Le paradis des poules de Dan Lungu

Le paradis des poules de Dan Lungu
( Raiul găinilor)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Béatrice, le 6 décembre 2009 (Paris, Inscrite le 7 décembre 2002, - ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (34 453ème position).
Visites : 2 504 

Nouvelles du bourbier

J’ai appelé mon compte rendu « Nouvelles du bourbier » car le bouquin me rappelle le recueil de l’auteur russe Ikonnikov, le même état d’esprit. Il traduit à merveille la faculté des roumains de rire même si la situation ne prête pas à la rigolade. Non, ce n’est pas un rictus cynique, c’est le rire du désespoir.

L’époque : l’après-dictature. Les acteurs : des retraités habitant une bourgade de province. Le système D et la logistique du chapardage, les bonheurs et les ennuis de la vie quotidienne, les commérages et les rendez-vous quotidiens au troquet du coin.

C’est une satire, on en rit. Mais il y a aussi des passages qui rappellent de tristes souvenirs. Par exemple la peur du bulldozer ; l’ancien dictateur envisageait de raser les villages pour les remplacer par des pitoyables HLM. Une écriture truculente et tonique, mais parfois trop verbeuse.

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Les éditions

  • Le paradis des poules [Texte imprimé], faux roman de rumeurs et de mystères Dan Lungu traduit du roumain par Laure Hinckel
    de Lungu, Dan Hinckel, Laure (Traducteur)
    J. Chambon / Collection Métro (Nîmes).
    ISBN : 9782877112895 ; EUR 18,00 ; 13/10/2005 ; 222 p. ; Broché
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Discussions populaires dans la rue des acacias

8 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 40 ans) - 29 septembre 2013

Dan Lungu décrit la vie des habitants de la rue des acacias, rue paisible roumaine où tout le monde se connaît et élève des poules. Ces habitants sont retraités, discutent, évoquent le passé, l'ère Ceausescu, et se réunissent au " Tracteur chiffonné", leur bar où l'alcool coule à flot.

Dan Lungu donne vie à une galerie de personnages hauts en couleur : il y a Milica qui s'est rendue chez le Colonel, que les habitants n'aiment pas, et qui ne cesse de décrire l'intérieur de la maison bourgeoise, elle qui a été un témoin privilégié. Il y a Mitu, cet homme qui aurait rencontré Ceausescu et reçu de ses mains une Dacia, puis cette folle qui recueille les chiens abandonnés, cette pauvre épouse qui redoute les coups de son époux alcoolique et aussi cet homme qui retrouve un beau matin son jardin envahi par les vers de terre ... Tous ces personnages sont bavards, racontent et transforment leurs histoires, usent même du mensonge parfois pour donner du pittoresque à leurs aventures. A force de répéter et de modifier ces anecdotes, ils construisent leur propre mythe, celui de la rue des acacias.

Les dialogues sont vifs, amusants et naturels. Les paragraphes sont très longs et donnent l’impression que ces hommes déversent un flot de paroles que l’on ne peut interrompre et le lecteur est porté par cette dynamique. Ces êtres évoquent les années communistes, ne condamnent pas pleinement la vie qu’ils menaient sous Ceausescu. Une certaine nostalgie souligne ce fait parfois. Ils ne font pas pour autant l’éloge de cet homme et de son épouse ! Dan Lungu ne décrit pas le quotidien de n’importe quels individus : ceux-ci sont inscrits dans un espace campagnard, victimes de décisions politiques qui les dépassent comme ce projet qui visait à détruire leur rue, sont entourés d’animaux ( chiens errants, poules à la belle vie, milliers de vers de terre … ). C’est un tableau saisissant de la Roumanie qui est fait, avec simplicité et vitalité. Les hommes en viennent à envier ces poules qui ne réfléchissent pas, ne paient pas de factures et se montrent solidaires collées les unes aux autres.

En lisant, ces courts textes, l’on sourit, l’on est parfois écœuré par le déferlement de vers de terre, parfois gêné par la violence du quotidien ( jeux d’enfants, méthode pour éliminer certains chiens errants … ), mais ces histoires sont truculentes. L’on se plaît à suivre simplement la vie de ces êtres, dans sa banalité et son ancrage dans les habitudes terriennes.

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