Comme Dieu le veut de Niccolò Ammaniti

Comme Dieu le veut de Niccolò Ammaniti
( Come Dio comanda)

Catégorie(s) : Littérature => Européenne non-francophone

Critiqué par Ciceron, le 5 novembre 2008 (Toulouse, Inscrit le 21 août 2007, 70 ans)
La note : 8 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 4 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (20 591ème position).
Visites : 3 708 

L’Italie des perdants

Près de 600 pages lues en 4 jours, j’ai toujours un faible pour ce genre de livre, même si on sent çà et là le procédé qui fait tourner la page : la stimulation du lecteur par un nouvel événement déconcertant ou choquant.

Passons sur la couverture dissuasive, sans doute le fourgon pourri de Rino Zena, marginal chômeur et alcoolique vaguement bestial qui vit avec son fils Cristiano de 12 ans dont il a la garde, sous l’œil inquisiteur des services sociaux. Un grand drapeau nazi décore sa chambre qui n’a jamais vu une femme de ménage.

Les “ingrédients“ du drame sont au complet, avec deux amis louches et dépravés avec qui il projette le casse minable d'un distributeur automatique, et les deux plus belles collégiennes du coin.

Le précipité chimique qui va créer l’explosion est une nuit où orage, tempête, crues du fleuve et torrents de boue balaient tout sur leur passage : forcément la nuit du casse. Une vraie mise en scène, Spielberg n’est pas loin.

L’auteur nous montre que vulgarité, abrutissement et déchéance sont aussi présents en Italie que partout ailleurs où l’économie crée des exclus, paumés, violents, féroces et sans repères.

A côté de ce constat finalement assez attendu, on sent affection et compassion pour les personnages.

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Chez les déshérités

8 étoiles

Critique de Poet75 (Paris, Inscrit le 13 janvier 2006, 63 ans) - 9 octobre 2015

Les personnages principaux de ce roman sont issus des marges, ce sont des laissés-pour-compte, des miséreux et des misérables. D'abord il y a Rino Zena, un alcoolique invétéré, admirateur d'Hitler, vivant dans un invraisemblable taudis avec son fils de treize ans Cristiano. Les deux sont inséparables et la plus grande peur de Rino, c'est que les services sociaux décident de lui retirer la garde de son fils. Tous deux vivent une étrange amitié (si le mot convient) avec deux autres déshérités: Danilo et Quattro Formaggi, un simple d'esprit ainsi surnommé à cause de son goût pour les pizzas quatre fromages! A ce quatuor s'ajouteront Beppe Trecca, l'employé des services sociaux chargé du dossier de Cristiano et de son père et un certain nombre de personnages féminins qui font rêver ou crever de désir plusieurs des protagonistes. Dans le premier tiers du roman, beaucoup de pages sont tissées d'un humour noir mais irrésistible (certains passages sont même à se tordre de rire!). Puis le roman tourne au cauchemar, sans cependant perdre totalement de son humour. Mais les personnages se trouvent tous mêlés, d'une manière ou d'une autre, à des affaires tragiques. Ce sont des minables et pourtant on est parfois tenté de les prendre en pitié. Ce sont des paumés et des monstres, ils sont effrayants mais aussi, d'une certaine façon, attachants. Ils sont la lie de l'humanité et pourtant, comme l'indique subtilement l'auteur, ils ne sont dépourvus totalement ni de coeur ni de conscience. Ils font peur et, cependant, ils sont nos frères en humanité.

affreux, sales et méchants mais aussi...

8 étoiles

Critique de Jlc (, Inscrit le 6 décembre 2004, 75 ans) - 15 août 2009

C’est bien le titre du beau film d’Ettore Scola qui vient à l’esprit quand on lit ce roman coup de poing, roman de l’exclusion, de l’humiliation, de la vulgarité, de la fuite, mais aussi roman de tendresse et du vouloir « rester ensemble ».
Je ne reviendrai pas sur l’histoire que d’autres lecteurs ont fort bien évoquée. Ce livre écrit par un Italien sur l’Italie d’aujourd’hui, qui se referme sur elle-même, bien loin de l’élégance de la Renaissance, est aussi celui de toutes les sociétés européennes en ce début de vingt-et-unième siècle .Ici comme ailleurs, et maintenant, on ne respecte plus les travailleurs, comme le faisait un personnage du livre, Marchetta père, mais on abuse de la main d’œuvre immigrée, sous payée, comme le fait Marchetta fils. Les cathédrales d’aujourd’hui sont ces centres commerciaux où on trouve tout… mais où « il manquait une librairie ». Faillite intellectuelle, éducative, morale et sociale qui est une terre fertile à tous les populismes quant ce n’est pas au fascisme et au nazisme.
Mais, et c’est ce qui fait tout le charme de ce roman qu’on lit avec une impatience captivante, cette misère cache une tendresse, une humanité qui sont autant de signes que tout reste possible. L’amour entre Rino et Cristiano est dit par Ammantini avec une sobriété touchante et une très grande force pudique. Certes l’éducation se résume pour le père à apprendre à son fils à savoir se défendre. « Tu sais ce qu’il faut pour se battre ? De la méchanceté… et ne regarder personne dans les yeux ». Oui, mais Cristiano ne sait pas ne pas regarder dans les yeux.
C’est écrit comme un découpage de film et ces chapitres très courts donnent un rythme à ce récit qui tient en haleine, Niccolo Ammantini sachant passer de la violence la plus crue et la plus sordide à une délicieuse drôlerie.
Au-delà de la misère, de la fuite dans l’alcool, de la religion qui n’est plus ici que superstition, de l’abrutissement par la télévision, seul véhicule « culturel », des femmes qui ne sont trop souvent que fantasmes, idéalisés ou pornographiques, il y a cette volonté de survivre. « Peu importait comment, mais vivre. » Il y a aussi l’empathie ironique d’un écrivain pour ses personnages, aussi minables soient-ils, « affreux, sales et méchants » certes, mais aussi « accidentés de la vie » et il y a l’amour d’un garçon qui veut sauver son papa. La rédemption, ça existe aussi.

Tragico

7 étoiles

Critique de Aaro-Benjamin G. (Montréal, Inscrit le 11 décembre 2003, 50 ans) - 6 novembre 2008

La première moitié de ce roman est une chronique du quotidien d’un père et son fils adolescent. Ils vivent en marge de la société. L’homme est un paumé alcoolique et raciste. Son fils Cristiano comprend bien la situation, mais il sait aussi qu’il ne peut compter sur personne d’autres que son père Rino, dont l’affection est sincère. Pour nous plonger au cœur de cette cellule familiale, l’auteur utilise un langage simple et cru, n’épargnant pas le lecteur des carences hygiéniques attendues de deux mâles indisciplinés. C’est du pathétique assumé.

Un jour d’orage, alors qu’est organisé le vol d’une distributrice de billets par Rino et ses potes, un des sbires commet l’irréparable, par son action fait basculer l’équilibre précaire autrefois maintenu pour le bien-être de l’enfant. Le destin sera cruel pour certains.

Le roman offre une bonne dose de divertissement bien qu’il s’agisse d’un portrait de perdants. J’y ai vu en quelque part, un procès de l’Italie moderne, encore marqué par le machisme mais profondément changé par l’émancipation des femmes. Ces dernières sont des figures de rêve, des êtres presque inatteignables. Les hommes eux sont seuls, perdus, mal dans leur peau et à la recherche d’un rôle.

(Prix Strega)

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