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Autopsie d'un sans-papiers de Olivier Las Vergnas

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

critiqué par Molécule, le 29 août 2009 (Inscrite le 29 août 2009, 64 ans)

La note: 8 etoiles
Moyenne des notes : 9 etoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 6 etoiles (9 217ème position).
Visites : 377 

Un réquisitoire implacable..

Le titre dès l’abord m’a questionnée, la première page de couverture est sans complaisance, pas souriante du tout, à quoi s’attendre ?

Sirwan et Samira sont sans-papiers, la situation qui leur est imposée leur vole leur liberté, et les place sous la coupe d‘Otto, personnage trouble et inquiétant.
Ce qui est dit de chacun d’eux retient l’attention et nous les rend proches et sensibles. Au cœur de l‘histoire, le sentiment très fort qui lie Sirwan et Samira, souvent exprimé d’une façon touchante par Sirwan, donne à nos deux héros l’énergie de se battre.

Dans ce présent aride d‘où la poésie n‘est pas absente, un accident les met en péril et l’étau se referme. L’obstination et le courage de Samira, l’intelligence de Sirwan, l’efficacité de Bono, étrange personnage si touchant qu’on veut bien y croire, et la solidarité des compagnons d’infortune de Sirwan laissent un peu espérer …un possible avenir.

Le livre oscille ainsi entre un réalisme noir et presque documentaire, une histoire sentimentale et des anticipations policières terrifiantes, telles les utilisations de ces chiens-robots et de ces puces électroniques.
Il se lit aisément, le récit s’inscrit dans une chronologie précise et un huis-clos dramatique, le montage de l‘histoire est subtil et ce n‘est qu‘à la toute fin que l’on comprend les mobiles du mystérieux Otto.

Otto dit : « Facile de dire qu’il y a des règles et que le rôle des forces de l’ordre est de les faire respecter. On peut arriver à y croire quand on regarde les choses sous un angle collectif, quantitatif. Difficile quand il s’agit d’un individu, une personne identifiée… »

C’est aussi ce que fait l’auteur quand il nous donne à suivre la vie difficile de Samira et Sirwan, à faire face à cette réalité brutale que nous préférons généralement ignorer.

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Les éditions
   Volume  Editeur/Collection  Pages  ISBN/ASIN  Parution  Amazon
Autopsie d'un sans-papiers Le Passager Clandestin
208 2916952144 2009-03-25  go
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Les critiques éclairs (1)

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Poussières d’étoiles sur un ciel d’encre 9 etoiles

Avec Autopsie d’un sans-papiers, Olivier Las Vergnas livre à ses lecteurs un deuxième roman, publié au Passager Clandestin, comme le premier, Romanesque 2.0, il y a deux ans. Entre temps, Le Passager Clandestin a vu son catalogue s’enrichir et met aujourd’hui à la disposition du public des ouvrages appartenant à des genres variés (romans, essais, photographie…) et revient aussi sur la littérature politique passée en en rééditant certains textes.

Autopsie d’un sans-papiers est, pour moi, une suite de Romanesque 2.0. On y retrouve l’ambiance tendue d’une action qui se déploie en un temps très court, les effets de suspense, les thématiques abordées dans le texte précédent : problèmes sociaux, génie informatique, amours qui se heurtent à l’âpreté d’un monde sans merci.

Mais Las Vergnas va ici plus loin. Il me semble pousser les paramètres thématiques et stylistiques jusqu’à placer le lecteur face à une œuvre marquée d’incandescence et d’étrangeté.
D’incandescence car son héros est dans une situation en tout point désespérante, exception faite des sentiments qui l’unissent aux deux seuls personnages à la fois vivants et positifs du roman, et dont l’un n’est même pas humain, puisqu’il s’agit d’un chimpanzé. En choisissant, par ailleurs, d’écrire à la première personne, l’auteur centre tout le roman sur le personnage principal et interdit au lecteur tout relâchement de tension.

Autopsie d’un sans-papiers est marqué d’étrangeté, en ce que l’auteur joue de contrastes multiples qui ébranlent le lecteur. Contraste entre réel et virtuel : le personnage principal est un as de l’informatique, au point de laisser le lecteur profane pantois devant tant de virtuosité ; mais il est aussi pétri de souffrances après un passé de malheur, plongé dans un présent qui l’écrase et face à un avenir obscur. Et les sentiments qu’il éprouve pour l’héroïne semblent souvent autant un fardeau qu’un soutien.Contraste entre vie et mort. Le héros vit en effet entouré de personnages dont la qualité d’êtres vivants est toujours incertaine, tout comme leur rapport au bien et au mal.
Contraste entre surface, où se déroule la vie de la cité, et sous-sol, où survit le héros, par peur, certes objectivement fondée, mais aussi sans amplifiée par les fantômes qui hantent ce personnage.
Contraste enfin entre une intrigue qui prend, à partir de l’acte 2, l’aspect d’un roman de science-fiction, et qui ne cesse pourtant jamais de faire référence à notre banlieue parisienne d’aujourd’hui, sous certains de ses aspects les plus conformes aux échos d’une actualité bruyante.

Et l’auteur de mêler indissociablement ces éléments contrastés, de sorte, finalement, qu’il m’est arrivé de m’interroger en cours de lecture sur la nature de ce que je lisais. Certes, vouloir à tout prix faire entrer un roman dans une catégorie est discutable et préjudiciable à la perception de son originalité. Et original, Autopsie d’un sans-papier l’est pour moi jusqu’à l’étrange.

J’évoquais plus haut les points qui rapprochent ce roman du précédent roman d’Olivier Las Vergnas. Il en est encore un qui m’a permis de me retrouver en terrain familier : le pessimisme de l’auteur, qui a écrit avec Autopsie un texte encore plus noir que Romanesque. Un texte dans lequel les sentiments humains ont la tonalité du désespoir ou du souvenir. Un texte dans lequel, dans un monde où la compassion n’a guère de place, le héros, l’héroïne et leur fidèle compagne anthropoïde ne semblent que poussières d’étoiles sur un ciel d‘encre.

Lin (alias Jean Noel)

Jean-noel (, Inscrit le 30 août 2009, 56 ans) - 30 août 2009


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