Montaigne de Stefan Zweig, François Brugier (Traduction), Roland Jaccard (Préface)

Catégorie(s) : Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Garance62, le 12 septembre 2009 (Inscrite le 22 mars 2009, 57 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (2 737ème position).
Visites : 5 808 

A portée de main, du coeur et de la raison.

Stefan Zweig. Pas une fois je n'ai été déçue par ses écrits. Il m'en reste encore beaucoup à lire et je m'en réjouis. Cette petite biographie sur Montaigne réunit deux figures importantes pour moi. Interpellée par quelques cours au lycée et en ayant fait une idole, je savais par avance que cette lecture allait me combler. Pourtant, quelquefois, à trop s'attendre à de la félicité, on peut être attristé si les espérances placées trop hautes ne sont pas satisfaites.

Ici, aucune désillusion. Bien plus, le bonheur de lecture était au rendez-vous plus fortement que je ne l'avais espéré. J'ai lu ces pages avec lenteur, soulignant au crayon de bois tout ce que j'aurai du plaisir à glaner à nouveau quand je réouvrirai l'ouvrage. Car il restera désormais à portée de ma main.

Mais ma critique est bien mauvaise car elle n'en est pas une !

Ceux qui ont lu Zweig -et nous sommes si nombreux !- savent combien cet homme était pétri d'un esprit d'analyse des sentiments jusqu'à l'aiguë. L'exemple peut-être le plus marquant me semble être (mais encore une fois il m'en reste beaucoup à lire) « la pitié dangereuse ». Si j'avais été avide de scolarité littéraire c'est autour de Zweig qu'il m'aurait plu de faire des recherches.

Et là encore je m'éloigne d'un espoir de critique du livre...

Zweig dresse si bien le portrait de Montaigne qu'il m'est impossible de le résumer. Car Tout est à lire et rien à résumer. Toutes les pages de mon livre sont biffées de gris. Donc de deux choses l'une : ou le personnage de Montaigne vous attire et je vous assure que vous allez passer un excellent moment si vous lisez cet ouvrage, ou il ne vous tente pas et vous n'êtes pas curieux auquel cas vous n'avez pu lire ces lignes...

Ne reste donc qu'une solution : achetez ce petit ouvrage qui ne coûte que huit euros. Ne l'empruntez pas à la bibliothèque : vous ne pourriez pas le rapporter et je ne cautionne pas le vol. Et s'il vous déplaît expédiez-le moi, je vous promets de le rembourser. J'en aurai ainsi un dans chaque pièce...

Et quant à moi il est grand temps que j'investisse dans l'achat des « Essais ». A propos de Stefan Zweig, le préfacier Roland Jaccard écrit :

« A Pétropolis, le dernier penseur qu'il lit et commente est Montaigne. Les Essais l'absorbent entièrement. Si les circonstances s'y prêtaient, il écrirait volontiers un ouvrage sur cet humaniste qui lui enseigne que seule compte la liberté intérieure. Quand ce dernier plaint les hommes sensibles qui compatissent en imagination aux malheurs d'autrui, ajoutant ainsi à leurs propres maux, Zweig note en marge : « Un peu plus d »égoïsme et de manque d'imagination m'auraient beaucoup servi dans la vie ». Car cet écorché vif écrivait dans une de ses dernières lettres : « Les gens parlent si facilement de bombardements, mais quand je lis que les maisons s'écroulent, je m'écroule moi aussi avec les maisons ». Alors oui, j'aurais souhaité pour cet homme qu'il puisse découvrir Montaigne avant de se donner le mot de la fin, liberté ultime « mort volontaire, préférable à la servitude ou à l'asservissement, l'écho de ses propres pensées ».

Et je suis bien d'accord avec Feint qui fustige un peu les notations des livres car ici c'est de bien plus que d'un cinq dont j'aurais eu besoin eu égard aux pensées et valeurs de Montaigne transmises en petite partie par ce grand écrivain et homme à la profonde sensibilité qu'était Stefan Zweig.

Deux amours littéraires ça vaut bien un dix sur cinq.

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Quand Zweig entre en résonance avec Montaigne ...

8 étoiles

Critique de Pucksimberg (Toulon, Inscrit le 14 août 2011, 39 ans) - 18 octobre 2019

Ce bref essai de Zweig est vraiment intéressant. Il ne s'annonce pas comme une biographie précise de Montaigne mais comme une présentation personnelle de l'auteur humaniste. L'écrivain autrichien l'avait déjà lu dans sa jeunesse, mais il s'est rendu compte plus tard qu'il n'entrait pas en résonance avec ces textes. A un âge plus mûr, il a été touché profondément par les réflexions de Montaigne et s'est même identifié à lui en fonction des épreuves qu'ils traversaient qui présentaient quelques points communs. En effet, l'écrivain du XVIème siècle est marqué par les guerres de religion qui meurtrissent le pays, et Zweig a fui son pays, bouleversé par la montée des fascismes. Ces deux auteurs tendent à trouver une forme de liberté et à se recentrer sur ce qu'ils ressentent. Il est vrai qu'en faisant le portrait d'un grand auteur, Zweig parle aussi de lui-même. Ce double portrait fait la force de cet ouvrage.

Le texte est court, pourtant la plupart des points importants des "Essais" sont évoqués. L'écrivain autrichien a une lecture très juste des textes de Montaigne même si forcément certains points sont légèrement altérés.Cette lecture est personnelle et les remarques de l'auteur humaniste touchent son lectorat car elles ont une portée universelle. L'altérité, le jugement, l'amitié, les guerres, les voyages sont abordés dans cet ouvrage. Des citations de Montaigne sont aussi intégrées afin d'illustrer le propos et de mesurer la force et la modernité de ce texte. Lire l'essai de Zweig serait une belle introduction pour entrer dans les "Essais". De plus la personnalité de Montaigne est évoquée avec humanité. Stefan Zweig semble nous présenter un ami, humble et sincère. Il est des auteurs dont on se souvient surtout de la rencontre avec eux, des auteurs qui nous touchent par leur manière d'établir un dialogue avec le lecteur et Montaigne appartient à ces écrivains. Leur oeuvre va au-delà d'une simple transmission de savoirs ou de réflexions. Ils dialoguent avec nous et nous font grandir.

Comment conquérir sa liberté

10 étoiles

Critique de Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 41 ans) - 17 août 2019

Stefan Zweig, intellectuel retiré du monde, en tout cas de son environnement originel, s'interroge, à la fin de sa vie sur la conquête et la conservation de sa liberté ; et c'est assez logiquement qu'il en vient à s'intéresser à Michel de Montaigne, penseur français du XVIe siècle. Il retrace l'histoire familiale qui a conquis le statut aristocratique avec le temps et non sans une ascension sociale méritée. Ressentant assez vite le besoin de devenir soi en restant libre, il passe un temps important à lire, écrire et se retirer en haut de la tour de son château, alors qu'il déplore les déchirements sanglants entre catholiques et protestants ; aussi est-il devenu maire de Bordeaux.
Ses questionnements et son mode de vie ont intrigué l'auteur qui trouve ses réflexions impersonnelles, malgré son recours, un tantinet pédant, aux formules latines. Ses écrits nécessitent une maturité d'esprit au fond pour être méditées.

Ce court essai, l'un des tous derniers écrits de l'auteur, resta aussi limpide, passionné et pudique que d'habitude. Il me paraît d'actualité face à un mauvais cycle historique que nous devons affronter. Cela m'incite à me pencher à court et moyen terme dans les pensées de cet auteur. Son utilité saute aux yeux, ou presque.
On est, en effet, rarement déçu à lire Zweig.

Quelle écriture!

8 étoiles

Critique de Gregou (, Inscrit le 20 février 2013, 33 ans) - 22 mars 2013

L'écriture de Stefan Zweig est superbe, cette biographie de Montaigne est un excellent livre. Une apologie à la philosophie de Michel de Montaigne qui était un être assez singulier se renfermant dans une tour de son château pour lire et penser! Il voulait fuir la vie avec tous les désagréments qui lui sont inhérente notamment la confrontation à des personnes effrontées qui pensent détenir la vérité absolue. Pour Montaigne, il n'y a pas de vérité absolue sur la vie, sur l'existence tout n'est que supposition! Cette biographie donne très envie de lire "Les Essais" de Montaigne qui doit être une oeuvre passionnante.

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