Le vaisseau des morts de B. Traven

Le vaisseau des morts de B. Traven
( Das Totenschiff)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Poil2plume, le 2 mars 2010 (Strasbourg, Inscrite le 5 février 2010, 57 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (10 673ème position).
Visites : 3 358 

les ravages du capitalisme sauvage

Ecrit dans les années vingt, ce roman burlesque au premier abord est en fait une dénonciation en règle du capitalisme qui broie l'homme pour faire du profit. Un sujet d'actualité, me direz-vous. Eh bien oui ! Chaque page de B.Traven hurle d'une modernité étonnante, quand on voit son narrateur embarqué sur une épave des mers que l'armateur veut naufrager pour toucher la prime d'assurance, condamné à pelleter du charbon dans la soute, à demi-mort de faim et de fatigue. Quand l'auteur dénonce non sans un humour d'encre, les tracasseries administratives que rencontre Gerard après avoir perdu ses papiers d'identité, on songe évidemment à nos institutions aussi "modernes" qu'inhumaines. Mais ce qui surnage dans l'oeuvre, c'est la volonté farouche du narrateur de s'en sortir, en dépit de sa situation désespérée, en dépit du fait qu'officiellement, il a été rayé du monde des vivants. On se surprend à éclater de rire, quand le héros, citoyen amércain, se fait égyptien pour s'en sortir et quand il réclame un repas digne d'un quatre étoile à la veille de se faire fusiller. Contrairement aux "romans engagés" d'aujourd'hui, Traven garde une certaine joie de vivre et une confiance inébranlable en la nature humaine. Jusque dans les fonds de cale de la Yorrik, il trouve des êtres doués de compassion, de l'entraide et des moyens de s'en sortir. C'est ce qui fait finalement la différence chez Traven, sa philosophie de vie : inutile de désespérer, c'est du temps de perdu. Et cet auteur aux mille vies a prouvé à travers son oeuvre majoritairement autobiographique que la vie valait la peine d'être vécue.

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Les éditions

  • Le vaisseau des morts [Texte imprimé], roman B. Traven traduit de l'allemand par Michèle Valencia
    de Traven, B. Valencia, Michèle (Traducteur)
    la Découverte / La Découverte-poche (Paris)
    ISBN : 9782707159540 ; EUR 11,00 ; 04/02/2010 ; 286 p. ; Poche
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n'importe lequel pourvu qu'il fut de Traven

10 étoiles

Critique de Jerem (Ariège, Inscrit le 15 novembre 2012, 45 ans) - 15 novembre 2012

aurait dit Einstein quand on lui demande quel est son livre préféré.

« J’aimerais le dire très clairement. La biographie d’un créateur n’a pas la moindre importance. Si on ne reconnaît pas l’homme à ses œuvres, de deux choses l’une : soit c’est l’homme qui ne vaut rien, soit ce sont ses ouvrages. C’est pourquoi l’homme créateur ne devrait pas avoir d’autre biographie que ses œuvres. C’est dans ses œuvres qu’il expose à la critique sa personnalité et sa vie. » Traven.

Ben j’aurais bien voulu connaitre le personnage. Parce qu’en lisant le vaisseau des morts ou n'importe lequel qu'il ait écrit on est face à un auteur de la trempe des Zola, Hugo, London, Upton Sinclair et autres activistes et engagés.

Un livre qui parle de l'exploitation de l'homme, de la course au profit, du non respect de la masse laborieuse, du capitalisme. Un livre qui donne envie de s'unir, de lutter, de croire au grand soir.

« Un modèle de vaisseau fantôme »

8 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 73 ans) - 1 juin 2010

Sur les quais du port d’Anvers, un marin américain voit son bateau glisser sur les flots et le laisser à terre après une nuit trop prolongée avec une fille à marin qui l’a consciencieusement plumé, le laissant sans aucun papier et sans un sou vaillant. Pour se débarrasser de cet étranger gênant, les policiers belges le font passer clandestinement en Hollande mais les Hollandais l’interceptent et essaient de le refiler aux Belges. Il parvient cependant à échapper aux douaniers hollandais et à rejoindre Rotterdam où il embarque pour Boulogne d’où il entreprend un long périple qui le conduira en Espagne où il coule des jours heureux.

Mais l’appel du large est plus fort que l’hospitalité espagnole et il grimpe sur un rafiot en ruine, avec un équipage de misère, sur lequel il est exploité sans vergogne par un capitaine qui trafique en Méditerranée en économisant sur tout, laissant son équipage dans la misère et sous la menace de tous les risques.

Cette histoire de marin sans foi ni loi, aurait pu naître sous la plume de Melville, de Coloane, de Conrad ou même de Le Clézio, et enrichir la déjà riche galerie des portraits de marins hardis et téméraires que la littérature nous propose aujourd’hui, mais en fait ce livre est plutôt une dénonciation de l’exploitation des marins par des affréteurs et capitaines sans aucun scrupule qui embarquent des équipages sans papier pour mieux les contraindre à rester à bord et à ne rien réclamer. Une parabole de l’exploitation des travailleurs par ceux qui trafiquent et spéculent.

Mais, ce livre ne s’arrête pas là, il est aussi un plaidoyer pour la liberté, notre marin se heurte, sans cesse, aux frontières, aux administrations tatillonnes et stupides, aux papiers qu’il faut avoir et montrer à tous ceux qui les demandent et, bien sûr, aux exploiteurs en tout genre qui ont besoin des bras des autres pour faire fortune. Et, pour franchir le premier obstacle vers la liberté, il faut s’affranchir de son identité qui relie à un territoire, à un pays, à une administration, à une famille et notre marin préfère être exploité que d’être nommé, classé, rattaché à qui ou à quoi que ce soit. « Les médiocres ont toujours leurs papiers en ordre, ils ne tombent jamais du haut du mur, pour la bonne raison qu’ils ne songent même pas à grimper dessus pour voir ce qu’il y a derrière… » Et, lui, Traven, a appliqué cette méthode, changeant souvent de nom, aujourd’hui encore, on n’est pas très sûr de son identité réelle même s’il semble admis qu’il est bien l’acteur allemand Ret Marut. L’édition que j’ai lue qui date de 1954, le présente comme étant « né aux Etats-Unis dans le Middlewest vers 1890 selon les uns, en 1900 selon d’autres, de parents suédois. » Mais peu importe, son œuvre suffit à sa postérité même si ce livre est aussi un peu à l’image de sa vie qui pourrait se résumer dans ce quatrain qu’il place à la fin de ce roman :

« Je m’fiche du Jugement Dernier,
Je m’vois pas ressusciter,
Les dieux, j’sais pas s’il y en a,
Quand à l’Enfer, je l’crains pas ! »

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