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Les heures souterraines de Delphine de Vigan

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

critiqué par Sunsi, le 20 septembre 2009 (Inscrite le 30 juillet 2009, 34 ans)

La note: 8 etoiles
Moyenne des notes : 8 etoiles (basée sur 12 avis)
Cote pondérée : 7 etoiles (1 443ème position).
Visites : 3 163 

Un roman saisissant sur l’ultra-moderne solitude

Cadre dynamique dans un grand groupe, Mathilde se rend chaque matin à son travail jusqu’au jour où son destin bascule sans préavis. Victime de harcèlement moral (ce terme n’apparaît pas une seule fois mais c’est bien de cela dont il s’agit) parce qu’elle a eu le malheur un jour de contrer les propos de son patron, elle tente de faire bonne figure, s’en remettant à l’espoir qu’un beau jour les choses rentrent dans l’ordre.
Mais il n’en est rien ; de jour en jour, elle dépérit, allant de brimades en perversions, jusqu’à son isolement dans un bureau sans fenêtre, sans ordinateur et sans plus aucune mission à conduire. Elle est seule, délaissée par ses collègues qui n’affichent que lâcheté humaine, si caractéristique du monde de l’entreprise où chacun n’a de cesse que de conserver sa place. Elle se sent coupable de ne pas avoir réagi au premier signe et ne sait plus quelle attitude adopter : faut-il relever la tête ou accepter que la cause est perdue ? Elle ne sait plus.

Parallèlement à l’histoire de Mathilde, c’est celle de Thibault qui est mise en scène, médecin se déplaçant au quotidien aux domiciles des patients. Au contact de la maladie et de la détresse humaine, il regarde, absorbe la vie des autres comme une éponge, avec une distance qu’oblige sa profession.
Seulement même de l’autre côté du miroir, il n’est pas plus heureux, passant le plus clair de son temps dans sa voiture, subissant le stress d’une ville bouillonnante et les embouteillages incontournables. Il vient par ailleurs d’accomplir un acte héroïque, en quittant une femme qui ne l’aime pas, superficielle et indifférente à son amour.

Dès le début du roman, on s’imagine déjà que ces deux protagonistes vont se rencontrer, les écrivains cédant souvent à cette envie romantique de faire se retrouver deux solitudes. Ce n’est pas le parti pris de Delphine de Vigan ; elle parle de réalité humaine dans un monde violent où les belles histoires n’existent pas aussi facilement que dans la fiction. Elle prend ancrage dans la vie où chaque jour l’homme doit combattre pour conserver sa dignité et conquérir son bonheur. Sa force c’est de réussir à ne pas nous apitoyer sur le sort de ces personnages, elle leur donne une grandeur grâce à une humanité et une lucidité qui nous vont droit au cœur. Elle décrit par ailleurs avec minutie le processus d’éviction d’un employé, d’une écriture sensible et pudique.

Le titre est évocateur ; avec « ces heures souterraines », elle signe un roman sombre et réaliste, mais d’une grande intensité. Merci Delphine de Vigan de m’avoir encore étonnée, suite au très beau livre « No et moi. »

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Les éditions
   Volume  Editeur/Collection  Pages  ISBN/ASIN  Parution  Amazon
Les heures souterraines Jean-Claude Lattès
299 2709630400 2009-08-26  go
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Les critiques éclairs (11)

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un quatrième personnage? 10 etoiles

D’abord il y avait une femme, jeune, heureuse, mère de trois enfants. Puis le destin l’ampute de son amour. Elle est forte, mais amputée de sa force, quoique rien n’y paraisse au début. Au contraire elle fait merveille comme ad-jointe, (« pièce » jointe ?) à un grand directeur dans une grande société de … « cosmétiques » ? L’empreinte du faux ? Le prédateur humera sa faiblesse et se déchaîne pour la détruire, consciencieusement. Description clinique du harcèlement sur les lieux du travail. La suite, c’est souvent le suicide. On croit que c’est le personnage principal.
La même histoire d’amputation se répète, avec un jeune médecin idéaliste, trois doigts cette fois, alors qu’il avait le rêve de devenir chirurgien. Le destin des deux personnages se développe sans jamais qu’ils ne se rencontrent vraiment. Mais peu à peu les deux personnages disparaissent, le manque d’amour les fait tous deux fondre à petit feu. Le vrai personnage, c’est la ville tentaculaire, sa galaxie de mouvements désordonnés et pourtant tellement opiniâtres, son rite des attentes mortellement irritantes ou désepérantes dans le chaos du trafic incessant, l’anonymat, l’absence de ressenti, partant l’absence d’amour. Le jeune médecin aura fait le tour de son rêve, il n’a plus rien. Dans l’océan urbain -- eux qui éprouvent les mêmes sentiments de manque, d’abandon, les mêmes descentes vertigineuses aux enfers, eux que tout conduit à se retrouver -- se sont subodorés, à peine, et la galaxie d’étouffer la vie et le désir.
Le style de l’auteur est là, ample, fluide, magnifique, serait-ce un quatrième personnage, celui qui survivra ? Il nous reste une musique de mots, comme dans un poème symphonique, les deux personnages ont emprunté les mêmes chemins, comme des millions d’autres, on répété exactement les mêmes phrases, dans les mêmes couloirs étouffants des galeries souterraines de la solitude. Palpable et souveraine.

Deashelle (Tervuren, Inscrite le 22 décembre 2009, 60 ans) - 18 mai 2010


Emouvant et triste 7 etoiles

L’avis : Les destins croisés de deux écorchés vifs, deux éclopés de la vie urbaine, poignant et superbe, pathétique à souhait de deux êtres en mal d’amour et de reconnaissance qui attendent, accroupis, terrés, terrassés même que dans leur vie devenue terne et vide, une main se tende, une épaule se prête pour y poser leur désarroi et leur mal de vivre. Un beau roman émouvant et triste

Elfe191 (, Inscrite le 9 novembre 2006, 54 ans) - 3 mai 2010


Une grosse déception 4 etoiles

Je ne m'attendais pas du tout à ça, j'ai été très déçu par ce roman. L'auteur nous plonge dans un univers bien réel, mais d'une noirceur et d'un découragement incroyable. La vie de Mathilde avec son harcèlement moral dans son travail, le deuil de son mari et la difficulté d'élever seule ses enfants. Thilbaut ce médecin qui est dégoûté par sa vie et son travail. J'avais souhaité une note positive en fin de roman, histoire de donner un peu d'optimisme à ce livre, mais là encore les destins se croisent mais ne se trouvent pas.
Autant j'avais adoré No et moi, autant ce livre m'a déprimé par son réalisme, certe l'écriture est très bonne, le style est là, mais la noirceur du contenu ne donne pas envie d'en lire plus. Espérons que le prochain sera meilleur...

Laurent63 (AMBERT, Inscrit le 15 avril 2005, 35 ans) - 15 avril 2010


Mathilde et Thibault, le 20 mai 9 etoiles

Livre magnifiquement bouleversant, très cru, très vrai, qui, s'il fait écho à une expérience vécue, passée ou présente, est d'autant plus poignant et révoltant.

Léger déséquilibre cependant dans le récit : les deux histoires, narrées en parallèle, ne prennent pas la même place dans le roman, ne rongent pas le lecteur de la même façon. Peut-être est-ce une malice de l'auteur, que de nous faire croire jusqu'au bout que les deux histoires ne feront bientôt plus qu'une, et que c'est là que le personnage masculin prendra toute la dimension attendue.
Ou peut-être est-ce seulement parce que ces deux récits raisonnent différemment, selon l'histoire personnelle de chaque lecteur.
Ce livre tient en haleine, la boule au ventre, et pourtant... tout cela est malheureusement bien ordinaire.

Lu7 (, Inscrite le 29 janvier 2010, 24 ans) - 15 mars 2010


Un cauchemar bien réel 9 etoiles

Ou la descente aux enfers de Mathilde, sujette au harcèlement moral de son chef. « Harcèlement », un mot absent de ce livre.

L’histoire parallèle de Mathilde, cadre marketing, et de Thibault, médecin, dans la journée du 20 mai, chacun revivant les derniers mois écoulés. Et aussi, côté Mathilde, une partie plus légère : la description des souterrains de la RATP, de la SNCF et leur langage codé que reconnaitront tous les usagers (usagés ? clients ?) de la RATP et de la SNCF en banlieue parisienne.

Le personnage de Thibault m’a semblé moins réel que celui de Mathilde, en tout cas plus lointain. La plus grande partie du livre porte d’ailleurs sur Mathilde. Mathilde dont on suit avec horreur la mise à l’écart progressive par son responsable hiérarchique. La mise en œuvre d’une « entreprise de destruction » pendant plusieurs mois, « une mécanique silencieuse et inflexible ».

Un livre très dur qui révèle la violence feutrée telle qu’elle est possible dans une entreprise.
Vue du côté de la victime qui se demande ce qu’elle a bien pu faire pour mériter ce traitement.

Quelques extraits:
« Parce qu’elle y a passé des nuits entières, parce qu’elle y est revenue des centaines de fois, elle est capable aujourd’hui de nommer ce qui lui arrive. […] Mais c’est trop tard »
« Une somme de petites choses insignifiantes, sans importance, qu’elle pouvait à peine décrire […] La manière dont il la regardait quand ils se croisaient, la manière dont il ne la regardait pas en présence des autres, […] »
« Elle est parvenue à ce point de fragilité, de déséquilibre, où les choses ont perdu leur sens, leurs proportions. A ce point de perméabilité où le plus infime détail peut la submerger de joie ou bien l’anéantir »
« Elle a essayé de raconter les non-dits, les soupçons, les insinuations. […] Elle a essayé de raconter l’engrenage »
« Elle a cru qu’elle pouvait résister »
« Elle se tait parce qu’elle a honte »

Ludmilla (Chaville, Inscrite le 21 octobre 2007, 54 ans) - 4 janvier 2010


Quel talent ! 10 etoiles

Encore du grand D de Vigan, avec une capacité de description des petites choses de la vie hors du commun. Et cette faculté de nous faire désirer la rencontre de ces deux êtres et de finir ce roman par ce superbe tête à tête silencieux, qui ne dure que dix secondes, mais expérience ô combien vécue dans les transports du matin !!!!

Ce livre se lit sans effort, mais avec beaucoup de tension car l'auteur y décrit l'enfer d'une mise au placard professionnelle ! et avec quel brio ! la description des toilettes à côté du placard qui tient lieu de bureau est on ne peut plus juste, le timing de la vie en entreprise est magnifiquement rendu, la folie du manager égocentrique et susceptible également, le vide de la fonction des RH... et la solitude de cette femme qui chute dans son estime de soi !

Et de l'autre côté un homme au service de l'humain, qui se demande si son travail à un sens, mais qui le fait avec l'amour de ses patients... Les scènes avec les personnes âgées sont criantes de vérité !!!

Contrairement à la Cigale qui critique la répétition d'expression pour les deux personnages, je trouve que ce procédé littéraire unifie le roman, en liant les deux personnages dans leur parcours de vie. Je trouve même l'idée assez géniale, c'est quasi cinématographique.

Bref, un roman à lire, mais seulement si votre vie professionnelle n'est pas en parallèle avec celle de l'héroïne...

Panda (VLG, Inscrit le 24 décembre 2009, 30 ans) - 24 décembre 2009


Triste 3 etoiles

J'ai lu ce livre avec attention mais il m'a laissé sur ma faim et ne m'a rien apporté qu'un récit réaliste intéressant mais sans plaisir...on peut être mélancolique, en colère, nerveux, triste etc... et savoir faire partager ses émotions à son lecteur...j'ai trouvé l'écriture morne et sans relief (mais ça n'engage que moi bien sur !)...j'ai fermé le livre avec sur les lèvres la réflexion suivante : "bon b'en voilà quoi ! rien de neuf sous le soleil"...pour moi, il n'y avait pas de saveur dans ce livre.

HildegardeVonBeaumont (Beaumont, Inscrite le 21 novembre 2008, 42 ans) - 9 décembre 2009


Harcèlement moral, solitude et oppression de la ville 8 etoiles

Les Heures Souterraines, c'est d'abord l'histoire de Mathilde, veuve d'une quarantaine d'années, élevant ses trois enfants. Seule, très seule. Elle est cadre marketing dans une grosse boîte, elle est une battante, un atout pour sa société.
Puis, un jour, tout bascule et son patron commence à enclencher un processus de harcèlement moral d'une violence inouïe. Delphine de Vigan raconte avec une précision d'entomologiste cette prise qui se resserre, qui étouffe comme un boa constrictor sa proie. La paralysie qui gagne la victime, ses forces qui la quittent, le rejet par les collègues. J'étais tellement pris dans la force de l'histoire que j'avais envie de la secouer, de lui dire qu'il y a des recours (inspection du travail ...). Mais le vice même du processus fait que quand on est dedans, on ne voit rien, on est anesthésié.
En contrepoint, il y a l'histoire de Thibault, travaillant comme médecin-volant pour un SOS Urgences-like. Lui aussi partage cette solitude, il quitte une femme qu'il aime mais qui ne partage pas son amour. Il vole de patients en patients, fait de son mieux avec humanité (rappelant un peu le Sachs de Martin Winckler), passe de la laryngo-pharyngo-bronchio-otito-bobologie aux plaies de la solitude urbaine.
La grande force de l'auteur est de décrire avec un réalisme pénétrant l'oppression et la solitude de la ville avec force de petits détails signifiants (les inscriptions cryptiques du RER tel 'RIVA', les files de droite et de gauche dans les couloirs du métro, ...).
Un livre d'une grande force avec une fin dont je pressentais qu'elle allait me décevoir mais même pas !

NQuint (Charbonnieres les Bains, Inscrit le 8 septembre 2009, 38 ans) - 9 novembre 2009


Le témoignage de deux êtres englués dans la vie ! 8 etoiles

L’entreprise destructrice, la vie qui nous échappe et bascule, tels sont les lieux qu’a choisis Delphine de Vigan pour planter le décor de son roman.
C’est l’histoire d’un effondrement, celui de Mathilde suite au harcèlement moral qu’elle endure ; c’est l’histoire d’un anéantissement, celui de Thibault confronté à sa pitoyable et solitaire existence que l’amour a délaissé. Deux vies, deux combats, deux êtres qui se croisent sans se voir au cœur de la ville tentaculaire.
Delphine de Vigan se faufile et observe les couloirs, les bureaux, les toilettes de l’entreprise où travaille Mathilde. Cette multinationale y est décrite comme une machine à broyer les êtres. Ce n’est plus le lieu où peut s’épanouir la créativité de l’être humain, ce n’est plus un lieu où l’on débat, échange, partage, construit. C’est un lieu où on laisse la méchanceté et l’injustice déployer leurs ailes en applaudissant les résultats qu’induit la pression destructrice de la compétitivité.
Mathilde travaille dans cette entreprise depuis 7 ans, quand elle se voit confrontée au harcèlement moral. Elle décrit avec minutie la gangrène invisible qui sournoisement s’infiltre dans les chairs et l’âme, laissant sur son passage l’odeur putride du pire fléau du XXIème. Le harcèlement moral n’est pas que mise à l’écart, c’est un engrenage qui fait qu’un être décide d’en torturer un autre. Le prédateur se délecte, se pourlèche du désarroi qu’il insinue dans l’esprit de sa proie. Sans raison apparente, il décide l’anéantissement, l’annulation, la destruction, la disparition, l’effacement, l’extinction d’un malheureux souffre-douleur. La mise à mort devient l’ultime objectif.
Thibault est un médecin généraliste amoureux d’une femme qui ne l’aime pas. Il a beau déployer ses plus grandioses stratégies pour amener la belle à lui donner son cœur, rien n’y fait. Il est désespérément seul dans son couple. Il subit un harcèlement consenti. Il observe son ennemie lui ronger les tripes, incapable d’objecter, paralysé par la lâcheté qui souvent entache le sentiment amoureux. S’il ne fuit pas, il assistera à sa propre mise à mort.
Delphine de Vigan réalise ici une peinture au vitriol de notre société qui délaisse, qui ignore. La mortelle solitude revêt les somptueux habits d’une vie apparemment sans histoire. Tout va à peu près bien, rien ne va vraiment mal mais la perfide et mortelle solitude s’insinue dans la vie de Mathilde et de Thibault, deux protagonistes des temps modernes, de ceux que l’on croise chaque jour, sans voir, sans savoir.
Les deux personnages se trouvent face à leur solitude et nous dévoilent la nôtre, nous étalent sans concession nos lâchetés, nos faiblesses, et la plus crasse de nos bassesses : la trahison de nos valeurs, le renoncement à la bravoure et à l’assistance aux plus fragiles pour préserver notre confort. Mais il affleure de ce roman, une terrible vérité : Nous pourrions devenir ces êtres seuls, ces laissés pour compte. « Tremblez braves gens et ne vous reposez sur aucun laurier», la vie peut basculer, comme ça, dans un souffle ténu qui se transforme en ouragan et qui nous emporte dans sa spirale infernale. Si l’on n’y prend pas garde, alors viendra « notre jour d’effondrement ».

Mariechatelain (, Inscrite le 3 novembre 2009, 39 ans) - 3 novembre 2009


La vie souterraine ou la vie en bocal 8 etoiles

« Ainsi la vie en bocal est-elle possible tant que tout glisse, tant que rien ne heurte ni ne s’affole. (…) Et puis un jour l’eau se trouble (…) Et puis l’oxygène vient à manquer. Jusqu’au jour ou un poisson devenu fou se met à dévorer tous les autres. »

C’est l’histoire d’une femme et de sa lente noyade dans l’indifférence et la solitude. Le harcèlement moral dont elle est victime au bureau l’amène à avoir de sombres pensées. Mathilde, doit mener une lutte acharnée contre elle-même et ce qui la ronge pour, tout simplement, réaliser les tâches du quotidien et aller au travail. La dégradation de son moral et de son esprit entame son corps et sa vitalité. Elle n’a plus la force.

Un sujet au fait du jour, puisque la dépression au travail est au centre de l’actualité (drame à Renault, vague de suicides à France Télécom).


En parallèle de la vie de Mathilde, on suit celle de Thibaut, médecin des urgences médicales qui se laisse engloutir par la ville. Le 20 mai, il se laisse submergé par la souffrance qu’il côtoie, qu’il ausculte tous les jours. Comme nous le montre ce très beau passage : « Il a vu des centaines de patients atteint de maladies graves. Il sait comment la vie bascule […] mais ce soir, face à cette femme, cela lui paraît intolérable.
Ce soir il lui semble qu’il a perdu cette pellicule de protection, cette distance invisible sans laquelle il lui est impossible d’exercer son métier. (…)
Ce soir il est nu.»


Une certaine violence résignée transparaît dans ce livre. On s’attend à ce qu’à tout moment quelque chose explose mais finalement la pression monte sans lâcher. Ce roman a des qualités notoires notamment car cette histoire est très réaliste. Elle décrit le monde de l’entreprise « de l’intérieur ». La suprématie et le pouvoir absolu du supérieur, la lâcheté des collègues, dont le seul but est de garder leur place et enfin le lent mais efficace processus d’éviction d’un employé. Une métaphore reprise régulièrement tout au long du roman compare le monde du travail à celui des poissons. C’est un rapprochement entre la condition humain et animal. Une autre façon originale d’insister sur sa condition inhumaine dans l’entreprise. Cela me fait faire le rapprochement avec le roman Stupeur et tremblements d’Amélie Nothomb qui traite aussi de sa condition dans le monde de l’entreprise (au Japon) avec beaucoup de psychologie.


La fin est une fin ouverte qui permet d’imaginer le pire ou le meilleur. Mais mieux vaut encore ne rien imaginer car cette fin est encore la plus réaliste. Cette fin s’inscrit aussi dans cet optique réaliste. Les deux personnages principaux se frôlent, se voient, se regardent mais finalement ne se rapprochent pas. Ce sont deux histoires qui se ressemblent dans la solitude mais ces deux âmes en peine ne se trouvent pas car il n’a presque que les fictions qui finissent bien. Même si ces fictions aux « happy end » nous font rêver ce n’est pas le parti pris de l’auteur qui choisit de garder jusqu’au bout cette violente réalité caractéristique de son roman.

Le seul bémol de ce livre est infime mais pourtant contrarie la lecture. Ce sont les répétitions exactes de certaines phrases dans la vie des deux personnages.
« Il a envie de fumer une cigarette, pour la première fois depuis longtemps. Il a envie de sentier la fumée arracher sa gorge, ses poumons, envahir son corps, l’anesthésier » p 279.
« Elle a envie de sentir la fumée arrachée sa gorge, ses poumons, envahir son corps, l’anesthésier » p 218. Et quelques autres citations. C’est dommage car si elle avait tournée autrement ces mêmes pensées. Cela aurait été plus fluide, ce détail nous arrête dans notre lecture et donne envie de feuilleter le roman pour vérifier que se sont bien les mêmes phrases « copier-coller » des pages précédentes.
Une des qualités évidentes de ce roman est la qualité d’écriture. Une écriture fluide, assez simple et dans laquelle tout le monde peut se reconnaître. On a l’impression que la vie de Mathilde et de Thibaut s’est directement imprimée sur un livre sans passer par la main d’un écrivain. Delphine de Vigan aborde des sujets encore tabous et très sombre tel que la mort d’un être cher et l’entaille qu’il laisse à ceux qui l’aimaient, ainsi que la dépression, chose encore peu reconnue dans le monde de l’entreprise, avec beaucoup de sensibilité, de réalisme et de force. Elle sait donner relief à la solitude et à l’attente.
Malgré ces sujets graves, Delphine de Vigan ne verse pas dans le pathétique. Elle a une plume bien à elle qu’elle sait défendre avec poésie, réflexion et dureté parfois.

En conclusion, ce roman est réussi et Delphine de Vigan nous expose avec sensibilité et réalisme un point de vue sur la vie de citadins d’aujourd’hui. Les aléas de la vie peuvent nous faire perdre son goût sans préavis, se dégrader et nous enlever un à un tous nos rêves, nos convictions et tout ce qui fait de nous ce que nous sommes. Toutes les choses dont nous étions sûres peuvent devenir instables.
Un roman qu'on pourrait croire pessimiste mais qui n'est que réaliste.

La cigale (, Inscrite le 3 novembre 2009, 17 ans) - 3 novembre 2009


Désespoir, noir désespoir 7 etoiles

Cela devrait être interdit d’écrire des histoires aussi déprimantes ! D’accord les drames décrits dans ce roman sont très réalistes, mais il faut prévenir que cette lecture ne s’apparente en rien à de l’évasion.
Cruelle, Delphine de Vigan, ne laisse aucun espoir au lecteur.
Toutefois, il faut reconnaître qu'elle décrit ces détresses de main de maître. On se retrouve dans la vulnérabilité de Mathilde, qui n’a plus du tout confiance en elle et qui finit par se sentir coupable d'un mal qu'elle n'a pas commis : « Est-ce qu’on est responsable de ce qui nous arrive ? (...) Croyez-vous qu’on est victime de quelque chose comme ça parce qu’on est faible, parce qu’on le veut bien, parce que, même si cela paraît incompréhensible, on l’a choisi ? Croyez-vous que certaines personnes, sans le savoir, se désignent elles-mêmes comme des cibles ?
(...) - Je ne crois pas, non. Je crois que c’est votre capacité à résister qui vous désigne comme cible.(...) Vous n’êtes pas responsable de ce qui vous arrive. » A méditer...

Pascale Ew. (, Inscrite le 8 septembre 2006, 43 ans) - 20 septembre 2009


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