Les corbeaux brûlés de Éric Allard

Les corbeaux brûlés de Éric Allard

Catégorie(s) : Théâtre et Poésie => Poésie

Critiqué par Lucien, le 17 avril 2009 (Inscrit le 13 mars 2001, 61 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 8 avis)
Cote pondérée : 7 étoiles (1 312ème position).
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De la difficulté d'un discours critique

Avoir aidé à l’accouchement d’un livre et se retrouver comme une sage-femme face à l’enfant né : qu’en dire ? Si ce n’est : ce n’est pas le mien. Qu’il vive, à présent, de ses propres ailes. Porté un peu, il est vrai, par son auteur.
Aidé à l’accouchement ? Peut-être, mais comment ? Deux lectures, des annotations, des conseils. Toilettage… Surtout, peut-être, ce conseil : vas-y, décide-toi ! Cherche un éditeur ! Tant le vrai talent s’ignore, se diminue, se cache comme l’arbre seul de son espèce qu’occulte la forêt moutonnière.
Cet arbre, Eric Allard, est d’une sève forte, drue. Longtemps il brûle, son bois, ardent et charnel. Corbeaux ou corps beaux ? Cependant que brûlent les soutanes, que s’envolent en fumée les voix rauques des délateurs, les beaux corps s’embrasent, les beaux feux s’allument et renaissent de leurs cendres.
Variations sur cette coulée continue, lave ou cyprine, acier ou sperme : « braises », « flammes », « brûlures », « cendres et fumées ». Le feu qui réchauffe, qui brûle, qui dévore, qui laisse en bouche un goût de cendres. « Post coïtum animal triste…»
Eric Allard serait-il de ces auteurs dont la « voix » est présente dans chaque atome de texte ? Ouvrons son livre au hasard, piquons trois mots : « La nuit ravale des paquets de lumière. » « Un million de secondes s’est écoulé depuis que tu m’as lavé le visage avec tes seins. » « De l’eau se brise sous le marteau des fontaines… » « Ô festin de tes cris. » Que parlais-je de difficulté d’un discours critique ? Chaque page, chaque ligne offre profusion d’exemples. « Profusion », le mot est lâché : qu’est donc l’écriture d’Eric Allard sinon profusion. Pro – fusion ? Ça coule, ça fond, ça gicle. Et… écriture. L’écriture d’Eric, c’est une écriture. Simplement. Une écriture poétique, certes, forcément. Une écriture qui se dit, se veut écriture. Rien de parlé, de banal. Mais un ruisseau de métaphores, un mot pas si éloigné de « métamorphose ». Il s’agit de transformer, au terme de cette alchimie des termes, le plomb de la prose en or poétique. « J’ai vu un coq pendu par son cri au battant d’une cloche. » Eric a donné rendez-vous à Char, à Reverdy, à Eluard, à Rimbaud, à Gracq.
49 textes – 1 + (4x12) – dans l’omniprésence d’un « tu » vécu, rêvé, haï, aimé, caressé, torturé, dévoré, recraché. Poèmes d’amour – peut-être – de chair – sans doute – de mots, bien sûr. « Jamais une erreur, les mots ne mentent pas », disait Eluard. Aucun mensonge dans la bouche d’Eric, aucune scorie dans la bouche du volcan.

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On en veut encore, de ces mots...

9 étoiles

Critique de Carine-Laure Desguin (, Inscrite le 6 juin 2010, 54 ans) - 16 septembre 2011

J’ai lu : LES CORBEAUX BRÛLES de Eric Allard, Editions du cygne, 2009, 9782849241233.

Déposer ses bagages sur les lits des CORBEAUX BRÛLES, c’est s’inviter dans une sphère roulante et bondissante avec dedans les bulles des mots de tous les auteurs surréalistes depuis Guillaume Apollinaire jusque Christian Dotremont. Que les oubliés me fouettent !
Eric Allard, au milieu de toutes ces petites bulles rayonnantes s’assoit, s’installe et s’époumone dans un chalumeau soufflant des rayons vifs, pour nous arroser des cendres dorées de ses corbeaux brûlés.

C’est lors d’une rencontre organisée par la bibliothèque Marguerite Yourcenar de Marchienne-au-Pont, en avril dernier, que mes connexions se sont frottées à celles de cet auteur originaire de la région de Charleroi.

Les corbeaux brûlés, un recueil qui se décortique en quatre phases : braises, flammes, brûlures, et cendres et fumées. Desquelles s’étalent de chacune une dizaine de textes, tous plus fumant et crépitant les uns que les autres.

Eric Allard, c’est un créateur. Au sens premier du terme. Il frotte pierre contre pierre et de ce chaos minéral jaillissent comme des feux des chapelets de mots tels que :
- Page 11 : Du volcan, je tire la lave qui réchauffe ton nom.
- Page 23 : Fenêtres de tes jambes que deux battants tiennent affamées.
- Page 44 : J’ai vu la lune renversée par un chien fou.

C’est allumer chez le lecteur la possibilité d’étendre des mots personnels sur des routes de braise, que de lire cet auteur.

C’est se diluer dans les humeurs de l’amour que de claquer ses émotions dans les profondeurs de ces phrases percutantes.
On ressort tout mouillé. Et on en veut encore, de ces éclaboussures-là.

C’est L’harmonie sereine, une œuvre de Salvatore Gucciardo qui attire d’abord le regard sur ces 55 pages. Salvatore Gucciardo, artiste peintre, poète et lauréat de nombreuses distinctions a exposé durant tout l’été au centre Espace- Wallonie, rue de France, à Charleroi.

N’oublions pas de siffler qu’Eric Allard, outre de publier dans plusieurs revues, nous gifle aussi de mots pertinents sur son blog http://lesbellesphrases.skynetblogs.be
Et dix dieux que sa meugle fée play six !


http://editionsducygne.com/editions-du-cygne-corbe…




Carine-Laure Desguin

De la sensualité à fleur de lignes....

10 étoiles

Critique de Sissi (Besançon, Inscrite le 29 novembre 2010, 46 ans) - 28 février 2011

Ces poèmes en prose sont absolument divins.
Une sublime ode au corps féminin, au désir, à l'amour, à la gourmandise et à l'osmose des corps.
Les mots coulent, surprenants, envoûtants, et toujours agencés de manière tellement justes...
Et comme il n'est de meilleur hommage qu'on puisse rendre à un auteur que de le citer, pour exprimer concrètement la joie ressentie à l'avoir lu:

"Parmi les cris de la myrtille et les chants du romarin, soudain ton rire a cessé. Il s'est étalé en poussière de plaisir sur la glace de l'étang où se mirait l'image de ta joie."

"Dans l'alcool de tes cris, j'ai succombé à l'ivresse d'un silence."

"Aux aurores, j'arracherai tes griffes, je mangerai ta voix, je lècherai tes paroles et, guéri de tes rires, je te déposerai, pantelante, dans le lit du silence. Mon langage veuf franchira le seuil des mots, je ne saurai quoi lire dans le livre de verre de tes yeux. Des Wagons de prunelles rouleront sur les rails de ta peau et, dans l'insouciance d'un regard, je saisirai enfin la fable du loup pris dans les glaces de la rivière. Parfois il me faut lire d'autres livres que ceux qui sont écrits."

En plein coeur

10 étoiles

Critique de Garance62 (, Inscrite le 22 mars 2009, 55 ans) - 19 décembre 2009

C'est sur ce site que j'ai découvert avec stupeur les premiers mots enchantés d'Eric Allard. J'ai continué avec le livre un de ces voyages qui durent très longtemps. Le livre a trouvé sa place près du coeur, celui dont il est question dans ces poèmes en prose qui font exploser les phrases pour libérer des mots d'amour à n'en plus pouvoir. C'est du plus beau et du plus déchirant des voyages qu'il est question, celui qui unit et désunit dans une passion extrême. Ici, aucune demi-mesure. De l'absolu, du pur jus d'amour libéré par des lettres enchaînées les unes aux autres, des lettres qui touchent avec des pointes acérées, fichées juste là où la valse des sentiments exacerbés laisse des traces, réveillées ou encore vivantes avec des mots et des images insoupçonnables auparavant.
De l'art d'écrire.

« Bruits de caresse dans le vent »

8 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 70 ans) - 14 novembre 2009

« C’est extra !
C’est extra ! »

Excuse-moi Eric, je n’ai pas pu lire plus de deux textes de ton recueil sans que ce vieux Léo vienne me chatouiller les oreilles.

« Ces mains qui jouent de l’arc-en-ciel
Sur la guitare de la vie »

Comme tes mots qui n’attendent que la musique pour souffler le vent aux oiseaux, verser l’eau des larmes, embraser le feu des sexes et fertiliser la terre des ventres. Mots de tous les éléments réunis dans une ode à la pureté de la nature originelle, à l’innocence d’une Eve enfiévrée par le désir et comblée par le plaisir. « L’écume de mes nuits a l’odeur de tes seins »

« Et cette chair que vient troubler
L’archet de ma chanson »

Mots qui nous conduisent sur les ailes de leurs phrases aux confins de ces nuits dans des aubes liquides quand les corps repus coulent dans la pâle aurore. « Tu bavais des baisers comme des mots que je récoltais sur ma peau pour m’en faire un manteau de phrases. »

« Et dedans comme un matin gris
Une fille qui tangue et qui se tait. »

Textes qui célèbrent les corps païens qui ne sont pas encore corrompus par l’humanité et qui se meuvent dans les humeurs originelles : eau, larme, sang, mouillure, … dans des ambiances diaphanes là où la nuit meurt et où le jour n’est pas encore né, quand « Le jour se liquide »

« Qui ruisselle dans son berceau
Comme un marin qu’on attend plus »

Langue de la chair qui parle avec des mots écrits avec le sang et les larmes. Langue qui manie l’oxymore et le paradoxe, l’allusion et l’illusion, l’à propos et le qui proquo. Langue qui charrie le feu, le plaisir, la chair, dans la nuit et l’aube.

« C’est extra !
C’est extra ! »

« Parfois, il me faut lire d’autres livres que ceux qui sont écrits. »

Brûlures

9 étoiles

Critique de MOPP (, Inscrit le 20 mars 2005, 80 ans) - 2 juin 2009

Des mots rouges tels volcan, brûlure, extase, délire... viennent à l'esprit pour qualifier la prose poétique d'Eric Allard. C'est un tourbillon fantastique, une fièvre fantasmagorique qui entraînent le lecteur vers des sommets inédits. Richesse du vocabulaire, structures bien régies, autant d'atouts dans le jeu du verbe "aimer" de l'auteur. A lire en plusieurs fois, et laisser décanter pour mieux apprécier chaque texte.

A avaler avec beaucoup d’eau

8 étoiles

Critique de Bluewitch (Quelque part sous les étoiles, entre Bruxelles et Charleroi, Inscrite le 20 février 2001, 38 ans) - 29 mai 2009

Il n’y aurait pas d’interligne que ce serait le même. Il n’y aurait pas d’espace non plus, juste un écoulement de mots. Faisant brûler le moteur qui les pousse à sortir.

Les textes qui composent Les corbeaux brûlés forment un volcan d’états, une atmosphère à la fois hostile, fascinante, inspirée, où les images n’ont jamais peur de frôler la folie, voire, qui sait, de s’y plonger vraiment.

On est loin de la narrative poésie laissant là ses états d’âme. C’est de l’écrit à l’état brut, tentant sans cesse de se transcender au moyen d’une fantasmagorie forte, charnelle, rude.

Tout est vrai, tout est imaginé. Tout est réaliste, tout est illusion visionnaire. Ne pas chercher à comprendre, juste s’imprégner, se laisser porter par la barque, qu’elle traverse le Styx ou nous mène là où elle veut. Peu importe : le paysage est abrupt et grisant. Il fait noir et il y a de la lumière.

« Des chiffres sur ta peau laissés au matin pour dénombrer les songes… Un homme tombe dans tes bras. Deux bras comme des ailes et le trois de ton toit pour triturer la lune à gauche. Quatre cartes pour te jouer une mélodie de cordes. Cinq cordes à linge où pendre les étoiles. Six lunes assassines. »

« Beaucoup d’ombres t’ont vue monter dans la lumière. Puis la terre s’ouvrir et aspira un après l’autre tes pas. Je marchais derrière toi en martyr. (…) Blessé au coupant du paysage, je repliai mes veines dans le vallon d’un bras raviné de griffures. »

En quatre époques

5 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 61 ans) - 11 mai 2009

Le 27 septembre 2005, Kinbote publiait dans la partie Vos Ecrits du site Critiques Libres ce qu’il qualifiait de « 5 petits textes écrits préalablement et qui font partie d’une « série » ». Il avait intitulé le tout « Les corbeaux brûlés » et ça faisait partie d’un exercice dont le thème était : « Eros ».

Un extrait : « LA VOIE LACTÉE
Ton corps nu soulage la nuit. J’introduis le bleu dans tes fentes, là où les chairs coupées fleurent le brome et le jasmin. Tes parois de neige retiennent les comètes à distance des langues de feu. Tout glisse dans cet antre humide, tout foisonne. Les particules d’étoiles se couvrent de dorure. Tu couves sous les aisselles des nids de terre parfumée. Avec des brindilles de lait tu fais un jeu de marelles. Paradis du dire, enfer délectable du geste. J’ai dans chaque main une bouche qui ne demande qu’à parler.”

Et j’avais commenté à l’époque : “Et moi j'ai du mal Kinbote. Trop désincarné, trop ...poétique (?), faisant appel à une abstraction qui m'échappe. Sorry !”
Aujourd’hui, c’est un recueil complet que ces “Corbeaux brûlés”. Un recueil de poésie, de poésie en prose. Poésie ? Ode à la femme plutôt. Au désir, à l’amour …, à Eros !
En écho au titre, ces corbeaux qui sont brûlés – ou qui se sont brûlés ?, le recueil est divisé en quatre sections :
Braises - Flammes - Brûlures - Cendres et fumées.
L’écriture est belle, surprend à chaque coin de phrase, mais je reste néanmoins sur mon impression de 2005 ; trop poétique à mon goût, trop désincarné, abstraction …
Reste l’émotion d’avoir, quelque part, assisté à la naissance d’un recueil, c’était sur C.L., en 2005, un camarade, pas rencontré encore mais ça se fera un jour. On en parle depuis trop longtemps !
A ceux qui n’ont pas peur de l’aventure des mots, des images qui seraient surexposées, des sentiments même pas encore inventés … de la poésie quoi, ces « corbeaux brûlés » sont réservés.

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  L'écurie de CL !! 42 Saule 29 avril 2009 @ 11:27

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