Un taxi mauve de Michel Déon

Un taxi mauve de Michel Déon

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Yeaker, le 21 juillet 2010 (Blace (69), Inscrit le 10 mars 2010, 47 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 5 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (3 115ème position).
Visites : 5 482 

Retour à la vie

Réellement emballé par le film j’ai eu du mal à entrer dans le rythme saccadé de ce livre prix de l’Académie Française 1973. Cependant il s’avère que c’est un livre magnifique.
Cela commence dans une mélancolie profonde, le narrateur, un français malade est venu mourir en solitaire, il rencontre le jeune et malheureux Jerry. Deux isolés passant le temps ensemble. Puis après différentes rencontres et expériences le narrateur est abandonné par son condisciple accaparé par l'amour. Il rencontre un médecin qui lui assure que sa maladie de cœur n'est que de la tachycardie. A l'aide de l'amitié du docteur Skully, être sociable, intelligent et gai, notre personnage reviendra à la vie et s'ouvrira à la communauté qui l'entoure, les noms, les ombres deviendront des êtres de chair et d'esprit. Un long retour à la vie.
On croisera dans ce trou perdu du Connemara les membres d’une riche famille, un affabulateur, une mystérieuse muette, un docteur excentrique, un réalisateur au chômage et tous les habitués du pub du coin qui ont le coup de poing facile.
La poésie du texte comme dans le film vous rappelle à l’essentiel : « âge : entre 50 et 55 ans. Le mauvais miroir du placard me renvoie une silhouette que je ne reconnais pas sans panique. L’homme arrête sa croissance à vingt ans. Immédiatement après, il vieillit, un long travail de sape qui, selon les cas, donne ses effets aux environs de la cinquantaine…En somme on gagne en caractère ce qu’on perd en grâce. Maigre consolation » ou encore « un jour il s’effondrerait…on le pleurerait un temps avant de l’oublier à jamais. Il distribuait à la folie des biens qui ne laissent pas de trace : la générosité, la bonté, le courage… ».

Bonne lecture

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Les éditions

  • Un Taxi mauve [Texte imprimé] Michel Déon
    de Déon, Michel
    Gallimard / Collection Folio
    ISBN : 9782070369997 ; EUR 7,80 ; 02/02/1978 ; 441 p. p. ; Poche
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Mystères à Dun Moïran

7 étoiles

Critique de Fanou03 (*, Inscrit le 13 mars 2011, 45 ans) - 6 août 2014

L’écriture pleine de musicalité de Michel Déon est un délice. L’ouverture du roman, particulièrement, est saisissante, réussissant à peindre en peu de mots l’ambiance ainsi que les caractères des personnages.

L’Irlande, élément à part entière, familier, insaisissable, avec ses landes sauvages, ses bois, ses saisons, habite littéralement le livre. Le pays sert d’arrière-fond au récit personnel du narrateur, plein d’intériorité. Mais à cette approche introspective se mêle une atmosphère presque fantastique, permettant d'instiller le suspense, notamment grâce au personnage mystérieux de Taubelman, qui cache bien des secrets à la fois au fond de son âme et dans son domaine de Dun Moïran.

Les autres protagonistes, cela dit, s’avèrent tous porter aussi une part d’étrangeté. Ils forment une communauté sympathique et virevoltante dont on prend plaisir à suivre les péripéties et les vicissitudes.

Tout cela donne un certain dynamisme au roman et lui évite de n’être qu’une déambulation existentialiste d’un narrateur solitaire ressassant sa mélancolie. Heureusement, car on s’ennuierait sûrement, l’intrigue finalement tenant en bien peu de chose. Au contraire, et malgré quelques passages un peu bavards, le talent et l’élégance de Michel Déon font du « Taxi Mauve » un roman étonnant et vivifiant, qui interroge sur nos racines et notre identité.

Irlande,terre d'asile

10 étoiles

Critique de Caro des bois (, Inscrite le 27 février 2010, 10 ans) - 29 octobre 2013

Rien n'est jamais perdu pour Michel DEON qui nous fait partager sa poésie , dans une très belle langue , et un peu de folie irlandaise !
L'Irlande sert de cadre à ce roman magnifique et les personnages, tous en fuite ou en quête d'eux-mêmes, se retrouvent dans un petit village, près de Shannon.
Le narrateur vit une vie retirée à la campagne et y fait d'étranges rencontres. D'abord avec quelques descendants de la famille Kean qui ont fait fortune en Amérique. Jerry, qui a fumé trop d'opium, Moîra une (trop) grande vedette de cinéma... Taubelman et sa fille Anne, muette qui retrouve la parole après une chute de cheval... .
Taubelman est un mélange de Pantagruel et de Tartarin mesurant 1, 90m, pour vous dire et il est le genre de type à aimer les femmes qui ont "l'âme d'infirmière"(p.81) ... un Géant pittoresque mais , contrairement à la critique de Vieil, je ne trouve pas que cela soit le seul personnage exceptionnel de l'histoire.

Or, s'il y a une figure féminine que j'ai bien aimée c'est celle de Sharon, (je n'ai pas aimé Mme Li, la domestique), plutôt légère et séductrice ( pas du tout l'âme de secouriste) car c'est elle qui va créer l'étincelle vivifiante en brisant le silence de ces histoires. Elle trouve même un peu de gravité au contact du narrateur , qui dit d'elle:
" Sharon appartenait par sa folie, son absurdité et son irrésistible attrait à un petit cercle de femmes que j'avais peu approchées dans ma vie, qui ne m'avait pas intéressé et dont à travers elle, je découvrais soudain l'infinie complication et, dans une certaine mesure, l'inattendue poétique, l'isolement total, la solitude qu'elles prenaient aussitôt pour de l'ennui et tuaient n'importe comment, avec n'importe qui." ( p.267).

Et le taxi mauve me direz-vous ? c'est celui du médecin qui parcourt la campagne !

Littéralement émue par cette histoire, le livre refermé, et par une belle journée pluvieuse, je suis encore sous le charme des personnages et des beaux paysages avec ce " je- ne -sais -quoi " de mélancolie.

Taubelman seul vaut la peine

6 étoiles

Critique de Vieil (Nantes, Inscrit le 9 mars 2010, 88 ans) - 15 février 2011

Livre d’un narrateur quinquagénaire ayant pour horizon la mort, la maladie et les vicissitudes dues à l’âge, ou encore les filles plutôt jeunes. Si l’écriture est simple on sent la recherche d’un mot juste, bien placé, une tentative de perfection qui heurte la fluidité de la lecture. L’auteur aime les mots pour leur résonance et fait, à travers ce roman, un éloge de leur musicalité. Ce qui ne l’empêche pas, naturellement, d’exprimer quelques idées simples sur le rôle social de la barbe, ou sur l’indigence de l’art politique servi par des stars de cinéma.

Mais le véritable héros de l’histoire celui, sans qui, ce livre serait plat, est Taubelman. C’est un enchanteur de mots, il subjugue avec des mots. Mais on le devine plus qu’on l’entend, ce magicien. Il parle, on l’écoute. Il attire l’attention même de ceux, et ils sont nombreux, qui le méprisent. Il ment, on le sait mais toujours « la vérité existait quelque part ». J’ai vraiment aimé, vers la fin du livre, ce qu’on ne peut nommer une joute oratoire car aucune répartie ne tient face à cette virtuosité du langage, les répliques taubelmaniennes dans un crescendo de mauvaise foi où nul doute ne règne sur la crédibilité du chèque en bois lorsqu’il trompe effrontément son créancier, Mr O’Brien. Celui-ci le sait bien, il est très conscient du piège et du mensonge. Mais c’est un rat pris dans un piège, il ne peut que se débattre.

Je regrette que de tels dialogues n’aient pas égayé davantage le livre et affirmé Taubelman dont l’aspect de conteur n’apparaît que dans les dires du narrateur.

Balade irlandaise.

10 étoiles

Critique de Hexagone (, Inscrit le 22 juillet 2006, 49 ans) - 12 novembre 2010

J'ignorais tout de cet auteur, le hasard a glissé, avec beaucoup de bonheur, cet ouvrage dans mes mains. Des les premières lignes on est emballé par le rythme de la langue, la musicalité qui nous étreint, nous berce, nous dorlote et nous emmène au coeur de paysages littéraires remarquables. Ce groupe d'êtres humains qui évoluent à la marge des autres, reculés, isolés chacun pour un motif précis et particulier. Ce n'est pas étonnant qu'il ait reçu un prix et qu'il fasse partie des classiques. Une littérature de grand style, certains pourraient dire classique dans sa forme. Certes, mais quel régal. Pas étonnant non plus qu'un film en ait été tiré. Croyez-moi, tous les ingrédients sont réunis pour passer un bon moment de lecture. Peut être plus en hiver, quand la pluie cingle les volets, que les bourrasques de vent font craquer la charpente, un livre d'atmosphère.

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