Je suis un écrivain japonais de Dany Laferrière

Je suis un écrivain japonais de Dany Laferrière

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Grass, le 18 octobre 2008 (montréal, Inscrit le 29 août 2004, 41 ans)
La note : 7 étoiles
Moyenne des notes : 6 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 4 étoiles (41 419ème position).
Visites : 5 381 

Tranquille, Dany

Il y a quelques années, Dany Laferrière déclarait, au grand dam de ses lecteurs, qu’il était fatigué et arrêtait du coup d’écrire des romans, pour se lancer dans une étrange entreprise de réécriture de ses romans déjà existants. Nous l’avons ensuite vu devenir chroniqueur à La Presse, où il prenait position, avec verve et intelligence, sur des sujets de son choix. C’est avec un grand plaisir que nous le voyons maintenant revenir sur le terrain de la création avec ce nouveau roman.

En s'autoproclamant écrivain japonais, Laferrière revient en force avec un sujet qui lui a toujours été cher, celui de l’identité. Il est maintenant délicat de définir un écrivain selon sa nationalité, comme nous avons pu le faire depuis le début de l’histoire de la littérature. Ainsi, pourquoi un écrivain ne pourrait-il pas se définir selon la nationalité de celui qui le lit? Seulement, tous ne l’entendent pas de la même façon. Au Japon, où la question identitaire est toujours approchée avec délicatesse, la nouvelle de ce roman à paraître fait tout un tollé. Mais un léger détail doit être pris en considération. Le livre en question n’est pas encore écrit. L’auteur n’en a trouvé que le titre, initiative à laquelle l’éditeur a donné son approbation avec enthousiasme. Le livre s’ouvre d’ailleurs avec une réflexion sur l’importance du titre. Comme quoi ces seuls mots reflètent par eux-mêmes la totalité de ceux que l’on pourra retrouver à l’intérieur du livre. Sans compter que pour la majorité, ce seront là les seuls mots du livre qui seront lus. Le titreur le plus rapide d’Amérique. « C’est bien d’écrire un livre, mais c’est parfois mieux de ne pas l’écrire. » dit Laferrière. Et nous le suivrons, avec tout la paresse et le laisser-aller auquel il a pu nous habituer lors des précédentes lectures, un livre de poésie de Basho à la main, à errer dans le quartier avoisinant le Carré Saint-Louis, celui que Laferrière a habité à l’époque de Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer.

Des dignitaires japonais seront intéressés par le cas de Laferrière, laisseront traîner dans sa boîte aux lettres des magazines japonais et lui proposeront même de lui payer un voyage au Japon. Chose qu’il refuse ardemment. La seule démarche vers le Japon que fera Laferrière, ce sera de s’intégrer à un groupe d’intrigantes japonaises, toutes pendues au cou d’une chanteuse qui s’appelle Midori. Les médias se seront emparés rapidement du phénomène de cet écrivain noir qui se prend pour un japonais, et le Japon sera viré sans dessus dessous suite à un simple titre de roman que l’écrivain ne projette pas particulièrement d’écrire.

Laferrière est hautain et condescendant. Et il a le droit. Il a cette façon toute particulière d’être au-dessus de ses affaires, et le lecteur ne peut qu’en redemander. Mais il y a tout de même certaines limites. Je suis un écrivain japonais, qui s’annonce comme un roman, est en fait une collection de textes de réflexion entrecoupés d’une trame narrative certes très intéressante, mais profondément négligée. C’est un livre qui sent l’écriture au gré du hasard et qui suit une courbe paresseuse.

Bien sûr, Laferrière est toujours intéressant à lire, et vous lisez là les mots d’un lecteur qui a dévoré son œuvre entière avec appétit. Mais j’ai l’impression qu’il faut déjà connaître Laferrière pour aimer Je suis un écrivain japonais, connaître déjà ses divagations, sa propension pour la paresse et ce ton si unique qui ont fait sa renommée. J’ai lu ce livre avec le sentiment que Laferrière l’a écrit vite (c’est lui qui le dit), qu’il ne s’est pas relu outre mesure, et qu’il a été grandement soulagé lorsqu’il l’a terminé (ça, c’est moi qui le dit). Mais bon, n’est-ce pas là la qualité première d’un écrivain que de s’inventer une vie et que les autres y croient?

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L'Universalité de l'écrivain

6 étoiles

Critique de Libris québécis (Montréal, Inscrit(e) le 22 novembre 2002, 77 ans) - 13 juin 2012

Comme Diderot, dont Dany Laferrière est un brillant disciple, ce dernier départage ce qui existe de son emballage, Son roman est un pied de nez aux contingences qui réduisent l'auteur à son origine.

Pourquoi Dany Laferrière ne serait-il pas un écrivain japonais ? Ce qui achoppe, c'est la restriction qu'impose l'adjectif du titre. La localisation semble aller à l'encontre de ce qu'il dénonce. Il faut y voir l'ironie de l'auteur, qui suscite la curiosité pour nous entretenir de distinction. Le lecteur n'est pas dupe quand il parcourt un livre. Même s'il se glisse dans la peau d'un samouraï, il sait bien qu'il n'est pas un guerrier japonais. C'est l'immense avantage de la littérature de nous induire dans tous les rôles au-delà de toutes les frontières. Ce roman est un hommage rendu à tous ceux qui, par la magie de la plume, nous entraînent à leur suite par-delà le temps. Comme une étoile éteinte, même les écrivains disparus sont des guides, comme le poète japonais Basho, qui est, en quelque sorte, le principal personnage puisqu'il a été choisi par Dany Laferrière pour illustrer l'esprit qui doit présider à toute quête.

Le lecteur et l'écrivain ne sont que l'avers et le revers d'une médaille. Les caractérisations ne sont qu'affaires d'éditeurs, de publicité et de médias. Dany Laferrière se montre moqueur à leur endroit. Il imagine même la droite japonaise condamnant le narrateur, avant même la sortie de son roman au nom d’un nationalisme étroit. Son roman présente l'écrivain comme un non-être dans le sens qu'il est ouvert à toute identité. « Un pour tous », diraient les mousquetaires.

Mais cette quête identitaire relève davantage d’un exercice d’écriture prétentieux pour démontrer que l’auteur est habité par un esprit raffiné. Bref, Dany Laferrière tient le rôle d’une Castafiore masculine dans son roman.

Je suis un écrivain japonais

5 étoiles

Critique de Exarkun1979 (Montréal, Inscrit le 8 septembre 2008, 39 ans) - 13 juin 2012

J'ai été très déçu par ce roman de Dany Laferrière. J'avais adoré L'énigme du retour. Je ne m'attendais pas à autant de ce livre mais quand même plus que ce que j'ai eu. L'écriture de Dany est superbe. Le problème est que j'ai trouvé la trame narrative ennuyante. Il y a de très beaux flashs dans ce roman. Cependant, ils sont noyés par plusieurs bouts que j'ai trouvé long à lire. Je ne recommanderais pas ce livre à quelqu'un qui n'a jamais lu du Dany Laferrière.

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