Avec les moines-soldats de Lutz Bassmann

Avec les moines-soldats de Lutz Bassmann

Catégorie(s) : Littérature => Francophone

Critiqué par Feint, le 31 août 2008 (Inscrit le 21 mars 2006, 55 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 6 étoiles (basée sur 11 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (22 496ème position).
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"Seuls ceux que j'aime, écoutez !"

On ne sait pas qui est Lutz Bassmann. En tout cas, moi ; je ne sais pas (même si je me dis que…) Je sais juste que sont parus, ce printemps, dans la collection Chaoïd des éditions Verdier, deux textes signés de ce nom : "Haïkus de prison" et "Avec les moines-soldats". Et même si je me dis que…, je me dis aussi qu’après tout c’est moins important que le livre lui-même – moi qui précisément rêve souvent de couvertures sans nom d’auteur. Bien sûr, tout de même, il n’est pas indifférent de savoir que ce nom apparaît déjà dans "Le Post-exotisme en 10 leçons, leçon 11" d’Antoine Volodine. D’autant plus qu’"Avec les moines-soldats" appartient au genre des "Entrevoûtes" (c’est écrit sous le titre, là où souvent on lit banalement "roman" ou "nouvelles"). Or, des "Entrevoûtes", j’en ai déjà lu – beau souvenir – sous la plume de Volodine lui-même : c’était "Nos animaux préférés". Les entrevoûtes, si j’ai bien compris, c’est un ensemble de récits qui se font écho, écrits et disposés selon une structure symétrique. Dans "Avec les moines-soldats", il y en a sept : "Un exorcisme en bord de mer", "Crise au Tong Fong Hotel", "La plongée", "Un univers prolétarien de secours", "L’oubli", "Crise au Tong Fong Hotel", "Vain temps après". Oui, vous lisez bien : deux de ces récits portent le même titre. Pourquoi pas ? Ces deux-là racontent la même chose – à quelques détails (détails ?) près. Comme dans toute la littérature "post-exotique" (dont les représentants sont souvent mentionnés dans le texte, comme chez Volodine), le lecteur est emmené dans un univers quasi posthume, un monde d’après, où les hommes terminent leur Histoire dans des zones côtières insalubres, la vie étant devenue impossible à l’intérieur des terres. Chacun sait que, d’ici trois ou quatre générations tout au plus, l’humanité aura disparu. Une organisation persiste cependant, vestige d’un ancien parti politique, qui envoie Schwahn, Brown ou Monge accomplir d’étranges missions, au caractère onirique marqué, et auxquelles eux-mêmes, malgré leur fidélité à l’organisation, n’arrivent plus à croire. Peut-on seulement encore croire à la réalité objective de ce qui se passe autour de nous ? Pourtant une force encore les anime. C’est qu’il y aura un après, peut-être, un après sans les hommes, dont le destin se joue dans nos rêves.

Un site est consacré à Lutz Bassmann, qui mérite le détour : http://www.lutzbassmann.org/

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Les éditions

  • Avec les moines-soldats [Texte imprimé], entrevoûtes Lutz Bassmann
    de Bassmann, Lutz
    Verdier / Chaoïd
    ISBN : 9782864325376 ; EUR 13,50 ; 02/05/2008 ; 249 p. ; Broché
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Perplexe

2 étoiles

Critique de Marvic (Normandie, Inscrite le 23 novembre 2008, 60 ans) - 28 septembre 2011

Je ne m'attendais pas du tout à ce genre de lecture quand j'ai abordé ce livre. Après les deux premières nouvelles, je suis allée lire les critiques pour essayer de comprendre « à quoi j'avais affaire ».

C'est une série de nouvelles très déroutantes (certaines écrites presque en double); des dialogues réduits, des foules anonymes, un décor de fin du monde dont on ne sait pas ce qui l'a déclenchée, des personnages impersonnels qui suivent des missions ordonnées par l'Organisation...
«  Mariya Schwahn secouait ses longs cheveux noirs aux reflets bleutés, Mariya Schwahn ôtait sa casquette militaire et elle frottait son crâne rasé... »

Je ne m'y suis pas retrouvée dans cet univers onirique de fin du monde sans passé et sans avenir, très sombre.

Et même la visite sur le site de l'auteur« Seuls ceux que j'aime, écoutez » (titre d'une de ces nouvelles) et la vidéo d'un exorcisme au bord de mer (titre d'une autre nouvelle) ne m'ont pas plus convaincue.

Fouiller la noirceur

6 étoiles

Critique de Sahkti (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 44 ans) - 14 septembre 2011

Avant de commencer la lecture de ce bouquin, j'avais une appréhension, liée à mon manque de connaissance (et d'intérêt) pour la science-fiction et il était dit que l'histoire en comprenait tout de même une bonne partie. Mais la SF, c'est comme le polar, il y en a pour tous les goûts en réalité. Heureusement !
Passé ce premier stade, il a fallu dépasser également celui de l'omniprésence de la noirceur. Pas forcément idéal quand on a pas bon moral et pourtant, tant d'idées sombres ne peuvent au final que faire jaillir de l'espoir (ou alors le néant total de la vie, selon les humeurs) et ça, c'est tout de même assez formidable.Tôt ou tard, on fabrique de la couleur à partir du noir, les nuances s'offrent à nos yeux et on finit par s'immiscer dans un courant qui porte vers un ailleurs totalement inconnu.
C'est sans doute ce qui m'a permis et encouragée à me promener dans ce livre, à le parcourir, le fouiller dans tous les sens pour y puiser, outre le fil conducteur général, des fragments de vie à gauche et à droite. Et ça, c'est quelque chose que j'apprécie.
Sans compter que c'est tout de même plus que bien écrit !
Après, il me faut tout de même reconnaître que tout ne m'a pas plu, j'ai parfois du mal avec les anges et l'apocalypse à outrance mais il en ressort malgré tout quelque chose qui me laisse une impression davantage positive que négative.

Noirceur pesante

4 étoiles

Critique de Isad (Saint-Germain-en-Laye, Inscrite le 3 avril 2011, 58 ans) - 3 septembre 2011

Il s’agit d’une série de nouvelles dont certaines comportent les mêmes personnages ou un éléments d’une autre. L’une d’elle est même dupliquée avec une variante, ce qui fait penser à un exercice d’atelier d’écriture. Le contexte est onirique et post-cataclysmique. Les humains vivent pauvrement sur les côtes dans une société décadente. L’électricité est rationnée et il n’y a plus de services publics ni d’échanges. Seule subsiste l’Organisation secrète avec ses moines-soldats endoctrinés pour faire face à l’imprévu et éliminer les dissidents. Le futur pressenti est rempli de crabes ou d’araignées qui prendront notre relève.

Je suis ressortie de cet univers glauque avec une impression de vide, d’absurde, d’inutilité. Il veut montrer la désespérance, la résignation, le fatalisme sans lueur d’espoir. Et il y arrive ! On dirait une suite de cauchemars avec un vague fil directeur.

Or, j’aime les livres ouverts sur des possibles moins ténus qu’un souvenir d’humain. Les étoiles valorisent donc l’atmosphère pesante.

Comme l’auteur le dit lui-même à la page 204 : « Comme souvent dans ce genre d’œuvre, l’histoire mettait en scène des chamanes à l’agonie, des morts traversant leurs ultimes cauchemars, des moines-soldats et des oiseaux. Brown ne se sentait pas en sympathie avec de tels personnages. Il referma le livre en grimaçant. Qu’est-ce que j’ai à me pencher sur ces élucubrations, pensa-t-il. Pourquoi est-ce que je m’oblige à suivre les pénibles aventures de ces losers. »

IF-0811-3780

"Nous devons préparer ce qu'il y aura après l'avenir".

4 étoiles

Critique de Sissi (Besançon, Inscrite le 29 novembre 2010, 48 ans) - 25 août 2011

Belle phrase. C'était une belle idée. Un monde futuriste, finissant, qui doit se réinventer.
Des villes fantômes. La fin de l'humanité. Des missions à accomplir pour sortir d'une ère et rentrer dans une autre.
" Je savais bien qu'il y avait un extérieur quelque part".
La présence des rêves, de la mort, du chamanisme, et puis la politique, les crabes qui parlent...

Ce livre part tellement dans tous les sens qu'il m'a été impossible d'en trouver un.
Ca s'éparpille de partout, sans homogénéité. Des petits fragments de non sens.
Egarée, perdue, je n'ai à aucun moment été embarquée.
Je suis restée là, au milieu de nulle part, déroutée, dans l'attente de quelque chose qui ne s'est jamais produit.
Le style est bon, mais il ne m'a pas éblouie.

Une grande déception.

Bouillie mêlant science-fiction, surnaturel et politique

6 étoiles

Critique de Dirlandaise (Québec, Inscrite le 28 août 2004, 63 ans) - 10 août 2011

Certains crient au génie mais pas moi. J'admets que le livre est bien écrit mais ce genre d'histoire prise de tête mêlant science-fiction, surnaturel et politique n'est plus mon genre de bouquin. Chaque chapitre se lit comme une nouvelle. La première m'a impressionnée surtout par l'écriture. L'auteur excelle dans les descriptions de lieux abandonnés, de quartiers inquiétants et déserts, de plages charriant des débris de toutes sortes, de pluie qui tombe à la verticale et ainsi de suite. Par contre, les histoires sont assez banales et surtout, elles sont obscures, difficiles à comprendre et je n'avais vraiment pas le goût de me prendre la tête à essayer de comprendre le pourquoi du comment de ce délire. Cela ne m'intéresse plus ce genre de bouillie. C'est une perte de temps, cela ne m'apprend rien et n'a aucune valeur à mes yeux. Bref, c'est une perte de temps.

Cependant, certains aimeront ce genre de récit fin du monde. Le livre en soi n'est pas mauvais mais il m'a lassée surtout quand l'auteur reprend exactement le même chapitre presque mot pour mot avec de légères variantes. Cela a sans doute une signification mais moi j'ai trouvé cela gonflant. En plus, vers la fin, les personnages ont des ailes ! Ce sont donc des anges j'imagine, revenus sur terre pour accomplir des missions ! Pfffff ! Soit je n'y ai rien compris, soit c'est complètement nul et cliché comme histoire.

Bref, perte de temps totale et vite oublié il sera ce livre.

« Seuls ceux que j’aime, écoutez ! »

8 étoiles

Critique de Débézed (Besançon, Inscrit le 10 février 2008, 71 ans) - 26 juillet 2011

Quand on soulève la couverture d’un ouvrage de Bassmann (Antoine Volodine), on s’engage dans une aventure dont il est bien prétentieux d’espérer rendre compte ou de vouloir formuler un commentaire quelconque sans risque de laisser paraître qu’on est passé totalement à côté du sujet. Mais, peu importe ce risque je l’assume et je vais essayer de relater ce que j’ai tiré de ce livre. « Seuls ceux que j’aime, écoutez ! »

Ce livre est un recueil de textes, pas vraiment des récits, pas tout à fait des nouvelles, des textes que Bassmann appelle des entrevoûtes comme des espaces entre deux moments, «l’espace noir est l’espace d’après le feu », entre deux temps, entre deux mondes : celui qui disparait et celui qui est à naître. Ce recueil comprend sept entrevoûtes dont la clé de voûte semble être la quatrième, celle qui est au centre bien que, à mon avis, le véritable sens du recueil figure dans la troisième. Une certaine symétrie s’organise autour de cette clé de voûte : la deuxième et la sixième semblent identiques mais la deuxième ouvre des portes sur des espaces que la sixième semble vouloir explorer plus profondément.

On pourrait aussi penser que ce recueil est structuré comme un mouvement circulaire : chaque fin et un début. « Un type avec une arme de pierre qui se bat contre des chiens, pensa-t-il. On pourrait se croire au début du monde, avant l’histoire. Alors que maintenant on est après ?... » On pense inévitablement à « La planète des singes », à son monde perdu et à son monde nouveau. Mais une lecture plus attentive permet de constater que ces textes sont plutôt écrits comme pour faire le solde d’un monde en voie de décomposition mais qui existe encore avec ses rites et ses mœurs. Ce n’est pas une fin, c’est plutôt un état des lieux avant autre chose qu’on ne peut pas encore comprendre qui n’est que possible, inconnu.

Ce recueil, où Bassmann se met en scène sous toutes les identités qu’il a déjà utilisées dans son œuvre littéraire, dépeint évidemment un monde apocalyptique qui se désagrège de l’intérieur à « une époque où l’humanité finit de mourir,… » Le monde matérialiste et capitaliste se défait, les hommes n’ont pas su préserver leur environnement mais un nouveau monde pourrait renaître sous une forme indéfinie qui laisserait une place à un espace spirituel matérialisé par le chamanisme qui revient régulièrement dans les entrevoûtes. « On continue à avancer dans l’image comme si elle était la continuation de l’espoir ». On a l’impression que cette fin du monde correspond à la chute des régimes dits prolétariens et à leur échec et à la destruction du milieu naturel par des forces capitalistes insouciantes de l’avenir de la planète. « …méditation sur l’humanité mourante, sur la guerre noire qui l’avait emmenée dans le gouffre, sur l’impossible renaissance, sur la fin. »

Ainsi, on pourrait déduire que Bassmann écrit un texte prémonitoire qui voudrait dessiner notre avenir et celui de l’humanité toute entière. Cet avenir qui semble bien morose et très incertain existe cependant, Il faut marcher vers l’histoire, l’espoir subsiste encore, la possibilité d’un après n’est pas exclue. Et les entrevoûtes sont là pour nous rappeler que si nous sommes dans une fin, nous pourrons peut-être, dans un autre temps, rentrer dans un ailleurs. Et, le rêve sert beaucoup pour aller de ce maintenant qui est déjà passé à ce demain qui n’est pas encore imaginable. « On nous apprenait que l’existence était un rêve sans fin et que le seul moyen de s’en échapper était de s’introduire par effraction dans des mensonges ou des cauchemars. »

Il va falloir désormais quitter ces rêves pour entrer dans autre chose, le texte abandonne peu à peu les rêves formulés par nos sociétés et qui se sont éventés, pour nous entraîner dans de nouveaux rêves dont pourrait sourdre, un jour, le monde nouveau et le « signe qu’on approche d’un monde quelconque » que Fuchs attend impatiemment.

De l’apocalypse un jour naitra un nouveau genre humain, ou peut-être un autre, et Brown peut toujours espérer que « dans dix millions d’année, …, une petite fille se souviendra de moi. » « Une petite fille qui naitrait après l’avenir ».

Entrevoûtes (est-il ajouté en sous-titre)

7 étoiles

Critique de Tistou (, Inscrit le 10 mai 2004, 62 ans) - 25 mai 2011

Amis de la littérature, amis de l’anticipation (morbide) ; bonjour. Veine « La route » ou « Sukkwan Island », ceux qui vous prédisent un « no-future » plus noir encore que vos pires craintes ont embauché un nouveau membre : Lutz Bassmann.
Encore faudrait-il savoir qui est Lutz Bassmann – apparemment nulle traduction n’est mentionnée dans l’ouvrage. Normal, Lutz Bassmann ne serait autre qu’un des pseudos de Antoine Volodine, de même que Manuela Draeger ou Elli Kronauer ?
On parle à son sujet d’une école dite de « Post-exotisme » … qui rassemblerait tous les pseudos cités … Bon … ?
Amis de la littérature, tout de même car ces nouvelles (pardon, « entrevoûtes », le distinguo se jouant sur le fait que ces nouvelles ou certaines d’entre elles se répondent l’une l’autre) sont fort bien écrites. Très prenantes, très visuelles, l’hypotypose bat son plein.
Amis de l’anticipation (morbide) car ces « moines-soldats » dont il est question interviennent clairement dans un futur qui n’en a plus (de futur !). Un futur qui serait la dernière marche avant l’extinction de la société humaine (bonjour « La route »). La société, dans l’ensemble de ces « entrevoûtes » est réduite à une peau de chagrin, la vie n’existe plus que sur les zones côtières. Ce qui subsiste serait encore « dirigé », administré par une « Organisation » qui délèguerait des intervenants, ces « moines-soldats » dont nous parlons.
Alors, c’est vrai, comme il ne reste quasiment plus rien de nos sociétés humaines, le contexte s’en trouve simplifié. Le ton est lugubre, les images sinistres – on évolue quasiment dans un monde en noir et blanc, c’est en tout cas l’impression que j’en retire – la gamme des sentiments des plus limitée …

« Quand l'aube colora les rues de New Yagayane, Brown sortit du creux de ruines où il s'était assis pour attendre la fin de la nuit et il se rendit à la décharge d'ordures.
Boïan Cuzco était déjà sur la plage, avec son cahier sur les genoux. Il n'écrivait pas et, d'après l'orientation de sa tête, il avait les yeux fixés sur l'horizon. Il méditait. Peut-être rêvasse-t-il à la fin de l'espèce et aux temps d'après l'avenir, ou aux occasions ratées du passé, pensa Brown.
Brown alla prendre place à côté de lui, sur la barque retournée. Il ne choisissait pas une surface propre. Plus maintenant. Il s'assit lourdement, il lui était égal d'affaler son postérieur sur un endroit parsemé de taches de goudron.
Je dois rendre compte, pensa-t-il. »

Problème (à mes yeux) ; la performance d’écriture en est notablement diminué, s’agissant de mondes, de sociétés en fin de vie. A l’instar de la vie réelle, il est beaucoup plus difficile de créer que de détruire. Or, en quelque sorte, c’est à la déconstruction-destruction de la société humaine que sont consacrées ces « entrevoûtes ». J’ai la faiblesse de penser que cela réduit la portée de la performance.
Originalité : deux de ces sept « entrevoûtes » portent le même titre et racontent la même ( ?) histoire à des détails ( ?) près. Où l’on visualise d’autant mieux la portée des détails ! (je m’en voudrais de laisser penser que je cherche à minimiser la performance d’écriture de Lutz Bassmann)
Autre originalité ; Lutz Bassmann, Manuela draeger et Elli Kronauer (qui seraient donc tous pseudos du même Antoine Volodine) interviennent dans au moins une des « entrevoûtes », en tant que détenus persécutés.
Enfin, recommandation ultime : mieux vaut avoir le moral solidement charpenté pour se lancer dans cette lecture. Comme pour « La Route » ou « Sukkwan Island » d’ailleurs. Au risque de se trouver rapidement flingué en pleine lecture !

La fin du monde de 2012 est à la mode

3 étoiles

Critique de Elya (, Inscrite le 22 février 2009, 28 ans) - 18 avril 2011

A quoi me suis-je attaquée avec ce livre .... un style qui me déplaît fortement, ça c'est sûr. J'ai cherché un peu sur internet ce qu'était le fameux "post-exotisme" dont j'ai entendu parler dans ce livre mais aussi un peu auparavant. Les livres de ce genre étaient inclassables, ou plutôt ne voulaient pas être apparentés à la science fiction (pour moi c'est un sous genre, mais on est quand même bien dedans), alors on a fait tout un foin pour inventer un nouveau genre, ou non pardon, plus qu'un genre, « un objet poétique marginal et rien d’autre ». Du moins, c'est comme ça que je le ressens.

Dès le début j'ai eu l'impression de me retrouver dans La route de Mccarthy, que je n'avais pas particulièrement apprécié, et cette impression n'a pas cessé tout du long. Univers glauque, désertique, et pourtant si proche du nôtre, dans lequel évoluent des personnages semblant inoffensifs et démunis.
Au début, on croit que chaque nouveau chapitre est déconnecté des autres. Même le monde décrit, s'il a des similitudes avec le précédent, est différent. Et puis finalement des liens se font, par l'intermédiaire des personnages notamment. Rien de très original là-dedans. Habituellement j'aime bien ce procédé, mais ici je trouve que ça n'apporte absolument rien.
Sans compter sur cette écriture pseudo-théâtrale, où on parle à la première page de "tambours incessants. Silence pendant le texte" puis à la dernière "silence après le texte". A nous de faire tout seul le lien dans notre tête, et d'avoir peut-être une révélation "c'est tellement bien trouvé". Mon imagination n'est pas assez débordante, désolée Mr Bassmann. Pourtant, votre titre m'inspirait beaucoup.

Un dernier point qui m'a horripilé est l'abondance de thèmes abordés : le chamanisme, les moines, le communisme, l'apocalypse, les souvenirs, la mort, l'impuissance, la différence entre le rêve et la réalité... Au premier abord il parait difficile de réunir ces thèmes, si intéressants soient-ils, dans une même histoire. Et bien Lutz Bassmann met en évidence qu'en effet c'est difficile, et que cela crée une histoire complexe, dans laquelle on n'a malheureusement pas du tout envie de se replonger pour qu'elle nous révèle des détails sans doute pertinents mais trop bien cachés.

Un rêve sans fin

9 étoiles

Critique de Stavroguine (Paris, Inscrit le 4 avril 2008, 34 ans) - 22 août 2009

Lorsque l’on rentre dans la lecture d’Avec les moines-soldats, on est d’abord captivé par son atmosphère, ce mysticisme chamanique vaguement oriental, ce vide de fin du monde, cette ville côtière décharnée et complètement laissée à l’abandon dans Un exorcisme en bord de mer, cette presque ville fantôme dans laquelle Schwahn semble être le seul à errer, l’unique âme qui vive – mais vit-il seulement ?

La question se pose de plus en plus souvent à mesure que l’on progresse dans la lecture de ces sept entrevoûtes. Que l’on y progresse, ou peut-être plutôt que l’on s’y perd, que l’on cherche à démêler les trois mondes dans lesquels on évolue : celui des vivants, celui des morts et, surtout, le plus mystérieux, celui des rêves. Trois mondes qui communiquent entre eux, reliés les uns aux autres par le chamanisme et s’affectant mutuellement : d’un souvenir extrait du monde des morts dépend la survie de l’humanité et de sa réception dans le monde des vivants, la survivance dans le monde des morts. Là où l’oubli prévaut, tout s’éteint pour les vivants et les morts, ne subsistent que de profondes ténèbres, d’une noirceur aussi illimitée que leur étendue, et desquelles il faut s’extraire à tout prix pour transmettre par de muettes paroles l’image de l’histoire.

C'est une histoire complexe, faite d’amour et de trahison, de révolution et de trahison. C’est une histoire dont les sept parties semblent d’abord distinctes avant qu’on comprenne qu’elles se répondent de plus en plus. On le soupçonne d’abord, dès la première lecture : on revient quelques pages en arrière lorsqu’un passage nous rappelle quelque chose, qu’on nous y parle de prisonniers, de mutisme, de cachette sous des draps. Les deux chapitres les plus courts, La plongée et L’oubli, au cœur de cet ensemble, sont sûrement à ce titre les plus importants, ceux qui nous donnent le plus de clés pour tenter de comprendre : ce sont les deux axes autour desquels le reste se construit, les mécanismes s’activent.

Mais il appartiendra au lecteur de tout remettre en place. Avec les moines-soldats est un de ces livres qui refusent de vous lâcher. La dernière page tournée, on fait le point, on tente de remettre les pièces dans le bon sens, de rétablir une chronologie, de distinguer ce qui appartient au réel et au rêve, aux vivants et aux morts et surtout le lien qui unit le tout.

Et puis il y a cette phrase, « Seuls ceux que j’aime, seuls ce que j’aime, écoutez ! ». Cette invocation qui permet de ne pas se perdre en traversant les ténèbres de l’oubli.

Elle est le pendant du « Fire, walk with me » des amateurs de David Lynch. Et comme eux, longtemps les amateurs de Bassmann débattront de sa signification.

Pour moi c'est de la vraie littérature.

8 étoiles

Critique de Donatien (vilvorde, Inscrit le 14 août 2004, 75 ans) - 21 décembre 2008

Pourquoi?

1) Parce qu'il ya une vraie recherche dans le découpage et la mise en scène de l'aventure humaine.
Dès le lever de rideau , l'auteur ordonne "Tambours incessants.Silence pendant le texte'.
A la fin : "Silence après le texte".

2) Les atmosphères sont installées par les titres de chapitres, les descriptions précises, les cinq sens sont sollicités par le choix de certains termes, les patronymes slaves.

3) Utilisation de certaines techniques comme les allitérations ou répétitions, comme dans le chapitre trois (La plongée) où les respirations du lecteur sont rythmées par les derniers tambourinaires humains.

4) Il y va de la survie de l'espèce. Même si la fin du monde est annoncée, la lutte doit continuer. Même si d'autres espèces (les oiseaux) prennent déjà le relais!

5) Les références au Livre des morts tibétain qui donnent des conseils pour le voyage après la mort et la recherche d'un bonne réincarnation ou "matrice"!

Bref, l'on a dit beaucoup de bien, et à juste titre du dernier livre de Cormac mcCarthy "La route" qui évoquait également une fin du monde mais l'oeuvre de Volodine ou de Bassman me semblent supérieures.

Voilà un "vrai" écrivain parce qu'il nous apporte un " nouveau monde", qui trouble et donc éveille!

A+

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