Avec Autopsie d’un sans-papiers, Olivier Las Vergnas livre à ses lecteurs un deuxième roman, publié au Passager Clandestin, comme le premier, Romanesque 2.0, il y a deux ans. Entre temps, Le Passager Clandestin a vu son catalogue s’enrichir et met aujourd’hui à la disposition du public des ouvrages appartenant à des genres variés (romans, essais, photographie…) et revient aussi sur la littérature politique passée en en rééditant certains textes.
Autopsie d’un sans-papiers est, pour moi, une suite de Romanesque 2.0. On y retrouve l’ambiance tendue d’une action qui se déploie en un temps très court, les effets de suspense, les thématiques abordées dans le texte précédent : problèmes sociaux, génie informatique, amours qui se heurtent à l’âpreté d’un monde sans merci.
Mais Las Vergnas va ici plus loin. Il me semble pousser les paramètres thématiques et stylistiques jusqu’à placer le lecteur face à une œuvre marquée d’incandescence et d’étrangeté.
D’incandescence car son héros est dans une situation en tout point désespérante, exception faite des sentiments qui l’unissent aux deux seuls personnages à la fois vivants et positifs du roman, et dont l’un n’est même pas humain, puisqu’il s’agit d’un chimpanzé. En choisissant, par ailleurs, d’écrire à la première personne, l’auteur centre tout le roman sur le personnage principal et interdit au lecteur tout relâchement de tension.
Autopsie d’un sans-papiers est marqué d’étrangeté, en ce que l’auteur joue de contrastes multiples qui ébranlent le lecteur. Contraste entre réel et virtuel : le personnage principal est un as de l’informatique, au point de laisser le lecteur profane pantois devant tant de virtuosité ; mais il est aussi pétri de souffrances après un passé de malheur, plongé dans un présent qui l’écrase et face à un avenir obscur. Et les sentiments qu’il éprouve pour l’héroïne semblent souvent autant un fardeau qu’un soutien.Contraste entre vie et mort. Le héros vit en effet entouré de personnages dont la qualité d’êtres vivants est toujours incertaine, tout comme leur rapport au bien et au mal.
Contraste entre surface, où se déroule la vie de la cité, et sous-sol, où survit le héros, par peur, certes objectivement fondée, mais aussi sans amplifiée par les fantômes qui hantent ce personnage.
Contraste enfin entre une intrigue qui prend, à partir de l’acte 2, l’aspect d’un roman de science-fiction, et qui ne cesse pourtant jamais de faire référence à notre banlieue parisienne d’aujourd’hui, sous certains de ses aspects les plus conformes aux échos d’une actualité bruyante.
Et l’auteur de mêler indissociablement ces éléments contrastés, de sorte, finalement, qu’il m’est arrivé de m’interroger en cours de lecture sur la nature de ce que je lisais. Certes, vouloir à tout prix faire entrer un roman dans une catégorie est discutable et préjudiciable à la perception de son originalité. Et original, Autopsie d’un sans-papier l’est pour moi jusqu’à l’étrange.
J’évoquais plus haut les points qui rapprochent ce roman du précédent roman d’Olivier Las Vergnas. Il en est encore un qui m’a permis de me retrouver en terrain familier : le pessimisme de l’auteur, qui a écrit avec Autopsie un texte encore plus noir que Romanesque. Un texte dans lequel les sentiments humains ont la tonalité du désespoir ou du souvenir. Un texte dans lequel, dans un monde où la compassion n’a guère de place, le héros, l’héroïne et leur fidèle compagne anthropoïde ne semblent que poussières d’étoiles sur un ciel d‘encre.
Lin (alias Jean Noel)
Jean-noel (, Inscrit le 30 août 2009, 56 ans) - 30 août 2009 |