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Maman Jeanne de Daniel Charneux

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

critiqué par Ddh, le 17 août 2009 (Mouscron, Inscrit le 16 octobre 2005, 68 ans)

La note: 9 etoiles
Moyenne des notes : 8 etoiles (basée sur 6 avis)
Cote pondérée : 7 etoiles (1 755ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 738 

On a tous connu des mamans Jeanne et c'est bon de s'en souvenir

Le terme « maman » se suffit normalement sans devoir ajouter un prénom. Mais ici, il a toute sa signification car si Jeanne est maman, elle ne peut revendiquer véritablement cette appellation puisqu’à contrecœur, elle ne peut assumer l’éducation de ses enfants.
Daniel Charneux nous propose ici son cinquième roman. Comme les précédents, il est empreint de beaucoup d’humanité. Ici, l’auteur remonte le temps et conduit le lecteur dans la première partie du XXème siècle chez une femme humble, courageuse, soumise, victime du qu’en-dira-t-on et d’une société « bien pensante » mais qui ignore le sens de la justice sociale.
Le narrateur rencontre Jeanne au home psychiatrique à Geel. Elle lui révèle ce qu’a été sa vie. Le mot « vie » lui fait peur. Elle a donné la vie à quatre enfants mais quelle vie a-t-elle menée ? Une vie de sacrifices, de soumission. Soumise à son père qui lui impose un mari plus âgé de dix ans, soumise à celui-ci, un bouilleur de cru alcoolique. Rapidement veuve, elle entre en service chez un curé qui l’engrosse. Jeanne croit en l’amour, Marie et la grâce qu’elle marmonne, répète inlassablement dans sa folie. Et la « vie » qui se poursuit au gré de ses placements chez des bourgeois qui profitent d’elle.
Désespérance ? Pas vraiment mais peinture réaliste d’une société aux mœurs qui avaient cours à cette époque, loin de la charité prônée dans les sermons mais non pratiquée dans les faits.
Toujours beaucoup de poésie dans les écrits de Daniel Charneux.
Le découpage ne manque pas d’originalité. Les caractères en italique font référence à ce que visualise le narrateur tandis que le reste du récit fait cheminer le lecteur dans la vie de Jeanne.
Ce roman est proche du lecteur car chacun a connu des personnes telles que Jeanne. C’est un atout en plus pour lire sans retard Maman Jeanne.

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Les éditions
   Volume  Editeur/Collection  Pages  ISBN/ASIN  Parution  Amazon
Maman Jeanne Luce Wilquin
sméraldine
82 2882533934 2009-08-24  go
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Les critiques éclairs (5)

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« Mais la… vie ne m’a pas gâtée. » 8 etoiles

Que d’émotion, de tendresse, de pitié et de résignation, car à quoi bon se révolter, dans ce petit livre où Daniel prête sa plume à Maman Jeanne pour raconter son histoire, sa triste histoire, la vie d’une pauvre femme mariée par son père avec un alcoolique, vite décédé, qui la laisse seule avec ses enfants que la belle famille veut bien nourrir, mais, elle, il lui faudra désormais subvenir à ses propres besoins.

Alors, elle prend le chemin pour se mettre au service d’un autre puis d’autres encore et, ce qui arrive souvent dans ces cas là, un nouvel enfant paraît qu’on ne peut pas conserver avec soi car il incarne le péché et stigmatise la mère qui est rejetée et celui qu’on pourrait désigner comme père. Alors, il faut cacher l’enfant dans une bonne famille qui l’éduquera bien mais pour cela il faut payer et trimer pour payer mais, surtout, il faut oublier, se résigner à voir l’autre mère prendre sa place, recevoir les cadeaux et les baisers.

« Remplacée, gommée dès le début. » Maman Jeanne souffre, pleure, mais ne se révolte pas, elle se sacrifie pour que cet enfant n’ait pas une vie comme la sienne où seul le travail et la frustration viennent troubler la douleur de l’abandon. « … elle m’a jamais dit « maman » »

Ce récit m’a ramené loin dans mon enfance quand j’étais môme dans ma campagne, quand la religion rythmait nos vies comme celle de Maman Jeanne, distribuant les punitions, pardonnant, terrorisant, stigmatisant, bannissant. Cette religion qui fournit un espoir de vie meilleur dans l’au-delà et justifie les peines supportées dans ce monde présent et qui sert trop souvent d’alibi à ceux qui veulent imposer leur loi.

Comme on a envie de la serrer dans nos bras cette pauvre femme victime des mœurs de son temps, de l’obscurantisme religieux, du mépris pour la femme, de la cupidité. Comme on a envie de lui dire qu’elle n’a pas raté sa vie, qu’elle est une sainte dans la religion qu’on lui a choisie, qu’un jour un de ses petits fils viendra à sa rencontre sur le chemin de son passé et lui dira ce qu’elle attend depuis trop longtemps. « J’aurais bien aimé l’entendre me dire un jour : « Maman… maman Jeanne… »

Ce livre m’a aussi remémoré « La faute de Jeanne Le Coq » d’Antoon Coolen, non pas pour le style, je ne voudrais imposer cette comparaison à Daniel Charneux, mais pour le contexte et les thèmes développés. Mais, si l’émotion m’a mouillé les yeux à la lecture des malheurs de Maman Jeanne c’est aussi parce que l’auteur manie la langue avec une grande précision et une grande justesse. Seuls les mots nécessaires sont écrits pour faire sourdre l’émotion et attiser les sentiments. Et, on se sent tous les enfants de cette Maman Jeanne qu’on voudrait tous aimer.

Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 63 ans) - 12 mars 2010


La vie en italique 8 etoiles

Pauvre Jeanne! Quel destin tragique que celui de cette mère de famille, abandonnée de tous. Quand elle écrit ses mémoires, Jeanne place curieusement le mot vie en italique. Comme si la vie, sa vie, elle n'y croyait plus trop, ne voulait pas la faire sienne. Chienne de vie en tout cas que la vie de Jeanne.
Au bord de la folie, elle fait le point sur cette existence ballottée, qui ne lui a jamais fait de cadeaux. Ou peut-être un, Marguerite, l'enfant né du péché. Où peut-elle bien être cette enfant que Jeanne aimerait au moins une fois entendre prononcer le mot Maman. Juste une fois. Un plaisir tout simple, mais qui là aussi se refuse obstinément à elle.
Et c'est en toute simplicité que Daniel Charneux raconte ce cruel destin, d'un autre temps. Il est vrai que dans cette histoire, si cruelle à la base, il convenait de ne pas trop en rajouter dans le pathos. L'auteur est loin d'avoir écrit un tire-larmes. On sent d'ailleurs que même si sa vie fut loin d'être rose, Jeanne garde toujours au fond d'elle une petite lueur d'espoir qui semble la faire tenir.
Un magnifique portrait de femme tout en économie!

Nothingman (Marche-en- Famenne, Inscrit le 21 août 2002, 30 ans) - 11 janvier 2010


Une vie coupée en deux 7 etoiles

On se demande, souvent, ce que c’est d’être mère. Ce que c’est, l’enfant en soi. Ce que c’est, l’enfant à porter au fil des années, dans une vie qui parfois nous échappe. Jeanne, à l’aube du XXe siècle, ne le sait pas non plus, pas toujours. Veuve trop jeune, trop pauvre, elle doit confier ses enfants à une famille qui la soutiendra peu. Enchaînant les emplois laborieux, peu rémunérateurs, elle garde la foi en quelque chose. Sa naïveté douce, peut-être.

Et puis viennent ses trente-deux ans et la naissance de Marguerite. L’enfant née d’une relation presque vraie avec le prêtre pour qui elle travaille. Malgré les différences, les interdits, malgré les inégalités, Jeanne y croit peut-être encore. Elle égrène ses moments de foi intense en la vie, en l’espoir.

Jeanne pour qui le mot « Maman » est éloigné comme une constellation, pour qui attendre, survivre, n’a de sens que parce qu’il y a l’idée, lointaine, d’un retour à la cohésion familiale.

Un roman court pour une vie double, une vie constamment greffée au questionnement sur la maternité, sur le rôle de la femme. Oui, qu’est-ce que ça veut dire, être mère ? Jusqu’où cela peut-il pousser, jusqu’où cela peut-il nous éloigner ?

Maman Jeanne, c’est un chemin de croix, une voie escarpée en quête d’un Salut tant espéré. C’est surtout une route, qu'on espèrerait inévitable, vers la folie. Mais une route aimante, intègre. De souffrances en désillusions, Jeanne sera, au fond d’elle, l’amour. Un amour sans miroir, sans écho, lâché dans l’espace vide et destiné à un être qui ne pourra même pas savoir que cet amour existe.

Maman Jeanne, c’est un peu du Zola. C’est un regard bienveillant sur une femme touchante dont la seule échappatoire est la déconnexion avec un monde qui la maltraite, renouvelant sans cesse ses moyens pour l’éprouver. Plus, chaque fois un peu plus.

Daniel Charneux cisèle sa structure, enchaînant les brièvetés, dans la fluidité pourtant simple d’une femme qui s’écrit. On sent l’attachement de l’auteur à son personnage, on sent le thème sensible. Après avoir donné son regard à deux personnages célèbres (Marylin Monroe dans "Norma, Roman" et le poète Ryokan dans "Nuage et Eau"), Daniel Charneux en revient à la singularité de l’inconnu, à tout son potentiel unique et exceptionnel.

J’aurais aimé m’attarder, prolonger. Mais le roman, comme lorsque la vie est courte, s’arrête à la page 82.

Me reste un sentiment ému, à peine terni par une impression d’une petite chose qui manque, difficile à déterminer. Me reste une lecture sensible, poétique et vraie, un regard retenu mais tendre.

Bluewitch (Bruxelles, Inscrite le 20 février 2001, 31 ans) - 20 décembre 2009


Ma fille.... 9 etoiles

C'est à nos filles, futures mères de demain, que j'ai, entre autres, envie de proposer ce beau livre.

Pour qu'elles sachent le chemin parcouru pour les femmes depuis ce temps pas si lointain où maman Jeanne n'a pas eu le choix !
Ce qui aujourd'hui, dans nos sociétés occidentales, semble acquis : le droit de choisir son époux, la possibilité financière d'élever ses enfants, le regard des autres sur un amour interdit – pour ne pas déflorer l'histoire je n'en dirai que peu mais non aujourd'hui encore tout n'est pas permis, l'amour est encore interdit à certains – ne l'était pas encore hier.

Il est bon que ce soit un homme qui ait écrit cette histoire (vraie ? On n'y trouve pas mention du mot 'roman'), une femme aurait pu être taxée de parti pris. Un grand merci donc à l'auteur d'avoir donné à sentir ce qui a existé, dans cette forme ou d'autres semblables mais avec cette même douleur de toute une vie qu'ont à porter certaines âmes simples.

C'est aussi de la méchanceté humaine dont il est question. Sans autre réquisitoire que quelques mots d'un vieil homme. Mais terriblement efficaces et de la douleur d'un homme, prisonnier d'un dogme, qui fait les frais d'une injustice dont les bases sont toujours existantes.

Très beau récit.

Garance62 (, Inscrite le 22 mars 2009, 47 ans) - 14 décembre 2009


Une "vie". 9 etoiles

Jeanne Blanchard, issue du milieu rural, se marie avec un homme que lui présente son père. À trente ans, elle est veuve et doit subvenir seule aux besoins de ses trois garçons, endosser le rôle du mari et partir travailler à l’extérieur. Elle entre au service d’un curé qui doute de sa foi et trouve du réconfort auprès d’elle. On est au début du vingtième siècle, elle est enceinte de lui, doit le quitter et placer dans une famille d’accueil l’enfant qu’elle ne reverra jamais. Tels sont les faits mis dans la bouche de Jeanne mais avec l’art du récit et des mots justes qui caractérise Daniel Charneux.

Mais allons y voir de plus près.

Cela commence par un Ave Maria. Jeanne a trente-deux ans quand elle met au monde Marguerite, l’âge qu’aura sa fille à la fin de son existence de mère frustrée.
Trois fois mère, sans avoir jamais ressenti l’impression de l’être vraiment :
« J’avais trente-deux ans, C’était mon quatrième enfant, et je croyais que je n’étais pas encore une mère. Pas une maman. »
« Et j’ai donné la vie à une fille, à une future épouse, à une future maman. » A qui elle va donner le nom de son mari décédé : « Pas le nom du père, non. Pas le nom du père. »

Elle ne réalisera pas avec son quatrième enfant son souhait d’une maternité accomplie. Pas plus qu’avec ses garçons, il ne lui sera accordé le privilège de suivre son évolution. Daniel Charneux parle de la maternité, plus particulièrement du rapport mère-fille. Marguerite n’appellera jamais sa mère biologique « maman », pas plus qu’elle ne lui sera un jour redevable du don qu’elle lui a fait car l’existence bien sûr est un cadeau empoisonné.

Mon père, dit Jeanne du prêtre qui lui donnera une fille. « Il aurait pu être mon père et c’est ainsi que je le voyais, vraiment, au début. »
La propre mère du curé est morte en lui donnant le jour. Plus tard, il adorera la Sainte Vierge. Il finira pas s’interroger sur le sens de cette « vie », toujours écrite en italiques dans le roman car le mot est « trop fort » pour Jeanne. Comme si la vie était un virus, une maladie dont il fallait se débarrasser d’une génération à l’autre.

Cette problématique de la maternité avait déjà été traitée ailleurs dans la bibliographie de l’auteur, notamment dans « Norma roman » où Charneux nous contait l’existence - prolongée jusqu’à nos jours - de Marilyn Monroe, cette impossible mère, cette fille à jamais. Soulignons que dans NorMA roMAN, on trouvait déjà MAMAN. Et Jeanne, le féminin de Jean, n’est-il pas le prénom le plus proche du « je » ? Maman Jeanne, c’est un peu l’auteur aussi ; enfin, la projection d’une part de lui-même, les prénoms choisis par les écrivains aidant ceux-ci à créer des liens forts avec leurs personnages même si on devine que sans cela cette histoire touche de près l’auteur.

Le souvenir d’enfance marquant rapporté par Jeanne est celui où elle se cache pour susciter la crainte de sa mère et être appelée, sauvée, tirée de l’anonymat.
Jeanne attend d’être appelée « maman », d’être élue mère par la fille qu’elle a elle-même nommée à la naissance. Au-delà de cette relation particulière, il est question d’appel. Ainsi que « le coucou qui appelle au printemps », comme pour conduire Jeanne vers le Salut. L’attente de l’appel est aussi un phénomène actuel, symptôme en ces temps d’hyper communication d’un malaise plus profond, celui peut-être d’un appel d’une autre dimension, d’ordre spirituel ou simplement interpersonnel. Ainsi l’être qui vous appelle connaît votre existence ou éprouve le besoin d’une aide, d’un partage. Toutes questions que soulève ce récit aux multiples résonances.

Daniel Charneux a écrit, si on se réfère au récit de Flaubert, son « Histoire simple » mais il ne faudrait pas la réduire à une simple histoire. À le lire bien, on voit qu’il s’interroge sur une société au fond matriarcale, de laquelle le mâle est exclu, réduit à un rôle de fécondateur, de simple chroniqueur des épopées matrimoniales.

Marguerite, que Jeanne a eue à trente-deux ans, coupera son existence en son milieu. Il y a chez Daniel Charneux ce goût de la symétrie, des nombres qui déchirent et déchiffrent, des histoires bouclées, qui recommencent ad libitum car toute « vie » réclame un éclaircissement et l’écriture ou, en l’occurrence pour Jeanne, la parole sont de ces moyens de réflexion, de retour sur l’anecdotique, qui donnent à certains faits singuliers, choisis pour leur caractère emblématique, valeur d’universalité.

Kinbote (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 51 ans) - 25 octobre 2009


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  Maman Jeanne 16 Débézed 14 mars 2010 @ 21:33

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