Discours de Suède de Albert Camus

Discours de Suède de Albert Camus

Catégorie(s) : Littérature => Biographies, chroniques et correspondances

Critiqué par Jules, le 4 novembre 2001 (Bruxelles, Inscrit le 1 décembre 2000, 73 ans)
La note : 10 étoiles
Moyenne des notes : 9 étoiles (basée sur 3 avis)
Cote pondérée : 6 étoiles (9 548ème position).
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Le rôle de l'art et de l'écrivain dans la société

Albert Camus reçoit le Nobel en 1957 et c'est le 10 décembre qu'il prononce son discours de remerciement à l’Hôtel de Ville de Stockholm. Il est dédicacé à l'homme auquel il doit le plus : Louis Germain, l'instituteur de son enfance.
Dans ce discours, Camus va dessiner ce qu’il estime être le métier d'écrivain et ce que sont les devoirs de ce métier. Pour lui, l'écrivain ne peut survivre que dans la société et non en dehors d’elle. S’il lui donne quelque chose c'est parce qu’il en a beaucoup reçu. Le rôle de l’écrivain est de se mettre au service de ceux qui subissent l'histoire, à celui de la vérité et de la liberté. Il devra refuser de cacher ce qu'il sait et devra faire de la résistance à l'oppression.
Le monde des vingt dernières années a connu les procès de Moscou, la guerre d’Espagne, le nazisme et la guerre quarante, l'univers concentrationnaire, les tortures et voilà qu’est arrivée la menace nucléaire. Il appartiendra aux hommes non pas de refaire le monde, mais de l'empêcher de se défaire. Ils devront lutter contre les formes d’oppressions aussi diverses soient-elles et ne pas mettre leur intelligence au service de la tyrannie, ils devront créer une nouvelle solidarité des nations dans la paix et le respect.
« La vérité est mystérieuse, fuyante, toujours à conquérir. La liberté est dangereuse, dure à vivre autant qu'exaltante. »
Il a accepté son prix, dit-il, pour « le recevoir comme un hommage rendu à tous ceux qui, partageant le même combat, n’en ont reçu aucun privilège, mais ont connu au contraire malheur et persécution. »
Dans le second discours, prononcé le 14 décembre à l'Université d’Upsal, Camus revient, pour le développer, sur ce qu’est, pour lui, un véritable artiste ainsi que son rôle dans la société moderne. Il s'attaque à la « société des marchands »
qui remplace les choses par des signes et crée donc un monde artificiel. Elle utilise, selon lui, les libertés de principe pour instaurer une oppression de fait. Tout véritable écrivain, véritable artiste, ne peut que créer contre cette société. Mais Camus s’attaque autant au modèle soviétique et à son « réalisme socialiste ». Pour lui, le réalisme ne peut être « socialiste », car toute la réalité n’est pas socialiste et vouloir l’imposer comme telle est de la tyrannie. Dans ce monde là, l’art « culmine dans un optimisme de commande, le pire des luxes justement, et le plus dérisoire des mensonges. »
Le combat de l’artiste ne peut qu'être celui de la liberté, car il n’y a plus d'art là où il y a tyrannie.
Ces deux textes sont bien plus riches que les quelques extraits que je viens de vous en donner et ils valent vraiment d'être lus. Ils aident à mieux comprendre les dangers de notre monde.

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LE discours

10 étoiles

Critique de Bételgeuse (, Inscrite le 7 décembre 2007, 38 ans) - 7 décembre 2007

Oui, quelle grandeur, quelle noblesse dans ce discours où le rôle de l'écrivain s'éclaire d'une dimension universelle!

Stockholm, décembre 1957

7 étoiles

Critique de Kinbote (Jumet, Inscrit le 18 mars 2001, 58 ans) - 16 août 2005

Deux beaux textes, comme l’écrit Jules, dans lesquels Camus préfère parler d’embarquement plutôt que d’engagement : « Embarqué me paraît ici plus juste qu’engagé. Il ne s’agit pas en effet pour l’artiste d’un engagement volontaire, mais plutôt d’un service militaire obligatoire. Tout artiste aujourd’hui est embarqué dans la galère de son temps. »
Pour Camus, c’en est fini de l’artiste isolé, de l’art pour l’art. L’art doit épouser les préoccupations communes, l’artiste doit se mettre au service de ceux qui subissent l’histoire plus que de ceux qui la font. Mais, écrit-il, « c’est au moment où l’artiste choisit de partager le sort de tous qu’il affirme l’individu qu’il est. »
La foi en l’art est menacée : « Le doute des artistes qui nous ont précédé touchait à leur propre talent. Celui des artistes d’aujourd’hui touche à la nécessité de leur art, donc à leur existence même. Racine en 1957 s’excuserait d’écrire Bérénice au lieu de combattre pour la défense de l’Edit de Nantes. »
Il relève les premiers indices d’une virtualisation du monde:
« La société des marchands peut se définir comme une société où les choses disparaissent au profit des signes (....) Cette société fondée sur des signes est, dans son essence, une société artificielle où la vérité charnelle de l’homme se trouve mystifiée. »

C’est l’époque où Camus est accusé de ne pas prendre davantage parti dans les discussions autour la guerre d’Algérie. Gustav Bjurström, journaliste et spécialiste de Camus qui était à ses côtés à Stockholm lors de la remise du prix, rapporte que, lors d’une rencontre avec des étudiants, un Algérien, drillé par un groupe d’opposants à la guerre, interpelle Camus sur sa position par rapport au conflit. C’est là que Camus aura cette citation devenue célèbre : « Entre l’Algérie et ma mère, je choisis ma mère ». Citation tronquée de son contexte, précise.Bjurström. Camus a simplement voulu dire que puisque des attentats terroristes étaient commis dans les transports en commun, il craignait d’abord pour la vie de sa mère qui résidait à Alger.

Une pensée exigeante à redécouvrir.

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