Le théorème d'Almodóvar de Antoni Casas Ros

Le théorème d'Almodóvar de Antoni Casas Ros

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par CC.RIDER, le 18 août 2010 (Inscrit le 31 octobre 2005, 61 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 13 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (3 125ème position).
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Transformer l'horreur en beauté

Suite à un accident causé par l'irruption d'un cerf devant sa 4 L, Antoni Casas Ros se retrouve défiguré et son amie décédée. Quelques années plus tard, mathématicien à la triste figure, il cache « son nez désastreux » et « son visage cubiste » dans le quartier interlope du port de Gênes, loin de sa Catalogne française natale. Il vit en donnant des cours par Internet, ne sort que la nuit et finit par rencontrer une certaine Lisa, transexuel prostitué doté d'un corps d'hermaphrodite avec qui il vit une passion sulfureuse. Pour des raisons différentes, ni l'un ni l'autre ne veut se faire opérer. Ros pourrait bénéficier d'une chirurgie réparatrice, mais il craint de ne plus pouvoir continuer à vivre en marge. Quant à Lisa, elle craint à la fois de perdre sa clientèle et ses attributs virils. Leur histoire intéresse le cinéaste espagnol Almodovar qui souhaite en faire un film...
Un premier roman surprenant autant par son style impeccable et agréable à lire que pour son ambiance poétique et quasi surréaliste. L'intrusion du cerf qui va jusqu'à squatter le canapé de l'improbable couple en est un bel exemple. Véritable oeuvre littéraire dans toute l'acception du terme, « Le théorème d'Almodovar » n'est pas vraiment le témoignage d'un accidenté victime d'un chirurgien peu adroit ni un récit psycho-chirurgical. Il nous entraîne beaucoup plus loin, au niveau du rêve, de l'onirisme et de l'inaccessible. Une très belle surprise. Au fait, qu'est-ce que ce fameux théorème ? Il l'explique lui-même : « Il suffit de regarder assez longtemps pour transformer l'horreur en beauté. »

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Vie, mort et cinéma

8 étoiles

Critique de Paofaia (Moorea, Inscrite le 14 mai 2010, - ans) - 28 novembre 2013

J'établis le théorème d'Almodovar: il suffit de regarder assez longtemps pour transformer l'horreur en beauté.

Mais le théorème d’Almodovar,écrit Antoni Casas Ros, c’est peut être aussi la puissance du monde divisée par mon incapacité à le rencontrer..
Le théorème d'Almodovar ne s'énonce pas d'une seule façon..

Un roman dédié à sa mère, avec en exergue cette phrase du poète argentin Roberto Juarroz: Au centre du vide, il y a une autre fête.

Un texte qui parle de l'apparence,du regard, de ce qu’on voit, croit voir, veut voir.

C’est la pure définition de la joie, de la créativité venue de l’œil, du regard. C’est ce que j’aime chez les voyous. Ils savent regarder vite et bien. Leur vie en dépend. Il y a trop de nonchalances chez les êtres qui ne sont pas en danger. Leurs sens moisissent. Le vert-de-gris envahit leur vie. Il y a dans les mondes que j’aime fréquenter, les mondes interlopes, une acuité du regard, une brillance, un éclat. Je pense à cette phrase de Balzac citée dans le Petit Robert: « Le monde interlope des femmes équivoques. » Il y a là une merveille sonore et allusive, et c’est-ce monde qu’Almodovar explore sans jamais se lasser. Son regard sur moi, c’est le regard de quelqu'un qui sait que le blanc et le noir ne doivent jamais faire du gris, mais vibrer en flirtant outrageusement l’un avec l’autre, ébahis par la soie d’un coup de langue qui toujours abolit le hasard.

J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce livre . Peut-être parce que je le trouvais un peu sentencieux au début. Un peu trop. Et puis, je me suis laissée emporter dans cette histoire de renaissance grâce à l'écriture, dont je remets un extrait, vie, mort, et cinéma

C’est en sortant du cinéma que nous avons vu le cerf. Une petite salle de mon quartier. Il y en a encore. Les fauteuils un peu défoncés. L’odeur antique de tous les rêves, de toutes les peurs, de tous les espoirs de rencontrer l’amour que viennent de vivre les héros. Le désir que notre vie soit enfin grandiose. Que se profile une grande passion même si elle doit nous détruire. Tout grand film nous fait tituber, nous laisse un moment ou une éternité dans cette sensation planctonienne un peu molle, flottant entre deux eaux. Ce sentiment vague que nous pouvons enfin vivre comme un héros, que nous pouvons traverser la vie plutôt que la fuir. Dans ces moments de grâce, nous sentons notre fragilité, nous palpons notre chair indécise, nous permettons au rêve intense de la beauté de surgir et de nous emporter. Puis la peur se profile. La nécessité de garder un cadre, des formes, un fonctionnement social. Je suis ce que tout grand film éclaire en nous, cette possibilité d’agir avec liberté. Qui n’a pas rêvé, en sortant d’une projection, de disparaître? Ne plus voir sa famille, ses amis, de ne plus aller travailler, le lendemain, de ne plus être celui que tout le monde connaît.
Au moment de la mort, nous sommes probablement dans ce même état. Nous imaginons que notre vie aurait pu se libérer du poids des habitudes, de la conformité sociale, de la répétition incessante des mêmes mécanismes de défense. Alors nous touchons au plus absurde. Défendre quoi? J’imagine qu’il faut être sur son lit de mort pour oser répondre. Il n’y a rien à défendre. Nous avons abandonné tous nos rêves. Nous avons vécu en conformité. Nous n’avons cherché que le confort, et, dans cette quête acide, la joie nous a échappé. Toute œuvre d’art réveille en nous ce que l’être a de plus vivant, de plus subversif , de plus libre. La souffrance est intense. On voudrait réécrire le scénario de sa vie. Dans toute existence il semble manquer le drame absurde qui nous engagerait à vivre comme si nous devions mourir demain. Nous allons mourir demain. Personne ne s’en rend compte. C’est cette conscience que le cinéma fait émerger. Nous n’avons pas encore eu le temps d’être un héros. Trop de monde à contenter. Mais vient un instant où nous ne pouvons même plus nous contenter nous -mêmes, et c’est là que la mort devient tragique.
Le destin m’a fait le cadeau de me tuer très tôt pour que je commence à vivre.


Rien que du classique, du dit et redit, bien sûr, mais j’ai trouvé que ce mystérieux Antoni Casas Ros avait souvent une jolie façon de redire.

Cultiver la différence

8 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 45 ans) - 30 septembre 2011

Almodovar est là, entre les lignes et partout, présent dans cet univers qui est le sien, même si il n'en est que le prétexte ou l'alibi. Des personnages déchirés, étranges, extraordinaires dans leurs destins meurtris, des êtres marginalisés qui sont des mondes à eux tout seuls et transpirent d'humanité. L'auteur a bien compris cela et le restitue avec énormément de justesse via un récit un brin surréaliste et bigrement poétique. Je me suis laissée emporter par les mots, cette musicalité qui teinte le récit et ces âmes qui se cherchent et refusent de se trouver, car se trouver, c'est en quelque sorte s'arrêter, quelque part.
Le côté absurde et décalé du roman m'a séduite, sans parler de cet art de remplir le vide existentiel avec des silences et des errances. Derrière ce qui pourrait passer pour un détail se cache une véritable souffrance ou un espoir formidable que le lecteur doit décrypter et apprivoiser. Un roman pas si simple d'accès mais qui, une fois la porte franchie, ouvre grand les voies de la richesse intérieure.
Un coup de coeur et un attachement pour ces protagonistes qui trouvent la sécurité dans leur différence et dans leur fuite du monde.

« Au centre du vide, il y a une autre fête. »

8 étoiles

Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 64 ans) - 26 septembre 2011

Un homme ivre au volant fait une embardée pour éviter un cerf traversant la route. Suite à cet accident, sa femme meurt et lui survit mais il est défiguré et n’a plus de visage. Du coup, sa vie bascule. Le beau jeune homme devient une espèce de monstre. Il doit se cacher et fait l’apprentissage de la solitude la plus complète pendant près de quinze années jusqu’à ce qu’il rencontre Lisa, un jeune androgyne dont il tombe amoureux. Ayant fait la rencontre du cinéaste Almodovar, celui-ci décide de tourner un film sur l’accident et ses conséquences sur la vie de l’écrivain.

Le roman semble autobiographique car l’auteur se nomme à quelques reprises et laisse entendre au lecteur que le jeune homme défiguré c’est lui-même. C’est un roman étrange comportant de longs passages philosophiques qui introduisent un élément d’abstraction dans le récit mais l’auteur a eu la brillante idée de ne pas en abuser et il nous replace très vite dans la réalité donc le lecteur n’a pas le temps de se lasser de ces envolées littéraires qui, trop longues, se révéleraient un brin ennuyeuses et ferait perdre de la consistance à l’histoire.

Pourquoi écrire un tel livre ? C’est une question qui me taraude depuis que j’ai refermé le bouquin. Je crois que l’auteur a voulu démontrer la possibilité de refaire sa vie alors qu’on a tout perdu. En effet, le personnage principal ne sera plus jamais le même. Il a perdu sa femme qu’il adorait et surtout son identité d’homme connu car, comment continuer lorsque son visage n’existe plus que dans le souvenir et quelques photographies qui témoignent du bonheur passé. Du coup, il doit revoir son système de valeurs et c’est auprès de Lisa qu’il trouve le force de faire table rase du passé et refaire sa vie sur d’autres bases puisque ses anciens repères n’existent plus. Pour notre héros, il trouvera son salut dans l’amour de Lisa et dans l’écriture.

« Au centre du vide, il y a une autre fête ». Cette citation de Roberto Juarroz est la clé du roman. J’ai beaucoup aimé cette lecture remplie d’espoir et d’optimisme malgré les terribles épreuves que la vie parfois nous réserve. Oui, il est possible de retrouver le bonheur lorsqu’on a tout perdu mais il faut savoir se transformer, changer de visage et s’adapter aux nouvelles règles que le destin nous impose. Pour ce beau message, j’accorde une bonne note à ce roman.

« C’est l’avantage d’écrire, personne ne détourne la tête, personne ne hausse les épaules, personne ne s’en va. Il n’y a que la magnifique solitude, la blancheur qui peu à peu se charge de lettres et de mots bien que parfois la page dise non, se rebiffe, refuse.

Je suis étonné d’avoir été jusque-là. Étonné que les mots aient bien voulu jouer avec moi, étonné de ce monde dont je rêvais et à la bordure duquel je me suis tenu si longtemps, paralysé par la peur. J’ai marché sur les mains, j’ai passé quinze ans face à personne, enfin un androgyne m’a vu, j’ai rencontré Almodovar, mais si merveilleuses que soient ces situations, que sont-elles face à l’acte d’écrire ? Des volutes dérisoires dans l’espace. Une fumée de cigarette tout au plus. »

Almodovar pas loin ...

5 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 63 ans) - 11 septembre 2011

Les fans d’Almodovar apprécieront peut-être davantage que moi ce roman. Bizarre. Poétique mais par trop déconnecté du réel à mon goût. Il y a de beaux passages mais l’histoire est quand même plutôt cinglée et si certaines bizarreries font symboles, ces symboles me seront passés à côté. Reste donc l’aspect purement, gratuitement, bizarre, excentrique. Dommage.
Il y est question d’un mathématicien, qui pourrait être Antoni Casas Ros, dont le visage et la vie se sont brisés à la suite d’un accident de voiture. Et pas n’importe quel accident de voiture puisque c’est rentrant du cinéma avec Sandra, sa compagne, que la vision d’un cerf lui fera perdre le contrôle du véhicule. Sandra y perdra la vie, le narrateur (l’auteur ?), son visage. Dès lors, le mathématicien ne sort plus que la nuit, caché, donne des cours de Mathématiques par internet. Bref, il vit reclus. Se produira une rencontre avec, successivement, Almodovar (dont on peut bien se demander ce qu’il vient faire là) et Lisa, transsexuel prostitué avec qui il va connaître la rédemption et apprendre à s’accepter. Pourquoi pas ? Mais lorsque je vous aurai dit que ces rencontres avec Lisa se font sous l’égide d’un cerf (le cerf ?) qui s’est invité dans l’appartement et squatte le canapé … Bon ??
Dommage parce que le langage est bien maîtrisé et qu’Antoni Casas Ros est capable d’écrire fort bellement. Malheureusement, dans ce roman, il me donne l’impression d’écrire bellement mais un peu à vide, sans réel propos. Transsexualité, Almodovar, la monstruosité, l’acceptation de la différence, … OK, il y a tout ça. Mais il y a aussi le cerf, qui prend une sacrée place et qui télescope bizarrement le tout.
Un fourre-tout onirique qui intéressera les amateurs du genre. Mais l’onirisme pour l’onirisme … ?

La fête au centre du vide

8 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 50 ans) - 9 août 2011

Curieux roman où se mélangent l’art, les mathématiques et l’érotisme. Les réflexions de ce narrateur défiguré m’ont fasciné. Mais à la fin, il ne reste rien outre un hommage senti au cinéma de Pedro Almodovar dont les thèmes sont utilisés pour fabriquer le mince récit.

C’est un bouquin qui nous force à assimiler la notion de réalité/fantasme de manière différente afin d’en apprécier la beauté. À cet égard, l’œuvre est intéressante et totalement réussie. Cependant, il faut s’y laisser aller…

« L’indécidable est le camarade de bord de l’incertitude. »


S’accepter avant tout

6 étoiles

Critique de Isad (Occitanie, Inscrite le 3 avril 2011, 59 ans) - 18 juin 2011

Long monologue de l’auteur (qui est le personnage principal du livre) qui s’apitoie sur sa vie passée jusqu’au point focal qui le pousse à changer de comportement.

Le livre montre aussi que ce sont les décisions aléatoires, prises dans l’instant, non mûrement réfléchies, qui sont le plus déterminantes dans une vie et engagent fortement. Et c’est cet aspect « déraisonnable » et non conventionnel qui est intéressant.

À côté de réflexions mathématiques éparpillées, on a la présence surréaliste d’un cerf, cause de l’accident de voiture qui l’a défiguré. Il le retrouve dans la ville 15 ans plus tard et l’héberge !!! Là j’accroche moins et ne voit pas vraiment l’intérêt de cet élément. Le tout est quand même assez nombriliste, même s’il y a la généreuse Linda et la mère optimiste qui compensent un peu la langueur ambiante.

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Un cerf sur un divan

7 étoiles

Critique de Koudoux (SART, Inscrite le 3 septembre 2009, 54 ans) - 14 avril 2011

Le narrateur a été victime d'un accident de voiture. Sa compagne est morte et lui est défiguré.
Il vit caché dans un appartement jusqu'au jour où il fréquente un transsexuel et rencontre Pedro Almodóvar qui veut faire un film de son histoire.
Lui qui veut tout expliquer par des formules mathématiques va devoir accepter un cerf qui c'est installé sur son divan.
De l'univers rationnel, on bascule dans l'imaginaire.
Ce cerf est-il le symbole de l'acceptation de vivre comme il est, sans être gêné par son handicap?
Comme Shan Ze, j'ai du mal à placer la frontière entre l'imaginaire et la réalité.
Un livre déroutant.

Equation réussie (à plusieurs inconnues).

9 étoiles

Critique de Sissi (Besançon, Inscrite le 29 novembre 2010, 48 ans) - 3 avril 2011

Beaucoup d’originalité et de surprise dans ce théorème qu’on adore aimer.
Une construction narrative judicieuse, des mots justes et une langue en adéquation avec l’univers un peu glauque du narrateur contribuent à instaurer une sincère et durable complicité entre l’auteur et son lecteur.

C’est à dire ?
Et bien, en premier lieu, j’ai aimé les temps mélangés : ce présent, flottant, du récit qui se construit en temps réel, au fur et à mesure des pages tournées, et auquel on a par conséquent le sentiment de prendre part.
Puis le passé, fiable, celui de la narration, du vécu, du vrai, de ce qui est stable, intouchable et incontestable. Un point d’appui avant de basculer dans le conditionnel, flou, celui des moments fantasmés, rêvés ou simplement imaginés lorsque la pensée vagabonde.
L’auteur se balade de l’un à l’autre avec une grande dextérité et nous entraîne dans son espace-temps avec beaucoup d’aisance.

Ensuite, j’ai aimé le mélange des genres, des idées, des thèmes : le fantasme, la sensualité (« On peut toujours rêver, désirer le ciel, puiser dans sa mémoire mille images délicieuses, mais comment remplacer l’âpreté d’un corps qui en cherche un autre ? »), le symbolisme avec l’émergence du cerf dans le récit. Ce cerf, il incarne le drame, et survivre à un drame c’est accepter de vivre avec lui, sans lui accorder plus d’importance qu’il n’en mérite mais sans pour autant lui dénier tout droit d’existence.
Le cerf s’installe dans le canapé, il est là, présent, incrusté dans le décor du quotidien, assis dans le présent mais symbolisant un passé que le narrateur veut à présent délaisser.
Tant bien que mal. Mais plutôt bien.
Grâces aux personnages excentriques qui l’entourent, comme sa mère par exemple, dont il dit :« L’extraordinaire ne la surprend jamais, seule la médiocrité la contrarie. »
Tout ça sous un angle mathématique et rationnel, qui vient s’imposer au milieu de l’irraison avec laquelle il s’enchevêtre.
Les citations de Newton confirment la volonté d’approche scientifique dans les relations entres les êtres, et réaffirment l’existence de ces lignes qui les relient en équations improbables mais néanmoins plausibles.

« C’est peut-être ça le Théorème d’Almodovar ; la puissance du monde divisées par mon incapacité à le rencontrer. »

Etrange...

5 étoiles

Critique de Shan_Ze (Lyon, Inscrite le 23 juillet 2004, 36 ans) - 4 février 2011

Une réflexion un peu étrange par moments, on oscille entre réalité et imaginaire. J'ai eu du mal à savoir où se situait la limite entre les deux. Entre le cerf qui s'invite chez lui et les discussions avec Almodovar, le récit ne m'a pas vraiment convaincu, j'ai l'impression d'être passée à côté. Il semble être autobiographique... Est-ce qu'une réflexion sur sa libération ?

« Je crois qu’on a trop bu, chef. »

7 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 72 ans) - 22 janvier 2011

Un jeune homme reste défiguré après un accident de voiture et il ne veut, ne peut, plus exposer son visage au regard des autres. Il se réfugie dans la marge de la société en travaillant à distance et en ne sortant plus que la nuit. Il s’évade dans l’alcool et drague sur le net sans jamais conclure ses aventures à peine ébauchées. « Il y a une sorte de confort dans ma solitude ou peut-être pis, un orgueil, une habitude. »

Il croit que les mathématiques peuvent résoudre son problème parce qu’il pense que l’humanité peut-être mise en une équation qui unifierait tout le monde dans la même formule et qu’il serait ainsi comme les autres. Mais, quand il fait la connaissance d’un transsexuel qui l’aime comme il est, il comprend qu’il peut trouver une forme de rédemption auprès de cet être qui a choisi la différence pour lui-même et qui l’assume sans difficulté. Et, alors il craint de quitter le personnage qu’il s’est construit ave ce compagnon. « J’ai peur de redevenir normal. De ne plus avoir aucune excuse pour vivre en marge du monde. »

Un jour, il rencontre Almodovar qu’il admire comme ses personnages emplis de désespoir, et il est alors convaincu qu’il en sera le dernier et que le cinéaste saura sublimer son handicap dans un film magnifique qui fera de lui une vedette célèbre.

L’auteur de ce livre n’a jamais été vu à visage découvert, est-il le héros du roman ? Le masque d’un écrivain reconnu ? Aujourd’hui, je ne le sais pas. Je sais cependant que ce court texte est une apologie de la différence, un rejet de ce que la société considère comme des normes et des canons, une ouverture sur une partie du monde que nous ne voyons pas facilement. « L’impossibilité de communiquer avec les hommes m’a ouvert la sensibilité. » La vérité n’est peut-être pas là nous la cherchons mais sur les bords, dans la marge, là où sont ceux qu’habituellement nous rejetons.

Mais, ce roman prend aussi une dimension fantastique avec l’irruption du cerf responsable de l’accident qui pourrait représenter le poids de la difformité qu’il faut toujours emmener avec soi mais aussi la réconciliation par la tolérance et le pardon par l’acceptation.

Un texte intéressant mais qui ne semble pas totalement abouti, trop de choses se télescopent dans un espace et un temps restreints. Il est dommage que le récit qui plane un moment dans les hauteurs magiques, redescende trop vite dans un univers plus trivial peuplé de considérations politiques, sociales et familiales qui n’apportent pas grand-chose au récit et qui s’accordent mal avec l’ivresse et la transgression qui nous transportaient sur ses hauteurs.

« Je crois qu’on a trop bu, chef.
Alors je vais boire toutes les nuits. »

Étrange et Beau

10 étoiles

Critique de Olinot (Proche de Paris, Inscrit le 5 janvier 2010, 51 ans) - 20 décembre 2010

Dès les premières lignes, je fus envoûté par ce roman : je passai de l'étonnement, qu'est-ce que ce livre ?, au ravissement.
L'écriture est vive d'esprit et libre. La poésie est présente tout au long du chemin de lecture.
Les personnages extravagants nous ensoleillent.
Étrange et beau !

Démonstration insuffisante!

5 étoiles

Critique de Kinbote (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 60 ans) - 29 août 2010

Le narrateur, qui possède la même identité que l’auteur, a été défiguré lors d’un accident d’automobile au cours duquel il a perdu son amie. Il fréquente un transsexuel et rencontre Pedro Almodovar qui va tirer un film de son histoire. Almodovar, choisi pour sa faculté de "transformer l’horreur en beauté", propos qui constitue la substance du théorème du même nom. La démonstration laissera à désirer ! On nous précise d’autre part que les faits décrits sont purement imaginaires même si, paraît-il, on ne possède aucune photo de l’auteur qui se présenterait derrière un masque.

Références pseudos mathématiques sans l’esprit, en-têtes de chapitre empruntés à Newton, collusion entre réel et imaginaire peu convaincante, formules à l’emporte-pièce, ce petit roman a les défauts ordinairement attribués aux premiers essais romanesques et peu, à mon sens, de véritables qualités. Il paraît que, vu l’anonymat dans lequel s'enferme l’auteur, on a pu penser qu’il s’agissait d’un avatar d’Enrique Vila-Matas. C’est une hypothèse qui ne prend pas en compte l’écriture autrement plus travaillée de cet auteur.

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