La récup' de Jean-Bernard Pouy

La récup' de Jean-Bernard Pouy

Catégorie(s) : Littérature => Policiers et thrillers

Critiqué par Sahkti, le 16 octobre 2008 (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 44 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (20 069ème position).
Visites : 2 082 

A la chasse au gros poisson

Antoine est un serrurier de génie, jadis habitué aux mauvais coups et aujourd'hui rangé des délits pour se spécialiser dans les anciennes serrures, au point de décrocher un gros contrat avec les Musées nationaux. Un artisan, un vrai, qui a toutefois besoin d'un tour d'une valeur de onze mille euros pour parfaire son art et réaliser les commandes les plus pointues. Evidemment, il n'a pas cette somme et quand on lui propose la simple ouverture d'une serrure du dix-huitième siècle contre dix mille euros, il n'hésite pas longtemps. Un dernier coup, à lui la super mécanique et hop, il se rangera définitivement.
Mais voilà, l'affaire ne se déroule pas comme prévu, Antoine se fait avoir comme un bleu par les commanditaires et les dix mille euros, pfuit, envolés! Décidé à se venger, Antoine ignore encore qu'il va mettre le doigt dans un engrenage infernal qui touche tous les niveaux de pouvoir, avec des malfrats professionnels que rien n'effraie, surtout pas liquider un pauvre type naïf...

Quelle verve dans ce roman! Vif, bien mené, écrit dans un style dynamique et ma foi très plaisant, ce livre est composé d'ingrédients efficaces qui tiennent le lecteur en haleine du début à la fin.
Jean-Bernard Pouy assaisonne le tout d'épices verbales savamment relevées, de mots familiers, d'expressions populaires qui donnent à l'ensemble un ton très vivant.
Le récit nous donne à connaître Antoine, un personnage attachant et maladroit, qui découvre la cour des grands malfaiteurs. Par moments, on se dit qu'il est idiot ou très naïf dans les actions qu'il entreprend, que tout cela sonne trop casse-tronche pour lui et pourtant, en même temps que cet agacement, on ressent beaucoup d'empathie pour le bonhomme, dans tout ce qu'il a d'impulsif et de sincère. La référence constante à Lee Marvin est bien trouvée et cadence l'évolution de l'intrigue avec des petites pointes d'humour bienvenue.
On ne peut aussi que frémir en faisant le lien entre le thème du roman et l'actualité présente, chargée de stratégies financières malsaines et d'acteurs économiques peu scrupuleux.
Sans compter la passion pour les mécanismes anciens et les serrures d'un autre âge, dans tout ce qu'elles ont de mystérieux et de précis, prétextes à de très beaux passages dans le roman.
Bref, j'ai passé un bon moment en compagnie de Jean-Bernard Pouy!

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Les éditions

  • La récup' [Texte imprimé], roman Jean-Bernard Pouy
    de Pouy, Jean-Bernard
    Fayard / Fayard noir
    ISBN : 9782213637778 ; EUR 16,00 ; 24/09/2008 ; 250 p. ; Format Kindle
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Tant Pouy pour ceux qui ne liront pas ce livre

8 étoiles

Critique de El grillo (val d'oise, Inscrit le 4 mai 2008, 44 ans) - 18 janvier 2010

C'est toujours avec grand plaisir qu'on retrouve un héros en looser magnifique, qui décide de ne plus se laisser marcher dessus, et avec efficacité.
Efficace aussi l'écriture, incisive, dynamique, drôle et cynique comme je l'aime avec ça et là la petite phrase bien sentie qui donne un charme fou à cette chasse à l'homme.
Je suis bref, les copains ont dit l'essentiel

Du Pouy comme on l'aime

7 étoiles

Critique de BiblioMan(u) (, Inscrit le 20 juillet 2008, 44 ans) - 11 décembre 2008

Et voilà, pour peu que vous leur lâchiez la bride, les héros de polars se sentent pousser des ailes. Et vas-y que je vais me battre contre moulins et autres machines à broyer du commun des mortels, et que je n'hésite pas à me mettre dans des situations pour le moins inextricables.

Tenez, Antoine, par exemple, Loulou pour les intimes, le dernier personnage en date de Jean-Bernard Pouy – à moins qu'un autre ne voit le jour ces temps-ci, on ne sait jamais avec le monsieur : j'ai ouï dire qu'il allait s'adonner à l'écriture en feuilletons, à l'ancienne... - donc Loulou, pour revenir à lui, je n'aurais vraiment pas donné cher de sa peau, et d'ailleurs, dès le début, il était pas loin de rester sur le carreau, alors que rien ne laissait présager un tel scénario. Loulou, ça fait un bail qu'il s'était rangé, qu'il ne trempait plus dans la magouille. Son métier de serrurier, il l'exécutait en toute légalité. Mais là, l'occase était trop belle. Un petit contrat qui lui permettrait de se doter d'une nouvelle machine bien huilée. De l'investissement sur le long terme. Une serrure à déjouer dans un manoir et pas moins de 10 000 euros dans la poche au bout du compte. Mais voilà, c'était trop facile justement et les russes qui l'avaient embauché reviennent sur leur contrat et laissent Loulou à moitié mort sur le quai d'une gare.

C'est alors que commencent les vrais déboires pour Loulou. Car au lieu de se terrer et de se contenter de sa survie, celui-ci, un brin naïf, chanceux et quelque peu vieillissant va jouer de sa détermination – réjouissante détermination ! - et de sa chance – ça peut toujours servir quand les balles sifflent - pour récupérer son dû.

Y'a pas à dire, Jean-Bernard Pouy n'a pas son pareil pour capter l'attention de son lecteur. Il a la gouaille, le mordant, le mors aux dents, et cette déconcertante facilité, toujours, à jouer avec les mots, à les enrober pour le meilleur et pour le pire. Et derrière tout ça, avec tout ça, aussi, on sent le plaisir que prend le monsieur à l'écriture, le soin tout particulier qu'il prend à façonner son personnage principal, à le mettre en situation, à raconter son histoire.

De même, dans ce roman noir miroir, ce qui m'a le plus charmé, quelque part, c'est cette description d'un quotidien, l'attachement évident aux gens ordinaires, au sens mélioratif du terme, à une frange de la population qui se retrouve au bord des comptoirs, dans les bistrots ou les manifs pour échanger, vivre, vibrer à l'unisson, et cette volonté, presque sensible, de toujours coller à son époque, quoi qu'il advienne, quels que soient ses défauts, ses pauvres mordus du fric adeptes de l'empapaoutage à tous les étages.

Du Pouy en grande forme, comme on l'aime.

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