Alcool de Poppy Z. Brite

Alcool de Poppy Z. Brite

Catégorie(s) : Littérature => Anglophone

Critiqué par Sahkti, le 20 juin 2008 (Genève, Inscrite le 17 avril 2004, 46 ans)
La note : 9 étoiles
Moyenne des notes : 8 étoiles (basée sur 2 avis)
Cote pondérée : 5 étoiles (22 657ème position).
Visites : 3 790 

On the rocks!

Plaisir de lire le dernier Poppy Z.Brite en avant-première! Le livre sort en septembre, avis aux amateurs: n'hésitez pas!

Ceux qui ont lu "Petite cuisine du diable" connaissent déjà Rickey et G-Man. Homosexuels complexés, amants en perpétuelle bisbille, restaurateurs tendance aujourd'hui à la rue, les voilà qui décident d'ouvrir un établissement dans lequel chaque plat proposé contiendrait une dose d'alcool. Alcool sera d'ailleurs le nom du restaurant, qui finit par ouvrir ses portes après pas mal d'obstacles en tous genres et de magouilles à bon marché. C'est que l'idée ne plaît pas forcément à tout le monde, il y a tout de même quelques esprits conservateurs dans le quartier et aussi pas mal de corruption. Bref, l'entreprise n'est pas de tout repos; Rickey et G-Man qui sont parfois vite dépassés par les événements ont du souci à se faire.

Des tourments que le lecteur vit en leur compagnie, grâce à l'astucieux découpage opéré par l'auteur. Tranche de vie après fragment du quotidien, Poppy Z.Brite nous invite à une drôle de balade dans la Nouvelle-Orléans, une ville qu'elle connaît sur le bout des doigts et qui lui tient particulièrement à coeur. Normal, c'est chez elle, elle débusque chaque recoin pour dévoiler au fil des pages les travers de la cité, petits et grands, mais aussi ses saveurs, son parfum et cette ambiance tantôt étrange tantôt joyeuse qui en fait le charme.
J'ai retrouvé avec plaisir les deux comparses désormais voués au culte de l'alcool. Ils sont drôles, pathétique aussi et surtout, très attachants par leur faiblesse et leur bon sens rarement pris en défaut. Ils contrebalancent bien l'univers noir que Poppy Z.Brite distille au long de ce livre, celui de la corruption et des petites frappes. Il y a chez eux un côté naïf réussi, jamais niais, qui permet de naviguer en eaux troubles sans se noyer, même si boire la tasse fait partie du menu. Alcoolisé le menu, rappelons-le, c'est le fil conducteur d'un récit pas mal déjanté à découvrir à la rentrée (ISBN 2846261326 - Au Diable Vauvert).

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Les mots sont une gourmandise

7 étoiles

Critique de Numanuma (Tours, Inscrit le 21 mars 2005, 47 ans) - 5 octobre 2008

J'ai guetté la sortie de ce roman pendant un bout de temps mais, à mes yeux, l'attente fait partie du plaisir et un livre, c'est un peu comme une femme, il faut prendre le temps de l'effeuiller.

Ici, il s'agit plutôt de dévorer, de mordre à pleine dents, de se titiller les papilles car les mots sont des gourmandises.

Hormis le titre, rien à voir avec Apollinaire, sauf s'il était fin gourmet; j'avoue ne pas bien connaître le poète. Ricky et G Man en ont assez de travailler pour d'autres et décident d'ouvrir leur propre restaurant. Le concept est simple, évident même pour ces deux cuistots régulièrement imbibés mais jamais ivrognes: tous les plats contiendront de l'alcool. Mieux encore, l'alcool sera la base de leur cuisine. Évidemment, Alcool sera aussi le nom du restaurant.

Passons sur les péripéties que devront surmonter nos deux héros pour arriver à leurs fins car l'important est ailleurs. L'important est que ce roman donne envie de goûter les plats que préparent les deux chefs et pas de se retourner la tête à grands coups de gnôle ou de rhum. Non, j'ai envie de dîner chez eux même des plats qui normalement ne me donnent pas envie comme les huitres Rockefeller ou le riz typique de la Louisiane!

Tout est bouffe dans ce livre, même certains personnages ont des noms de comestibles comme Chase Haricot, le critique gastronomique redouté ou Mike Mouton, le méchant de l'histoire.

La littérature elle-même est une difficile tambouille dans laquelle il n'y a pas d'ingrédient sans importance. A la lecture, il m'a fallu attendre un bon tiers du livre avant d'avoir l'assurance que nos deux chefs sont gais; les éléments se mettent en place progressivement, lentement, comme une cuisson douce. Et derrière cette histoire de restaurant, c'est une histoire d'amour qui se déroule, tout en pudeur. Les deux amants sont discrets sur leur relation au point que les rares personnes qui sont mises au courant en tombent des nues.

Cela peut paraître anodin mais j'ai l'impression que l'auteur tient à normaliser les relations homosexuelles en leur donnant la même place qu'une relation hétérosexuelle. Ce n'est a priori pas le fond de l'ouvrage mais j'ai du mal à imaginer que la sexualité voulue par l'auteur soit juste une coquetterie.

Nous sommes devant un couple, ni plus ni moins et tout s'efface devant l'énergie déployée pour mener à bien leur projet. Ricky et G Man sont complémentaires, l'un ne pourrait aller sans l'autre de même que le Comté s'accompagne de vin jaune.

Curieusement, je trouve que la Nouvelle Orléans est assez peu décrite, seuls certains quartiers sont mis en valeur. Les morceaux de choix? Inversement, les personnages sont hauts en couleurs, attachants, dynamiques, tour à tour naïfs ou roués, gentlemen ou salopards. C'est tout un univers de fourneaux, de vaisselle sale et de mets fins qui s'installe au fil des pages, depuis les arrières-cours jusqu'à la salle à manger. On dirait presque un conte de fées avec dans le rôle de la marraine Lenny Duveteaux, un cuisiner devenu célèbre et surtout riche prêt à aider Ricky et G Man à réaliser leur rêve.

Comme je l'ai dis plus haut, il n'y a pas besoin de s'attarder sur les divers éléments qui viennent se mettre en travers de la route de nos héros. Cependant, il faut reconnaître à l'auteur une capacité à faire évoluer son récit par apports successifs; tout s'enchaine naturellement, même l'inattendu paraît aller de soi. Cela n'a l'air de rien mais ce faisant, l'auteur évite l'écueil qui attend tous les écrivains: le trop. Ici, il n'y a rien de trop gros, de téléphoné.

Et puis, il y a la dernière phrase, peut-être la plus importante du livre, de tout livre, qui, sans être un exploit ni un morceau de bravoure, résume tout et annonce tout. Il est incroyablement dur de savoir terminer un livre; Poppy Z Brite s'en sort très bien grâce à quelques mots anodins mais qui recèlent un monde.

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