sont Thucidide et Platon, qu'il lit couramment en grec ancien, et Machiavel.
Au début du livre, nous sommes à Paris. Ravelstein y a invité son vieil ami Chick, Juif aussi et romancier célèbre, qui est le narrateur de toute cette histoire. Il a en effet une dette importante envers lui. Alors qu'il crevait sous les dettes, voilà qu’il est devenu un homme immensément riche ! C'est poussé par Chick qu'il a fini par écrire et publier un livre. Le succès fut immédiat un peu partout dans le monde et, aujourd'hui, il peut se payer tout le luxe qu'il désire.
Mais il a une autre idée derrière la tête. Il connaît le talent de son vieil ami et veut obtenir de lui qu’il écrive sa biographie. Pas ses succès comme professeur, non ! Plutôt sa pensée plus intime, ses convictions plus personnelles, son intimité aussi, bref, qu’il décrive vraiment avec vie et talent l'homme qu’il est. Qu'il le fasse renaître en quelque sorte. Chick l’admire, mais il n’est pas le seul ! Alors qu'il a formé des générations d’étudiants, Ravelstein est tenu au courant, où qu'il soit, de ce qui se passe, ou va se passer dans le monde. Ses anciens étudiants constituent un véritable réseau et sont au ministère des affaires étrangères, au Pentagone, ou dans d'autres administrations aux Etats-Unis, en Angleterre, à Paris ou ailleurs.
Et nous voilà partis dans la vie de Ravelstein et de Chick. Nous vivrons sa pensée, ses comportements vis à vis des autres, ses étudiants, les autres professeurs ou célébrités quelconques etc. Par son immense culture, par son intelligence, ses connaissances, son sens de l'amitié et des rapports humains, cet homme s'est placé au centre de tout un univers grouillant de personnalités importantes.
Ce livre ne peut pas être qualifié de « passionnant », mais bien « d'intelligent ». C’est aussi un livre profondément Juif par sa pensée et ses préoccupations (bien qu’elles soient aussi les nôtres…). Ravelstein disait qu’il étudiait les deux choses les plus importantes chez l’homme : la religion et le gouvernement. La voix de l'auteur va loin en nous et cherche ce qui pourrait aussi nous déranger. Nous connaîtrons les pensées de Ravelstein sur la mort, le communisme, la Shoah, les terribles carnages du vingtième siècle et sur bien d’autres choses encore. Il dit : « …ce que cela signifie pour les Juifs que tant d'autres, des millions d’autres, aient voulu leur mort. Le reste de l'humanité les expulsait… Ce qu'il disait, c’était que nous, en tant que Juifs, savions à présent ce qui était possible. » Il évoque l’hypothèse d’un Index juif et dit : « Nous ne pouvons pas nous permettre de constituer un Index juif. Pour commencer, nous ne pourrions jamais l’imposer, pas même aux lecteurs juifs. Qui pourrez-vous faire renoncer à Céline ?. »
Découvrez ce livre ! Il mérite vraiment d’être lu tant son personnage central est intelligent et profondément humain.

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Un dandy excentrique contre les sectarismes

9 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 39 ans) - 13 octobre 2013

Ce personnage détonne et passionne. Il ne laisse personne indifférent, tant dans son environnement immédiat que les lectrices et lecteurs de ce roman. Il est immédiatement perçu comme brillant, mais, dans un premier temps, ses manières ne plaident pas en sa faveur. Son aisance personnelle tend chez lui à se croire tout permis, ou au moins pouvoir se permettre un étonnant relâchement formel. Dans un second temps, sa personnalité, son rejet et son agitation des diverses conventions, des clichés arrivent à forger une personnalité hors norme, qui ne peut être ignorée de ses contemporains. Malgré un physique ingrat, malgré sa fragilité physique, il séduit, alors qu'il est loin de ménager son "capital-santé".

Ce roman repose sur une intrigue rondement menée et un personnage vif, très loin de tout sentier battu, sans être tape-à-l'oeil à l'excès. Il se lit d'une traite, agace parfois, amuse souvent, fait tout autant réfléchir. Ce livre mérite sa réputation.

Un ami qui vous veut du bien

8 étoiles

Critique de Béatrice (Paris, Inscrite le 7 décembre 2002, - ans) - 27 juillet 2010

Ca parle de tout et de rien, du chaos du monde moderne, de l’identité juive et le l’absence de rédemption, de la philosophie antique, Socrate et l’Eros platonicien, de misanthropie, amitié et complicité. Du goût de Ravelstein pour les commérages, de la manie de s’immiscer dans la vie de ses amis, de sa vanité. Bellow n’épargne pas ses failles, et pourtant, quel personnage charismatique, ce Ravelstein ! L’ironie, la ruse, la sagesse de Bellow ! J’ai mis du temps à me faire à son style, à sa manière oblique de parler de son ami.

Autobiographique
Ravelstein a réellement existé, il s’appelait Allan Bloom, universitaire et essayiste à Chicago. Il a vraiment écrit un bestseller (traduit en français mais épuisé). Ils étaient amis. Lors de la sortie du bouquin, une partie du monde littéraire a douté de la légitimité de Bellow pour dévoiler le secret de Bloom, car ce dernier avait caché son homosexualité. Est-ce que Bloom a demandé à Bellow d’écrire sur lui et de tout dire ? Dix ans plus tard, il reste un bouquin qui dégage une grande sérénité.

Lectures télescopées
J’ai choisi ce bouquin suite à la lecture d’Expérience de Martin Amis. Le britannique paie son dû à Bellow. A posteriori je comprends mieux la manière de M. Amis. Lorsqu’il évoque son père, il est proche de la démarche de Bellow. Mais Ravelstein ne lui a pas servi de source d’inspiration, car les deux bouquins sont sortis la même année. Eh bien, un jour je lirai Allan Bloom. La filière sera Amis – Bellow –Bloom.

Deux extraits:
« J’avais découvert que, si l’on plaçait les gens sous un éclairage comique, ils devenaient plus sympathiques – si vous parliez de quelqu’un comme d’un brochet humain frustre, pétomane et strabique, vous vous entendiez d’autant mieux avec lui par la suite, en partie parce que vous aviez conscience d’être le sadique qui l’avait dépouillé de ses attributs humains. »

« Les arts du déguisement sont si bien développés qu’on peut être certain de sous-estimer le nombre de salopards que l’on a connus. »

Un délicieux tableau

8 étoiles

Critique de Ulrich (avignon, Inscrit le 29 septembre 2004, 42 ans) - 21 août 2005

Toujours aussi difficile de critiquer éclair après Jules. Ce livre est une sorte de double bibliographie. Celle du disciple et de son mentor. Le disciple a pour mission, commandée et choisie d’écrire la bibliographie de son mentor, Ravelstein. Professeur d’Université, Dandy à l’aura incontestable entraînant dans son sillage des générations d’étudiants. Chicky, le disciple ne peut écrire la vie de Ravelstein. Sa vie lui est trop liée. Alors il écrit la sienne, celle de son mentor dans un va et vient incessant entre ces deux vies, ces deux parcours intellectuels, ces deux ensembles de doutes, d’envies et de vies. La construction du livre est la force intrinsèque de ce récit. Cette construction à elle seule est à l’image de cette relation mentor-disciple : un mélange subtil, un équilibre entre admiration, amitié, amour, doute, déception, domination. Le personnage de Ravelstein est séduisant : Prof esthète dandy lettré. Ce tableau permet toutes sortes de réflexions, de pensées sur la vie, la mort, la religion, l'amitié, l'amour. Bien sûr, ce livre est une formidable interrogation sur la nature de ces relations entre un disciple et son mentor. Mais il aborde aussi avec talent le thème de la judaïté et une réflexion particulièrement surprenante et savoureuse sur la France, sur l’exception française en quelque sorte. Ce livre est le dernier écrit par Saul Bellow. Le seul que j’ai lu avec l’impression d’une écriture parfaitement sereine, maîtrisée. Elle a une sorte de modestie absolument fascinante. Ravelstein et son disciple sont tous les deux des personnes âgées. Je ne connais pas la vie de Saul Bellow (à part qu’il vient de décéder et Prix Nobel de littérature) mais je ne peux résister aux questionnements : Quel part d’autobiographie se trouve dans ces personnages ? Ce livre est un délicieux tableau aux formes complexes de deux vies entremêlées. Jules a raison : Profondément Humain.

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