Le Livre sacré du loup-garou de Viktor Pelevine

Le Livre sacré du loup-garou de Viktor Pelevine
( Svâŝennaâ kniga oborotnâ)

Catégorie(s) : Littérature => Russe

Critiqué par Dirlandaise, le 12 juin 2010 (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 62 ans)
La note : 8 étoiles
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Une rencontre fulgurante

Ah mon cher Viktor ! Je suis enchantée par ce livre mais dans le même temps, je suis un peu déçue. Je m’explique : j’espérais de tout cœur que tu laisserais tes histoires déjantées et surréalistes pour nous offrir plus de poésie et de belles phrases lumineuses comme je te sais parfaitement capable d’en écrire. Hélas Viktor, tu as choisi de nous raconter une histoire comme tu les aimes n’est-ce pas ? Je te pardonne et j’y ai tout de même plongé à fond. Pour résumer un peu, il s’agit d’une renarde lycanthrope qui vit sur la terre depuis trois mille ans sous forme humaine. Elle se prostitue pour gagner sa vie et se sert de sa queue pour hypnotiser ses clients et leur laisser croire qu’ils font vraiment l’amour avec elle alors qu’il n’en est rien. Car, même sous son apparence humaine, A Huli, tel est son nom, conserve sa queue de renarde qu’elle garde cachée sous ses vêtements mais qu’elle déploie lors de ses séances d’hypnotisme. Un jour, un de ses clients décroche de son envoûtement et voit A Huli sous sa forme de renarde, ce qui signe son arrêt de mort car personne ne doit être au courant de l’existence des renardes. Cet incident attire l’attention des autorités sur A Huli et elle ne tarde pas à être convoitée par un haut fonctionnaire moscovite qui en tombe amoureux et en fait sa maîtresse. Ils forment dès lors un couple très uni mais différents événements viennent briser cette belle entente.

Comme le dit si bien un écrivain que j’aime beaucoup, les livres qui nous sont destinés finissent toujours par nous rejoindre. Je crois sincèrement que celui-ci a été écrit en partie pour moi. Je suis bien prétentieuse mais pourquoi cette attirance envers cet écrivain russe ? Je me le suis demandée souvent et en lisant ce livre, j’ai compris que nous étions semblables lui et moi. Nous aimons les mêmes auteurs, jouons aux mêmes jeux vidéos, nous intéressons tous les deux à la psychanalyse freudienne, au bouddhisme et à l’illumination suprême. De plus, nous sommes tous les deux en questionnement perpétuel devant l’inutilité de nos vies et de toutes nos actions présentes, passées et futures. Nous sommes des êtres inadaptés et nous cherchons tous les deux la porte de sortie de ce monde infernal qui est le nôtre. Et Viktor, tu l’as si bien exprimé à la fin de ton livre que tu m’as bouleversée au plus haut point. J’ai l’impression que ce livre est une ligne de communication entre nous deux, une ligne qui abolit les frontières et nous réunit l’un à l’autre. J’ai déjà ressenti cela avec d’autres écrivains mais avec toi, c’est très fort. Comme le couple formé par A Huli et Alexandre, nous sommes en étroit contact malgré nos différences. J’en suis heureuse et j’ai bien compris qui tu étais car sous cette histoire d’amour complètement absurde, tu dévoiles tes obsessions et tes hantises : la corruption de ton pays, l’influence de la culture américaine, la politique, la philosophie et surtout l’amour. J’ai donc lu avec beaucoup de plaisir ce récit de la rencontre fulgurante entre une renarde millénaire et un loup-garou romantique.

Comme à l’accoutumée avec Viktor Pelevine, l’écriture est d’une très haute qualité et les nombreuses références littéraires, cinématographiques, philosophiques et aussi dans le domaine des arts graphiques nous révèlent un écrivain d’une grande culture à l’imagination fertile pour employer un euphémisme.

Un beau roman écrit par un écrivain de renommé internationale, considéré comme l’un des auteurs les plus importants de la génération post-soviétique.

« La beauté n’appartient pas à la femme qui en jouit et n’est pas sa propriété. Simplement, à un certain moment de sa vie, son visage reflète la beauté comme une vitre reflète le soleil invisible derrière les toits des immeubles. On ne peut donc pas dire que la beauté féminine se fane avec le temps. C’est simplement le soleil qui s’éloigne et qui se reflète dans d’autres fenêtres d’immeubles. Mais le soleil, comme on sait, n’est pas dans les vitres que nous voyons. Il est en nous. »

« Dans la Chine ancienne, les soirées étaient parfois calmes et brumeuses, comme si le monde dévoilait son visage enfantin pour montrer comment il avait été au tout début. Autour, maisons, palissades, arbres, buissons de bambou, perches aux lampions allumés, tout changeait de manière magique. J’avais l’impression que je venais de découper tout cela dans des feuilles de papier coloré et de l’arranger joliment pour pouvoir prétendre que c’était un vrai grand monde où se promener… »

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