La métamorphose des cloportes de Alphonse Boudard

La métamorphose des cloportes de Alphonse Boudard

Catégorie(s) : Littérature => Policiers et thrillers

Critiqué par Hexagone, le 17 mai 2009 (Inscrit le 22 juillet 2006, 49 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (13 002ème position).
Visites : 3 712 

Boudard gansta team.

Les éponges en marmelade, l'ami Alphonse se voit octroyer une remise en liberté conditionnelle. Il va en profiter pour retrouver ses poteaux à qui il a assuré la liberté en observant la loi du silence. De péripéties en surprises, du Rouquemoute salopard fuyant et vil, au Youpe reconverti dans l'art et de Edmond devenu Edmond l'Hindouiste de Champigny, il faut avouer qu'une belle brochette d'empafés garnit l'ouvrage. La jubilation c'est de lire une langue qui n'existe plus, la langue verte, l'argot. De petites perles du langage. Il y a du Dard, du Audiard dans la prose à Monsieur Alphonse. Un climat des années d'après guerre, les anciens paras reconvertis dans le perçage de coffre. Les putes, la banlieue de papa. Une époque où les hommes étaient des types braves prêts à en découdre à coups de lame. Où les chats s'appelaient des chats. Il y a bien quelques petites longueurs, mais au final un vrai plaisir, un bon moment de détente. On sent planer les fantômes de Lino, Jean, Bernard et puis le fantôme de Villon cité par l'auteur" Rien ne m'est sûr que la choses incertaine " et c'est bien ce qui résume la tranche de vie de Monsieur Alphonse.
Aux puristes, ne m'en veuillez pas trop d'avoir titré " Boudard Gansta Team ", pied de nez à notre monde d'aujourd'hui, à ses banlieues, ses petits caïds de pacotille, sa misère, ses tournantes. Un monde aux antipodes de celui de Monsieur Alphonse, à part la nature des hommes qui reste inchangée. La caque sent toujours le hareng.

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Les éditions

  • La métamorphose des cloportes [Texte imprimé] Alphonse Boudard
    de Boudard, Alphonse
    la Table ronde / La Petite vermillon (Paris).
    ISBN : 9782710309673 ; EUR 7,00 ; 14/03/2000 ; 234 p. ; Broché
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Boudard et Céline c'est kiffe kiffe

9 étoiles

Critique de AmauryWatremez (Evreux, Inscrit le 3 novembre 2011, 51 ans) - 7 juin 2018

J'aime particulièrement le film "la métamorphose des cloportes", scénarisé et dialogué par Audiard, réalisé par Pierre Granier-Deferre, la vérité de ses décors parisiens, la noirceur de l'histoire et des personnages et puis bien sûr la fin. On a quand même rarement entendu manière plus sensuelle de traiter quelqu'un de "Dupont-Lajoie". L'autre avantage du long métrage est qu'Audiard n'y "audiardise" pas trop, fait moins dans le bon mot qu'à l'habitude ou dans le truand farcesque.

Audiard est devenu une statue du commandeur du cinéma français. Certes une statue qui se marre avec la casquette vissé sur le crâne mais pas le droit de dire ce que l'on pense de cézigue dans certains films où il aurait mieux fait de s'abstenir, pas le droit de remarquer que parfois il se laissait aller à ses facilités dans la jactance. Il le reconnaissait d'ailleurs souvent lui-même, lui qui était amoureux de la littérature. Il est vrai qu'un ratage du "petit cycliste" vaut plusieurs comédies française actuelles.

Faut reconnaître, faut avouer...

Je n'avais pas lu le livre qui inspire le film. Il s'avère plus cru, fort différent et tout aussi intéressant bien que comme d'habitude chez Boudard celle-ci n'a pas beaucoup d'importance. C'est surtout l'atmosphère qui compte, le milieu de minables que ce pauvre Alphonse fréquentait lui qui était perceur de coffiots et "tubard" au dernier degré. Ce qui ennuie un peu chez Boudard est son goût pour la digression et parler d'autre chose en oubliant le récit en route. il a un côté dilettante sympathique, au bout d'un moment ça lasse. On ne lui en veut pas mais ça peut agacer aussi, comme le type mettant trop de temps à raconter une anecdote tout en se marrant entre deux de ce qu'il tchatche.

On comprend pourquoi le film a omis plusieurs éléments du livre, dont le surnom du receleur, "Youpe le fourgue", plusieurs procès à la LICRA pour l'auteur ou la description par le menu des fantasmes d'Alphonse, du genre à effaroucher même un Harvey Weinstein. Boudard cependant connaît bien les truands, parfois d'anciens résistants comme lui ou "soldats perdus" infoutus de revenir à la vie civile. On les comprend, elle est ennuyeuse la vie civile, rêver de PEL, de droits à la retraite, de Reuteuteu et de départ anticipé c'est pas franchement folichon. Les "hommes" ont envie d'aspirations un peu moins étriquées, et minables.

Peu importe que ça se paie en "mitard" ou année de cage peu après, de misère noire, mieux vaut ça que de faire comme les "caves" et survivre en s'emmerdant comme un rat mort...

Si Boudard parle l'argot aussi bien qu'Audiard, conscient aussi que les truands n'étaient pas doués à ce point là pour la belle formule, par moments on croirait lire du Céline avec des descriptions cauchemardesques de minables se rêvant grands personnages, de la crudité brillante, du désespoir émotif quant à la nature humaine. Boudard n'est pas dupe, ces cloportes sont des pourris, pas de figures de bonne blague ou de cartes postales de bord de mer. Et c'est toute l'espèce qui semble l'être à ses yeux...

Et Alphonse me paraît avoir cette émotivité du verbe et du sentiment que l'on trouve chez Louis-Ferdinand, cette sensibilité que tous les amateurs du verbe et du mot juste possèdent. Ils le cachent bien, un "homme" ça ne ressent rien...

Le verbe en délire jubilatoire

9 étoiles

Critique de Noir de Polars (PARIS, Inscrit le 28 mai 2011, 52 ans) - 5 janvier 2012

J’ai lu ce livre après avoir vu le film, et je m’attendais à revivre les pérégrinations meurtrières d’Alphonse-Lino. J’ai été surpris, car le scénario d’Albert Simonin et les dialogues de Michel Audiard sont assez peu fidèles au roman. Surpris, mais pas déçu. Oh que non !
Alphonse Boudard sort de taule après avoir tenu son rôle d’homme-apache : il n’a rien cafté aux lardus, ni pendant l’interrogatoire, ni chez le juge et encore moins sous les verrous. Mais voilà, cinq piges sans se faire « assister » d’un mandat ou d’un panier de bouffe, ça aigrit. C’est même tellement bilieux comme sensation que quand t’en sors, t’as qu’une idée dans ton cigare, c’est de te farcir les salopards qui t’ont laissé tomber. T’as qu’une envie, c’est de les voir rôtir, les faire se désintégrer de trouille, les fixer jubilatoire quand ils se tordront de douleur, à terre, avec pour dernières visions le cuir luisant de tes godasses neuves et le pli impeccable de ton nouveau falzar.
Mais du rêve à la réalité, c’est comme dit l’autre : ça fait deux. Tes anciens complices, y se sont envolés depuis belle lurette, non sans t’avoir chouré tes éconocroques avant. Ordures certes, mais mecs prévoyants et avec du réflexe. Alors tu les cherches, c’est même ça qui te fait tenir, qui te fait un peu oublier tes poumons de taulard, des éponges pétées avant heure. Bon, en chemin tu rencontres une nana qu’a des guibolles de reine, interminables, et des nibards façon poire belle Hélène qui vont bien sous la pogne, alors ça t’adoucit un peu, ça t’aide pas à oublier mais au moins cette frangine te distrait. Tu te demandes même comment qu’elle fait pour te trouver séduisant avec ton teint jaune vieux journal et ta toux de crevard…
Ce livre tient avant tout du délire verbal. La trame en est finalement assez mince, alors que le scénario du film, lui, est d’une grande richesse. Mais c’est un régal à lire, un verbe qui te prend et te lâche difficilement, tellement que t’as l’impression que t’as toujours jacté comme lui, comme Alphonse.
Chef d’œuvre vrai, merveille, j’en passe et des pires.

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