|
Liquide
de Philippe Annocque
Catégorie(s) : Littérature => Francophone
critiqué par Sahkti, le 30 mars 2009
(Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 36 ans)
La note:
Moyenne des notes :  (basée sur 7 avis)
Cote pondérée :  (1 113ème position).
Visites : 869
|
|
Les méandres du fleuve de la vie
Tout corps plongé dans un liquide voit ses limites mises à nu. A travers des mots qui vont et viennent, un langage souvent proche de la prose poétique, Philippe Annocque crée l'observation, acérée; il s'installe pour nous raconter des vies. Vies d'autrui qui pourraient être les nôtres. Parties de nous-mêmes tant les aspirations humaines sont universelles. Universellement utopiques et banales.
L'auteur effectue un travail de mise en abîme du regard qui se pose, histoire de contempler ce que l'on voit ou croit voir.
Le détail s'additionne à la précision, afin de construire un tout, plus vaste, mais au-delà de cette immensité existentielle demeure le fragment, l'infime aléatoire et parfois totalement invisible.
Intervient dès lors l'élément liquide, qui peut se faire déclencheur, révélateur. Flaque, flot, mer, larmes, eau de vaisselle, thé ou piscine… omniprésent liquide à l'image de ce flux vital qui nous anime.
Le narrateur nous évoque sa vie, celle de ses parents, son père, sa mère, son premier amour Alexandrine, la rupture, l'arrivée de Suzanne, d'une petite Agathe puis d'une Flora, des joies et des soucis. Le tout est composé de moments fragiles, d'instants d'égarement ou de dérives par rapport aux sentiers battus qu'une simple chasse d'eau pourrait évacuer. L'amour passion rime avec raft et torrent, le temps qui passe s'apparente au goutte-à-goutte.
Le langage de Philippe Annocque tente la déstructuration, il indique au lecteur qu'il est capable de partir dans toutes les directions et en même temps, il se redresse, revient sur les rails, car il sait que nous avons besoin de ces repères. Nous montrer de la sorte nos limites et nos habitudes devrait nous aider à nous en extirper et pourtant, rien ne bouge… alors en sommes-nous capables? L'immobilisme et l'attentisme des protagonistes du livre esquissent l'ébauche d'une réponse. Et si c'était le liquide qui était vivant, plutôt que nous? Ne sommes-nous pas un élément de ce liquide qui passe et repasse d'un contenant à un autre, avec ou sans altération?
La réflexion de l'auteur interpelle, dérange et intrigue. Sa langue, belle et capricieuse, nous renvoie à nos propres interrogations, à nos rêves perdus et à venir. Un univers danse sous nos yeux et la dernière page du livre tournée, il continue à s'agiter parce que tout cela a remué les repères, bousculé les éléments, de bien élégante manière. A découvrir !
|
Version imprimable
Partager sur Twitter
Partager sur Facebook
|
| Les éditions |
| |
Volume |
Editeur/Collection |
Pages |
ISBN/ASIN |
Parution |
Amazon |
|
Liquide |
Quidam
Made in Europe |
153 |
2915018340 |
2009-04-18 |
go
|
|
| Livres liés |
|
Pas de série ou de livres liés. Enregistrez-vous pour créer ou modifier une série |
| Les critiques éclairs (6)
Enregistrez-vous pour publier une critique éclair! » |
| Dérive lucide |
 |
|
Il m'aura fallu accepter de quitter les rivages connus d'habituelles narrations pour goûter au plaisir de ce texte, de cette littérature exigeante parce qu'inhabituelle dans sa forme.
Un homme, assis sur un banc au bord d'un fleuve, suit des yeux la brindille qui s'y laisse porter comme il a laissé la vie le porter, jusque là, jusqu'à cet endroit d'où il va dérouler sa vie, la laisser couler, où sa mémoire va divaguer et rencontrer les brindilles, évènements qui ont jalonné la sienne de vie. Passé retissé à partir de liquides. Lente dérive.
Un regard lucide, exigeant, qui ne pardonne rien.
Le temps passe ? Non, la pluie tombe, les gouttes ruissellent, l'eau s'écoule du corps de la mère, la fontaine accompagne le baiser, les flaques se remplissent... Eau sous toutes ses formes, fil rouge d'une vie.
Un livre qui accompagne bien. Important comme tous ceux qui mettent en exergue le sens de la vie, les choix et leurs contraires. Un regard acerbe aussi sur un matérialisme insensé qui, s'il a rempli un tant soit peu cette vie, n'a rien laissé d'essentiel.
Si le livre est plein de lucidité acide il laisse - pour moi – l'espoir d'un regard sain sur ce qui a été et donc qui ne peut plus être, pour peut-être permettre de mieux passer sur l'autre rive. Mais ça, c'est moi qui le dis.
Garance62 (, Inscrite le 22 mars 2009, 47 ans) - 22 novembre 2009 |
|
| Ah qu'il est beau le débit de l'eau |
 |
|
L'écrit fixe le temps en contenant les évènements qui s'écoulent dans une perspective -ici celle d'une embouchure- et dans un cadre à deux dimensions, les emprisonnant dans un univers clos: ici un livre. L'identité qu'est-ce, sinon que cette eau, cette fuite, ce mouvement qui sans le secours de la narration demeurerait à tout jamais insaisissable? Qu'est notre identité sinon celle qui se façonne à notre insu par, sous, le regard des autres, jusqu'au jour où, sans raison apparente le débit s'arrête et que nous trouvons de nous une image immobile dans une flaque. Un miroir tendu par les autres: c'est toi, cela a été toi réellement tel que nous te voyons, tel que tu apparais derrière ta parole ta présence et tes actes, sous ton apparence.
Mais moi, je ne suis pas cela, pas cela que je devine dans votre regard.
La métaphore liquide est filée: c'est tout le roman, mais l'eau ne s'écoule pas sans tourbillons, sans volutes, sans retours sur elle-même, et filant, elle charrie des objets qui sont bien présents: les réflexions du narrateur qui viennent s'insérer dans ce défilement. Ses réflexions actuelles, celles qui interrompent le flux de conscience alors qu'assis sur un banc il regarde s'écouler le fleuve devant lui. Car il faut un point fixe pour apréhender un défilement, il faut s'arrêter un jour sur le bord et remonter le courant, pour, remontant à la source retrouver et réactiver la douleur d'une séparation originelle. Et elle est là, toujours présente cette séparation: "Cette eau si claire de l'enfance(...) n'était qu'une illusion de plus, une illusion déjà!", "Maman parlait peu...Papa parlait d'autre chose", "Il faudra n'être à jamais rien d'autre que l'enfant de cet amour feint" (tiens, Feint?). Ici aussi file la métaphore liquide, ponctuant définitivement une histoire dont l'enfant "factice" a été le témoin muet et qu'il répètera à son tour: "Ils avaient tenté de se retrouver, ils avaient échoué".
Pour revenir à l'apparence, une autre métaphore file le long du livre: celle du cinéma. Il se fait son cinéma, ou plutôt il accompagne son film d'une voix "off", mais c'est le procédé adopté par l'auteur qui crée cette illusion de voix intérieure, ou plutôt qu'intérieure, décalée, comme"pas là". "Seule l'impression est vraiment présente à la mémoire", comme à la pellicule l'est l'image. "Rôle principal: costume et comédien s'étaient faits l'un à l'autre". "Faire": le narrateur sort de l'indécision et Suzanne "à l'air de croire (...) à cette image d'un homme en ACTION". Mais tout ce qu'il fait est de produire une image, un signe qui à l'instar d'un code culturel (vestimentaire ou autre) permettra à Suzanne de fixer une représentation de lui, "image claire, convaincante, à peine tremblée".
Seule certitude qui reste à celui qui s'évapore dans sa mémoire: son corps qui se rappelle à lui après cette longue station sur le banc par le truchement du genou ankylosé. "C'est vraiment une vraie sensation". Comme pour nous rappeler que notre corps est la seule réalité qui nous rende présent au monde, nous permet "d'être au monde".
Si le narrateur n'est pas nommé, c'est qu'il n'existe pas. Son frère Pierre "existait suffisamment pour deux. Il s'appelait Pierre". Il est "Personne" sous le regard de cyclope de ceux qui l'entourent, regard sans profondeur qui s'arrête aux apparences. Personne.
Aboutissement (provisoire sans aucun doute) de la recherche d'une langue et de sa vérité, ce livre-là de Philippe Annocque je l'ai aimé.
Si je ne mets que quatre étoiles, c'est que, encore une fois on baigne dans le solipcsisme et que le monde reste dans ce livre encore, étrangement absent.
Farfalone (Annecy, Inscrit le 13 octobre 2009, 41 ans) - 10 novembre 2009 |
|
| "Avec le temps, va, ..." |
 |
|
Pour entrer dans le monde de Philippe, il faut prendre certaines précautions, on n’entre pas dans son univers comme dans un bon bain bien chaud, il faut, comme à la plage quand la mer est un peu fraîche, s’immerger progressivement, prendre la température de l’eau et ensuite plonger pour bien sentir le liquide originel et vivifiant couler sur la peau.
Quand le poivre et le sel viennent teinter ses tempes, quand les enfants quittent le nid familial pour prendre leur élan en laissant les parents seuls face à leur passé pour essayer d’imaginer un avenir à vivre à deux, il reconstitue la tranche de vie qu’il a vécue au milieu des femmes, principalement, la mère aimée partie trop vite, l’amante infidèle, la femme épousée un peu vite peut-être, la belle mère envahissante, les filles qu’il n’a pas su aimer suffisamment et enfin l’amie du père, celle qui pourrait spolier les filles de leur héritage.
Tous ces souvenirs prennent forme dans des images, des fragments de vie qui se matérialisent tous dans l’élément liquide, l’eau de la fontaine du premier baiser, les eaux perdues prématurément lors de la naissance du premier enfant, le champagne bu pour fêter quelques événements heureux, etc… Mais, chaque fois, derrière toutes ces images, apparait en filigrane la jeune fille aimée, celle du premier baiser « qui avait trompé le fils à tant de reprises », pas celle pour qui « aimer alors c’était refaire les papiers peints de la maison… »
Et la question revient mais à peine effleurée car Philippe n’affirme pas, il suggère, propose, insinue, questionne. Qu’a-t-il fait de sa vie ? Il a réussi ! Sa femme a un « bébé », une « maison », « un jardin », une « voiture » et lui, il regarde les brindilles emportées au fil de l’eau qui se séparent progressivement pour, chacune, suivre une destinée différente, comme la vie érodée par le sable du temps qui coule entre les doigts.
Un petit livre plein de nostalgie et d’amertume qui déplore le temps de l’insouciance et le temps perdu à construire une vie matérielle avantageuse avec une famille dont on peut être fier, car le temps fait partie de ces éléments liquides qui s’écoulent encore plus vite quand on ne sait pas les retenir dans un récipient assez grand qu’on peut remplir comme on remplit un cœur avec de l’amour.
Une réflexion, un peu acide, mais pleine de poésie sur le temps qui passe, sur le sens de la vie, sur la puérilité des apparences de la vie, sur l’amour qu’on ne sait pas prendre ou donner, sur la destinée...
« Avec le temps, va, tout s’en va … », Léo aurait aimé ce livre…
Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 63 ans) - 22 juillet 2009 |
|
| La vie qui coule, liquide … |
 |
|
« Les gouttes sur la vitre embuée ruisselaient et jamais leur trajet n’était longtemps rectiligne : elles s’arrêtaient, stoppées par un obstacle invisible qui n’était rien de plus que la trace déja séchée d’une plus ancienne
puis faisaient un brusque crochet presque à angle droit et rejoignaient le parcours tout récent d’une autre encore qu’elles pouvaient alors rattraper
- et se fondre avec elle en une suprême précipitation.
L’aléatoire de leurs trajets imprédictibles. Un délice déja pour l’esprit d’alors. »
L’état liquide est le média choisi par Philippe Annocque pour parler d’une vie – sa vie ? une vie de fiction ? certainement des deux – Liquide l’est également son écriture comme le montre l’extrait ci-dessus, également capable à l’instar des gouttes de buée qui ruissellent sur une vitre froide de contourner un obstacle, de suivre un dessein apparemment absent et pourtant évident au final.
Ecriture liquide avec toutefois ce qui m’a paru un tic d’écriture, ou que je n’ai pas compris. On le visualise dans l’extrait ci-dessus avec des retours à la ligne sans ponctuation intermédiaire, qui ont perturbé ma lecture sur les premières pages et sur lesquels on passe par la suite. Il y a certainement, comme dans les ruptures de courses des gouttes ( !) un dessein ? Je ne l’ai pas compris.
L’ouvrage nous donne par petites touches, petits chapitres de trois pages le plus souvent, des éléments fondateurs ou fondamentaux de sa vie – ou de la vie de celui qui raconte. Il ne raconte pas une vie, il en brosse un tableau, comme à petites touches nerveuses le ferait un peintre impressioniste. Des faits saillants, des qui peuvent paraître anodins, des qui au bout du compte font que la vie a fait un crochet et subi un cahot.
Le fil conducteur de ces petits chapitres est l’état liquide donc ; des gouttes déja évoquées aux eaux du fleuve, aux larmes, au verre d’eau, … liquide vous dis-je ! Et donc au gré de ce fil on effleure la vie du narrateur. Une vie tournée vers l’autre, la relation à l’autre ; parents, amie, femme, filles, belle-mère, …
Sous une apparence déstructurée, la logique s’y retrouve, pas sûr pour autant que ce soit le liquide qui fasse office de lien. Au final, on s’aperçoit avoir déroulé un bout de vie avec le narrateur au fil de petits flashes, on le connait.
D’ailleurs, je le connais ! C’est Feint ! Et je l’ai rencontré, à Paris.
Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 54 ans) - 14 mai 2009 |
|
| Ainsi s'écoule la vie |
 |
|
Si ce roman découverte au premier abord, il tend, par touches, à bercer le lecteur. Son écriture, quelque peu déstructurée en la forme, colmatée par les détails analysés contribue à donner l'impression de puzzle, pour mieux acheminer vers la logique de déplacement des fluides qui construisent une vie, en l'espèce relativement ordinaire.
En effet, le narrateur apparaît paisible, se plaît à prendre la vie de manière empirique, comme elle vient.
La description impersonnelle du récit et l'analyse de ces détails tendent à une forme de généralisation et paraît inciter au Carpe diem, comme si tout finissait par soi-même, même et surtout quand tout autour de soi est soumis à la confusion et à la précipitation.
Au départ quelque peu bringuebalé par une écriture volontairement chaotique, par sa présentation formelle, le récit, le mode narratif et l'expression mêmes finissent par entraîner comme une petite musique rassurante, telle une bossa nova réconfortante.
Veneziano (Paris, Inscrit le 4 mai 2005, 32 ans) - 18 avril 2009 |
|
| Boy meets girl |
 |
|
Parler de ce court roman de Philippe Annocque est difficile. On voudrait évoquer un personnage alors que l'on ne sait pas même son nom, ni décrire son visage. Cependant en fermant la dernière page, on sait tout de lui, de ses fêlures, de ses doutes et des étapes qui ont dessiné les grands moments de sa vie. On voudrait raconter un début, une fin, une histoire quoi. Mais il n'y a qu'un homme à décrire, assis sur le bord d'une rivière qui la regarde au point de s'y perdre.
Cela me rappelle cette fameuse anecdote à propos de Hitchcock qui gardait un petit carnet sur sa table de chevet pour y coucher ses géniales idées nocturnes. Un matin, en se réveillant il lit : "boy meets girl". Disant cela, on a rien dit. Cette phrase décrit toutes les histoires du monde. C'est un peu l'histoire de Liquide. On y voit aussi un garçon qui rencontre successivement deux femmes et cela dessine une vie. A vous de voir.
Calistoga (, Inscrite le 18 juin 2008, 47 ans) - 16 avril 2009 |
|
|
|
Il n'y a pas encore de discussion autour de "Liquide".
|
haut de page
|
|
 |
 |
| Commander chez un de nos partenaires |
|
|
 |
|
|
 |
|