L'état des lieux de Richard Ford

L'état des lieux de Richard Ford
( The lay of the land)

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Tanneguy, le 24 novembre 2008 (Paris, Inscrit le 21 septembre 2006, 80 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 7 étoiles (basée sur 7 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (13 261ème position).
Discussion(s) : 1 (Voir »)
Visites : 3 600 

Un agent immobilier au soir de sa vie, aux USA

Ce volumineux "pavé" (plus de 700 pages) se lit sans ennui mais souvent avec agacement : nous n'avons pas l'habitude de cette perpétuelle introspection dans laquelle se délectent bien des auteurs à succès américains ; et leur mode de vie nous étonne encore un peu, à base de divorces répétitifs, de familles recomposées, et de "réussites sociales" étonnantes.

Le héros Frank Bascombe (qui, paraît-il, figure dans des ouvrages précédents de Richard Ford) est agent immobilier sur la côte est (les intellectuels...) vient d'apprendre qu'il est atteint d'un cancer de la prostate (il décrit dans le détail la "procédure à laquelle il est soumis). Sa femme (la deuxième) le quitte pour rejoindre son premier époux, disparu depuis 30 ans et déclaré mort (!). Il est alors poussé à faire un "état des lieux" de son existence, comme il le fait habituellement pour les riches villas qu'il propose à une clientèle hétéroclite en profitant du boom immobilier. La crise des subprimes est encore loin mais se profile inéluctablement. C'est d'ailleurs un des aspects intéressants du roman : on ne nous cache rien des méthodes de la profession, qui est naturellement motivée par la seule satisfaction de la clientèle...

La vie quotidienne des américains à cette époque est également très intéressante ; on est à la veille du 11 septembre, George W Bush va être élu (le décompte des voies en Floride est longuement évoqué); La progéniture de ces citoyens privilégiés n'est pas toujours très sympathique, à la mesure du laxisme dont semblent faire preuve leurs géniteurs, davantage préoccupés de leurs propres problèmes existentiels...

Tout ceci résulte en un livre agréable à lire, mais on l'oubliera assez vite. Richard Ford n'est pas Philip Roth !

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C'est quoi la vie?

8 étoiles

Critique de Nothingman (Marche-en- Famenne, Inscrit le 21 août 2002, 39 ans) - 2 janvier 2012

Troisième volet d’un cycle amorcé avec ses précédents romans « Un week-end dans le Michigan » et « Indépendance », avec« L’état des lieux », clin d’oeil au métier exercé par son héros, Richard Ford évoque à nouveau la trajectoire de Frank Bascombe.
D’un livre à l’autre, on aura connu Frank jeune, mûr, vieillissant ; divorcé, remarié, quitté par sa nouvelle épouse ; écrivain, journaliste sportif, agent immobilier. Mais cet homme semble constamment en crise existentielle. Dans « L’état des lieux », Frank, bien qu’essayant de conduire sa vie au mieux au jour le jour, est souvent confronté à la notion de douleur : celle d’avoir perdu un enfant, celle de voir la femme qu’on aime s’en aller sans retour, celle de devoir continuer malgré un cancer de la prostate, une famille en décomposition et l’hystérie du marché de l’immobilier

Comme les volets précédents, L’État des lieux se déroule lors de quelques jours de vacances cristallisant des tensions jusqu’alors tenues à distance. Un week-end dans le Michigan et Indépendance avaient pour cadre le week-end de Pâques et la fête de l’Indépendance, Richard Ford nous plonge ici dans les préparatifs de Thanksgiving, fin de l’année 2000. Le tout sous fond d’actualité politique américaine chargée. Dans quelques jours, Clinton laissera la place à Georges Bush Junior. Après des élections de triste mémoire, avec recomptage des voix en Floride, qui ont profondément divisé le pays.
L'Etat des lieux débute alors qu'il a 55 ans, un cancer de la prostate, alors que sa seconde femme Sally est partie avec son premier mari resurgi d’on ne sait où, que sa fille lesbienne a décidé de redevenir hétéro, et que son fils, avec lequel ses rapports ne sont pas au mieux, est rédacteur de cartes de vœux (avec un sens de l'humour très particulier). Autant dire que tout va bien. Ou que tout ne va pas si mal. A la veille de Thanksgiving, Franck Bascombe gère ses petites affaires, s'apprête à recevoir ses deux enfants pour le repas traditionnel et, entre deux virées aux alentours, livre ses réflexions et interrogations sur son existence, la société,…. La vie quoi ?
Frank se dit d’ailleurs entré dans ce qu’il appelle la « Période permanente », « ce moment de la vie où […] le passé semble plus générique que spécifique, où la vie est plus une destination qu’un voyage », période où l’on ce contente de ce que l’on a plutôt de ce qu’on pourrait avoir.

Dans ce roman dense, découpé en quelques épisodes de vie vécus sur quelques jours seulement, Richard, via son héros récurrent, part toujours du particulier pour évoquer une situation plus générale. Le roman est fort détaillé. Chaque situation est décrite comme si on y était tant dans les dialogues que la description des décors. On sent vraiment l’âme profonde de New Jersey côtier.
Certains décrocheront peut-être devant tant de détails. Mais les détails parfois font le sel de la vie.

Radiographie !

9 étoiles

Critique de Frunny (PARIS, Inscrit le 28 décembre 2009, 53 ans) - 13 mai 2011

je ne reviendrai pas sur le résumé court et précis de Tanneguy .
Nous sommes - en effet - dans la longue et savoureuse introspection de Frank Bascombe pour lequel un récent cancer diagnostiqué , rend les choses plus intenses.
A aucun moment je ne me suis ennuyé et j'ai même souri face au cynisme doux-amer de l'auteur .
Les états-unis y sont décrits comme un vaste centre commercial , avec " des gens prêts à acheter si seulement ils savaient quoi " .
Tout s'achète et tout se vend , jusqu'aux Purple Hearts ( ... )
Une succession de villes fantômes , rayonnantes un jour..... abandonnées le lendemain ( le Far West n'est pas loin ! )
Des bannières qui jonchent les rues avec l'inscription " Tout doit disparaître " ( même les malades du cancer ? )
Avec - en toile de fond - une devise sordide : " tu vas faire un travail de merde jusqu'à ce que tu sois riche ou que tu sois mort " .
La maladie et le rapport à la Mort sont subtilement abordés ;" éviter la mort est une invitation à la souffrance et à la peur " .
Frank , qui a perdu son fils Ralph , mort du syndrome de Reye à 9 ans .
Son voisin qui est assassiné par un gamin de 14 ans et un homme de confession musulmane qui fait sauter une aile de l'Hôpital.
Un vibrant hommage à F. Scott Fitzgerald ( le jeune garagiste lit " Gatsby le Magnifique " ) , peintre de la détresse de notre siècle .
La littérature américaine forgée sur un unique principe : Partir et arriver dans un meilleur état .

Richard Ford n'en n'oublie pas les rapports parents/enfants , hommes/femmes ; immigrés/américains .

En résumé ; une superbe fresque de la marchandisation et d'une certaine déchéance de la société nord-américaine .
C'est savoureusement cynique et tellement bien vu !
J'ai adoré .

Au bord de l'hiver

8 étoiles

Critique de Jlc (, Inscrit le 6 décembre 2004, 75 ans) - 8 août 2010

Nous avions connu Frank Bascombe il y a vingt ans journaliste sportif en désespérance après la mort d’un enfant et en débâcle sentimentale après un divorce. Nous l’avions retrouvé dix ans plus tard reconverti dans l’immobilier avec toujours ses interrogations existentielles et cette volonté de réalisation, exemple typique de ce que produit la civilisation nord américaine. Dix ans ont encore passé, Frank est un agent immobilier bien installé qui vit toujours sur la côte du New Jersey mais dans une autre ville, « une ville qui a une vie, pas un style de vie ». Sur le plan personnel, la réussite est moins apparente. Sa seconde femme est partie retrouver un amour de jeunesse, il a raté son rendez-vous avec ses enfants, il est atteint d’un cancer de la prostate avec le handicap que ça crée. Mais surtout Frank a vieilli, il se rapproche du bord de l’hiver de sa vie. Toujours lucide, toujours entre tendresse et ironie, il est maintenant d’une certaine façon résigné. Le passé est toujours présent mais il n’est plus oppressant. Il vit maintenant ce qu’il appelle sa « Période permanente » conçue pour « essayer d’être ce que nous sommes au présent – bien ou pas si bien – pour éviter un grand choc plus tard ». Il a découvert par ses horribles et désespérés voisins que « vivre ses rêves peut être bien plus compliqué qu’il n’y parait. » S’il a gardé ses capacités d’indignation devant le hold-up électoral du clan Bush en Floride, il sent bien que l’Américain moyen laisse faire. Alors Frank réduit la voilure et fait ce qu’il peut avec ce qu’il a comme par exemple en réconfortant des gens victimes de « l’épidémie de la désaffection ». « Les autres en fait – si vous vous contentez d’un petit nombre – ce n’est pas toujours l’enfer. »

Comme dans « Week-end dans le Michigan » en 1986 suivi de « Independance » en 1995, Richard Ford situe son histoire au cours d’un long week-end, unité de temps pour une catharsis personnelle mais aussi politique. Frank considère initialement cette fête obligée de Thanksgiving comme « des vacances sans conséquences à un moment déprimant de ma vie, avec toute ma famille autour de moi. » Bien sûr les choses ne se passent jamais comme prévu et ces retrouvailles, souvent vaines, vont être tout à la fois l’occasion pour Bascombe de faire un état des lieux et le révélateur de la fragilité de chacun.

« L’état des lieux » est un très beau roman sur un moment de l’Amérique, moyenne, prosaïque, pas encore abîmée par le onze septembre, croyant en ses rituels comme ce Thanksgiving qui annonce l’hiver alors qu’elle est aussi déjà cette société à la « sérénité sous tranquillisants et [avec] une absence de réflexion pleine d’espoir ». Ford a une qualité d’observation tout à fait magistrale, découpant au scalpel et dessinant à la pointe sèche ses personnages et la société dont ils sont parties intégrantes. Ses dialogues sont d’une justesse remarquable et ses notations pleines de finesse. Citons : « Son regard revient vers moi comme une plainte…C’est déchirant de voir ce regard chez une femme qui vous plait. » ou bien « Puis ni elle, ni moi ne disons plus rien. Les silences sont presque toujours des affirmations. » Ou aussi « nous avions échangé une poignée de main molle, un peu comme dans un échange de prisonniers de la guerre froide sur le pont de Potsdam. »

En lisant « L’état des lieux », je n’ai pu m’empêcher de penser au très beau livre de Philip Roth « Exit le fantôme »: La côte Est des Etats-Unis, une période politiquement datée, le cancer de la prostate : ah ! Cette peur panique de l’incontinence. la vieillesse qui vient, deux personnages, Bascombe et Zuckermann, qui sans être les doubles des auteurs en sont néanmoins très proches ; mais New York n’est pas la banlieue du New Jersey, Roth parle d’intellectuels bourgeois, Ford de la classe moyenne et surtout il y a toujours une grande distance chez Roth alors que Ford est plus empathique, plus chaleureux.

Je fais à ce livre le même reproche que celui que je faisais pour « Independance » : il est trop long et Ford aurait pu lui donner encore plus de force s’il avait su couper des pages qui sont probablement importantes pour lui mais moins signifiantes pour le lecteur.
Que cette réserve ne vous empêche pas de lire ce vraiment très beau roman où vous découvrirez des moments de pure grâce littéraire, la description des plages du New Jersey au bord de l’hiver, des moments d’adieu, des chagrins et aussi des fous rires (les commentaires sur le Dalaï Lama sont d’une grande drôlerie et fort bien vues).

Est-ce la sensation du temps qui passe ? Ford a annoncé qu’il n’y aurait pas de suite à cette trilogie. C’est nous priver d’un plaisir de lecture certain mais c’est aussi peut-être pour ne pas vouloir imaginer Frank – et Richard ? - au cœur de l’hiver de sa vie.

Moi j'ai aimé !

9 étoiles

Critique de NQuint (Charbonnieres les Bains, Inscrit le 8 septembre 2009, 47 ans) - 8 septembre 2009

Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas passé aussi longtemps sur un livre. Un afflux massif de travail d'une part et de bactéries de l'autre ont considérablement réduit mon temps de cerveau disponible et m'ont contraint à partager un mois entier de mon existence avec Franck Bascombe, 'héros' du livre de Richard Ford. Et j'ai aimé ça. Le fait est que j'aurai pu passer 3 mois avec lui.
L'action du livre se déroule sur 3 jours et 730 pages (ce qui nous fait une page tous les 6 minutes pour les amateurs de statistiques) dans la période de Thanksgiving. Action est un grand mot pour un livre qui n'en comporte que très peu (sur les dernières pages). Evidemment, la taille du livre s'explique par de nombreux flash-backs ou plutôt divagations, réflexions, vagabonderies de Franck sur les passages antérieurs de son existence.
Franck Bascombe est agent immobilier de son état (le New Jersey, près de la frontière avec le Delaware), un métier qui lui donne une position privilégiée d'observation sur les moeurs de ses contemporains, leurs aspirations, leur grandeurs et leurs misères et la course contre la montre avec la mort qu'ils mènent en troquant quelques liasses de dollars contre un peu d'éternité immobilière. C'est aussi une belle occasion pour l'auteur de faire une radiographie de ce Suburbia de bord de mer, ou plutôt une échographie permettant de comprendre la dynamique des regroupements, les paupérisations ou les gentryfications, la formation des bulles, les petites joies et les grandes solitudes qui y sont associées.
Mais l'état des lieux du titre, c'est celui de Franck, parvenu à un âge d'entre deux (55 ans), une situation familiale d'entre deux (2ème mariage qui part en vrac, enfants peu satisfaisants), et surtout un paquet de billes de titane radioactives dans la prostate pour combattre un cancer qui l'amène à considérer sa vie sous un angle un peu nouveau, entre atteinte d'une sagesse ou du moins une certaine résignation (mais n'est-ce pas la même chose ?) qu'il désigne sous la forme de la Période Permanente, et réminiscences de poussées d'une certaine recherche inaliénable d'un mouvement. Mais vers quoi ?
L'état des lieux est un roman magnifique, intemporel, sur un homme moyen, américain mais pas tant que ça, arrivée à l'orée de la séniorité et qui s'interroge sur le sens de sa vie, sans atermoiement et grande philosophie, tenté par le renoncement et la résignation, mais en qui la sève est encore présente.
Une leçon d'écriture et une leçon de vie

Trop de digressions !

4 étoiles

Critique de Maylany (, Inscrite le 11 novembre 2007, 39 ans) - 22 février 2009

Non, je n'ai pas accroché à ce roman, ni à son style d'écriture. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé. J'ai dans un premier temps essayé de tenir bon les 50 premières pages, puis, n'arrivant pas à aimer ma lecture ni à en redemander, j'ai lu (ce que je ne fais jamais) la 4ème de couverture pour essayer de mieux situer l'histoire et cerner les personnages. Et j'ai effectivement compris que ce qui me dérangeait dans ce roman, c'était les différents passages où Franck nous fait part de ses doutes, de ses pensées, ses ruminations. J'ai donc décidé de sauter ces diverses digressions pour ne m'attacher qu'à l'histoire elle-même.
Après la lecture d'une centaine de pages, où je n'avais réellement lu que quelque vingt pages, je me suis dit que ça ne fallait pas la peine de continuer.

Un peu mitigée

6 étoiles

Critique de Maria-rosa (Liège, Inscrite le 18 mai 2004, 64 ans) - 4 décembre 2008

C'est mon tout premier livre de Richard Ford.
Je ne suis pas tout à fait déçue, pas vraiment enthousiaste non plus. Une longue "promenade" à travers le New Jersey à la veille de Thanksgiving est l'occasion pour le héros, Frank Bascombe, de faire l'état des lieux de sa vie mais aussi et surtout un état des lieux de l'Amérique et des américains, avec en toile de fond, à la veille de la célébration du nouveau millénaire, la campagne présidentielle qui accouchera en janvier 2000 du grotesque clown Bush comme président.
C'est lent, long, si long parfois, rien de nous est épargné de chaque instant de ce long week-end. MAIS car il y a un mais qui a fait que je n'ai pas pu abandonner ce livre en cours de route, il y a des passages vraiment très réussis comme l'entretien de Frank au téléphone avec son ex-femme, la description de ses rapports avec son fils, rédacteur de cartes de vœux chez Hallmark ou le récit du jour où sa deuxième femme lui dit qu'elle l'abandonne pour retourner vivre avec son premier mari, réapparu après une disparition de 30 ans. J'aime beaucoup le personnage de son associé aussi qui croit encore "au rêve américain"… Cependant, tout cela me laisse un peu sur ma faim.
Oubliable oui, pas comme Saül Bellow ou Philip Roth.

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  Richard Ford 7 Aria 13 mai 2011 @ 21:53

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